Cette publication est accessible gratuitement
Lire

Définition et synonyme de : SPIRITUALISME

De
4 pages
Article publié par Encyclopaedia Universalis S P I R I T U A L I S M E Le spiritualisme est la doctrine suivant laquelle il existe dans la réalité un principe d'intelligence et de liberté distinct de la matière et supérieur à elle, principe duquel l'homme participe. Cette doctrine s'enracine dans les deux sources majeures de la culture occidentale. Selon la Bible, le souffle divin présent en l'homme assure à celui-ci la vie, le sentiment, l'énergie. Parce que l'homme existe comme esprit, sa chair est vouée à être transfigurée par l'Esprit de Dieu. Du côté grec, le spiritualisme se réclame de Platon et de la tradition platonicienne. L'âme humaine est parente des Idées et de leur principe divin : l'idée du Bien. Exilée dans le corps, l'âme s'en dégage par la connaissance intellectuelle. En son sommet, la vie philosophique coïncide avec une vision mystique dans laquelle l'esprit rejoint son Principe. La jonction de ces deux sources s'opère d'abord dans le spiritualisme chrétien des Pères de l'Église, et chez les Docteurs médiévaux. e C'est seulement au xix siècle qu'une doctrine philosophique s'est présentée comme un « spiritualisme », se réclamant de Descartes et définissant l'esprit par son triple rapport à ces valeurs cardinales que sont le vrai, le beau et le bien. Son promoteur, Victor Cousin (1792-1867), a exercé une forte influence sur l'enseignement philosophique en France.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

SPIRITUALISME

Le spiritualisme est la doctrine suivant laquelle il existe dans la réalité un principe d'intelligence et de liberté distinct de la matière et supérieur à elle, principe duquel l'homme participe. Cette doctrine s'enracine dans les deux sources majeures de la culture occidentale. Selon la Bible, le souffle divin présent en l'homme assure à celui-ci la vie, le sentiment, l'énergie. Parce que l'homme existe comme esprit, sa chair est vouée à être transfigurée par l'Esprit de Dieu. Du côté grec, le spiritualisme se réclame de Platon et de la tradition platonicienne. L'âme humaine est parente des Idées et de leur principe divin : l'idée du Bien. Exilée dans le corps, l'âme s'en dégage par la connaissance intellectuelle. En son sommet, la vie philosophique coïncide avec une vision mystique dans laquelle l'esprit rejoint son Principe. La jonction de ces deux sources s'opère d'abord dans le spiritualisme chrétien des Pères de l'Église, et chez les Docteurs médiévaux.

C'est seulement au xixe siècle qu'une doctrine philosophique s'est présentée comme un « spiritualisme », se réclamant de Descartes et définissant l'esprit par son triple rapport à ces valeurs cardinales que sont le vrai, le beau et le bien. Son promoteur, Victor Cousin (1792-1867), a exercé une forte influence sur l'enseignement philosophique en France. Mais les objectifs politiques de conciliation entre l'Université et le catholicisme ont contribué à dévaloriser le terme même de spiritualisme. Quand viendra l'ère du positivisme d'Auguste Comte, cette doctrine paraîtra incompatible avec le développement des sciences. Il semble que, plus le sujet humain se tourne résolument vers l'étude des phénomènes naturels, plus il se détache des convictions théologiques en fonction desquelles il se définissait lui-même comme esprit. À tel point que, dans son Vocabulaire technique et critique de la philosophie (1902-1923), Lalande hésitera à conseiller l'usage d'un terme discrédité. La question des aspirations et des valeurs spirituelles n'en reste pas moins vivante et actuelle.

Selon le vœu de Ravaisson, le spiritualisme a évolué vers un réalisme ou positivisme spiritualiste en acceptant la rigueur d'une méthode réflexive. Pour Jules Lachelier et Jules Lagneau, retrouver l'esprit dans ses œuvres, c'est l'œuvre de la philosophie. Avec Léon Brunschvicg, la réflexion recherche l'unité de l'esprit dans la diversité de ses œuvres, depuis la perception jusqu'à la science, l'art, la morale et la religion. Mais, pour ne pas méconnaître la complexité du réel, le spiritualisme doit s'allier à une philosophie de la culture et à une philosophie de l'existence. Du côté de la culture, même si elle ne se transforme pas en philosophie de l'histoire, comme chez Hegel, une philosophie de l'esprit doit admettre que l'esprit individuel accède à lui-même en participant à un monde social particulier, par l'intermédiaire duquel il s'ouvre à l'universalité humaine. C'est ainsi qu'un Emmanuel Mounier ou un Paul Ricœur réinscrivent les valeurs spirituelles dans l'historicité des cultures et dans leur dialogue. Du côté de l'existence, Karl Jaspers, Gabriel Marcel et Maurice Merleau-Ponty dégagent les situations fondamentales de l'esprit humain, incarné, lié à son corps et ouvert par lui au monde sensible et à autrui. Avec Maurice Blondel, avec Nicolas Berdiaev, et avec les promoteurs de la collection Philosophie de l'esprit, Louis Lavelle et René Le Senne, le spiritualisme revêt toute sa dimension métaphysique. Notre esprit retrouve en son propre fond la présence de l'Esprit absolu qui nous donne à nous-même et qui nous destine à une vie éternelle. Cet horizon métaphysique reste vulnérable, et le spiritualisme se dénature lorsqu'il cherche une preuve objective de l'immortalité. En revanche la doctrine philosophique s'accorde avec la visée des grandes religions. Cependant, même pour les hommes religieux et quelle que soit leur espérance ultime, c'est aujourd'hui, dans le monde présent, qu'il importe de poursuivre les fins de justice et d'amour dont la valeur spirituelle nous est attestée par l'appel des héros et des saints. Chez Bergson, la vie de l'esprit prend appui sur l'énergie de l'élan vital, et elle culmine avec la reconnaissance mystique du Dieu d'amour.

Dans le contexte contemporain, la tradition spiritualiste se trouve confrontée à l'idée nouvelle que les hommes de la modernité ou de la postmodernité se font aujourd'hui de leur insertion dans un monde plus vaste et plus complexe. La cosmologie a considérablement élargi notre univers. La théorie darwinienne a réinséré l'humanité dans l'évolution des espèces vivantes au point que, peu à peu, les frontières entre l'homme et l'animal se sont déplacées. De façon encore plus insistante, les sciences cognitives remettent sur le chantier la question du rapport de l'esprit à un cerveau mieux connu. De tels changements constituent un défi pour la doctrine spiritualiste et l'appellent à un renouveau, correspondant à la conscience nouvelle que les hommes prennent de leur responsabilité par rapport à l'avenir.

Auteur: PIERRE COLIN