Cette publication est accessible gratuitement
Lire

Définition et synonyme de : SIGNE, linguistique

De
5 pages
Article publié par Encyclopaedia Universalis SIGNE, linguistique Constante depuis l'Antiquité, la réflexion sur la notion de signe a connu un e développement considérable à la fin du xix siècle et au cours des premières e décennies du xx siècle, dans plusieurs disciplines scientifiques. En philosophie, on retiendra les noms de l'Américain Charles Sanders Peirce (1839-1914), considéré comme l'initiateur de la sémiotique, ou science des signes, et de l'Allemand Ernst Cassirer (1874-1945), auteur de la Philosophie des formes symboliques (1923-1929). En logique, l'Américain Charles Morris (1901-1979) élabore une théorie des signes fondée sur un langage idéal construit par Rudolf Carnap, dans la lignée de Gottlob Frege et de Bertrand Russell. Vers une science des signes À la même époque que Peirce, mais de façon totalement indépendante, Ferdinand de Saussure (1857-1913) propose une approche linguistique du signe visant à inscrire la linguistique dans une sémiologie, c'est-à-dire « une science qui étudie la vie des signes au sein de la vie sociale » et qui, selon lui, constituerait une branche de la psychologie sociale. L'entreprise théorique de Saussure, exposée dans le Cours de linguistique générale (1916 ; rééd. 1995), consiste à fonder la linguistique comme discipline autonome, avec ses concepts et ses méthodes propres. Pour lui, l'objet d'étude spécifique de la linguistique est la « langue » (distincte de la « parole »), qui se définit comme « un système de signes ».
Voir plus Voir moins
SIGNE, linguistique

Constante depuis l'Antiquité, la réflexion sur la notion de signe a connu un développement considérable à la fin du xixe siècle et au cours des premières décennies du xxe siècle, dans plusieurs disciplines scientifiques.

En philosophie, on retiendra les noms de l'Américain Charles Sanders Peirce (1839-1914), considéré comme l'initiateur de la sémiotique, ou science des signes, et de l'Allemand Ernst Cassirer (1874-1945), auteur de la Philosophie des formes symboliques (1923-1929).

En logique, l'Américain Charles Morris (1901-1979) élabore une théorie des signes fondée sur un langage idéal construit par Rudolf Carnap, dans la lignée de Gottlob Frege et de Bertrand Russell.

Vers une science des signes

À la même époque que Peirce, mais de façon totalement indépendante, Ferdinand de Saussure (1857-1913) propose une approche linguistique du signe visant à inscrire la linguistique dans une sémiologie, c'est-à-dire « une science qui étudie la vie des signes au sein de la vie sociale » et qui, selon lui, constituerait une branche de la psychologie sociale. L'entreprise théorique de Saussure, exposée dans le Cours de linguistique générale (1916 ; rééd. 1995), consiste à fonder la linguistique comme discipline autonome, avec ses concepts et ses méthodes propres. Pour lui, l'objet d'étude spécifique de la linguistique est la « langue » (distincte de la « parole »), qui se définit comme « un système de signes ». Les signes de la langue « ne sont pas des abstractions, mais des objets réels ; ce sont eux et leurs rapports que la linguistique étudie ; on peut les appeler les entités concrètes de cette science ».

Ces entités sont des unités discrètes, qui entrent dans une combinatoire. Mais, pour concrètes qu'elles soient, elles ne sont pourtant pas données au départ : « la langue présente ce caractère étrange et frappant de ne pas offrir d'entités perceptibles de prime abord, sans qu'on puisse douter cependant qu'elles existent et que c'est leur jeu qui la constitue ». À cet égard, la langue se distingue de tous les autres systèmes sémiologiques.

Le signe linguistique est, pour Saussure, une unité à deux faces. C'est l'association d'un « signifiant » (image acoustique) et d'un « signifié » (concept). Le signe n'existe que par cette association : le signifiant et le signifié n'ont pas d'existence linguistique indépendamment l'un de l'autre. Leur combinaison indissociable constitue une réalité inscrite dans le cerveau des sujets parlants ; le signe est donc une entité de nature psychique. Hors du langage, les idées et les sons ne seraient que deux « masses amorphes » ; c'est précisément grâce à la langue, qui rend possible des délimitations réciproques d'unités, que la pensée et le son se précisent en se décomposant.

