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Données actuelles sur la formation interglaciaire de Pompillon (Pléistocène moyen), Val de Lans en Vercors (Isère, France) - article ; n°2 ; vol.22, pg 75-83

De
10 pages
Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Année 1985 - Volume 22 - Numéro 2 - Pages 75-83
Le vaste synclinal du Val de Lans est rempli d'une épaisse formation lacustre et palustre sur une profondeur inconnue. Sa partie supérieure constitue des éléments de plateaux faiblement étages au-dessus des fonds de vallées. Son contenu pollinique, étudié d'abord à partir d'une coupe artificielle à Pompillon puis dans une série de dix sondages, conduit à en attribuer les niveaux les plus tempérés à l'interglaciaire holsteinien (Pléistocène moyen).
The vast synclinal of Val de Lans is filled in with a thick lacustrine and marsh formation whose depth is not known. The upper part forms flat hills softly rising in tiers above the bottom of valleys. Its pollen content studied first from a transect made at Pompillon, and then through ten borings led us to assign the most temperate levels to the Holsteinian Interglacial (Middle Pleistocene).
9 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Jacques Louis de Beaulieu
Guy Monjuvent
Données actuelles sur la formation interglaciaire de Pompillon
(Pléistocène moyen), Val de Lans en Vercors (Isère, France)
In: Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Volume 22 - Numéro 2-3 - 1985. pp. 75-83.
Résumé
Le vaste synclinal du Val de Lans est rempli d'une épaisse formation lacustre et palustre sur une profondeur inconnue. Sa partie
supérieure constitue des éléments de plateaux faiblement étages au-dessus des fonds de vallées. Son contenu pollinique, étudié
d'abord à partir d'une coupe artificielle à Pompillon puis dans une série de dix sondages, conduit à en attribuer les niveaux les
plus tempérés à l'interglaciaire holsteinien (Pléistocène moyen).
Abstract
The vast synclinal of Val de Lans is filled in with a thick lacustrine and marsh formation whose depth is not known. The upper part
forms flat hills softly rising in tiers above the bottom of valleys. Its pollen content studied first from a transect made at Pompillon,
and then through ten borings led us to assign the most temperate levels to the Holsteinian Interglacial (Middle Pleistocene).
Citer ce document / Cite this document :
de Beaulieu Jacques Louis, Monjuvent Guy. Données actuelles sur la formation interglaciaire de Pompillon (Pléistocène
moyen), Val de Lans en Vercors (Isère, France). In: Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Volume 22 -
Numéro 2-3 - 1985. pp. 75-83.
doi : 10.3406/quate.1985.1531
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/quate_0004-5500_1985_num_22_2_1531Bulletin de l'Association française 1985/2-3, pages 75-83
pour l'étude du Quaternaire
données actuelles sur la formation
interglaciaire
de pompillon (pleistocene moyen),
val de lans en vercors (isère, france)
par Jacques-Louis de BEAULIEU* et Guy MONJUVENT**
RÉSUMÉ
Le vaste synclinal du Val de Lans est rempli d'une épaisse formation lacustre et palustre sur une profondeur inconnue.
Sa partie supérieure constitue des éléments de plateaux faiblement étages au-dessus des fonds de vallées. Son contenu
pollinique, étudié d'abord à partir d'une coupe artificielle à Pompillon puis dans une série de dix sondages, conduit à en
attribuer les niveaux les plus tempérés à l'interglaciaire holsteinien (Pleistocene moyen). ♦
Mots-clés : Pleistocene, Holsteinien, Paléolac, Analyse pollinique.
ABSTRACT
INTERGLACIAL DEPOSITS (MIDDLE PLEISTOCENE) AT POMPILLON, VAL DE LANS, VERCORS (ISERE,
FRANCE).
The vast synclinal of Val de Lans is filled in with a thick lacustrine and marsh formation whose depth is not known.
