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Gama : portrait d'une université - article ; n°1 ; vol.2, pg 29-53

De
26 pages
Archipel - Année 1971 - Volume 2 - Numéro 1 - Pages 29-53
3. Marcel Bonneff memberi gambaran tentang Universitas Gadjah Mada di Djogjakarta (GAMA) dimana dia telah mengadjar selama empat tahun. Universitas itu telah berdiri sedjak tahun 1946 dan selama beberapa waktu kuliah2 diberikan dalam ruangan2 keraton Kesultanan Djogjakarta. Sekarang Universitas ini memiliki gedung2 baru jang didirikan sedjak tahun 1951 dan terletak dibagian utara kota tersebut serta mempunjai 18 fakultas dengan 829 pengadjar tetap dan 15.000 mahasiswa. Disini penulis men- tjantumkan bagan dan statistik dalam lampiran tulisannja jang terutama menundjukkan pembagian mahasiswa dalam djenis kelamin dan agama, tempat asal serta lingkungan sosial mereka.
3. Marcel Bonnef portrays the great Gadjah Mada (GAMA) University of Jogjakarta where he has taught for the last four years. Founded in 1946, the University located for a period within the sultan's palace grounds, before moving to its present site in the northern part of the town into new buildings which were built in 1915. There are at present 18 faculties, a teaching staff of 829 and nearly 15.000 students. Economic demands cannot be shelved and those who have launched GAMA with an eye to realism are well aware of this. Economic realities are not to be shunned as those who have formulated realistic policies for GAMA well know, and the help of the rich nations has been invoked to overcome financial and material difficulties. Here are some of the urgent problems which the University must face: co-ordinating the eighteen faculties in accordance with the Development Plan ; improving the quality of teaching and guiding students towards a fullparticipation in the teaching process. If GAMA brings it off its considerable prestige and strength within the community can only increase. The usefulness of this monograph is enhanced by the tables and statistics which M. Bonneff gives in his notes and appendices, giving a breakdown of students according to sex, religion, area of origin and social background.
25 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Marcel Bonneff
Gama : portrait d'une université
In: Archipel. Volume 2, 1971. pp. 29-53.
ringkasan
3.Marcel Bonneff memberi gambaran tentang Universitas Gadjah Mada di Djogjakarta (GAMA) dimana dia telah mengadjar
selama empat tahun. Universitas itu telah berdiri sedjak tahun 1946 dan selama beberapa waktu kuliah2 diberikan dalam
ruangan2 keraton Kesultanan Djogjakarta. Sekarang Universitas ini memiliki gedung2 baru jang didirikan sedjak tahun 1951 dan
terletak dibagian utara kota tersebut serta mempunjai 18 fakultas dengan 829 pengadjar tetap dan 15.000 mahasiswa. Disini
penulis men- tjantumkan bagan dan statistik dalam lampiran tulisannja jang terutama menundjukkan pembagian mahasiswa
dalam djenis kelamin dan agama, tempat asal serta lingkungan sosial mereka.
Abstract
3. Marcel Bonnef portrays the great Gadjah Mada (GAMA) University of Jogjakarta where he has taught for the last four years.
Founded in 1946, the University located for a period within the sultan's palace grounds, before moving to its present site in the
northern part of the town into new buildings which were built in 1915. There are at present 18 faculties, a teaching staff of 829
and nearly 15.000 students. Economic demands cannot be shelved and those who have launched GAMA with an eye to realism
are well aware of this. Economic realities are not to be shunned as those who have formulated realistic policies for GAMA well
know, and the help of the rich nations has been invoked to overcome financial and material difficulties. Here are some of the
urgent problems which the University must face: co-ordinating the eighteen faculties in accordance with the Development Plan ;
improving the quality of teaching and guiding students towards a fullparticipation in the teaching process. If GAMA brings it off its
considerable prestige and strength within the community can only increase. The usefulness of this monograph is enhanced by
the tables and statistics which M. Bonneff gives in his notes and appendices, giving a breakdown of students according to sex,
religion, area of origin and social background.
