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Définition et synonyme de : SYNTAGME /PARADIGME, linguistique

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Article publié par Encyclopaedia Universalis SYNTAGME /PARADIGME, linguistique Depuis Ferdinand de Saussure (et son Cours de linguistique générale, 1916, rééd. 1995), on distingue en linguistique deux types de rapports possibles entre les unités de la langue : d'une part les rapports (dits in praesentia) entre les différentes unités qui se succèdent sur la chaîne parlée, et d'autre part les rapports virtuels (dits in absentia) entre les unités de la langue appartenant à une même classe morphosyntaxique ou sémantique. Les rapports in praesentia sont également appelés par Saussure « rapports syntagmatiques ». Dans le discours, des relations unissent les unités successives, qui se combinent entre elles pour former des syntagmes. La taille d'un syntagme est variable : selon Saussure, elle peut aller du mot constitué de deux unités (exemple « re-lire ») jusqu'à la phrase entière (« S'il fait beau, nous sortirons »), en passant par tous les stades intermédiaires (comme « Contre tous » ou « La vie humaine »). Les rapports in absentia, appelés « rapports associatifs » par Saussure, ont par la suite reçu le nom de rapports paradigmatiques. L'idée de départ, empruntée à la psychologie associationniste de l'époque, est que, en dehors du discours, des relations d'association se constituent dans la mémoire des locuteurs, entre des unités ayant quelque chose en commun. Un mot comme « enseignement » évoquera des séries du type « enseigner, renseigner... » ou « armement, changement...
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SYNTAGME /PARADIGME, linguistique

Depuis Ferdinand de Saussure (et son Cours de linguistique générale, 1916, rééd. 1995), on distingue en linguistique deux types de rapports possibles entre les unités de la langue : d'une part les rapports (dits in praesentia) entre les différentes unités qui se succèdent sur la chaîne parlée, et d'autre part les rapports virtuels (dits in absentia) entre les unités de la langue appartenant à une même classe morphosyntaxique ou sémantique.

Les rapports in praesentia sont également appelés par Saussure « rapports syntagmatiques ». Dans le discours, des relations unissent les unités successives, qui se combinent entre elles pour former des syntagmes. La taille d'un syntagme est variable : selon Saussure, elle peut aller du mot constitué de deux unités (exemple « re-lire ») jusqu'à la phrase entière (« S'il fait beau, nous sortirons »), en passant par tous les stades intermédiaires (comme « Contre tous » ou « La vie humaine »).

Les rapports in absentia, appelés « rapports associatifs » par Saussure, ont par la suite reçu le nom de rapports paradigmatiques. L'idée de départ, empruntée à la psychologie associationniste de l'époque, est que, en dehors du discours, des relations d'association se constituent dans la mémoire des locuteurs, entre des unités ayant quelque chose en commun. Un mot comme « enseignement » évoquera des séries du type « enseigner, renseigner... » ou « armement, changement... » (par analogie de forme du radical ou de la terminaison) ou bien du type « éducation, apprentissage... » (par analogie de signifié). À cet égard, « un terme donné est comme le centre d'une constellation, le point d'où convergent d'autres termes coordonnés, dont la somme est indéfinie ». Les groupes d'unités ainsi constitués seront, après Saussure, dénommés paradigmes.

Pour Saussure, les deux types de rapports ne sont pas indépendants l'un de l'autre. Dans un syntagme, « le rapport syntagmatique de la partie au tout est aussi important que celui des parties entre elles [...] il s'agit toujours d'unités plus vastes, composées elles-mêmes d'unités plus restreintes, les unes et les autres étant dans un rapport de solidarité réciproque ». Or, pour poser l'existence d'un syntagme décomposable en sous-unités, il faut pouvoir s'appuyer sur l'existence de séries associatives. Ainsi, « défaire » ne peut s'analyser en « dé-faire » que parce qu'il existe des séries comme « décoller, déplacer, découdre... » d'un côté, et « faire, refaire, contrefaire... » de l'autre : « défaire serait inanalysable si les autres formes contenant dé- ou faire disparaissaient de la langue ».

