Cette publication est accessible gratuitement
Lire

Définition et synonyme de : SUBLIMATION, psychanalyse

De
5 pages
Article publié par Encyclopaedia Universalis SUBLIMATION, psychanalyse er Depuis les traductions et commentaires suscités par le traité Du sublime (i s. apr. J.-C.) du Pseudo-Longin, le sublime désigne ce qui est élevé, noble, magnifique. L'idéalisme et le romantisme allemand, Kant, Goethe, Schiller, Hegel, Schelling, Nietzsche ont apporté leur contribution à la définition du mot. Lorsque Freud recueille, pour caractériser un type de destin pulsionnel, le terme Sublimierung plutôt que celui de Sublimation (réservé à l'opération chimique qui consiste à convertir un corps de l'état solide à l'état gazeux), il se place de fait dans le registre esthétique et moral. Le français « sublimation », demeuré plus proche du registre chimique et alchimique, véhicule une idée de volatilisation, et donc d'idéalisation. La Sublimierung, elle, est plus étroitement liée au « sublime », valeur requérante qui prend en compte les effets produits par l'œuvre sur le spectateur et donne l'idée d'un statut supérieur à celui qui en reçoit l'impression. La sexualité à l'origine de la civilisation La sublimation freudienne se caractérise par l'extension du domaine pulsionnel de l'intimité de l'individu à l'univers social, intellectuel et culturel. Elle est l'affirmation de l'origine sexuelle de toute œuvre de civilisation.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

La sublimation

de presses-universitaires-de-france

Du Sublime

de editions-belin

SUBLIMATION, psychanalyse

Depuis les traductions et commentaires suscités par le traité Du sublime (ier s. apr. J.-C.) du Pseudo-Longin, le sublime désigne ce qui est élevé, noble, magnifique. L'idéalisme et le romantisme allemand, Kant, Goethe, Schiller, Hegel, Schelling, Nietzsche ont apporté leur contribution à la définition du mot. Lorsque Freud recueille, pour caractériser un type de destin pulsionnel, le terme Sublimierung plutôt que celui de Sublimation (réservé à l'opération chimique qui consiste à convertir un corps de l'état solide à l'état gazeux), il se place de fait dans le registre esthétique et moral. Le français « sublimation », demeuré plus proche du registre chimique et alchimique, véhicule une idée de volatilisation, et donc d'idéalisation. La Sublimierung, elle, est plus étroitement liée au « sublime », valeur requérante qui prend en compte les effets produits par l'œuvre sur le spectateur et donne l'idée d'un statut supérieur à celui qui en reçoit l'impression.

La sexualité à l'origine de la civilisation

La sublimation freudienne se caractérise par l'extension du domaine pulsionnel de l'intimité de l'individu à l'univers social, intellectuel et culturel. Elle est l'affirmation de l'origine sexuelle de toute œuvre de civilisation. Selon les textes de Freud et selon les orientations théoriques des auteurs qui ont cherché à compléter sa réflexion (Melanie Klein, Jacques Lacan, Jean Laplanche, Daniel Lagache), la sublimation concerne aussi bien l'organisation sociale que la création artistique, l'investigation intellectuelle, les représentations religieuses ou, à l'extrême, tout comportement d'adaptation à la réalité. Mais l'œuvre d'art est le prototype des conséquences de la sublimation.

Bien qu'il évoque fréquemment la sublimation, Freud a renoncé à lui consacrer une étude spécifique. Dans la première topique, elle est un des destins ouverts à la pulsion sexuelle (opposée aux pulsions d'autoconservation du moi) : tout en gardant la même source (l'excitation somatique) et la même intensité, la pulsion change d'objectif (la suppression de la tension par la satisfaction est obtenue par la dérivation vers des buts sexuels supérieurs) et d'objet au profit d'un objet socialement valorisé, psychiquement parent du premier (« Pulsions et destin des pulsions », in Métapsychologie, 1915). Ainsi la spéculation intellectuelle est une sublimation de la pulsion de maîtriser et utilise comme énergie le désir de voir. L'amour du beau dérive lui aussi de l'excitation visuelle. Le dévouement aux intérêts communs est une sublimation de positions objectales homosexuelles. La sublimation ne suppose pas le renoncement de la satisfaction et constitue, chez l'artiste par exemple, un compromis entre le principe de plaisir et le principe de réalité : « l'artiste se détourne de la réalité parce qu'il ne peut se faire au renoncement de la satisfaction des pulsions exigé d'emblée par elle ». La sublimation trouverait son origine dans la période de latence, au cours de laquelle la sexualité ne peut s'employer à la génération et où les dispositions perverses ne produisent que des sentiments de déplaisir, du fait des désaveux que la réalité leur impose. Dans la deuxième topique, qui oppose, à partir de 1920, pulsions sexuelles et pulsions de mort, la sublimation devient dépendante du narcissisme, par le retrait de la libido d'objet vers le Moi et la « transformation de la libido d'objet sexuelle en libido narcissique, pour lui poser peut-être un nouveau but » (« Le Moi et le Ça », 1923). Et Freud tente d'accentuer la distinction entre la sublimation et l'idéal du Moi, qui œuvre, lui, pour le refoulement, ainsi qu'entre la sublimation et l'idéalisation qui fait considérer l'objet de la libido comme sublime.