The upper part forms flat hills softly rising in tiers above the bottom of valleys. Its pollen content studied first from a transect
made at Pompillon, and then through ten borings led us to assign the most temperate levels to the Holsteinian Interglacial
(Middle Pleistocene).
Key words : Ancient lake, Geomorphology, Borings, Pollenanalysis.
1. — APERÇU MORPHOLOGIQUE deux de large, d'axe subméridien, à fond plat sub-
ET STRATIGRAPHIQUE horizontal d'une altitude d'environ 1000 m. Fermé au
Sud (bassin de Corrençon), il est ouvert au Nord par
les gorges d'Engins en direction de la cluse de
Grenoble. Il est drainé dans sa presque totalité par
A l'extrémité Nord-Est du Vercors, au-dessus de- l'amont de la Bourne vers la Basse-Isère, alors que le
Grenoble, le Val de Lans se présente comme une Furon, qui rejoint directement l'Isère par les gorges
vaste cuvette d'une dizaine de kilomètres de long sur d'Engins, ne fait qu'effleurer son extrémité Nord.
* Laboratoire de Botanique historique et Palynologie, U.A. 692, Faculté des Sciences et Techniques St-Jérôme, 13397
Marseille Cedex 13 (France).
** L.A. 69, Géologie Alpine, Institut Dolomieu, rue M. Gignoux, 38031 Grenoble (France). 76
D'après la morphologie, on y reconnaît les quatre b) Plateau de Lans
unités principales suivantes (Fig. 1) : Le plateau de Lans n'avait fait l'objet que de
—un fond de vallée très large et plat, très dissy quelques recherches géotechniques déjà anciennes
métrique, faiblement incliné du Nord (993 m) au Sud (deux sondages, quatre profils géophysiques) avant
(963 m) ; que l'intérêt scientifique de la formation de Pompil-
—un plateau subhorizontal, légèrement incliné du lon, qui en compose le soubassement, ne soit reconnu
Sud (1020 m à Villard) au Nord (1010 m à Lans), plus (Malenfant et Monjuvent, 1978). Depuis, une dizaine
fortement d'Est en Ouest, relativement peu érodé aux de sondages en vue de recherche palynologique (SM1
extrémités mais très fortement disséqué au centre à 10) ont été exécutés, ainsi que deux sondages de
(plateau de Lans) ; reconnaissance (Tl et T2), dans le centre du bassin
(Fig. 1). —le « cône » de Villard de Lans, à forte pente, sur
lequel est bâtie cette localité ; Les profils géophysiques avaient déjà montré que
le Val de Lans était formé essentiellement de maté—des moraines locales à éléments calcaires issues
riaux argileux épais, plus ou moins interstratifiés de des cirques du revers oriental du Vercors.
sables et cailloutis :
a) Fond de vallée Profil L2 : argiles en surface puis argiles sableuses
entre les altitudes 1010 m et 950 m ; Très faiblement entaillé par la Bourne et ses
Profil Ll : argiles et argiles sableuses entre les affluents, sa constitution n'est connue que par quatre
altitudes 1030 m et 940 m ; sondages.
Profil V2 : argiles à bancs sableux entre les altDeux sondages manuels de recherche de tourbe
itudes 1010 m et 930 m, avec intercalation de cailloutis (Becker, 1952) n'ont traversé que 0,85 m de sable
dans la partie Est. tourbeux surmontant des graviers à Bouilly (ait.
