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GROETHUYSEN bernard (1880-1948)

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Universalis_Article publié par Encyclopaedia Universalis GGRROOEETTHHUUYYSSEENN bbeerrnnaarrdd ((11888800--11994488)) Né à Berlin, étudiant à Vienne, à Munich, à Berlin, où il suit les cours de Gomperz, Simmel, Wolfflin, Dilthey, nommé professeur à Berlin (1906), Bernard Groethuysen, philosophe allemand, démissionne pour protester contre la montée du nazisme et s'installe en France, en 1932, où il se fait naturaliser. « Il n'aimait pas se mettre en avant, écrira Jean Paulhan, et l'on eût dit qu'il avait une fois pour toutes pris le parti de vivre la vie des autres, plutôt que la sienne. » Par nature, il « préférait les questions aux réponses ». Élève de Dilthey, il se rattache à ce courant philosophique, annonciateur de l'existentialisme, qui, renonçant à expliquer (erklären) les phénomènes de la nature par leurs lois, se propose de comprendre (verstehen) la réalité humaine par la description de ses individus typiques et par son histoire. Pas d'interrogation sur les mathématiques ou la physique : pas d'épistémologie ! Mais l'espoir de fonder les sciences humaines sur la base non seulement de la philosophie au sens universitaire (celle-ci comprenait alors la psychologie), mais encore des lettres, de l'art, des beaux-arts, en bref, de la grande culture.
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GROETHUYSEN bernard (1880-1948)

Né à Berlin, étudiant à Vienne, à Munich, à Berlin, où il suit les cours de Gomperz, Simmel, Wolfflin, Dilthey, nommé professeur à Berlin (1906), Bernard Groethuysen, philosophe allemand, démissionne pour protester contre la montée du nazisme et s'installe en France, en 1932, où il se fait naturaliser. « Il n'aimait pas se mettre en avant, écrira Jean Paulhan, et l'on eût dit qu'il avait une fois pour toutes pris le parti de vivre la vie des autres, plutôt que la sienne. » Par nature, il « préférait les questions aux réponses ».

Élève de Dilthey, il se rattache à ce courant philosophique, annonciateur de l'existentialisme, qui, renonçant à expliquer (erklären) les phénomènes de la nature par leurs lois, se propose de comprendre (verstehen) la réalité humaine par la description de ses individus typiques et par son histoire. Pas d'interrogation sur les mathématiques ou la physique : pas d'épistémologie ! Mais l'espoir de fonder les sciences humaines sur la base non seulement de la philosophie au sens universitaire (celle-ci comprenait alors la psychologie), mais encore des lettres, de l'art, des beaux-arts, en bref, de la grande culture. On se tourne donc vers le rêve, l'imagination, l'art moderne du portrait ; on étudie Platon, Aristote, Plotin, saint Augustin ; on découvre Carolus Bovillus ; on s'instruit auprès de Pétrarque ou de Boccace, aussi bien que de Goethe, Hölderlin ou Kafka. On écrit une Introduction à la pensée philosophique allemande depuis Nietzsche (Paris, 1926). L'Anthropologie philosophique (Paris, 1953, trad. de Philosophische Anthropologie, Munich-Berlin, 1928-1931) déploie un tableau historique du « Connais-toi toi-même », de Socrate à Montesquieu. Il faut la compléter par Mythes et portraits (1947), dont le dernier article, « L'Enfant et le métaphysicien », expose très probablement, sous le nom de Kierkegaard, l'évolution de l'auteur.

Ce n'est là, pour ainsi parler, que l'aspect culturel d'une œuvre. L'autre aspect est politique. Groethuysen s'est voulu marxiste. Encore professeur à Berlin, il avait entrepris de remonter aux Origines de l'esprit bourgeois en France (L'Église et la Bourgeoisie, t. I, 1927). Une brochure, Dialektik der Demokratie, paraît en 1931. Il laissera dans ses papiers un Jean-Jacques Rousseau (1949), penseur dont « toutes les idées politiques culminent dans la vision du peuple » ; une des clefs de l'ouvrage est sans doute la phrase où Groethuysen écrit : le Genevois « ne rompt pas avec le passé religieux. Les philosophes seraient plutôt des évolutionnistes en matière politique et des révolutionnaires en matière de religion. Chez Rousseau, si on tire la conséquence de ses théories, ce serait l'inverse ». Le recueil posthume Philosophie de la Révolution, précédé de Montesquieu (1956), rassemble des textes destinés au second tome des Origines de l'esprit bourgeois en France : on y voit un dix-huitièmiste qui, consacrant son effort aux sciences humaines, à l'exclusion des sciences de la nature, attache sa méditation à l'idée-force des Lumières : le droit naturel. On y retrouve Montesquieu, Rousseau. On repart même de Descartes. Il s'agit toujours de montrer comment les doctrines du siècle travaillent à la Déclaration des droits de l'homme et à la réalisation de la Révolution française — passage de l'abstrait au concret, que Groethuysen exprime, non en termes d'économie, mais en termes d'images, de volonté, de but.

Peut-être Groethuysen est-il resté, malgré lui, trop fidèle à Dilthey, dont l'esprit se concilie mal avec le marxisme. Ceux qui ont connu, approché cet homme généreux gardent le sentiment qu'il n'a pas accompli son œuvre et la certitude qu'on mesurera mal son influence si l'on tient compte de ses seules publications, si l'on ne peut prendre aussi en considération les richesses inépuisables de ses conversations.

Aux œuvres de Groethuysen déjà citées on ajoutera les deux études suivantes : « Idée et pensée (Réflexions sur le « Journal » de Dilthey) », in Recherches philosophiques (A. Koyré, H.-C. Puech et A. Spaïer dir.), IV, Paris, 1934-1935 ; « De quelques aspects du temps », ibid., V, 1935-1936. Sur Groethuysen, voir J. Paulhan, Préface à Mythes et portraits (reprise dans Œuvres complètes, Cercle du livre précieux, t. IV, pp. 143-150) et « Mort de Groethuysen à Luxembourg », in Nouvelle Revue française, mai 1969, réédité par Fata Morgana, Montpellier, 1947 ; H. Meschonnic, « La Vie pour le sens, Groethuysen », in N.R.F., no 298 (1977), no 299 (1977), nos 300, 302 et 303 (1978).

Auteur: YVON BELAVAL