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Bonneff Marcel. Gama : portrait d'une université. In: Archipel. Volume 2, 1971. pp. 29-53.
doi : 10.3406/arch.1971.949
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/arch_0044-8613_1971_num_2_1_94929
GAM A : PORTRAIT D'UNE UNIVERSITE
par Marcel BONNEFF
L'Université de la Révolution
Le 19 décembre 1951, au moment où le Président Soekarno pose la
première pierre du futur bâtiment central de l'Université Gadjah Mada de
Jogjakarta, au coeur du terrain récemment acquis au nord de la ville, les par
ticipants à la cérémonie et plus particulièrement les membres du Sénat de
l'université, dont le Professeur Sardjito est le président (*), peuvent s'estimer
satisfaits de l'oeuvre réalisée et pleins d'espoir quant à celle qu'il reste à
accomplir. Une dure étape vient d'être franchie.
Deux ans se sont écoulés depuis la création officielle de "GAMA"; deux
ans pendant lesquels le sort de l'institution fut souvent remis en question.
Pour passer des intentions aux réalisations, pour donner à l'université
des statuts, organiser l'enseignement et préparer l'avenir, vingt-quatre mois
n'étaient pas de trop.
Le Président Soekarno n'ignore pas le combat mené par les universi
taires qui l'entourent pour doter la jeune république de l'aima mater qu'elle
mérite. Ce combat a réellement commencé en 1945; il se confond avec la lutte
menée par les hommes politiques et les forces armées pour sauvegarder une
indépendance proclamée le 17 août.
x) Le Prof. Dr. M. Sardjito (1889-1970) fut président de l'université, de 1949 à
1961. Militant nationaliste de la première heure, il a joué un rôle très important
dans le domaine de la santé et de l'enseignement supérieur. Il est connu dans les
milieux scientifiques pour ses travaux en urologie. 30
Les nouveaux responsables sont en droit de reprocher au colonisateur
hollandais d'avoir maintenu sa possession dans un état général de sous-
éducation et cherché à l'isoler de toute influence extérieure. Dans le
domaine de l'enseignement supérieur, qu'on se souvienne seulement que les
Pays-Bas, dont la plupart des cadres étaient formés en métropole, ne créèrent
jamais une véritable université. Djakarta possédait une école de droit, fondée
en 1924, une école de médecine, fondée en 1927. A Bandung, l'école techni
que (2), où le Président de la République avait fait ses études d'ingénieur,
était le plus ancien des trois établissements d'enseignement supérieur (Hoo-
gescholen) (3) qui n'accueillaient au total que quelques centaines d'élèves dont
la moitié seulement étaient des "indigènes" triés sur le volet (4). La capitula
tion hollandaise, le 9 mars 1942, entraîna la fermeture de toutes ces écoles.
Durant l'occupation japonaise, l'école de médecine de Djakarta fut rou
verte en avril 1943. Un an plus tard, les cours reprenaient à l'Ecole technique
supérieure de Bandung, baptisée "Kogyo Daigaku". Après le 17 août 1945,
dans le domaine de l'enseignement universitaire, auquel l'occupant japonais
n'avait eu ni le temps ni sans doute le désir de se consacrer, tout restait à
faire ou à refaire.
L'arrivée des forces britanniques, préparant le retour des Hollandais,
oblige le gouvernement indonésien à ordonner le transfert de l'école de mé
decine et de l'école technique, nouvellement rouvertes, dans le centre de Java,
région considérée comme plus sûre, avant de déménager lui-même à Jogja
karta. C'est ainsi que la "Faculté technique" trouve asile dans un lycée de
Jogja et que l'Ecole supérieure de Médecine se partage entre Klaten et Sura-
karta. A peu près au même moment (mars 1946) se crée à Jogja, sous les aus
pices du Sultan Hamengku Buwana IX, un institut privé d'enseignement
supérieur, le Balai Perguruan Tinggi Gadjah Mada, comprenant deux fa
cultés, droit et lettres. Klaten voit ses activités universitaires s'étendre grâce
à l'ouverture d'une école de pharmacie et d'une école d'agriculture (sep
tembre 1946). Cette ville prendra encore de l'importance sur le plan univers
itaire quand, à la suite de la première attaque lancée contre "l'intérieur"
par les forces hollandaises, des étudiants et des professeurs de la toute nou-
8) Elle fut fondée en 1920; c'est l'actuel I.T.B. (Institut Technologi Bandung).