Profil VI : argiles entre les altitudes 1010 m et 988 m) et 1,80 m de sable tourbeux au Sud des
Geymonds (ait. 978 m). Selon J. Becker, la tourbière 910 m, avec grosse intercalation de sables et graviers
de Bouilly débuterait au Subboréal et celle des sauf dans l'extrémité Ouest. au Préboréal. Homogène au Nord, le remplissage argileux de
vient de plus en plus sableux et caillouteux vers le Deux sondages récents (Beaulieu et Monjuvent)
Sud. Le substratum n'a pas été atteint plus de 50 m ont traversé :
au-dessous du fond du val. L'épaisseur totale recon—à la Côte (SM8, ait. 982 m) 2,5 m de cailloutis
nue est de 1 10 m (entre les altitudes 1030 m et 910 m), calcaires recouvrant la série lacustre de la Côte
mais sur une même verticale elle excède rarement 40 (22,5 m),
à 50 m sauf à l'Est de VI (100 m). —au Nord des Geymonds (SM 9-1, ait. 981 m),
Les sondages mécaniques profonds confirment les 3 m d'argile non calcaire à lits caillouteux recouvrant
données géophysiques. A Lans, le sondage 796-3-102 des galets calcaires à matrice argileuse (1,5 m) puis
(ait. 990 m) a traversé sur 17 m une alternance de sableuse (1,5 m), non traversés.
sables et d'argiles verts, à graviers au sommet, puis Ces profils, ainsi que d'autres observations de des marnes compactes jusqu'à 30 m de profondeur, surface, montrent que le fond de vallée est formé d'un 20 m sous la surface du plateau. Au Nord de Villard, matériel superficiel fin, plus ou moins tourbeux, peu à la base du « cône », les sondages S 1 et S2, moins épais, recouvrant des cailloutis assez minces le long profonds, ont rencontré une dizaine de mètres d'argide la Bourne, s'épaississant dans les affluents. La les sableuses et graveleuses, puis des argiles sableuscouverture fine étant holocène, les cailloutis sous- es, entre les altitudes 996 m et 970 m. jacents sont probablement wûrmiens.
Fig. 1. — Schéma paléogéographique du Val de Lans.
1 Alluvions de fond de vallée (Post-Wurmien). 2. « Cône » de Villard-de-Lans (Wùrmien et Anté-Wurmien). 3. Moraine locale et vallum
(Wurmien). 4 Formation de Pompillon (et plateau de Lans). 5 Substratum et formations superficielles diverses. 6 Corniche calcaire
orientale du Vercors (bord subalpin). 7 Cirque glaciaire. 8 Profil géophysique (électrique) 9 Sondage technique. 10 Affleurement de
Pompillon. 11 Sondage de recherche palynologique. 12 Altitude en m.
Fig. 1. — Paleogeographical schema of Val de Lans
1 Alluvial deposits (Holocène) 2 Villard de Lans « cône » (Wurmian and Antewurmian) 3 Local moraine and vallum (Wurmian) 4 Pompillon
series (and Lans plateau) 5 Substratum and various surface deposits 6 Eastern calcareous cliff of Vercors (subalpine border) 7. Glacial corne
8 Geophysical profile 9 Technical boring 10 Pompillon outcrop 11 Location of our borings. 12. Altitude in meters 77
Roc
Cornafion 78
Echelonnés en surface du plateau de Pompillon revers oriental du Vercors, elles ont été attribuées à
la dernière glaciation (Wûrm) (Malenfant et Monjuventre les altitudes 988 m (SM2) et 1012 m (SM7), nos
ent, 1978). Le fait que la formation de Pompillon, sondages ont rencontré des alternances d'argiles et
marnes plus ou moins sableuses à nombreux niveaux qui constitue le plateau de Lans, est exempt de
moraine en surface (sondages), et porte des gisements organiques, tourbeux, voire ligniteux, peu épais
superficiels du Paléolithique inférieur (Idem) exclut (SM6), et de sables, très peu de lits graveleux, sur
en effet la possibilité d'un englacement généralisé à une puissance cumulée de 46 m, (de l'altitude 1012 m,
l'ensemble du Val de Lans au cours du Wurrn. sommet de SM10 à l'altitude 966 m, base de SM2).
Cette puissance est probablement exagérée puisque
les hypothèses de corrélations entre les sondages
indiquent un pendage E-W, conforme à la pente
superficielle du plateau, de l'ordre de 2 %. Sept cents 2. — ANALYSE POLLINIQUE
mètres plus au Nord, le sondage de la Côte (SM8, ait.
