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Définition et synonyme de : SHINTŌ

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Article publié par Encyclopaedia Universalis SHINTŌ Le terme shintō (« voie des kami ») comprend l'ensemble des croyances et e pratiques religieuses qui régnaient au Japon avant l'introduction au vi siècle du bouddhisme, auquel elles se sont très tôt mêlées, pour survivre sous cette forme syncrétiste jusqu'aux Temps modernes. C'est seulement vers la fin du e xix siècle que l'intervention autoritaire de l'État Meiji chercha à réduire le shintō à une forme présumée originale et pure, libérée de tout élément étranger, notamment bouddhique. Le shintō ne connaît pas de textes canoniques proprement dit, mais au fond de ses multiples expressions et représentations, réunies en un système de valeurs traditionnelles sous-tendant toute la vie du peuple japonais, il y a l'idée d'un lien intrinsèque entre les divinités (kami), les hommes et la nature. Les « Annales du Japon » (Nihongi, 720) – une mythologie sur fond de philosophie politique et d'éthique religieuse – révèlent clairement par leur référence à la bipolarité des éléments Yin et Yang les traces d'une influence chinoise. Le point culminant des mythes, contenus dans la « Chronique des choses anciennes » (Kojiki, 712), est constitué par la descente du petit-fils de la déesse-Soleil Amaterasu de la Haute Plaine céleste (takama-ga hara), sur les îles créées par le couple de deux divinités, Izanagi et Izanami.
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SHINTŌ

Le terme shintō (« voie des kami ») comprend l'ensemble des croyances et pratiques religieuses qui régnaient au Japon avant l'introduction au vie siècle du bouddhisme, auquel elles se sont très tôt mêlées, pour survivre sous cette forme syncrétiste jusqu'aux Temps modernes. C'est seulement vers la fin du xixe siècle que l'intervention autoritaire de l'État Meiji chercha à réduire le shintō à une forme présumée originale et pure, libérée de tout élément étranger, notamment bouddhique.

Le shintō ne connaît pas de textes canoniques proprement dit, mais au fond de ses multiples expressions et représentations, réunies en un système de valeurs traditionnelles sous-tendant toute la vie du peuple japonais, il y a l'idée d'un lien intrinsèque entre les divinités (kami), les hommes et la nature.

Les « Annales du Japon » (Nihongi, 720) – une mythologie sur fond de philosophie politique et d'éthique religieuse – révèlent clairement par leur référence à la bipolarité des éléments Yin et Yang les traces d'une influence chinoise. Le point culminant des mythes, contenus dans la « Chronique des choses anciennes » (Kojiki, 712), est constitué par la descente du petit-fils de la déesse-Soleil Amaterasu de la Haute Plaine céleste (takama-ga hara), sur les îles créées par le couple de deux divinités, Izanagi et Izanami.

Le culte des kami

Parmi les kami on peut distinguer des esprits, des divinités mythologiques ou des force de la nature, mais aussi des humains divinisés (notamment l'empereur-kami). Or ce terme désigne aussi des concepts plus abstraits relatifs aux forces de production ou de croissance. La reconnaissance des kami ne nécessite point un acte de foi, les divinités sont partout : à la maison, dans un sanctuaire, dans la nature.

Un certain nombre de grandes firmes vénèrent tel ou tel kami, et possèdent « leur » sanctuaire shintō, dans un souci de protection de l'entreprise. Quand on se rappelle que la qualité foncière des divinités japonaises, nées au sein d'une société agraire, est celle de forces de re-production, la place des kami sur le terrain des grandes entreprises est, même à l'heure de l'informatique, moins surprenante qu'il n'apparaît de prime abord.

Dans la mentalité japonaise, hommes et femmes peuvent devenir kami (ou bouddha), et certains personnages illustres sont vénérés comme tels (Tokugawa Ieyasu, le fondateur du shogounat, au début du xviie siècle). Une position similaire, proche du statut d'un « kami (ou d'un bouddha) vivant », revient très souvent aux fondateurs, ou fondatrices, des nouveaux mouvements socioreligieux.