•) Au rang de ces établissements, on compte parfois la "Bestuursacademie" qui était
une école de formation de fonctionnaires indigènes (28 élèves en 1939).
l) Pendant l'année universitaire 1939-40, sur un total de 1246 étudiants on en comptait
637 d'origine indonésienne, contre 245 "Européens" et 361 Chinois. 31
velle Université de Malang (5) viendront y chercher refuge, entraînant la cré
ation d'une école vétérinaire et d'une école dentaire. Jogja voit naître une
académie des sciences sociales et politiques et Surakarta un institut de format
ion juridique en 1948. Pourtant l'atmosphère n'est pas à l'étude. Le territoire
de la république, agressé de toute part, s'est rétréci comme une peau de cha
grin. Elèves et maîtres participent à la résistance; beaucoup se trouvent aux
premières lignes, d'autres contribuent à l'effort de guerre en préparant les
munitions au laboratoire de la Faculté technique. On trouve beaucoup
d'universitaires parmi les héros de la Revolusi Fisik. On ne travaillera guère
du 21 juillet 1947, date de la première attaque hollandaise, au mois
de novembre 1949. L'affaire de Madiun en septembre 1948, la seconde
action militaire hollandaise visant plus particulièrement Jogja, puis les
conversations diplomatiques qui se dérouleront jusqu'à ce que Jogja
retrouve ses attributions de capitale de la Republik Indonesia et que les
troupes étrangères se retirent de la ville, mobiliseront les forces et les esprits.
Dès qu'il en eut la possibilité, c'est-à-dire après l'accord Roem-Royen
du 7 mai 1949, le gouvernement indonésien se pencha sur le problème de
l'enseignement supérieur. Il était important de savoir où, la paix recouvrée,
l'Indonésie trouverait les cadres administratifs, les médecins, les techniciens
dont elle aurait un urgent besoin (6). Il fallait organiser l'enseignement supér
ieur. Les différents établissements seront placés sous la tutelle du seul minis
tère de l'Education nationale. Au professeur Sardjito, on demande d'évacuer
Klaten qui se trouve hors de la Daerah RJ. Il met comme condition au
transfert des facultés de Klaten à Jogja de recevoir les locaux nécessaires.
Le Sultan Hamengku Buwana IX, qui avait accueilli le Balai Perguruan Ting-
gi Gadjah Mada dans une partie de son palais (Siti Hinggil-Pagelaran), of
frira aux arrivants le complexe de Kadipaten, résidence du Prince de la cou
ronne. Comme le dit Selosoemardjan, le Sultan gagne la sympathie de beau
coup " en ouvrant les portes du Palais à la Révolution". Le Palais, centre de
la culture et de l'art pour la société javanaise aurait pu se trouver menacé
*) A Surabaja, avant l'arrivée des Japonais, il existait une école professionnelle de
"médecins javanais" (NIAS) et une école dentaire (STOVIT) qui en 1943 furent
transformées en facultés. Lors de la prise de Surabaja en novembre 1945, ces établi
ssements déménagèrent à Malang où ils furent regroupés au sein d'une université
qui comprenait aussi une faculté de droit et une faculté d'agriculture ouvertes en
1946. Cette université ne put reprendre ses activités que quand la paix fut revenue.
•) Avant la guerre, sur 1600 ingénieurs que comptaient les Indes Néerlandaises, 60
étaient d'origine indonésienne. En 1949, la nouvelle république n'en aura à sa dis
position qu'un peu moins de 200. 32
par la montée des jeunes patriotes; au lieu de cela, il devient "un centre dé
mocratique d'enseignement supérieur pour toute la nation indonésienne".