982 m) a atteint les couches étudiées les plus profon
des (altitude 957 m, sur cailloutis), montrant un grand Les analyses polliniques des tout premiers sonda
développement de craies lacustres entre les altitudes ges avaient contribué à confirmer l'hypothèse de
971 m et 962,5 m, inconnues au même niveau à l'ancienneté de la formation comblant le Val de Lans.
Pompillon. Des craies ont aussi été traversées par le En effet, le sondage « Pompillon SM2 » avait livré
sondage Tl du plateau des Bruyères au Nord-Est, des spectres de caractère interglaciaire dont certains
partant d'un niveau plus élevé (ait. 1005 m), entre les contenaient de rares grains de pollen de taxons
altitudes 997,5 m et 996 m, au sein d'une série à (Pterocarya notamment) dont la disparition anté
dominante argileuse reconnue sur 12,5 m, soit 25 m rieure à la fin du Pleistocene moyen indiquait un âge
plus haut que celle de la Côte. Enfin, sur la bordure holsteinien ou plus vieux (Beaulieu et Monjuvent,
Est, le sondage T2 des Girards (ait. 1032 m) a traversé 1979). Mais cette étude sommaire demandait à être
12,5 m d'argiles graveleuses et caillouteuses (substrat complétée : à Pompillon, un transect de sondages
non atteint). Ainsi, il semble se confirmer que les (SM5, SM6, SM7) partant de l'affleurement initial et
sédiments deviennent de plus en plus fins vers le s'élevant vers l'Est selon l'actuelle topographie a
centre du bassin actuel. permis le prélèvement des niveaux supérieurs de la
série. Il est à noter enfin que les sondages du plateau de
Pompillon ont montré une décarbonatation superfi Par ailleurs, un sondage réalisé vers le nord, 700 m
cielle de 2,50 m à 8 m, épaisseur considérable sur un plus à l'amont de la Bourne, au lieu-dit « La Côte »
matériel aussi fin. (SM8) a fourni des dépôts plus franchement lacustres
(prédominance des craies et marnes très crayeuses)
c) « Cône » de Villard-de-Lans dont le diagramme pollinique est discuté ici (Fig. 2).
Un plateau à forte pente souligné par des ravins a) La Côte 1, « zones polliniques locales » et histoire de secs rayonnants à partir de la moraine des Pierres, en la végétation bordure duquel Villard-de-Lans est bâti, et qui sem
ble se raccorder vers le Nord au plateau de Lans Le sondage a rencontré vers 24 m de profondeur
(Payonnère) ferme l'extrémité Sud de la cuvette. Sa des niveaux caillouteux infranchissables ; au-dessus,
structure est complexe et mal connue : sur un soubas entre 24 et 25 m, des argiles bleues devenant beiges
sement argileux appartenant peut-être à la formation vers le bas n'ont pas livré de pollen et le diagramme
de Pompillon (sondages SI, S2) viennent des sables pollinique commence à 21 m dans des argiles
repérés jusqu'à l'altitude de 1030 m et, en ravinement, gris-bleu avec des spectres très pauvres en arbres et
une moraine « externe », des alluvions fluvioglaciai arbustes (seulement Pinus, Hippophae, Juniperus et
res locales calcaires (Sud de Villard) et des sables lités Betula) et riches en Artemisia, steppiques et Gramin
à blocs cristallins « alpins » (Nord de Villard, ait. ées, indiquant une période glaciaire (zone locale
1020 m). Des blocs semblables existent aussi en sur LC1).
face de la terrasse de Lans, à l'Ouest du village (ait. —En LC2, la montée de la courbe de Pinus traduit 1005-1010 m). Cette formation alpine a été attribuée son immigration régionale. à une obturation glaciolacustre rissienne (Malenfant
— LC3 est une phase transitoire de recul des taux et Monjuvent, 1978).
