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ESTHÉTIQUE & ANALYTIQUE TRANSCENDANTALES

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Universalis_Article publié par Encyclopaedia Universalis EESSTTHHÉÉTTIIQQUUEE && AANNAALLYYTTIIQQUUEE TRANSCENDANTALES Les deux expressions d'esthétique et d'analytique transcendantales désignent l'étude de l'entendement et celle de la sensibilité, saisis dans leur structure a priori, sources de toute notre connaissance des phénomènes. « Transcendantal », vieux terme scolastique, perd chez Kant son sens ontologique, réservé en principe à « transcendant », pour prendre une portée toute noétique : « J'appelle « transcendantale » toute connaissance qui, en général, ne s'occupe pas tant des objets que de notre connaissance a priori des objets » ; le mot véhicule l'essentiel de la « révolution copernicienne » qui consiste, pour le philosophe, à partir, non des objets, mais des formes a priori par lesquelles nous les constituons, ce qui le conduit à un « idéalisme transcendantal » (la connaissance sensible s'effectue selon les cadres que sont l'espace et le temps et se pense par concepts déterminés à partir des catégories de l'entendement), doublé d'un « réalisme empirique » : la connaissance — sinon la pensée — ne peut s'exercer que dans les conditions qui rendent possible l'intervention des pouvoirs de synthèse qui constituent notre esprit, c'est-à- dire quand le divers sensible, organisé dans l'espace et dans le temps, intellectualisé par l'entendement, est finalement intégré dans une expérience nôtre.
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ESTHÉTIQUE & ANALYTIQUE TRANSCENDANTALES

Les deux expressions d'esthétique et d'analytique transcendantales désignent l'étude de l'entendement et celle de la sensibilité, saisis dans leur structure a priori, sources de toute notre connaissance des phénomènes. « Transcendantal », vieux terme scolastique, perd chez Kant son sens ontologique, réservé en principe à « transcendant », pour prendre une portée toute noétique : « J'appelle « transcendantale » toute connaissance qui, en général, ne s'occupe pas tant des objets que de notre connaissance a priori des objets » ; le mot véhicule l'essentiel de la « révolution copernicienne » qui consiste, pour le philosophe, à partir, non des objets, mais des formes a priori par lesquelles nous les constituons, ce qui le conduit à un « idéalisme transcendantal » (la connaissance sensible s'effectue selon les cadres que sont l'espace et le temps et se pense par concepts déterminés à partir des catégories de l'entendement), doublé d'un « réalisme empirique » : la connaissance — sinon la pensée — ne peut s'exercer que dans les conditions qui rendent possible l'intervention des pouvoirs de synthèse qui constituent notre esprit, c'est-à-dire quand le divers sensible, organisé dans l'espace et dans le temps, intellectualisé par l'entendement, est finalement intégré dans une expérience nôtre. Ainsi, « le domaine du transcendantal est l'expérience » et la méthode critique est une « investigation transcendantale » qui élucide les instruments de la synthèse.

L'esthétique et l'analytique étudient les deux premiers niveaux de cette synthèse, soigneusement séparés ; alors que Leibniz avait vu dans la sensibilité une pensée confuse, Kant oppose la passivité d'une sensibilité toute réceptive à la spontanéité active de la connaissance intellectuelle. Pour désigner la réceptivité des sens, il adopte le terme d'esthétique, titre d'un ouvrage célèbre de Baumgarten (1750) sur la théorie du Beau. Mais une science du Beau ne paraît pas alors possible à Kant parce que le jugement du goût n'obéit pas à des règles a priori, donc universelles ; si l'esthétique veut être une vraie science, elle doit devenir la théorie de la sensibilité en tant qu'elle dépend de formes a priori, l'espace et le temps. Plus tard, comme en témoigne la Critique du jugement , Kant devait étendre le point de vue critique au jugement du goût et rendre ainsi à « esthétique » le sens que l'usage moderne lui a conservé.

En 1781, l'esthétique transcendantale montre comment espace et temps organisent les deux domaines externe et interne de notre expérience ; entre ceux-ci la préface ajoutée lors de la seconde édition de la Critique (1787) resserrera le lien. Mais la liaison capitale est celle de la sensibilité et de l'entendement : l'expérience commune comme celle du physicien portent sur des objets que nous nous représentons et entre lesquels nous établissons des rapports au moyen de concepts. Au lieu d'aborder les concepts, les « catégories » dont ils dérivent, à partir d'une analyse syntaxique, comme Aristote, Kant déduit de l'analyse de la pensée en acte — le jugement — une table systématique des catégories, pièce maîtresse de l'analytique transcendantale. Reste à montrer comment l'abstraction du concept rejoindra le divers de l'intuition sensible : le rôle médiateur est rempli par l'imagination, conçue comme activité schématisante. Ainsi, notre expérience est à la fois sentie et pensée : « Sans les concepts, les intuitions sont aveugles ; sans les intuitions, les concepts sont vides. »

Dans chacune des trois Critiques, l'analytique est l'étude des conditions d'une synthèse opérée dans le fonctionnement d'une faculté. Se souvenant d'Aristote qui avait fait dans ses Analytiques la théorie du raisonnement démonstratif, tandis qu'il traitait du probable dans la Dialectique, Kant fait de l'analytique transcendantale une logique de la vérité puisqu'il y analyse la méthode selon laquelle nous constituons notre connaissance, tandis que la dialectique devient la théorie de l'apparence illusoire, celle d'une « apparence transcendantale » que détermine l'usage des catégories de l'entendement hors des cadres de la sensibilité, dans l'absolu et l'éternel ; tel est le vice de la métaphysique dogmatique.

Enfin, Kant emploie aussi « analytique » comme adjectif : il le fait alors dans une perspective logique. Il appelle jugement analytique le jugement dont le prédicat est contenu dans le concept du sujet (Tous les corps sont étendus), synthétique celui où le prédicat enrichit le concept du sujet (Tous les corps sont pesants), souvent grâce à l'expérience. Mais capital est le rôle que Kant assigne aux synthèses a priori, opérées grâce à la conscience intellectuelle des structures de notre esprit. Ainsi, le géomètre dispose de l'espace et du temps, intuitions pures (non empiriques) où il peut construire ses concepts ; Kant formule sa problématique de la connaissance à partir de la possibilité de telles synthèses a priori : en rendre compte ainsi par un formalisme lui paraît la seule voie pour légitimer la science, fondée sur des principes universels et nécessaires, principes situés du côté de notre esprit, non du côté des choses.

Auteur: FRANCOISE BURGELIN
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