On saura gré au Sultan de cette prise de position moderne. Toutes les con
ditions sont maintenant réunies pour que naisse enfin la grande "Université
nationale de la Révolution" tant désirée par le gouvernement. L'institut
privé Gadjah Mada accepte de se fondre dans la nouvelle institution; ce sera
donc l'Université Gadjah Mada, créée officiellement le 19 décembre 1949; 981
étudiants répartis en cinq facultés peuvent reprendre le travail (7). Le nouveau
sénat (8), placé sous la tutelle d'un conseil des curateurs (Dewan Kurator)
dont la présidence d'honneur revient au Sultan, la présidence au Paku Alam
et qui compte parmi ses membres Ki Hadjar Dewantara, devra lui aussi
se mettre à l'ouvrage; la tâche est immense.
En ce début des années cinquante, la situation politique est loin d'être
claire. Le gouvernement indonésien et celui des Pays-Bas viennent de trans
mettre le pouvoir à la "République des Etats-Unis d'Indonésie" (R.I.S.) qui
ne vivra que quelques mois. Le gouvernement indonésien et tout son appareil
administratif se sont fondus dans le nouvel état confédéral dont la capitale
est Djakarta. Le sort de l'université est en suspens. Deux points de vue s'oppos
ent: pour les uns, il serait plus économique et plus rationnel que GAMA
restât la grande université de la nation et qu'elle absorbât les différentes fa
cultés que les Hollandais avaient soit rouvertes soit créées, de 1947 à 1949,
à Djakarta, Bogor et Bandung (9). L'université devrait donc s'installer dans
la capitale. Les autres jugent qu'une université authentiquement nationale,
et pour beaucoup ce vocable est synonyme de javanaise, ne peut s'épanouir
dans "une ville située dans la sphère internationale". Les membres du sénat
qui prendront position en faveur de ce second point de vue n'ont pas été in
sensibles â l'idée que, une fois Gadjah Mada transplantée à Djakarta, l'an
cienne capitale redeviendrait la petite ville de province qu'elle était avant la
guerre, une ville de second ordre comme Surakarta ou même Klaten. Ce
sont donc des circonstances exceptionnelles et aussi la volonté d'une élite
qui ont fait de Jogja, que rien n'appelait à jouer ce rôle, la grande ville uni
versitaire que nous connaissons aujourd'hui: Kota Kebudajaan, Kota Pari-
1) II s'agit des facultés de médecine et de médecine dentaire, d'économie, de tech
nique, d'agriculture, de vétérinaire.
8) Outre le nom du professeur Sardjito, on y relève entre autres ceux des professeurs
Wreksodiningrat, Diokosoetono, Priiono, Soenarjo, Johannes (qui sera recteur de
l'université de 1961 à 1965).
*) Des facultés avaient également été créées à Surabaja (médecine) et à Makasar
(économie). 33
wisata dan Kota Peladjar (10). Djakarta possédera quand même son uni
1' Universitas Indonesia, à laquelle il manquera toujours cette aura versité,
faite de patriotisme, de pureté révolutionnaire et d'authenticité culturelle,
dont s'entoure le nom de la grande devancière "qui ne doit rien à la coloni
sation".
Harvard et la Sorbonne
II fallait d'abord des buts à la mesure d'une telle université. Le Pantja-
sila — philosophie du nouvel état — fournira une ligne de conduite à l'ins
titution qui doit se consacrer au service du bien-être national et à celui de
l'humanité. La connaissance n'est rien si elle ne s'entoure de spiritualité (ke-
rochanian) et si elle ne se fonde sur un esprit communautaire (kemasjarakatan).
L'université prétend donner un contenu au Pantjasila. Le nom de Gadjah
Mada, qui rappelle le premier ministre des souverains de l'empire Madjapahit,
de Djajanegara à Hajam Wuruk, symbolise la fermeté, la bravoure et la per
sévérance, qualités communiquées "magiquement" à qui porte ce nom. Le
destin de l'université est tracé; politique et mysticisme veillaient sur le ber
ceau.