de Pinus, alors que Juniperus et Betula atteignent leur
maximum : ceci peut correspondre soit à une brève d) Moraines locales
détérioration climatique réduisant les forêts de Pinus,
De faible développement, à relief bien conservé comme paraît l'indiquer la réduction des pourcenta
(notamment celle des Pierres), à matériel uniquement ges du pollen arboréen (P.A.), soit à une phase
calcaire et localisées au débouché des cirques du d'installation locale de Juniperus et Betula précédant o
79
l'établissement de ce dernier sur les bords mêmes du fient : il y a une sorte d'antinomie entre ces deux
lac (LC4). C'est au niveau de ce deuxième maximum derniers phénomènes qui paraissent indiquer
de Pinus que les sédiments argileux font place à des l'amorce d'une dégradation climatique et l'émer
gyttjas. gence de Pterocarya, arbre dont l'écologie actuelle
exige des étés chauds et humides et des hivers assez — LC5 traduit le début de l'optimum climatique
doux. Son apparition dans une phase tardive de interglaciaire : les taux de Pinus s'abaissent alors que
l'interglaciaire peut être interprétée comme l'abouticeux de Quercus et Corylus s'élèvent rapidement : les
ssement d'une longue migration à partir de refuges pollens de Tilia, Ulmus, Fraxinus et Acer témoignent
orientaux dont l'actuel habitat des derniers Pterocade la présence d'une chênaie diversifiée sur le plateau
rya eurasiatiques (Colchide et Caucase) donne une de Lans ; cependant Picea apparaît déjà.
idée ; mais l'hypothèse que le taxon du Val de Lans — LC6 correspond au début de l'extension d' Abies. soit un écotype aux exigences différentes de celles de
— LC7 est caractérisé par un double maximum de populations relictuelles actuelles ne peut être exclue.
Taxus qui retarde le succès d' Abies, tandis que Les présences répétées de pollen de type Ostrya- Quercus et Corylus s'éloignent du Val de Lans, Ulmus Carpinus orientalis à partir de la zone LC12 sont une est au contraire à son apogée, tandis que la présence autre indication de l'enrichissement tardif de la flore de Buxus s'affirme. en éléments des forêts Est-méditerranéennes.
— LC8 est une zone de longue stabilité de la — LC16 (fort recul de Fagus) et LC17 (maximum sapinière. Dans cette zone, le pollen de Fagus, de Picea et de Pinus), la dégradation du climat devient d'abord sporadique, devient régulièrement présent à plus manifeste ; même si la sapinière n'est pas chaspartir de 17 m (alors que Buxus est plus abondant), sée du Val de Lans, tout se passe comme si des forêts puis une courbe continue entre 16 et 15 m signale de l'étage subalpin se rapprochaient du site. l'existence de hêtraies régionales. L'abondance du
— Les termes ultimes de l'interglaciaire ne sont pas pollen de Hedera, Vitis et Ilex indique un caractère
perçus car la présence de lits de graviers à entraîné très thermophile pour cette sapinière.
la perte au sondage de l'ensemble des sédiments — LC9 témoigne de l'installation du hêtre dans le compris entre 7,5 m et 4,5 m. Les limons compris voisinage. entre 4,5 m et 3,20 m n'ont pas fourni de pollen. Un
— LC10 : à 14,45 m a lieu un passage sans transi petit lit de tourbe entre 2,90 m et 3,20 m a livré des
tion des craies à une argile bleutée dépourvue de spectres très riches en Pinus, avec Juniperus, évoquant
pollen : ce contact anormal traduit certainement un une végétation interstadiaire de pinède ouverte.
