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Huainan zi (IIe s. av. J.-C.)

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Universalis_Article publié par Encyclopaedia Universalis Huainan zi (IIe s. av. J.-C.) En publiant le Huainan zi (le « Maître de Huainan ») pour la première fois dans une langue occidentale (Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 2003), Charles Le Blanc, Rémi Mathieu et leurs collaborateurs ont enfin mis à la portée du plus large public une synthèse majeure de la sagesse et du esavoir de la Chine dans les premières décennies de l'Empire (ii s. av. J.-C.). Si l'on considère la difficulté du texte original et la difficulté non moindre de le transposer en français, on comprend aisément qu'il ait fallu près de vingt ans pour mener à bien une entreprise qui, au départ, avait tout d'une gageure. Mais le résultat est là : un livre d'une fidélité scrupuleuse au texte original, et cela dans un français parfaitement clair. Le Huainan zi peut désormais enrichir les connaissances de l'esprit curieux, tout autant que la réflexion, voire la méditation, de l'homme d'aujourd'hui. Liu An (179-122 av. J.-C.), prince de Huainan, était un prince du sang. Petit- fils du fondateur de la dynastie Han et oncle de l'empereur régnant, Wudi, il fit de sa cour un centre de culture, et rassembla autour de lui des hommes savants dans toutes les disciplines.
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Huainan zi (IIe s. av. J.-C.)

En publiant le Huainan zi (le « Maître de Huainan ») pour la première fois dans une langue occidentale (Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 2003), Charles Le Blanc, Rémi Mathieu et leurs collaborateurs ont enfin mis à la portée du plus large public une synthèse majeure de la sagesse et du savoir de la Chine dans les premières décennies de l'Empire (iie s. av. J.-C.). Si l'on considère la difficulté du texte original et la difficulté non moindre de le transposer en français, on comprend aisément qu'il ait fallu près de vingt ans pour mener à bien une entreprise qui, au départ, avait tout d'une gageure. Mais le résultat est là : un livre d'une fidélité scrupuleuse au texte original, et cela dans un français parfaitement clair. Le Huainan zi peut désormais enrichir les connaissances de l'esprit curieux, tout autant que la réflexion, voire la méditation, de l'homme d'aujourd'hui.

Liu An (179-122 av. J.-C.), prince de Huainan, était un prince du sang. Petit-fils du fondateur de la dynastie Han et oncle de l'empereur régnant, Wudi, il fit de sa cour un centre de culture, et rassembla autour de lui des hommes savants dans toutes les disciplines. À l'image de la nation chinoise qui, après des siècles de divisions, assoit, au début de la dynastie Han, les fondements de son unité, l'heure des synthèses est arrivée pour une pensée apparue à travers divers courants dès le vie siècle avant J.-C., et qui avait engendré un foisonnement d'écoles.

Le Huainan zi est indubitablement une œuvre de synthèse. Au premier regard, il apparaît même comme une encyclopédie où trouvent leur place cosmologie, mœurs, zoologie, rites, légendes, médecine, musique ou stratégie. Aucun domaine ne semble absent. Pourtant, le propos du compilateur ne fut pas d'établir une description technique de l'avancée des connaissances scientifiques de son temps. Les exemples les plus divers illustrent chaque paragraphe, voire chaque phrase, mais le propos est ailleurs. Ce dont il s'agit est en effet l'unité de la Voie (Dao) taoïste de Laozi et de Zhuangzi. Le Huainan zi s'inscrit résolument dans ce courant de pensée. Reprenant évidemment les thèmes de l'inconstance des choses, de la fuite des honneurs, du non-agir ou du retour au naturel, il va cependant plus loin dans la réflexion spéculative en effectuant un va-et-vient constant entre l'anecdote insignifiante et les principes les plus élevés. L'opposition apparente, du point de vue ontologique, entre la Voie ineffable et la multiplicité des êtres, tout comme les implications de cette opposition pour l'anthropologie et la morale, constituent un aspect majeur de la problématique taoïste. Le Huainan zi expose en vingt et un chapitres, de façon exhaustive, l'aboutissement de plusieurs siècles de réflexion sur ces questions. Pour résoudre ces oppositions, il décrit, avec autant de précision que possible, le processus de démultiplication de la Voie, conduisant à un ensemble de correspondances, non seulement d'une façon générale entre le macrocosme qu'est l'univers et le microcosme qu'est l'homme, mais aussi entre les saisons, les éléments de la nature, les points cardinaux, ou encore les rites. Ainsi il existe une union intrinsèque entre par exemple chaque direction cardinale et telle planète, telle phase ou élément de la nature, tel personnage mythique, tel animal emblématique et telle note de musique. Cette unité foncière conservée au sein de la multiplicité fonde toute l'ascèse taoïste, qui tend à réunifier l'essence, le souffle et l'esprit pour recouvrer l'Un.

Comme la quasi-totalité des œuvres philosophiques de l'Antiquité, le Huainan zi possède une dimension politique. Il était initialement destiné à être le manuel du prince héritier et à procurer au souverain un guide de gouvernement ainsi qu'une doctrine d'État. C'est pour cela qu'un chapitre entier est consacré à « l'utilisation des armes », un autre aux « résonances de la Voie » dans l'Histoire, un autre encore à « l'art du maître ». Ce dernier décrit certes la sobriété, la probité et la vertu du souverain qui conditionnent un bon gouvernement, mais il évoque aussi la nécessité de l'attention à tous, de l'écoute et de la modération, montrant ainsi que la Chine possède depuis l'Antiquité, dans sa propre tradition, les ressources philosophiques d'un gouvernement humain et libéral. Ce n'est toutefois pas cet aspect du Huainan zi qui prévalut. Quoiqu'il fût présenté au trône en 139 avant J.-C., il n'empêcha pas le confucianisme de devenir doctrine d'État trois ans plus tard. À la suite d'une calomnie qui l'accusa de rébellion, Liu An fut même obligé de se suicider en 122 avant J.-C. Cela ne saurait diminuer l'intérêt majeur de l'ouvrage, qui n'a jamais quitté les bibliothèques impériales et fut intégré au canon des textes taoïstes.

Auteur: PIERRE MARSONE
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