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Définition et synonyme de : THOMISME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis THOMISME Le thomisme est une tradition doctrinale faisant référence à l'œuvre de Thomas d'Aquin. Né vers 1224-1225 près de Naples et mort à Fossanova en 1274, ce frère dominicain ayant étudié et enseigné principalement à Paris et en Italie fut l'un des penseurs les plus influents du Moyen Âge. L'immensité de son œuvre tenait du miracle, ce qui fut l'un des arguments en faveur de sa canonisation en 1323 : dictant parfois jusqu'à quatre secrétaires simultanément, Thomas d'Aquin, proclamé docteur de l'Église en 1567, a laissé des commentaires théologiques, bibliques et aristotéliciens, d'innombrables écrits de circonstance, et surtout ses deux célèbres sommes : la Somme contre les Gentils et la Somme théologique. LLaa mméétthhooddee ssccoollaassttiiqquuee Le thomisme commence par être une méthode. Son but a été d'exposer, dans la mesure du discours humain, la vérité de la foi chrétienne tout en réfutant les erreurs contraires. Thomas d'Aquin fit partie de la première génération en Occident à connaître pratiquement toute l'œuvre d'Aristote, transmise à travers le monde arabo-musulman et accompagnée des commentaires d'Averroès ainsi que des grandes synthèses d'Avicenne et de Maïmonide.
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THOMISME

Le thomisme est une tradition doctrinale faisant référence à l'œuvre de Thomas d'Aquin. Né vers 1224-1225 près de Naples et mort à Fossanova en 1274, ce frère dominicain ayant étudié et enseigné principalement à Paris et en Italie fut l'un des penseurs les plus influents du Moyen Âge. L'immensité de son œuvre tenait du miracle, ce qui fut l'un des arguments en faveur de sa canonisation en 1323 : dictant parfois jusqu'à quatre secrétaires simultanément, Thomas d'Aquin, proclamé docteur de l'Église en 1567, a laissé des commentaires théologiques, bibliques et aristotéliciens, d'innombrables écrits de circonstance, et surtout ses deux célèbres sommes : la Somme contre les Gentils et la Somme théologique.

La méthode scolastique

Le thomisme commence par être une méthode. Son but a été d'exposer, dans la mesure du discours humain, la vérité de la foi chrétienne tout en réfutant les erreurs contraires. Thomas d'Aquin fit partie de la première génération en Occident à connaître pratiquement toute l'œuvre d'Aristote, transmise à travers le monde arabo-musulman et accompagnée des commentaires d'Averroès ainsi que des grandes synthèses d'Avicenne et de Maïmonide. Le thomisme a, de ce point de vue, souvent été considéré comme un cas exemplaire de la méthode scolastique au Moyen Âge : la philosophie aristotélicienne – en tant qu'expression par excellence de la rationalité humaine – devient une science indispensable pour penser Dieu et pour rendre intelligible la foi. C'est à ce titre que la théologie peut acquérir le statut d'une science, et non se limiter à une exégèse biblique : elle doit considérer les propositions de la Bible non seulement comme des articles de foi, mais aussi comme des principes de raisonnement. C'est ainsi qu'il est, par exemple, possible de prouver l'existence de Dieu, affirmée par l'Écriture, mais que Thomas ne considérait pas comme évidente : des notions empruntées d'Aristote telles que le mouvement, la contingence, la causalité, la perfection ou la finalité permettent ainsi de remonter vers un premier « que nous appelons Dieu ».

La tradition aristotélicienne n'était toutefois pas la seule pratiquée par Thomas, puisque le néo-platonisme (transmis en particulier par Denys l'Aréopagite, le Livre des Causes) lui a également fourni certains schèmes explicatifs fondamentaux : si la création est la procession d'un Dieu qui aime vers ce qu'il crée, l'activité rationnelle des créatures – et en premier lieu celle du théologien et du philosophe – doit viser à retourner vers lui. C'est au nom de ce qui est avant tout une méthode qu'on a souvent parlé d'une « synthèse thomiste » pour désigner cette union entre des discours – théologie et philosophie – que la raison humaine aime pourtant opposer.