hiatus ; plus haut, les argiles passent à des limons
contenant une certaine proportion de pollens reman b) Discussion iés (exclus des spectres), les uns antéquaternaires,
les autres d'origine interglaciaire, mais surtout Pinus En dépit de moyens de sondage assez imparfaits
et des steppiques. A leur sommet ces limons (train de tiges hélicoïdales), le diagramme fait appar
« froids » passent tout aussi brutalement à des craies. aître une belle dynamique de végétation où, en
particulier, toutes les étapes du passage d'un glaciaire — LC1 1 est limité aux deux premiers spectres dans
à un interglaciaire paraissent avoir été repérées. la craie, riches en Abies et dépourvus de Fagus, qui
L'abondance de Pterocarya en LC 1 5 dans un épisode sont très semblables à ceux de LC8.
tardif de l'interglaciaire est un phénomène caractéris— LC12, par ses taux de Fagus, évoque LC9, mais tique de l'Holsteinien typique du Nord de l'AllemaPinus est nettement plus abondant ; faute de détermi gne (Menke, 1968 ; Muller, 1974) : ceci confirme nations spécifiques au sein de ce genre, l'apparition donc l'équivalence proposée antérieurement (Beau- de pinèdes dans le bassin ne peut être clairement lieu et Monjuvent, I.e.) à partir d'arguments moins interprétée en termes climatiques. solides. La présence de rares grains de pollen de
— LC13 est marqué par un recul transitoire de Celtis est aussi un trait caractéristique de l'Holstei
Pinus, alors que Buxus, Quercus et Taxus, plus abon nien durant lequel Buxus, Taxus et Vitis jouent égale
dants, peuvent signaler une remontée des étages de ment un rôle.
végétation mésophiles. Plus près du Vercors, dans les Alpes, deux séries
— LC14 se distingue de la zone précédente par récemment découvertes ont fourni des diagrammes
l'optimum de Fagus et le rétablissement des taux de polliniques typiques de l'Holsteinien : celle de Thal-
Pinus. gut dans la vallée de l' Aar en Suisse (Welten, in litteris
— LC15 est caractérisé par la présence continue de et Schluchter, 1984) et celle de Samerberg 2 (Gruger,
Pterocarya dont les taux atteignent 10%, le recul de 1983). A Samerberg, un épisode riche en Picea pré
Fagus au profit d'Abies qui demeure l'arbre local cède l'extension des thermophiles, un maximum
ement dominant tandis que les taux de Pinus s'accrois assez discret de Taxus a lieu pendant la phase d'ex
tension d'Abies et les optimums de Buxus et surtout sent et que les taxons les plus thermophiles se »

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a- 82
de Fagus, sont plus tardifs qu'à La Côte (ce dernier c) Les dépôts postérieurs à l'interglaciaire
apparaît en même temps que Pterocarya).
Dans les trois sondages de Pompillon, les dépôts Ces différences de détail, très précieuses dans la interglaciaires sont ravinés par des graviers grossiers perspective d'une reconstitution générale des végéta qui peuvent introduire un hiatus d'une assez longue tions de l'Europe au cours de l'interglaciaire, ne durée, ce qui expliquerait que ne soient pas observés sauraient néanmoins masquer les remarquables s les deux interstades post-holsteiniens décrits à Sa- imilitudes d'ensemble entre les deux sites alpins. merberg (Gruger Le.) et très riches en Picea avec des
Cependant, dans le Val de Lans, les niveaux pourcentages notables de Abies, Alnus et Pinus (zones
argileux à flores froides compris entre 14,30 m et 7 et 9).
13,50 m posent problème : il pourrrait s'agir d'un A Pompillon, au-dessus de ces graviers, au sein accident local (« sliding ») comme le suggèrent les d'argiles, limons et sables correspondant à un climat contacts brutaux entre argiles et craies. Mais a Pom- froid, très pauvres en pollen, s'individualisent dans pillon le sondage SM2 a traversé des niveaux à flore les sondages SM5, SM6 et SM7, quelques bancs froide (zone c) qui séparent aussi deux ensembles d'argiles tourbeuses et de tourbes ayant un contenu tempérés (zones b et d) ; de plus, il y apparaît, pollinique riche en Pinus et Picea, avec présence de postérieurement à la zone c, une dynamique positive : Larix et Alnus évoquant une végétation interstadiaire phase à Pinus et Betula, phase à Corylus, Quercus et subalpine et dont le nombre et le caractère demandAbies suggérant qu'il existe réellement dans le Val de ent encore à être précisés. Lans deux cycles interglaciaires en superposition.
