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THÈME, musique

Un thème est un motif mélodique ou rythmique ou mélodico-rythmique, parfois harmonique, suffisamment typé pour être facilement reconnaissable, et suffisamment riche pour être développé, varié, transposé ou transformé. Ce terme fut précédé de bien d'autres vocables au cours de l'histoire : cantus (firmus), ténor ou teneur, phrase, idée musicale, sujet dans le cadre précis de la fugue.

Le thème constitue le fondement essentiel d'une œuvre, de sa structure et de son unité. On a l'habitude de le diviser en motifs (souvent groupés par des liaisons), eux-mêmes découpables en cellules plus courtes. Mais sa longueur est si variable qu'il serait vain de vouloir généraliser : les thèmes préclassiques sont plutôt courts, alors que le premier thème du premier mouvement de la Sonate pour violon et piano de Claude Debussy (1916-1917), par exemple, contient vingt-quatre mesures. Un thème s'analyse donc au cas par cas, sa délimitation pouvant d'ailleurs se révéler problématique. Il se caractérise cependant par de nombreux éléments fondamentaux : sa tonalité (ou sa modalité), sa mesure, son tempo, ses éventuelles modulations (il passe assez souvent de la tonique à la dominante), ses rythmes constitutifs ainsi que la place et le poids des silences, son ambitus (intervalle du son le plus grave au son le plus aigu). Il se repère aussi par ses articulations (anacrouse et désinence ou arsis et thesis ; antécédent et conséquent chez les classiques ; symétrie et carrure en découpe de quatre plus quatre mesures chez les classiques ; repos aux points cadentiels), son profil d'évolution (ascendant ou descendant, courbes diverses, marches), son (ou ses) point(s) culminant(s), ses phrasés, ses intervalles (conjoints ou disjoints, certains d'entre eux caractéristiques et expressifs ; leur élargissement), sa dynamique (nuances et accents, contrastes ou progressions), son agogique (variations de mouvement), son ornementation. On relève enfin ses éventuelles tensions et détentes (leurs places, leurs portées), ses contrastes ou son unité, ses éventuels figuralismes, son style, son orchestration s'il y a lieu (ses registres conservant les mêmes particularités de timbres, et leurs oppositions), son originalité ou ce qui le rend remarquable. Sans compter le soutènement harmonique, qui peut varier à la reprise du thème. En fonction de l'importance d'un de ces éléments sur les autres, on peut parler de thème mélodique, de thème rythmique, de thème harmonique. On a souvent utilisé les termes – discutables – de masculin et de féminin à propos des thèmes beethovéniens pour évoquer, dans le premier cas, les thèmes rythmiques, dans le second, les thèmes davantage lyriques et mélodiques.

Un thème suffisamment caractérisé peut représenter une époque, un genre, un caractère, une expression, un pays et son folklore (par ses tournures mélodiques, sa modalité, ses rythmes), une danse (par ses rythmes surtout). Certains sont typés au point que leurs auteurs sont immédiatement reconnaissables. On retient ainsi, entre autres qualités, les dons exceptionnels de mélodistes de Mozart, Schubert, Chopin et Brahms. Puccini avait la réputation d'élaborer ses thèmes opératiques avec difficulté, ce qui n'était pas le cas de Verdi.

L'allegro de sonate a d'abord été monothématique à l'époque préclassique, puis bithématique avec les classiques. Cependant la forme sonate peut posséder de nombreux thèmes, y compris des thèmes de pont, de développement, de conclusion ou de coda. Beethoven a réalisé des prouesses d'écriture en matière de développement thématique (par variations, amplifications, éliminations, superpositions, progressions, marches, répétitions, renversements, transpositions, modulations, transformations des intervalles...). Le fait que le matériau de base puisse parfois se réduire à sa plus simple expression (comme dans la Cinquième Symphonie) n'est d'ailleurs pas un obstacle à la manipulation thématique ni au renouvellement de l'imagination créatrice. Un thème peut être varié à sa réexposition, à une reprise, entre ses différentes phrases, ou de façon programmée, comme cela est le cas dans la forme du thème et variations (variation ornementale, contrapuntique, rythmique, tonale, modale, modulante, harmonique, timbrique...). Les thèmes peuvent aussi se superposer (le finale de la Symphonie no 40 « Jupiter » de Mozart en empile cinq). Un thème peut être précédé d'une introduction en rapport ou non avec lui, ou avec un thème ultérieur. Le (ou les) thème(s) d'une fugue, qui prend dans ce cas le nom de sujet, se soumet aux règles contrapuntiques de l'imitation, du mouvement contraire, rétrograde, rétrograde contraire, de l'augmentation, de la diminution, etc.

À la fin du xixe siècle, les thèmes deviennent de plus en plus longs, de plus en plus riches, et de plus en plus nombreux au sein d'un même mouvement. Il peut alors exister des liens de parenté entre les thèmes d'un même mouvement, entre les thèmes de mouvements différents, ou même entre les thèmes d'œuvres différentes. On qualifie de cyclique un thème qui permet l'unité des mouvements d'une œuvre en circulant partout tel un motif conducteur. On en trouve déjà dans les dernières sonates pour piano de Beethoven, mais aussi et surtout chez César Franck (il existe trois thèmes cycliques dans sa Sonate pour piano et violon) et ses épigones (Vincent d'Indy, Guy Ropartz, Albéric Magnard...). Les leitmotivs wagnériens sont aussi des thèmes cycliques. Au xxe siècle, de nombreuses œuvres seront athématiques, ce qui ne facilite pas leur approche compte tenu de nos habitudes d'écoute. Par ailleurs, les séries dodécaphoniques peuvent aussi constituer des thèmes, même s'il ne s'agit pas de leur ambition première.

Auteur: Sophie COMET