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Définition et synonyme de : SOURCES HISTORIQUES

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Article publié par Encyclopaedia Universalis SOURCES HISTORIQUES Sans « sources », il n'y a pas de travaux d'histoire savante ; pas de thèse ni d'enquête qui ne comporte à son terme, à côté de la bibliographie, la mention des sources. Passage obligé à l'École des chartes, avec son cours classique longtemps consacré aux « sources de l'histoire de France », la recherche des sources est une activité historiographique en soi pour l'érudition allemande et, pour l'école méthodique, une étape première de la recherche historique, l'heuristique. Une notion au cœur de l'histoire savante Si les sources sont des réserves de traces du passé, le terme implique une deuxième acception, celle de leur spontanéité. Comme la source jaillit, les sources historiques seraient des fontaines que l'historien aurait le mérite de découvrir, mais dont la direction, le débit et l'existence même lui préexistent et déterminent les questions à approfondir (Charles Victor Langlois et Charles Seignobos, Introduction aux études historiques, 1898). Puis vient l'heure de la transformation des sources en documents, puisque « la méthode historique consiste à examiner les documents pour arriver à établir les faits anciens dont ces documents sont les traces » (Charles Seignobos, La Méthode historique appliquée aux sciences sociales, 1901). Pour les historiens positivistes, toute la science de l'historien tient à sa capacité à bien lire les documents par le biais de la critique.
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SOURCES HISTORIQUES

Sans « sources », il n'y a pas de travaux d'histoire savante ; pas de thèse ni d'enquête qui ne comporte à son terme, à côté de la bibliographie, la mention des sources. Passage obligé à l'École des chartes, avec son cours classique longtemps consacré aux « sources de l'histoire de France », la recherche des sources est une activité historiographique en soi pour l'érudition allemande et, pour l'école méthodique, une étape première de la recherche historique, l'heuristique.

Une notion au cœur de l'histoire savante

Si les sources sont des réserves de traces du passé, le terme implique une deuxième acception, celle de leur spontanéité. Comme la source jaillit, les sources historiques seraient des fontaines que l'historien aurait le mérite de découvrir, mais dont la direction, le débit et l'existence même lui préexistent et déterminent les questions à approfondir (Charles Victor Langlois et Charles Seignobos, Introduction aux études historiques, 1898). Puis vient l'heure de la transformation des sources en documents, puisque « la méthode historique consiste à examiner les documents pour arriver à établir les faits anciens dont ces documents sont les traces » (Charles Seignobos, La Méthode historique appliquée aux sciences sociales, 1901).

Pour les historiens positivistes, toute la science de l'historien tient à sa capacité à bien lire les documents par le biais de la critique. La distinction essentielle parmi les sources historiques vient de l'opposition entre les sources originales (documents de la pratique ou témoignages oculaires) et les sources dérivées (sources narratives). Le privilège des sources originales (diplômes, actes notariés, registres paroissiaux...), Marc Bloch le justifie en soulignant qu'aucune volonté de dicter notre image du passé n'a été concertée par les hommes producteurs de ces traces. Enfin, l'histoire méthodique consacre la primauté des sources publiques organisées par l'État ; ce choix n'est pas seulement la conséquence du mouvement d'organisation des archives publiques au fil des xviiie et xixe siècles, mais aussi l'effet du vieux principe judiciaire romain, testis unus, testis nullus : les sources publiques sont plurielles par nature.

Jacques Le Goff (« Documento /Monumento », Enciclopedia Einaudi, vol. V) a souligné qu'il a fallu un déplacement du regard sur les sources pour qu'elles deviennent des collections de documents. Au début du xixe siècle, les sources publiées, corrigées et critiquées des premières grandes collections sont encore inventoriées comme « monument » (Monumenta Germaniae historica, dont la parution débute en 1826), legs intentionnels destinés à la commémoration d'événements jugés par les puissants dignes d'être intégrés à la mémoire collective (Paul Ricœur, Temps et récit, 1983-1985). Or le savoir positiviste marquait le triomphe d'une lecture documentaire des sources, instrumentalisant le document. Aujourd'hui la critique historique s'attaque aux conditions de production historique et à son intentionnalité dissimulée ou inconsciente.

