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Définition et synonyme de : TAOÏSME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis TAOÏSME Le taoïsme est, avec le confucianisme et le bouddhisme, l'une des trois doctrines majeures de la civilisation chinoise. Le mot « doctrine » traduit le terme chinois xue. Englobant les notions de philosophie et de religion, il est certainement le mot le plus apte à désigner des courants de pensée qui se réalisent tantôt de façon plus philosophique, tantôt de façon plus religieuse. er En effet, le bouddhisme introduit en Chine à partir du i siècle, qui apparaît principalement comme une religion, peut être considéré et étudié comme une philosophie. De la même manière, réduire le confucianisme apparu au e v siècle avant J.-C. à une philosophie, c'est ignorer les aspects mythologiques et rituels qui en font aussi une religion. Son contemporain, le taoïsme comporte aussi ces deux aspects, et s'il est difficile de déterminer lequel prime sur l'autre, c'est en vertu du fait que la distinction s'opère moins qualitativement que chronologiquement. Le taoïsme qui se développe avant l'ère chrétienne est principalement philosophique, tandis que celui qui se e développe depuis le ii siècle de notre ère est principalement religieux. Une philosophie Le terme « taoïsme » signifie « doctrine de la Voie ». La Voie (Dao ou Tao) est le terme par lequel le Livre de la Voie et de la Vertu (Daode jing) de Laozi (Lao Tseu) nomme, faute de mieux, l'Absolu ineffable qui donne son existence et son sens à l'Univers.
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TAOÏSME

Le taoïsme est, avec le confucianisme et le bouddhisme, l'une des trois doctrines majeures de la civilisation chinoise. Le mot « doctrine » traduit le terme chinois xue. Englobant les notions de philosophie et de religion, il est certainement le mot le plus apte à désigner des courants de pensée qui se réalisent tantôt de façon plus philosophique, tantôt de façon plus religieuse. En effet, le bouddhisme introduit en Chine à partir du ier siècle, qui apparaît principalement comme une religion, peut être considéré et étudié comme une philosophie. De la même manière, réduire le confucianisme apparu au ve siècle avant J.-C. à une philosophie, c'est ignorer les aspects mythologiques et rituels qui en font aussi une religion. Son contemporain, le taoïsme comporte aussi ces deux aspects, et s'il est difficile de déterminer lequel prime sur l'autre, c'est en vertu du fait que la distinction s'opère moins qualitativement que chronologiquement. Le taoïsme qui se développe avant l'ère chrétienne est principalement philosophique, tandis que celui qui se développe depuis le iie siècle de notre ère est principalement religieux.

Une philosophie

Le terme « taoïsme » signifie « doctrine de la Voie ». La Voie (Dao ou Tao) est le terme par lequel le Livre de la Voie et de la Vertu (Daode jing) de Laozi (Lao Tseu) nomme, faute de mieux, l'Absolu ineffable qui donne son existence et son sens à l'Univers. La profondeur de cette dénomination demande à être soulignée. « Voie » possède évidemment une connotation dynamique : l'idée d'avancer qui évoque la transformation constante de l'univers à laquelle le taoïsme est si sensible. Mais les Chinois les plus avisés expliquent aussi que la voie est simultanément l'origine, la fin et le chemin qui unit les deux. En ce sens, le mot « voie » donne une image particulièrement évocatrice de l'Absolu. Du point de vue métaphysique, le taoïsme affirme le caractère indicible de la Voie avec une radicalité que l'on ne retrouve en Occident que chez quelques rares penseurs comme Plotin (205-270). De fait, le classique de Laozi est peu loquace puisqu'il ne contient que 5 000 mots qui forment des paragraphes ou aphorismes épars illustrant cette voie dans ses manifestations bien plus qu'ils la décrivent dans sa nature. Car la Voie étant, en elle-même, indescriptible, elle ne peut être connue que dans ses manifestations.

D'ailleurs, le deuxième sens du mot dao, qui désigne la voie, est aussi celui de « dire », « exprimer ». Si la Voie indicible ne peut être décrite, elle parle et peut être approchée dans son expression. Selon l'enseignement de Laozi (chap. 42), la Voie produit « l'un » qui lui-même produit « deux » (yin et yang) qui produisent « trois » (le yin, le yang et leur union), qui produisent les dix mille êtres, c'est-à-dire l'Univers. « L'un » n'est autre qu'une sorte de chaos originel, qui rappelle assez l'idée de l'Être plotinien. Le « deux » puis le « trois » désignent le yin et le yang, ces deux forces contraires qui se retrouvent en toute chose et, s'interpénétrant (le yin contient du yang et le yang contient du yin), créent en toute réalité la dynamique qui explique les transformations (hua), c'est-à-dire les processus de mort et de génération, de déliquescence et de croissance, de démultiplication et d'unification. Pour se conformer à la Voie indicible, le taoïsme prend donc pour modèle la manifestation visible de la Voie qu'est la nature. Or la nature a un mouvement, inexorable, irrésistible et dépourvu de tout sentiment, que suivent tous les êtres. De même, le sage doit intégrer sa propre activité au rythme de l'Univers et des choses.