Le retard par rapport à l'enseignement supérieur dans les nations dé
veloppées est considérable. Peut-être par rancoeur envers Amsterdam mais
non sans perspicacité, l'anglais est choisi comme langue étrangère principale
alors que l'enseignement de base se fait en indonésien, langue à peu près nouv
elle pour certains (u). Les professeurs hollandais qui resteront devront
enseigner en anglais et apprendre la bahasa Indonesia. Une certaine audace
était nécessaire pour tourner brutalement le dos à la culture néerlandaise et
pour abandonner la langue qui avait été l'instrument de formation de ceux
qui maintenant accédaient à la chaire.
Tous les moyens de travail — livres, manuels, revues — étaient en néer
landais. Le retard allait s'accroître mais, à long terme, le calcul serait payant.
D'ailleurs, les grands pays ang'ophones frappaient déjà à la porte, proposant
une aide que GAMA était prête à recevoir dans la mesure où elle n'altérait
pas son originalité. Il en sera ainsi au cours des années qui suivront, avec les
hauts et les bas que la politique gouvernementale vis-à-vis des pays occiden
taux imprimera à cette aide. L'Université de Harvard, celle de Californie et
loj C'est-à-dire: "Ville de la culture, du tourisme et des étudiants".
le développement ll) Les Japonais avaient interdit l'usage du néerlandais, facilitant ainsi
de l'indonésien. 34
celle du Wisconsin avec l'appui de la Ford Foundation, le British Council,
rU.N.E.S.C.O., l'Organisation du plan de Colombo participeront au déve
loppement de Gadjah Mada, en détachant leurs experts et leurs professeurs
ou par des envois de matériel. Un grand nombre de professeurs et d'étudiants
indonésiens séjourneront plutôt aux Etats-Unis et dans les pays d'Europe
occidentale ou plutôt dans les "pays frères" du camp socialiste, Chine compris
e, suivant les fluctuations de la politique étrangère. Les enseignants hollan
dais qui avaient été maintenus dans le cadre de l'Union hollando-indonésienne
quitteront le pays au moment de la crise entre les deux gouvernements au
sujet de PIrian Barat. Puis ce sera la confrontation avec la Malaisie qui met
tra fin aux rapports euphoriques que GAMA entretenait avec les universités
américaines et le British Council de 1957 à 1963. Enfin le coup d'état du 30
septembre 1965, qui sonnera le glas de l'influence communiste, annoncera
une période de repli de trois ans environ, avant que, tout dernièrement,
l'université ne se tourne à nouveau, mais de façon encore discrète et circonstanc
iée, vers ses riches protectrices américaines.
A partir de 1950 l'université ne cesse de s'agrandir. Les locaux vétustés
du Kraton et le complexe de Kadipaten ne suffisent déjà plus. Le sénat ac
quiert un vaste terrain à Bulak Sumur sur lequel sera édifié un campus moder
ne qui est loin d'être terminé en 1971. La Faculté des Lettres ouvre ses portes
en 1950; elle englobe alors l'enseignement de la pédagogie et celui de la phi
losophie qui s'en sépareront ultérieurement. Le nombre des facultés va rap
idement se multiplier. On en compte douze en 1959-60, avec au total 11.309
étudiants. Au cours de ces dix premières années, l'université n'est malheureu
sement pas en mesure d'assurer un enseignement de qualité. Le matériel et
les livres font défaut. Des étudiants avancés remplacent les professeurs qui
manquent. Même l'enseignement des universitaires formés à l'école hollan
daise se ressent d'un manque de contacts, qui a duré dix ans, avec les milieux
scientifiques internationaux. Les maîtres autant que leurs élèves ont soif de
s'instruire.
Mais l'Histoire ne respecte guère les exigences de la connaissance et du
progrès scientifique. Le destin de l'université est étroitement lié à celui du
pays. Il faut aller de l'avant, fournir de plus en plus de cadres. D'autres uni
versités doivent être créées. Gadjah Mada ouvre des filiales à Purwokerto,
Semarang, Surabaja Ç-*), et contribuera, surtout au début des années 60, à la
formation des officiers des forces armées.