La langue comme « système »

Le signe linguistique ainsi défini possède deux caractéristiques essentielles. La première est connue sous le nom d'« arbitraire du signe ». Selon Saussure, le lien unissant le signifiant au signifié est arbitraire, en ce sens que le signifiant est immotivé par rapport au signifié, avec lequel il n'a « aucune attache naturelle dans la réalité » ; pour preuve, dit-il, les différences entre les langues : le signifié « bœuf » a pour signifiant /böf / en français et /oks / en allemand. Cette thèse de l'arbitraire du signe a donné lieu par la suite à maintes controverses. En 1939, dans un article intitulé « Nature du signe linguistique » (repris in Problèmes de linguistique générale, tome I, 1966), Émile Benveniste propose de considérer plutôt que le rapport du signifié et du signifiant dans une langue donnée est nécessaire, puisque c'est ce rapport qui fonde le signe dans la langue et dans la conscience des locuteurs ; en revanche, ce qui est arbitraire « c'est que tel signe, et non tel autre, soit appliqué à tel élément de la réalité, et non à tel autre ». Dans cette perspective, l'arbitraire se situerait donc dans le découpage de la réalité effectué par chaque langue : ce découpage ne saurait jamais être que conventionnel. Plus fondamentale est la critique émanant de certains représentants du courant des « grammaires cognitives », selon lesquels nombre de signes linguistiques seraient, à l'instar des onomatopées ou des exclamations, non pas arbitraires mais motivés : de tels signes seraient unis à l'objet dénoté par une relation de ressemblance dite iconique. Ce qui signifie qu'ils partageraient avec cet objet des propriétés communes.

La seconde caractéristique du signe saussurien est la « linéarité du signifiant ». Les signifiants acoustiques se déroulent dans le temps. Ils sont nécessairement successifs et constituent la chaîne parlée ; il en va de même pour la représentation graphique des signifiants dans l'espace. Cette caractéristique est importante : c'est sur elle en effet que repose la possibilité même de segmenter la chaîne en unités.

En s'appuyant sur ces deux caractéristiques du signe, Saussure décrit la langue comme un « système », c'est-à-dire un équilibre complexe de termes qui se conditionnent réciproquement. La notion centrale est ici celle de « valeur », par laquelle Saussure entend souligner la primauté des rapports entre les éléments sur les éléments eux-mêmes – et cela, qu'il s'agisse des signifiés, des signifiants ou des signes.

Dans la perspective de Saussure, les signifiés sont purement différentiels : ils ne se définissent pas positivement par leur contenu mais seulement négativement, par ce que les autres ne sont pas. Ainsi, en français, « redouter », « craindre » et « avoir peur » n'ont de valeur propre que par leur opposition ; de même, si le français « mouton » n'a pas la même valeur que l'anglais sheep (le mouton en tant qu'animal), c'est parce que ce dernier s'oppose à mutton (le mouton en tant que viande).

Les signifiants, de leur côté, ne sont constitués que par les différences qui séparent leur image acoustique de toutes les autres. Ce principe s'applique aussi bien aux phonèmes (sur la chaîne parlée) qu'aux signes de l'écriture : en français, que le /r / soit grasseyé ou roulé, cette différence de prononciation n'importe pas, car elle ne permet pas d'opposer deux signes différents ; de même pour les variantes de graphie d'une même lettre, par exemple t, qui ne sont pas pertinentes tant qu'elles ne risquent pas d'être confondues, avec un l ou un d.

Quant aux signes, ils sont entre eux dans un rapport non pas de différence mais d'opposition : en effet, si chacune des faces du signe est négative, leur combinaison est en revanche présentée comme un fait positif.

Les signes linguistiques sont reliés entre eux par deux types de rapports : les rapports « syntagmatiques » qui unissent les différents signes coprésents sur la chaîne et les rapports « associatifs » qu'entretient chaque signe avec tous ceux qu'il appelle virtuellement à partir de son signifiant et /ou de son signifié.

L'approche saussurienne du signe a été reprise et développée par les linguistes de l'école de Prague et leurs successeurs qui, sur ces bases, ont construit une méthode d'analyse de la structure des langues sur les plans syntagmatique (axe horizontal) et paradigmatique (axe vertical), élaborant la théorie de la « double articulation » du langage. Une fois que furent ainsi établis les fondements de la pratique descriptive commune aux linguistes, la notion même de signe n'a plus connu de développement théorique important au sein de la linguistique. Par ailleurs, malgré les efforts de nombre d'auteurs, la question de l'intégration du signe linguistique dans une théorie sémiotique unifiée est restée jusqu'ici problématique.

Auteur: Catherine FUCHS
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin