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Définition et synonyme de : SOCIÉTÉ

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Article publié par Encyclopaedia Universalis SOCIÉTÉ La différenciation de la « société », globalement définie comme groupement humain fondé sur des relations d'interdépendance, en types d'organisation plus ou moins contrastés est indissociable de la façon dont les formations collectives ont été historiquement pensées. Elle suppose la constitution de la société en objet d'analyse, c'est-à-dire une opération qui n'a été e systématiquement pratiquée qu'au xix siècle. Cette opération emprunte certaines de ses orientations à Aristote et prend la forme de typologies, comme celle qu'a proposée Fustel de Coulanges qui distingue, dans La Cité antique (1864), la tribu, la confédération de tribus et la cité. Ce sont néanmoins les sociologues qui l'ont pratiquée tout au long des deux derniers siècles dans des perspectives et avec des intentions sensiblement différentes. Les types de société Associé à l'évolutionnisme, le passage d'une société militaire à une société industrielle a été conceptualisé par Herbert Spencer. Le comte de Saint-Simon, e dans le premier quart du xix siècle, s'était déjà attaché à montrer l'avènement d'une société nouvelle – valorisant les richesses mobilières, le savoir technique de l'ingénieur, le crédit et la communication –, en rupture totale avec la société féodale et un ordre ancien des choses dominé par le prêtre, le juge et le soldat.
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SOCIÉTÉ

La différenciation de la « société », globalement définie comme groupement humain fondé sur des relations d'interdépendance, en types d'organisation plus ou moins contrastés est indissociable de la façon dont les formations collectives ont été historiquement pensées. Elle suppose la constitution de la société en objet d'analyse, c'est-à-dire une opération qui n'a été systématiquement pratiquée qu'au xixe siècle. Cette opération emprunte certaines de ses orientations à Aristote et prend la forme de typologies, comme celle qu'a proposée Fustel de Coulanges qui distingue, dans La Cité antique (1864), la tribu, la confédération de tribus et la cité. Ce sont néanmoins les sociologues qui l'ont pratiquée tout au long des deux derniers siècles dans des perspectives et avec des intentions sensiblement différentes.

Les types de société

Associé à l'évolutionnisme, le passage d'une société militaire à une société industrielle a été conceptualisé par Herbert Spencer. Le comte de Saint-Simon, dans le premier quart du xixe siècle, s'était déjà attaché à montrer l'avènement d'une société nouvelle – valorisant les richesses mobilières, le savoir technique de l'ingénieur, le crédit et la communication –, en rupture totale avec la société féodale et un ordre ancien des choses dominé par le prêtre, le juge et le soldat. En introduisant les notions de « société simple » et de « sociétés composées », Spencer (Principes de sociologie, 1876-1896) a cependant ouvert la voie à Émile Durkheim à qui l'on doit une classification des principaux types de structure sociale fondée sur le concept de segment. De la horde, simple juxtaposition d'individus, aux sociétés polysegmentaires complexes, en passant par le clan, les sociétés polysegmentaires simples et composées, ce sont des unités sociales que l'auteur de La Division du travail (1893) a combinées, en posant que les sociétés sont d'autant plus volumineuses qu'elles sont plus avancées.

Le point de vue ici dominant, qui est celui d'une classification centrée sur la morphologie sociale, est largement abandonné aujourd'hui. Il a été notamment critiqué par des ethnologues qui, comme E. Evans-Pritchard, estiment qu'une distinction qualitative ne peut être obtenue que par une fine prise en compte des différents niveaux d'intégration. Aussi bien retiendra-t-on plutôt de Durkheim l'opposition qu'il a systématisée entre société à solidarité mécanique – simple juxtaposition d'individus – et société à solidarité organique où les activités sont réciproquement impliquées – ceux qui s'y livrent dépendant les uns des autres. De même, reconnaît-on toujours la valeur heuristique de la distinction faite par Ferdinand Tönnies (Communauté et société, 1887) entre le type communautaire et le type sociétaire, catégories fondamentales qui ont été croisées avec les notions génériques de rapports, groupements et associations.

