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HENRY michel (1922-2002)

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Universalis_Article publié par Encyclopaedia Universalis HHEENNRRYY mmiicchheell ((11992222--22000022)) Michel Henry, né à Haiphong (Vietnam), fera toute sa carrière universitaire à Montpellier, comme si l'exil loin de Paris, dans le calme de la province, était le lieu le plus approprié à des recherches philosophiques tout entières tournées vers une intériorité que les bruits du monde ne pourraient qu'altérer. En 1963 paraissent les deux forts volumes d'une œuvre qui attendra longtemps sa reconnaissance du public spécialisé : L'essence de la manifestation, bientôt suivie, en 1965, d'une Philosophie et phénoménologie du corps consacrée à l'ontologie de Maine de Biran. Ses recherches, difficiles, exigeantes, à la fois ressassantes et trouées d'éclairs fulgurants, gorgées d'analyses minutieuses et sillonnées d'embardées vertigineuses cherchent à nous mener de l'être de l'ego, tel que la tradition l'a retenu de Descartes, à la « révélation de l'ipséité de l'être ». Contre une tradition fondée sur le primat de la représentation, et où l'accès au vrai passe par la neutralisation affective de la pensée, Michel Henry entend protéger l'immédiateté de la vie et place l'affectivité à l'origine de la connaissance.
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HENRY michel (1922-2002)

Michel Henry, né à Haiphong (Vietnam), fera toute sa carrière universitaire à Montpellier, comme si l'exil loin de Paris, dans le calme de la province, était le lieu le plus approprié à des recherches philosophiques tout entières tournées vers une intériorité que les bruits du monde ne pourraient qu'altérer. En 1963 paraissent les deux forts volumes d'une œuvre qui attendra longtemps sa reconnaissance du public spécialisé : L'essence de la manifestation, bientôt suivie, en 1965, d'une Philosophie et phénoménologie du corps consacrée à l'ontologie de Maine de Biran. Ses recherches, difficiles, exigeantes, à la fois ressassantes et trouées d'éclairs fulgurants, gorgées d'analyses minutieuses et sillonnées d'embardées vertigineuses cherchent à nous mener de l'être de l'ego, tel que la tradition l'a retenu de Descartes, à la « révélation de l'ipséité de l'être ». Contre une tradition fondée sur le primat de la représentation, et où l'accès au vrai passe par la neutralisation affective de la pensée, Michel Henry entend protéger l'immédiateté de la vie et place l'affectivité à l'origine de la connaissance. « L'affectivité, elle seule, permet que la sensibilité soit ce qu'elle est, une existence, l'épaisseur d'une vie ramassée en elle-même et s'éprouvant elle-même tandis qu'elle est affectée, souffrant et supportant ce qui l'affecte, non la froide saisie de celui-ci ou sa contemplation indifférente. » Le mouvement interne de l'affectivité est totalement indépendant et du déroulement psychologique du vécu et des événements qui nous arrivent de l'extérieur. C'est ici que Michel Henry va mener bataille contre toutes les « philosophies de la transcendance », au premier chef desquels il place Heidegger, en faveur d'une « pensée de l'immanence absolue » ou radicale dont, paradoxalement, il voit chez Descartes un des principaux promoteurs. Descartes, ainsi qu'il le montrera dans le premier chapitre de la Généalogie de la psychanalyse (1985), ne se contente pas de mettre en doute, ou entre parenthèses, les représentations que nous avons du monde, mais le monde lui-même, dégageant ainsi l'âme en tant qu'auto-affection de la vie, intériorité absolue. Cette vie intérieure devant laquelle Descartes lui-même reculera, préférant instaurer une connaissance certaine du monde extérieur, Michel Henry la pense comme « lieu de toute certitude et de toute réalité. » La phénoménologie à laquelle l'auteur prétend rester fidèle (voir sa Phénoménologie matérielle parue en 1990) opère dans l'immanence afin d'avoir accès « au corps, à l'action, à l'affectivité » sans passer par la représentation ou les moyens objectivants des sciences. L'inconscient tel que Freud en fit l'hypothèse sera, d'une part, très finement analysé et critiqué en tant que tributaire des philosophies de la représentation qui, prétendant saisir les phénomènes en pleine lumière, sont obligés de les penser comme objets mondains, et, d'autre part, comme tentative de penser la vie dans sa phénoménalité même hors toute lumière, rapproché des percées de Schopenhauer ou de Nietzsche dans ce qu'elles ont de plus radical.

L'année 1976 voit paraître deux livres : une somme en deux gros volumes sur Marx (Une philosophie de la réalité et Une philosophie de l'économie) et un roman (son deuxième, après Le Jeune Officier, 1954), L'Amour les yeux fermés, qui obtint le prix Renaudot. Ce qui intéresse l'auteur, chez Marx, c'est le philosophe de la vie, non le théoricien de la lutte des classes et de la société communiste en lequel crurent se reconnaître ses descendants (les « marxistes »). Plaçant au cœur de ses analyses la notion de praxis, qui n'est rien d'autre que l'activité de l'individu vivant, Michel Henry présente un Marx inhabituel, « l'un des premiers penseurs chrétiens ». Bien loin de n'avoir accompli qu'une critique de l'économie capitaliste, Marx a opéré une critique de toute économie marchande qui aliène la vie, « substituant la chose à la vie même ». L'effondrement du communisme et le passage à un capitalisme « total » tel qu'on l'a vu se réaliser dans les années 1990 sera analysé dans Du communisme au capitalisme ; théorie d'une catastrophe (1990). Dans La Barbarie (1987) sera dénoncée avec virulence une société qui, fondée uniquement sur l'objectivité de la connaissance et le déploiement des techniques, ne peut que nier toute culture et sombrer dans le néant. L'art peut toutefois offrir quelques motifs d'espoir, surtout lorsque comme chez Kandinsky (Voir l'invisible, 1988) il s'adonne tout entier à une manifestation dans le visible des émotions les plus cachées de notre intériorité. C'est enfin sur une philosophie du christianisme (C'est Moi la Vérité. Pour une philosophie du christianisme, 1996) que débouche le parcours d'un penseur prolifique et secret, à l'écart des modes et au cœur des préoccupations du siècle.

Auteur: FRANCIS WYBRANDS
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