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Définition et synonyme de : VITALISME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis V I T A L I S M E Le terme vitalisme (du latin vita, « vie », aussi vis vitalis, « énergie vitale ») est e employé depuis la seconde moitié du xviii siècle pour désigner différentes conceptions biologiques qui font état d'une finalité spécifique des formes et processus de la vie, dont l'autonomie serait fondée sur un principe irréductible aux forces de la matière inerte. Les phénomènes vitaux se voient reconnaître ainsi des caractères sui generis, en opposition principalement avec le mécanisme, qui impose l'application exclusive des méthodes physico- chimiques. Au sens étroit, le mot « vitalisme » désigne en France la doctrine de l'école de Montpellier représentée surtout par P.-J. Barthez (1734-1806), qui attribue les phénomènes de la vie à un « principe vital », distinct aussi bien des forces physico-chimiques que de l'âme pensante. À la même époque, l'expression est également utilisée pour désigner par exemple la doctrine de « l'instinct vital » de l'Allemand J.  F. Blumenbach (1752-1840) ou l'affirmation d'une force vitale galvanique avec action téléologique chez le Moravien Georg Prochaska (1749-1820). Une telle approche existait dès l'Antiquité. Aristote passe pour le fondateur du vitalisme à cause de sa théorie hylémorphique, selon laquelle la constitution de tout être relève de deux principes : la matière et la forme. Dans son traité e De l'âme (iv s. av. J.-C.
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VITALISME

Le terme vitalisme (du latin vita, « vie », aussi vis vitalis, « énergie vitale ») est employé depuis la seconde moitié du xviiie siècle pour désigner différentes conceptions biologiques qui font état d'une finalité spécifique des formes et processus de la vie, dont l'autonomie serait fondée sur un principe irréductible aux forces de la matière inerte. Les phénomènes vitaux se voient reconnaître ainsi des caractères sui generis, en opposition principalement avec le mécanisme, qui impose l'application exclusive des méthodes physico-chimiques.

Au sens étroit, le mot « vitalisme » désigne en France la doctrine de l'école de Montpellier représentée surtout par P.-J. Barthez (1734-1806), qui attribue les phénomènes de la vie à un « principe vital », distinct aussi bien des forces physico-chimiques que de l'âme pensante. À la même époque, l'expression est également utilisée pour désigner par exemple la doctrine de « l'instinct vital » de l'Allemand J. F. Blumenbach (1752-1840) ou l'affirmation d'une force vitale galvanique avec action téléologique chez le Moravien Georg Prochaska (1749-1820).

Une telle approche existait dès l'Antiquité. Aristote passe pour le fondateur du vitalisme à cause de sa théorie hylémorphique, selon laquelle la constitution de tout être relève de deux principes : la matière et la forme. Dans son traité De l'âme (ive s. av. J.-C.), il présente l'âme immatérielle comme le principe de l'activité vitale. Elle est le mode d'individuation premier d'un corps naturel (entéléchie), c'est-à-dire la forme substantielle qui détermine l'actualisation de sa puissance. Chez l'homme, elle est à la fois principe vital et âme pensante. Ce vitalisme aristotélicien fut adopté par la science du Moyen Âge ainsi que par celle du début de la modernité. Mieux vaudrait d'ailleurs l'appeler « animisme », pour le rattacher à la doctrine selon laquelle l'âme est en même temps principe de la pensée et de la vie organique. À l'ère moderne, il a été repris notamment par le médecin allemand G. E. Stahl (1660-1734).

G. W. Leibniz (1646-1716), dans Considérations sur les principes de vie, et sur les natures plastiques (1705), classe différentes théories dans un courant opposé au matérialisme réductionniste de Thomas Hobbes. Y figurent entre autres celles de Paracelsus, A. Conway et F. M. van Helmont. Il évoque ainsi des « auteurs qui sont pour les principes de vie », c'est-à-dire qui prétendent que les lois du mécanisme sont incapables d'engendrer un organisme, au contraire de Descartes (1596-1650) qui avait produit une véritable césure en soutenant que les organismes ne diffèrent pas par essence des systèmes matériels, et peuvent par conséquent être expliqués par les méthodes de la mécanique.

Le vitalisme se propage au cours du xviiie siècle à la suite du développement de l'embryologie, de la théorie de l'hérédité et de l'étude de la régénération. Les épigénéticiens partent de la naissance de formes véritablement nouvelles dans l'embryogenèse. C. von Wolff (1679-1754) évoque en cela l'action d'une vis essentialis qui assumerait la fonction attribuée à l'âme dans des conceptions antérieures. Le courant de pensée vitaliste connaît à cette époque un regain de faveur en Allemagne dans le sillage d'une philosophie romantique de la nature, avec par exemple L. Oken, J. C. Reil et G. R. Treviranus.

La théorie de l'évolution de Charles Darwin (1809-1882) va renforcer les tendances matérialistes et positivistes dans la recherche sur la vie. Claude Bernard (1813-1878) adopte une position intermédiaire, en rejetant le principe vital comme les approches mécanistes et en affirmant, avec sa conception du « milieu intérieur », la spécificité de la cellule vivante. Un véritable renouveau a lieu avec Hans Driesch (1867-1941), dont la théorie « néovitaliste » réutilise le concept aristotélicien d'« entéléchie », mais en l'actualisant. De son côté, Henri Bergson (1859-1941) développe un système métaphysique à caractère vitaliste, consacré à l'« élan vital » et à l'« évolution créatrice ».

On distingue généralement trois formes de vitalisme : ontologique, épistémologique, méthodologique. À notre époque, le vitalisme ontologique n'est plus représenté, les forces et substances qu'il attribue aux systèmes vivants ne se laissant pas prouver empiriquement. La forme épistémologique est également contestée. Elle est fondée sur l'affirmation qu'il est impossible d'expliquer, par les méthodes physico-chimiques, des phénomènes vitaux marqués d'une finalité. Or, pareille impossibilité est peu à peu réfutée. À côté de la biologie moléculaire, c'est avant tout la théorie de l'évolution qui joue ici un rôle important, en faisant état d'un type de causalité que le vitalisme ignorait jusque-là.

Cependant, au cours du xxe siècle, la thèse de l'autonomie de la biologie reprend vigueur, de manière indirecte il est vrai, grâce à des biologistes et physiciens tels N. Bohr, L. von Bertalanffy, E. Wigner, W. Heitler, M. Delbrück. Les structures et fonctions d'un être vivant ne peuvent être expliquées suffisamment que par rapport au système global qu'il constitue. Cela nous rappelle l'« organicisme » de Xavier Bichat (1771-1802). Il n'est pas besoin de faire appel à un principe immatériel, les phénomènes vitaux étant le résultat de l'organisation globale de l'être vivant. Quant à la forme méthodologique du vitalisme, elle est largement reconnue aujourd'hui pour son application à certaines parties de la biologie, et notamment aux études du comportement. Il existe de nos jours également des conceptions non vitalistes d'une autonomie de la biologie qui, chez Jaegwon Kim par exemple, partent du concept de supervenience (« survenance, surimposition ») des vraies propriétés biologiques (Supervenience and Mind, 2004).

Auteur: GEORGES GOEDERT
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