Classés en fonction de l'occupation du sol, du volume et de la densité, les groupements humains ont été classiquement distribués en sociétés de chasseurs et sociétés d'agriculteurs, en opposant le nomadisme pastoral au genre de vie sédentaire. Avec les transformations sociales provoquées par les révolutions économiques des xviiie, xixe et xxe siècles, l'opposition s'est installée entre société traditionnelle et société industrielle. L'excessive simplification des caractéristiques de la première a cependant fait voir, à tort, en elle le degré zéro de la croissance économique connue par la seconde, et dont W. W. Rostow (1962) a repéré les étapes.

À cette opposition qui a joué un rôle central dans la lecture des évolutions sociales est associée une série de couples antithétiques, d'inégale pertinence aux différents niveaux que constituent le régime politique, le système social, l'organisation économique. Aristocratique ou démocratique, de castes, d'ordres ou de classes, capitaliste ou collectiviste, ces qualifications globales ne sont pas exclusives d'autres, plus spécifiques, qui permettent d'identifier une société comme théocratique, libérale ou totalitaire. Toutes prennent, en fait, sens au sein de constructions philosophiques, de doctrines sociales ou de théories sociologiques précises. Il en est ainsi, au xixe siècle, de la société civile chez Hegel et de la société sans classes de Marx, et au xxe siècle, de l'opposition universalisée par Louis Dumont (Homo hierarchicus, 1966) entre société holiste et société individualiste.

Certaines distributions ont été momentanément favorisées : c'est le cas de la répartition binaire en sociétés développées et sociétés sous-développées qui s'est imposée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ; la hiérarchisation des formes d'organisation socio-économique à laquelle elle se réfère implicitement en explique l'abandon, autant que l'ethnocentrisme consistant, en ce domaine, à tenir pour acquis qu'une forme donnée de société – celle de l'État-nation occidental – est susceptible de servir d'étalon pour évaluer les autres. D'autres qualifications sont couramment utilisées, mais restent incertaines et controversées ; telle est la société de masse qui serait caractérisée par la disparition des groupes intermédiaires, l'accessibilité des élites aux masses et la disponibilité des masses aux élites  : en réalité, les groupes qui y subsistent contredisent l'atomisation de la société suggérée par cette expression.

Les débats contemporains

Deux types de société nettement identifiés servent cependant de référents au discours sociologique. Il s'agit d'abord de la société industrielle. Raymond Aron en a, en 1962, répertorié les traits originaux : la dissociation du lieu professionnel et du lieu d'habitation familial ; un mode de division du travail propre à l'entreprise ; l'accumulation du capital ; la nécessité du calcul économique ; la concentration des ouvriers dans des grandes unité de production. Pour Daniel Bell (Vers la société postindustrielle, 1973, trad. franç. 1976), après la société préindustrielle fondée sur l'extraction et la société industrielle centrée sur la fabrication est venu le temps de la société postindustrielle. Ses caractéristiques sont : le primat de l'économie de services ; la prééminence des spécialistes et des techniciens ; l'importance donnée au savoir théorique ; la maîtrise et la planification du développement technique ; la formation enfin d'une technologie de l'intellect. Dans ce nouveau type de société, la théorie de la valeur-travail doit céder la place à une théorie de la valeur-savoir, et la programmation mise en œuvre conduire à insister davantage sur l'aliénation que sur l'exploitation des individus.

Bien d'autres types de société ont été identifiés. Ainsi, Hannah Arendt a, par exemple, fortement contribué à mettre en lumière la pathologie sociale inhérente au fonctionnement de la société totalitaire. S'agissant des principales caractéristiques des sociétés dites postmodernes, l'éventail est assez largement ouvert : après la société des individus décrite par Norbert Elias, on parle de société de réseaux (Manuel Castells) de société des médias (Francis Balle) ou de société de communication (Dominique Wolton). La tendance est cependant de rejeter toute catégorisation préalable – celle qui naguère permettait d'établir abusivement une gradation allant de sociétés primitives aux sociétés dites technologiquement avancées – et de reconnaître, en dépit de la mondialisation, la subsistance d'une grande variété de formes d'organisation sociale.

Auteur: Bernard VALADE
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