Sublimation et création artistique

La notion est plus ou moins extensive en fonction de la désexualisation (qui est une condition tantôt seulement nécessaire, tantôt nécessaire et suffisante, si bien que le simple travail de pensée peut être lui aussi pris en charge par sublimation d'une force de pensée érotique) et des différences constitutives (certains individus seraient plus aptes que d'autres à sublimer. Mais pourquoi ? Freud n'a jamais pu approfondir cette question). Les artistes y sont particulièrement portés, mais les névrosés n'apportent pas tous beaucoup de talent à la sublimation et celle-ci ne saurait constituer le but de la cure. La notion de sublimation a connu un grand succès, sans doute parce qu'elle semblait, à tort, être un renoncement à la pulsion sexuelle. L'idée de désexualisation vers des buts sexuels supérieurs pose néanmoins problème.

C'est Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci (1910) qui fournit l'exemple le plus développé d'une réflexion sur la sublimation et qui illustre le fait que « l'analyse d'individus curieusement doués en tant qu'artistes indiquera des rapports pervers entre la création, la perversion et la névrose, selon que la sublimation aura été complète ou incomplète ». Le refoulement de son intense attachement à sa mère aurait rendu Léonard homosexuel, lui faisant fuir les autres femmes. Une grande partie des besoins érotiques se serait sublimée à la fois en soif universelle de savoir et en œuvre d'art. Une faible part de la libido, demeurant orientée vers des fins directement sexuelles, aurait donné lieu à sa vie sexuelle atrophiée. Dans la Sainte Anne du Louvre, Freud voit apparaître le contour d'un vautour à travers les plis des robes mêlées de la Vierge et de sainte Anne, vers lesquelles se tourne l'Enfant, et développe l'hypothèse du « fantasme au vautour ». Léonard aurait peint l'Enfant allaité par la queue du vautour et représenté ainsi une situation à caractère homosexuel. Une fusion bienheureuse de l'être mâle avec l'être féminin figurerait dans le tableau la réalisation des désirs de l'enfant autrefois fasciné par la mère. Ainsi, le refoulement, la fixation et la sublimation se partageraient les apports faits par l'instinct sexuel à la vie psychique de Léonard.

Sublimation, névrose et rêve ont donc les mêmes sources pulsionnelles. Mais la sublimation se réaliserait d'elle-même dès que les inhibitions ont été levées, explication qui demeure très insuffisante. Freud avoue que la psychanalyse ne parvient pas, à ce stade du moins, à rendre compte d'autre chose que du contenu de l'œuvre et n'explique pas pourquoi ni en quoi Léonard fut un artiste. L'élaboration est inachevée. Pourtant l'évaluation de l'action conjointe, dans la réalisation de l'œuvre d'art, des processus primaires – qui associent et condensent – et des processus secondaires – qui jugent et contrôlent – fournirait peut-être le moyen d'approfondir la question. On peut regretter ce mouvement de recul, semblable à celui que Freud esquisse en d'autres occasions face aux œuvres qu'il admire, comme s'il était paralysé par le sublime.

La question de l'efficience de l'œuvre joue du reste un rôle important dans la théorie de la sublimation de Lacan (L'Éthique de la psychanalyse, 1986). L'effet de la sublimation, sur le spectateur aussi bien, indique qu'a été rencontré un aspect du narcissisme, projeté en une forme du monde réel, comme le vase du potier dégage « le vide au centre du réel qui s'appelle la Chose », et qui dans l'exemple de l'amour courtois est représenté par la Dame. La Chose ouvre chez celui qui la rencontre un désir de désir qui éveille ses propres capacités de sublimation.

Auteur: Odile BOMBARDE
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin