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Définition et synonyme de : UNILATÉRALISME /MULTILATÉRALISME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis UNILATÉRALISME /MULTILATÉRALISME Le couple formé par les notions d'unilatéralisme et de multilatéralisme appartient à l'essence des sociétés humaines, comme celui de l'individuel et du collectif, de la liberté et de la règle, de la force et du consentement réciproque ou du contrat. Mais il a pris une place centrale dans l'économie et la politique internationales, avec la multiplication des traités et des conventions, des institutions et des réseaux, associant ou transcendant les États, et avec la résistance et la réaction de ceux-ci, soucieux de préserver leur souveraineté et leur liberté d'action menacées par l'interdépendance et la e globalisation, ou par la supranationalité et la juridisation. Depuis le xix siècle, on a assisté à des phases de progrès spectaculaires du multilatéralisme e – notamment au début du xx siècle et au lendemain de la Seconde Guerre mondiale –, interrompues par des retours en force de l'unilatéralisme.
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UNILATÉRALISME /MULTILATÉRALISME

Le couple formé par les notions d'unilatéralisme et de multilatéralisme appartient à l'essence des sociétés humaines, comme celui de l'individuel et du collectif, de la liberté et de la règle, de la force et du consentement réciproque ou du contrat. Mais il a pris une place centrale dans l'économie et la politique internationales, avec la multiplication des traités et des conventions, des institutions et des réseaux, associant ou transcendant les États, et avec la résistance et la réaction de ceux-ci, soucieux de préserver leur souveraineté et leur liberté d'action menacées par l'interdépendance et la globalisation, ou par la supranationalité et la juridisation. Depuis le xixe siècle, on a assisté à des phases de progrès spectaculaires du multilatéralisme – notamment au début du xxe siècle et au lendemain de la Seconde Guerre mondiale –, interrompues par des retours en force de l'unilatéralisme. Encore faudrait-il se hâter de distinguer non seulement entre les époques, mais entre les domaines et surtout entre les degrés et les types de multilatéralisme : celui des institutions intégrées et celui, à géométrie variable, des « coalitions de volontaires », celui des alliances et celui des organisations universelles, celui où les règles sont les mêmes pour tous et celui qui connaît une certaine asymétrie entre le noyau dirigeant ou le leader – qui se réserve une plus grande liberté d'action et une plus grande part dans les décisions – et une périphérie, voire une majorité, dont le rôle est plutôt de ratifier ou de tenir en échec les initiatives venues d'en haut.

Un débat renouvelé

Aujourd'hui, les termes unilatéralisme et multilatéralisme connaissent une fortune sans précédent, à la fois sur le plan théorique et sur le plan politique. Sur le premier, ils sont l'enjeu d'un grand débat chez les théoriciens des relations internationales, divisés entre les partisans du réalisme classique, qui insistent sur la recherche unilatérale de la puissance et de la sécurité par les États jaloux de leur liberté d'action, et ceux de l'institutionnalisme ou du libéralisme, qui insistent sur le rôle de la coopération multilatérale. Sur le plan politique, les prises de position et les actions des États-Unis sous la présidence de George W. Bush représentent un retour à l'unilatéralisme qui met en cause l'architecture multilatérale voulue en grande partie par ses prédécesseurs. De son côté, la France prône, contrairement à la tradition gaulliste, le primat de l'O.N.U. et du droit international comme source exclusive de légitimité.

Sur les deux plans, cependant, des compromis tendent à se faire jour. La notion de « régime » ou d'accord entre États sur un certain nombre de règles et de normes, matérialisées ou non par des institutions propres à un domaine donné (comme le régime des océans ou celui de la non-prolifération nucléaire) et celle de « gouvernance » mondiale représentent, précisément en raison de leur caractère assez vague, un multilatéralisme plus souple et moins contraignant que le règne de la loi. Par ailleurs, les États-Unis cherchent, en Irak, une légitimation de leur action par l'O.N.U., tandis que la France et l'Allemagne suspendent unilatéralement, à l'intérieur de l'Union européenne, l'application des règles du pacte de stabilité.