À l'origine, le shintō ne connaît pas de bâtiments fixes pour ses rites (matsuri), ces derniers étaient exécutés dans des espaces sacrés aménagés dans la nature, et comportaient d'habitude un support matériel pour la venue des kami. Les divinités shintō n'ont ni forme ni corps distincts, il leur faut un objet où s'accrocher et s'incarner (shin-tai : « corps divin ») le temps d'une fête (matsuri).

Le shintō ancien est marqué par deux conceptions du monde : une répartition verticale entre ciel, terre et régions souterraines, conception pour laquelle on trouverait des parallèles en Sibérie, et une vision horizontale, avec notamment une région paradisiaque située au-delà de la mer, conception pour laquelle on trouve des similitudes en Asie du Sud-Est. Selon la vue traditionnelle du shintō, l'homme, « enfant des kami » (kami no ko), possède une part de leur essence. À sa mort, son « âme » (« esprit vivant et sensoriel » : tama ou tamashii) rejoint, purifiée, la foule des kami-protecteurs de leur descendance.

Alliance du shintō et du bouddhisme

Introduit au Japon au vie siècle comme une part de la culture continentale, le bouddhisme fut activement soutenu par les souverains, qui étaient en même temps les plus hauts dignitaires du shintō. L'absence d'une iconographie propre rendait facile l'acceptation des œuvres d'art bouddhique et des idées que celles-ci véhiculaient ; l'incorporation des divinités du shintō dans le panthéon bouddhique se réalisa surtout dans le cadre de l'ésotérisme.

Mais le rapprochement du bouddhisme et du shintō avait été également favorisé par le voisinage voire par l'identité géographique des lieux de culte. Pour stabiliser la situation économique de ses temples provinciaux, le bouddhisme dut s'appuyer sur les cultes locaux préexistants. Parce qu'il considérait les kami comme des êtres qui, enfermés dans le cercle des Six Existences, attendaient la délivrance par la Loi, des temples bouddhiques furent construits au sein même des sanctuaires shintō, et des sūtra récités au profit des kami. L'étape suivante fut l'attribution du nom et du titre de bodhisattva (bouddha en puissance) à ces mêmes divinités.

En leur qualité de futurs bouddhas, les kami ont été finalement élevés au rang même d'un bouddha, ou plus précisément de son avatar ; ils sont la « trace descendue sur terre » (suijaku), « l'apparition circonstantielle » (gongen) des bouddhas qui, eux, sont « l'état original » (honji) des kami. Au Moyen Âge, les deux sectes de l'ésotérisme, Tendai et Shingon, contribuèrent activement à approfondir cette théorie de l'interdépendance des kami et des bouddhas.

Or le fait « d'adoucir la lumière de leur sagesse » et de s'identifier à la poussière du monde des êtres (wakō-dōjin) – concept majeur du shintō médiéval, le terme même provient d'un classique chinois, le Laozi – constitue de la part des bouddhas un « expédient » (hōben) destiné à aider les êtres à entrer dans le chemin du bouddhisme, à travers la vénération des kami.

Shintō et confucianisme

C'est dans le contact avec le confucianisme que le shintō développa une éthique qui ne différenciait pourtant pas tellement entre bon et mauvais, mais plutôt entre pur et impur, tout en préconisant l'idéal de « sincérité du cœur » (ma-gokoro). Les péchés (tsumi) pouvaient être éliminés dans un acte de purification (misogi-harai), comme Izanagi à son retour du pays des ténèbres nous en donne un exemple. La grande importance attribuée au concept de pureté apparaît aussi dans l'emploi de certains mots tabous utilisés à la place de mots désignant des choses « impures » (kegare : mort, sang, maladies), par exemple « repos » à la place de « maladie », « rétablir » pour « mourir », etc.

Le contact avec l'idéologie confucianiste favorisa une certaine structuration des mythes ainsi que l'organisation d'un panthéon regroupant les divinités des clans influents autour de celle de la maison impériale. En outre, à travers la connaissance et l'étude des classiques chinois, l'ancienne idée de la « voie des kami » (shin-tō) s'est vue enrichie par la métaphysique du tao. Désignant un ordre primordial cosmique, le concept de tao prendra racine dans la société sous la forme des Cinq Vertus cardinales et des Cinq Relations humaines. La maison impériale, elle, trouva dans le concept chinois du « mandat du ciel » les bases pour la légitimité de sa lignée, remontant d'après les mythes à la déesse-Soleil.