La mise au jour par Saussure de ce double système de rapports entre les unités de la langue, donnant lieu à des relations plus tard dénommées respectivement de « contraste » et d'« opposition », a constitué pour la linguistique un acquis d'une importance considérable. C'est en effet en prenant appui sur les deux dimensions syntagmatique et paradigmatique (popularisées par la représentation de deux axes sécants horizontal et vertical) que les linguistes ont pu fonder les procédures de délimitation des unités élémentaires (phonèmes et morphèmes) et d'appréhension de leur combinatoire sur la chaîne parlée. Selon les courants, l'insistance portera plutôt sur la dimension syntagmatique ou au contraire davantage sur la dimension paradigmatique – nonobstant la solidarité, reconnue par la plupart des auteurs, entre les deux.

Pour la tradition dite « distributionnaliste » de la linguistique structurale (Leonard Bloomfield, Zellig Harris) qui pratique l'analyse dite « en constituants immédiats » (Charles Hockett), c'est la dimension syntagmatique qui est privilégiée. Un syntagme est un groupe d'éléments formant une unité au sein d'une structure hiérarchisée : il se décompose en constituants plus petits, et est lui-même constituant d'une unité supérieure. Chaque syntagme est qualifié selon la catégorie du terme qui en constitue la « tête » ; ce peut être un syntagme nominal (« la maison », « la maison de Jean »), un syntagme adjectival (« nichée dans la verdure »), un syntagme verbal (« pourrait avoir été vendue »), etc. Dans cette perspective, le recours au paradigme, comme lieu de substitutions possibles d'unités, constitue un moyen commode de constituer des classes d'unités (noms, verbes, adjectifs...) ayant approximativement les mêmes propriétés combinatoires. C'est en prenant appui sur cette analyse en constituants immédiats que la grammaire générative de Noam Chomsky intégrera comme base de sa composante syntaxique une « grammaire syntagmatique », dont les règles appelées « règles syntagmatiques » sont des « règles de réécriture » permettant de décrire les catégories dans les termes de leurs constituants (du type « “phrase” se réécrit “syntagme nominal + syntagme verbal” », « “syntagme nominal” se réécrit “déterminant + nom” », etc.).

Pour André Martinet, représentant du courant dit « fonctionnaliste » attentif à la fonction de communication, c'est au contraire la dimension paradigmatique qui est la plus importante. En effet, la notion centrale est ici celle de choix du sujet parlant autorisés par la langue (Éléments de linguistique générale, 1960). Or une unité (phonème sur le plan distinctif, ou monème sur le plan significatif) n'est choisie que si d'autres unités auraient été possibles à sa place : dans un contexte syntagmatique donné, il s'agit donc d'établir le paradigme des unités substituables à l'unité considérée. Ainsi, dans l'énoncé « C'est une bonne bière », la présence du monème « bonne » dans le contexte « une... bière » résulte d'un choix spécifique entre un certain nombre d'épithètes possibles (« excellente, mauvaise... »). « Dire de l'auditeur qu'il comprend le français implique qu'il identifie par expérience les choix successifs qu'a dû faire le locuteur ».

Roman Jakobson, quant à lui, a soutenu la nécessité de distinguer radicalement les deux dimensions syntagmatique et paradigmatique, dans un article de 1956 intitulé « Deux Aspects du langage et deux types d'aphasies » (Essais de linguistique générale, 1963). Ayant rappelé que « parler implique la sélection de certaines entités linguistiques et leur combinaison en unités linguistiques d'un plus haut degré de complexité », Jakobson présente la sélection et la combinaison comme indépendantes l'une de l'autre : la première opérant par rapport au code, la seconde par rapport au message. D'après son analyse (par la suite largement discutée et contestée), cette distinction permettrait de rendre compte de deux types d'aphasies polairement opposés : d'un côté un trouble de la similarité, qui correspondrait à une déficience de la sélection et de la substitution, et de l'autre un trouble de la contiguïté (ou « agrammatisme »), qui correspondrait à une déficience de la combinaison et de la contexture. De plus, Jakobson relie ces deux troubles à la disparition (partielle ou totale) respectivement de l'usage de la métaphore et de l'usage de la métonymie.

Auteur: Catherine FUCHS
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