La diversification des sources

À ce changement d'attitude vis-à-vis des sources s'ajoutent trois modifications des rapports de l'historien aux sources : la prise de conscience de leur invention, leur diversification et la transformation de leur traitement.

L'illusion, longtemps entretenue, de sources préalables au travail de l'historien s'est dissipée : « Les sources sont sources quand quelqu'un les regarde historiquement » (Robin G. Collingwood, The Idea of History, 1946). Ainsi, le polyptyque d'Irminon (ce document, établi vers 813, recense les biens de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés), enfoui dans les archives de l'abbaye, n'avait jamais soulevé l'intérêt des mauristes, ordre bénédictin savant qui avait pour tâche la critique, l'édition et la diffusion des sources. Lorsque Benjamin Guérard, professeur à l'École des chartes, l'édite et le commente en 1844, il témoigne de l'émergence de l'économie comme champ constitué du savoir historique.

Ainsi, des territoires vierges du paysage historiographique finissent par trouver des sources ignorées jusque-là. L'histoire des femmes a longtemps fait figure de parent pauvre, faute de témoignages directs des femmes, elles-mêmes muettes dans les sources officielles aux mains des hommes. Pourtant, l'histoire des femmes a su hisser au rang de sources des documents de l'intime, journaux et correspondances, qui, face au primat des sources publiques, ont permis d'accéder au continent féminin. Même si l'histoire des vaincus, des « obscurs », laisse peu de traces dans les archives organisées par les vainqueurs ou les puissants, reste la possibilité d'en inventer de nouvelles ou de traiter autrement des sources déjà connues. Ainsi les registres paroissiaux deviennent-ils tour à tour pierre angulaire de la reconstitution familiale, étape essentielle d'une histoire démographique, indicateur de base pour l'alphabétisation (présence ou non des signatures sur les registres), tout en ouvrant des pistes sur la constitution des réseaux sociaux. Avec la légitimation de l'histoire du temps présent, les historiens ont réinventé, après l'anthropologue ou le sociologue, les sources orales ; celles-ci constituent un cas de figure singulier puisqu'elles naissent de l'intervention de l'historien qui ne se contente pas de lire ce que ses prédécesseurs ne voyaient pas mais suscite et provoque la naissance de la source.

Cette extension infinie des sources, Marc Bloch et Lucien Febvre l'ont sans cesse appelée de leurs vœux dans les Annales, et dans leurs travaux : « L'histoire [...] peut se faire, elle doit se faire sans documents écrits s'il n'en existe point. Avec tout ce que l'ingéniosité de l'historien peut lui permettre d'utiliser pour fabriquer son miel, à défaut des fleurs usuelles. Donc avec des mots, des signes. Des paysages et des tuiles. Des formes de champ et de mauvaises herbes. Des éclipses de lune et des colliers d'attelage. Des expertises de pierres par des géologues et des analyses d'épées en métal par des chimistes. D'un mot, avec tout ce qui, étant à l'homme, dépend de l'homme, sert à l'homme, exprime l'homme... » (Lucien Febvre, Combats pour l'histoire, 1953). Des Rois thaumaturges (Marc Bloch, 1924), en passant par le premier grand livre de Philippe Ariès (L'Enfant et la vie familiale sous l'Ancien Régime, 1960), les images (la peinture, les gravures, les enluminures...) autrefois abandonnées aux historiens de l'art ont trouvé droit de cité chez les historiens.

La troisième mutation provient des changements de méthode. Ainsi, l'histoire sérielle a changé les sources de l'histoire des prix. Contre Henri Hauser, titulaire de la chaire d'histoire économique en Sorbonne, qui célèbre encore, en 1936, les « vrais prix », nés d'opérations marchandes et consignés dans des livres de compte, Ernest Labrousse (La Crise de l'économie française à la fin de l'Ancien Régime et au début de la révolution, 1944) met en évidence la supériorité d'une source, la mercuriale qui, certes, ne donne que les prix moyens du marché, mais des prix toujours comparables, qui permettent d'établir des séries critiquables à l'aide de tests statistiques. L'appropriation de démarches venues de la sociologie, de l'anthropologie ou de la linguistique renouvelle autant les sources de l'historien que la prise en compte de supports longtemps dédaignés ou marginalisés.

Auteur: Olivier LÉVY-DUMOULIN