2) Celle de Semarang est devenue à présent 1' Université Diponegoro et celle de
Surabaja l'Université Airlangga. 35
GAMA, fille de la Révolution, ressemble à s'y méprendre à §a
jeune mère: des idées généreuses, mais peu de tête. Les premières années
de son existence sont placées sous le signe de la démocratie enthousiaste.
Ses portes sont largement ouvertes à la jeunesse du pays; l'appel d'air
démocratique attire vers l'université des étudiants venus de toutes les ré
gions de l'archipel. Les problèmes posés par leur accueil, tant sur le plan
de l'enseignement que des conditions de vie, reçoivent souvent des solutions
de fortune. De mesure exceptionnelle en solution provisoire, l'édifice se
construit tant bien que mal. Pourtant la façade ne manque pas d'éclat.
Pour la jeune nation qui avec des moyens dérisoires a tenu en échec la race
blanche et mis fin à trois siècles et demi de colonisation, "GAMA est à la
fois Harvard et la Sorbonne". Université de la révolution indonésienne, elle
infléchit ses principes en même temps que celle-ci. Afro-asiatique après 1955,
elle devra servir la cause d'un monde libéré de l'impérialisme et du colo
nialisme. En 1961, le sénat la déclare "Université socialiste", pour un "Etat
socialiste". Dans une démocratie guidée, les études aussi doivent être guidées.
L'étude du Pantjasila et celle du Manipol (13) seront rendues obligatoires.
La religion (ou à défaut l'éthique sociale), la sociologie sont aussi au pr
ogramme du "Studium Générale", sorte d'enseignement civique destiné à
"former des citoyens responsables".
Le coup d'état de 65 sera durement ressenti par l'université trop int
imement engagée dans le jeu politique. L'orgueilleuse façade s'écroule laissant
apparaître un édifice branlant.
L'épuration des éléments communistes et l'agitation estudiantine —
moins violente ici qu'à Djakarta — empêcheront tout travail pendant l'année
universitaire 1965-66. En 1967 la rentrée des facultés, qui pour compenser l'an
née perdue, a été placée en février, trouve l'université désorientée et sur la dé
fensive. Il faudra encore attendre deux ans pour qu'elle retrouve un visage et
une politique tracée de Djakarta. Le nouveau recteur, Drs. Soeroso M.A.,
demande que soit fait le bilan. L'héritage présente un lourd passif qu'il faut
s'employer à combler le plus rapidement possible. Une commission destinée
à mettre sur pied un programme de développement est constituée. GAMA
entre dans une ère nouvelle.
18) Abréviation de "Manifesto Politik" nom donné au Manifeste par lequel le Président
Soekarno a fait connaître sa doctrine politique au pays, lors d'une allocution pro
noncée le 17 août 1959. 36
L'Ere du réalisme
Université du gouvernement, elle doit accorder ses objectifs avec ceux
que propose le plan de développement économique de cinq ans institué par
YOrde Baru. Les prévisions seront établies pour des périodes de longueur
identique. Le premier programme pourtant ne durera que quatre ans (1970-
73) car il a démarré avec du retard par rapport au Repelita (14). Pour l'instant,
il s'agit surtout d'un de redressement. Pendant cette première
phase, une remise en ordre de l'institution s'impose pour atteindre la stabili
té qui servira de base à un développement ultérieur. La nouvelle politique
se veut réaliste et adaptée aux exigences de l'économie. C'est sur la formation
de techniciens et de spécialistes dans les secteurs prioritaires (agriculture,
industrie) que porteront les efforts. Les responsables entendent dépolitiser
la vie universitaire et provoquer un changement d'attitude mentale. Les gran
des idées humanitaires, les projets ambitieux de refonte de la société ne sont
plus de mise. Efficacité avant tout. Ce n'est pas un hasard si le recteur est
un jeune économiste d'une quarantaine d'années, formé à l'école américaine
et qui n'aime ni les discours ni les dépenses somptuaires. Répondre aux be
soins du pays tout en devenant la meilleure université d'Indonésie telle est
l'ambition de GAMA. Mais en a-t-elle les moyens ?