Vivant de la sorte dans une étroite symbiose avec le bouddhisme, le shintō connut pourtant une première résurgence au cours du Moyen Âge. Souligner une identité propre au Japon, tout en prenant en considération l'apport du confucianisme, voilà ce que s'efforcaient de faire nombre d'écrits des xiiie et xive siècles, notamment l'Histoire de la succession légitime des divins empereurs (Jinnō shōtōki, 1339-1343) de Kitabatake Chikafusa. Ce texte place, dans une inversion du concept de honji-suijaku, les kami au-dessus des bouddhas, et postule le caractère unique du Japon en tant que « pays des kami » (shin-koku).

C'est également au Moyen Âge que des familles de ritualistes attachées à la cour impériale cherchèrent à systématiser doctrines et cultes du shintō en les expliquant en des termes rationnels : il en résulta la formation de plusieurs écoles du shintō confucianisé, comme celle d'Ise (aussi dite Watarai-shintō) ou, au xve siècle, celle dite du Yoshida shintō. Le savant Hayashi Razan (1583-1657) soutint au début de l'époque d'Edo (xviie et xixe siècle) que la nature des kami était identique au concept fondamental du confucianisme appelé ri et désignant le principe structurant et inaltérable du monde phénoménal.

Les néo-confucianistes de l'époque d'Edo furent très critiques à l'égard du bouddhisme, et propageaient tous l'idée de l'unité entre confucianisme et shintō. Dans la pensée politico-philosophique de Yoshikawa Koretaru par exemple, qui prônait un gouvernement par les rites, le fondement originel, l'ultime vérité de l'univers (tai-kyoku) – notion chère au confucianisme –, se trouvera assimilé à la divinité mythologique Kunitoko-tachi no mikoto du shintō, et le couple créateur Izanagi et Izanami, à son tour, aux deux éléments du Yin et du Yang.

Des « études nationales » aux Temps modernes

Dès le xviiie siècle, les « études nationales » (koku-gaku) amorçaient par des recherches littéraires et philologiques une idéologie de « purification » du shintō de ses influences et traces étrangères, en quelque sorte un retour aux sources qui devait aussi faciliter la réévaluation de la position du souverain en tant que descendant de la déesse-Soleil. Un des protagonistes œuvrant pour ce shintō restauré (fukko shintō), fut Motoori Norinaga, qui trouva dans le Kojiki la « voie des kami » en sa forme la plus pure. Par la suite, la pensée du koku-gaku tourna de plus en plus à un nationalisme religieux, défendu notamment par un disciple de Norinaga, Hirata Atsutane, qui plaçait le shintō au-dessus de toute autre religion.

Avec sa politique de « séparation entre kami et bouddha » (shinbutsu bunri) le gouvernement de Meiji (1868-1912) chercha sans succès à imposer un shintō présumé pur. Au bout de quelques années, il retira le « shintō des sanctuaires » du domaine proprement dit religieux pour en faire le cadre des rites et cultes nationaux. C'est ce « shintō d'État » qui, après 1945, fut libéré de son alliance forcée avec l'idéologie nationaliste d'un État totalitaire.

À présent, le shintō comporte : 1. le shintō des sanctuaires, toujours important pour la cohésion sociale au niveau local et régional ; 2. un certain nombre de groupes religieux qui s'étaient constitués à l'époque Meiji et avaient obtenu, sous la dénomination « shintō des sectes », la reconnaissance du gouvernement – en font partie à présent aussi quelques-uns des nouveaux mouvements socio-religieux amorcés au xixe siècle par des fondateurs (ou fondatrices) charismatiques ; 3. le shintō dit de la « tradition populaire » (minzoku shintō), qui connaît une multitude de pratiques liées aux croyances entourant le culte des kami.

Auteur: HARTMUT O. ROTERMUND
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