En opposition aux autres doctrines de son temps, particulièrement la morale sociale ou l'attachement obstiné de Confucius à restaurer des rites et une société révolus, Laozi affirme que le sage est celui qui, sans états d'âme, pratique le non-agir (wuwei). Le non-agir signifie non pas l'inaction mais une action qui suit et accompagne le mouvement de l'Univers. Ainsi, le taoïste idéal vit effacé, insensible aux joies ou aux peines. On ne le remarque pas, et quand il pose quelque action méritoire, il n'en tire aucune gloire. Dans le même esprit, le bon souverain n'exerce aucune contrainte mais laisse son peuple parfaitement libre.

La pensée de Laozi est amplement développée dans une œuvre majeure de la littérature chinoise, le Zhuangzi, attribué à un certain maître Zhuang. Ce livre composite du iiie siècle avant J.-C. contient, du point de vue littéraire, quelques-unes des plus belles pages de la littérature chinoise. Du point de vue philosophique, il développe aussi la notion de « l'homme authentique » (zhenren) qui a retrouvé en lui sa nature originelle, le saint ou l'homme parfait de la tradition taoïste. Il pousse aussi à son extrême la pensée de Laozi, jusqu'à en manifester les apories. L'égalité de toutes choses entraîne l'égalité de la vie et de la mort et même celle, plus difficile à comprendre pour les Occidentaux, du bien et du mal.

Une religion

Du fait de ces apories, la philosophie taoïste pouvait difficilement se développer au cours des siècles et, quoique très prisée par certains empereurs, ne réussit jamais à être une philosophie intégrale de gouvernement, contrairement au confucianisme. Pourtant, certaines de ses intuitions comme l'adaptation aux circonstances ou la recherche de l'harmonie avec la nature ont profondément marqué l'esprit chinois. Ainsi, c'est dans la religion que le taoïsme trouvera ses prolongements les plus novateurs. Le taoïsme religieux, qui n'exclut pas la pratique simultanée du confucianisme et du bouddhisme, fait appel à un riche panthéon duquel on implore le bonheur, la richesse et la longévité. Il donne aussi une place importante à la contrition des péchés, à la prière pour les mânes des morts ou pour la préservation contre les calamités, enfin à l'exorcisme des esprits mauvais et influx néfastes. Historiquement, il apparaît au iie siècle de notre ère. Après avoir reçu des révélations de Laozi, Zhang Daoling crée une sorte d'église taoïste avec ses communautés, ses règlements et ses rituels. C'est le mouvement du Maître céleste (Tianshidao), aussi appelé de l'Unité correcte (Zhengyi), qui est jusqu'à aujourd'hui l'un des principaux représentants du taoïsme.

Dans les siècles qui suivirent, d'autres révélations vinrent former le corpus des textes doctrinaux et liturgiques du taoïsme. L'alchimie taoïste connaît aussi des développements. En effet, le taoïsme a pour but l'accession à l'immortalité, une aspiration qui a conduit tout au long de l'histoire un nombre non négligeable d'adeptes à ingérer des élixirs variés à base de plantes, minéraux ou métaux. À partir du viiie siècle, les traditionnels exercices chinois d'entretien de la vie furent repris avec des symboles de l'alchimie pour créer ce que l'on a appelé l'« alchimie interne » (neidan), une ascèse qui tente de réaliser l'immortalité par un travail sur les énergies du corps. Cette ascèse allie la méditation à des exercices physiques, notamment l'échauffement du corps par le contrôle du souffle et la rétention de la respiration. L'alchimie intérieure se répandit très largement dans les milieux taoïstes au point de devenir une composante ordinaire de l'ascèse du mouvement monastique taoïste de l'« Achèvement de l'authenticité » (Quanzhen) qui se développa au xiie siècle et constitue jusqu'à aujourd'hui, avec le mouvement du Maître céleste, le deuxième pilier de la religion taoïste.

Auteur: PIERRE MARSONE
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