Un bilan provisoire

Le bilan provisoire que l'on peut tirer de ces débats et de cette évolution est assez complexe. L'ambition de soumettre l'univers international au règne de la loi, ou du moins à un système calqué sur la démocratie constitutionnelle, a donné lieu à la création d'organisations successives, allant du Concert européen à l'O.N.U. en passant par la Société des Nations de l'entre-deux-guerres. L'O.N.U. a tiré les leçons des diverses expériences et de leurs faiblesses respectives, en combinant deux types de multilatéralisme : celui du concert des grandes puissances, représenté par le Conseil de sécurité, et, en particulier, ses membres permanents, et celui, plus égalitaire, de l'Assemblée générale, où chaque membre possède une voix mais dont l'ensemble n'a guère de pouvoir. Le multilatéralisme complexe du système des États et celui de la bureaucratie onusienne se bloquent souvent mutuellement et font parfois place à l'action unilatérale d'un ou plusieurs États. Du moins, l'O.N.U. représente-t-elle une légitimation multilatérale dont ceux-ci ne se passent qu'à leurs dépens.

L'Union européenne est beaucoup plus près de réaliser, sur le plan régional, le projet de limiter, voire de remplacer, la souveraineté et l'action unilatérale des États par des règles et des décisions multilatérales. C'est ce qui se passe dans une grande mesure sur les plans juridique (par l'institution de la Cour européenne) et monétaire comme sur celui des règlements émanant de la Commission. Mais, parmi les différentes instances multilatérales, ce sont celles qui reposent sur la coopération intergouvernementale, comme le Conseil européen, qui semblent prendre le dessus, ainsi que le multilatéralisme partiel des « coopérations renforcées ».

Sur le plan global, ce sont avant tout les institutions fonctionnelles qui représentent un progrès décisif du multilatéralisme. Les agences spécialisées de l'O.N.U., les institutions issues de la conférence de Bretton Woods (1944), comme le Fonds monétaire international et la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (B.I.R.D.), devenue la Banque mondiale, ou des institutions plus récentes comme l'Organisation mondiale du commerce (1995), ou plus informelles (collaboration des banques centrales) constituent un réseau qui contribue puissamment à éviter des crises économiques comme celle de 1929. L'O.M.C., en particulier, même si elle reste inégalitaire, donne l'exemple d'un vrai multilatéralisme, grâce auquel même les partenaires les plus puissants, comme les États-Unis, ne peuvent imposer leur volonté.

Dans d'autres domaines, comme l'environnement, la coopération multilatérale est beaucoup plus faible. Mais c'est surtout dans le domaine militaire que celle-ci atteint ses limites. Certes, l'O.T.A.N. offre un exemple inédit d'alliance intégrée en temps de paix, où les États-Unis dominent en dernière analyse, mais ne peuvent éviter un processus multilatéral. La maîtrise des armements (arms control) exige un effort sans précédent de dialogue permanent entre adversaires potentiels aboutissant à des accords de surveillance et de limitation réciproques. Mais ces innovations semblent en train de se déliter en face, d'une part, de la puissance unique des États-Unis et de l'idéologie unilatéraliste de l'équipe au pouvoir, et, d'autre part, devant des dangers comme le terrorisme fanatique ou suicidaire qui imposent, certes, une coopération multilatérale mais aussi, fréquemment, une action immédiate le plus souvent unilatérale. Il est certain que la dissuasion par menaces de représailles ou, à plus forte raison, le recours au Conseil de sécurité ne sont pas opérationnels face à cette forme de terrorisme et que tous les États se réservent le droit de frapper les premiers devant une menace imminente. Mais les États-Unis en ont tiré une doctrine dite de la préemption ou de la prévention unilatérale dont les dangers et les limites pratiques se sont vite manifestés.

Dans l'ensemble, la situation actuelle semble répondre à une formule essentiellement ambiguë : celle d'un unilatéralisme incomplet et d'un multilatéralisme imparfait.

Auteur: Pierre HASSNER
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