Une métaphysique chrétienne

Une telle synthèse n'est possible que parce que le thomisme est aussi une pensée de l'unité du réel, puisque tout ce qui existe ou peut exister procède de Dieu comme cause suprême. Cette conception d'un fondement unique du réel fournit la clé de la conception thomiste de la métaphysique : partant de la constatation que toutes les choses sont, Thomas d'Aquin a érigé l'être en une notion première, naturellement intelligible, source de ce que l'esprit concevra comme vrai ; conscient par ailleurs du fait que l'être s'exprime de diverses manières, il affirme qu'il ne faut pas confondre l'existence, l'essence et l'être lui-même : une essence (l'homme pris abstraitement comme « animal rationnel ») ne devient existence que par le biais de la création, de telle sorte qu'il convient de distinguer l'être de l'essence ; et comme toutes les existences dépendent d'une cause elle-même existante, la première cause peut dès lors être pensée comme le premier être, ou « être subsistant par soi ».

La conviction d'une unité du réel se retrouve également au cœur de la conception thomiste de l'homme : Thomas a toujours insisté sur l'intime coopération entre les diverses facultés de l'âme (l'intelligence « illuminant » la volonté, la volonté suscitant la réflexion de l'intelligence), tout comme sur l'interconnexion des vertus humaines (on ne peut en dernière instance opposer la justice à l'obéissance – avec les conséquences radicales que l'on peut en tirer). Mais cette pensée d'une origine unique du réel a aussi sa part d'ombre, puisque nombre de notions ou de phénomènes ne peuvent être pensés que négativement : le mal n'est pensable qu'en tant que privation par rapport au bien ; le suicide n'est pensé que sous l'angle d'une trahison à l'égard de la conservation de soi et constitue donc un péché ; l'angoisse n'est comprise que sous l'angle d'un manque de certitude.

Au nom de cette exigence d'unité, le thomisme refuse d'opposer Dieu et l'homme, image parfaite de la Trinité par ses facultés. Sur le plan théologique, cela signifie que la grâce n'abolit pas la nature, mais la parfait, et que la cause première coopère avec la cause seconde dans le gouvernement de l'univers. Sur le plan philosophique, cela signifie que l'homme se situe au plus haut degré du monde matériel, en tant que créature rationnelle. C'est à partir de ses inclinations que l'on pourra déduire une loi de nature, comme celle qui consiste à conserver son être, à faire le bien et à éviter le mal.

Mais, plus encore, il s'agit de découvrir la rationalité intrinsèque de ces notions : au rebours de toute approche considérant le bien comme créé par le désir ou imposé par la loi, le thomisme a toujours été soucieux de concevoir le bien, le juste ou le beau comme des notions objectives, donnant une finalité aux actions.

Cette confiance en la raison comme ce qu'il y a d'irréductible en l'homme explique également la contribution positive du thomisme lors des débats sur l'unicité de la nature humaine, au moment de la colonisation européenne du monde : contre la logique de la destruction, c'est en thomiste que Las Casas a défendu l'humanité des Indiens.

Renaissance du thomisme

À la fois méthode et vision du monde, le thomisme s'est transformé au cours des siècles en une tradition. L'expression thomista, comme souvent dans l'histoire des idées, avait d'abord été forgée par les adversaires (notamment franciscains) de Thomas, dès les dernières années du xiiie siècle, et elle a ensuite été reprise par ses défenseurs. C'est seulement à la fin du Moyen Âge que le thomisme est devenu un courant doctrinal organisé, d'abord dans l'ordre dominicain : outre le travail de défense effectué par le Toulousain Jean Cabrol (début du xve s.), les noms à retenir sont Köllin (Cologne), Cajetan (Italie) ainsi que la puissante école espagnole de Salamanque (Vitoria, Cano, Báñez, Araújo). Le thomisme a également été adopté comme doctrine officielle par de nombreux autres ordres religieux, en particulier les Jésuites, qui se réservaient toutefois une grande liberté d'interprétation. Après une période de déclin, le thomisme a enfin connu une puissante renaissance sous l'impulsion du pape Léon XIII (1879, « néo-thomisme »), non sans un certain paradoxe. En effet, alors que l'Église n'a cessé de souligner l'inaltérable « actualité » du thomisme, à l'instar de Jean-Paul II dans Fides et ratio, l'extraordinaire pouvoir de séduction intellectuelle exercé par cette pensée médiévale sur le xxe siècle s'explique plutôt par le fait que le thomisme fournit des armes efficaces pour une critique profonde de la modernité : contre l'éclatement du savoir, contre la clôture de l'individu sur soi-même, contre la réduction scientifique de l'homme à du vivant manipulable, contre l'hédonisme érigé en norme de vie. C'est cela qui explique son succès chez les philosophes chrétiens (Jacques Maritain, Edith Stein, Étienne Gilson, Xavier Zubiri...) mais aussi auprès de nombreux non-catholiques, persuadés que seul un pas en arrière pourrait sauver la civilisation moderne.

Auteur: JACOB SCHMUTZ
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