Le gouvernement n'est pas généreux pour le fleuron de son éducation
nationale. Cent dix millions de rupiah par an auxquels viennent s'ajouter les
droits d'inscription et les contributions "volontaires" (15), versées par les étu
diants actuels ou anciens {alumni), constituent l'essentiel du budget de routine,
traitements des professeurs et des employés compris. A Gadjah Mada le coût
de la formation d'un étudiant ne doit pas excéder en moyenne 15.000 Rp.
par an, alors que, selon les responsables, un minimum de 100.000 Rp. serait
souhaitable pour un étudiant en lettres, davantage pour un étudiant en scien
ces ou en médecine. Les sommes versées par le ministère pour le dévelop
pement, si elles sont plus importantes n'en sont pas moins, elles aussi, très
insuffisantes (211 millions en 69-70 et en 70-71; 371 millions pour 1971-72).
Il faut, en priorité, remplacer les locaux dont le caractère provisoire dure
depuis plus de vingt ans, achever la construction du campus où toutes les
14) Abréviation de Rentjana Pembangunan Lima Tahun "Plan quinquennal de construc
tion".
16) Le montant total de ces sommes est impossible à évaluer car celles-ci sont versées
aux différentes facultés qui en disposent sans en référer à l'administration centrale.
Au cours actuel, 1 F. = 69 Rp. 37
facultés et l'hôpital universitaire seront regroupés. Les enseignants réclament
des laboratoires ou, au moins, la possibilité de faire fonctionner ceux qui
existent déjà mais dont le matériel est hors d'usage ou qui n'ont ni l'eau ni
l'électricité. Les livres sont en nombre insuffisant - 200.000 exemplaires
pour l'ensemble-; ouvrages récents et périodiques qui permettraient de se
tenir au courant de l'actualité scientifique internationale ne se trouvent ni au
catalogue de la bibliothèque centrale ni à celui des facultés. Pour l'instant,
parvenir à une remise en état et à une bonne utilisation de ce qui existe sont
des objectifs à court terme qui ne semblent pas hors de portée.
Le développement de l'université sera à la mesure de ses ressources.
L'avenir pourtant pourrait être plus grandiose si les nations développées
réalisent les projets qui sont en pourparlers au niveau ministériel. C'est
ainsi que les Etats-Unis, qui, par l'intermédiaire de la Rockefeller Foundat
ion, souhaitent contribuer au développement d'une université indonésienne,
pourraient porter leur dévolu sur Gadjah Mada; cette perspective est même
très vraisemblable. Les universités américaines, du Wisconsin, de Berkeley,
de Hawaï — auxquelles viendraient s'en ajouter d'autres — qui ont des
contrats d'association avec différentes facultés, enverraient alors davantage
de matériel et de professeurs, inviteraient plus de jeunes diplômés indonés
iens à venir parfaire leur formation sur leur campus (16). Les universités
hollandaises, pour leur part, sont déjà prêtes à apporter leur assistance à la
Faculté des Sciences et à celle de Philosophie.
Universitas ou Multi-versitas ?
Le Sénat de l'université, constitué des professeurs les plus anciens et
des doyens, est le gardien du sceau; il a surtout un rôle législatif et consultatif.
C'est le Recteur, nommé pour quatre ans par le Président de la République,
qui détient les rênes du pouvoir exécutif qu'il délègue à six assistants
spéciaux et à la Conférence des doyens, véritables moteurs de l'institution.
Cependant, le système administratif a bien besoin d'être réformé, "débur
eaucratisé", sans quoi Pankylose qui a tendance à entraver son fonction
nement deviendra paralysie.
Mais GAMA souffre d'un mal profond plus grave encore, d'un mal
dont les causes sont originelles. Comme nous l'avons vu, elle s'est développée
très rapidement; le nombre des facultés s'est accru d'année en année à tel
point qu'aujourd'hui elles sont dix-huit à dispenser la Connaissance à plus
16 ) Actuellement, 46 étudiants et assistants poursuivent des études à l'étranger ; 12 en
sont revenus en 1970.