Cependant une telle bipartition n'existe ni à Sa-
merberg ni à Thalgut et, de plus, les premières étapes 3. - CONCLUSION de l'interglaciaire y sont très proches de celles obser
vées dans la partie inférieure de La Côte, ce qui
conduit à corréler la totalité de la série interglaciaire Les dépôts meubles constituant le plateau de Lans,
de La Côte avec l'Holsteinien et à dénier une valeur dont l'ancienneté avait été déduite de considérations
climatique aux spectres de LC 1 1 . morphologiques, paléogéographiques et préhistori
ques ont pu dans un premier temps être interprétés Un supplément d'information est donc nécessaire
comme une formation glacio-lacustre rissienne (Malavant de choisir l'une de ces deux interprétations
enfant et Monjuvent, 1978). Actuellement l'ensemble incompatibles.
des données stratigraphiques disponibles grâce à de Il apparaît d'autres difficultés de corrélation avec nouveaux sondages montrent une plus grande comple site helvétique de Meikirch (Welten, 1982 a et b), lexité de cette « formation de Pompillon ». L'étude longtemps seule référence de l'Holsteinien dans les palynologique du sondage de La Côte précise noAlpes. Ce site possède une séquence pollinique ex tamment l'appartenance d'une partie de celle-ci à ceptionnelle puisque s'y trouvent en superposition un interglaciaire antérieur au Riss alpin. L'obturadeux cycles interglaciaires séparés par une épaisse tion ultérieure par un glacier isérois, responsable de formation froide. Les ensembles polliniques du cycle
l'apport jusqu'à Villard de Lans d'un matériel supérieur sont bien caractéristiques de l'Eemien ; le
morainique cristallin, n'a eu que des effets limités à cycle inférieur, qui est attribué à l'Holsteinien par sa surface (dépôt pelliculaire de sables et argiles Welten (Le.) est subdivisé en deux par un bref épisode lacustres, blocs flottés). froid (Holsteinien I et Holsteinien II), ce qui parait
Les dépôts du Val de Lans occupent certes une constituer une similitude avec la Côte. Cependant, à
dépression isolée vis-à-vis des grandes séries pleistoMeikirch, l'absence totale de Fagus, celle de la phase
cenes dauphinoises. Mais par sa nature lacustre et par à Pterocarya ainsi que la rareté de Buxus représentent
son contenu pollinique la formation de Pompillon de grandes différences aussi bien avec la Côte
apparaît néanmoins susceptible de constituer un utile qu'avec les deux autres sites évoqués plus haut. Ceci
point d'ancrage pour des corrélations à travers l'Eupeut être expliqué ou bien par une histoire forestière
rope de l'Ouest. spéciale à Meikirch, ou bien par d'importants hiatus
affectant cette séquence, deux hypothèses peu pro Cependant bien des questions restent en suspens :
bables puisqu'un autre site (Uznach) a fourni à origine de la cuvette qui renferme cette formation
Welten (1982 a) un diagramme pollinique très com (auge morainique, dépression karstique, subsidence
parable à celui de Meikirch, ou enfin par la non ou combinaison de ces facteurs), durée totale de son
contemporanéité de cet interglaciaire de Meikirch édification, extension des glaciers locaux antéwur-
avec celui des trois autres séquences, ce qui n'est pas miens, contours du paléolac : des recherches en cours
tentent de les résoudre. sans soulever de nombreux problèmes mais nous
paraît la meilleure solution. 83
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