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IBN BĀDJDJA abū bakr ibn al-sā'igh, dit AVEMPACE (fin xie s.-1138)

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Universalis_Article publié par Encyclopaedia Universalis IIBBNN BBĀĀDDJJDDJJAA aabbūū bbaakkrr iibbnn aall--ssāā''iigghh,, ddiitt AVEMPACE (fin xie s.-1138) Auteur dont l'œuvre constitue un grand moment dans l'histoire de la philosophie arabe d'Espagne et une source importante pour les théologies médiévales. Le nom d'Ibn Bādjdja, qu'on donne communément à Abū Bakr Ibn al-Sā'igh (fils de l'orfèvre), a été latinisé en Avempace par les scolastiques à travers la transcription des traducteurs juifs. Les textes latins citent également ce penseur sous son prénom d'Abubacer. Savant encyclopédique, né à Saragosse, il exerça ses talents en médecine, en astronomie, en mathématiques, en botanique, en musique et en poésie. Par la qualité de ses commentaires d'Aristote, il est regardé comme le véritable pionnier de l'aristotélisme dans l'Espagne musulmane. Il s'est également consacré à l'analyse des traités de logique du « second maître », Al-Fārābī, qu'il admirait beaucoup. Son sens critique s'est manifesté avec éclat en plusieurs domaines. Abandonnant le système astronomique de Ptolémée, il élabora un système qu'on ne connaît malheureusement qu'à travers un vague témoignage d'Alpetragius et de Maimonide. En grammaire, la discussion célèbre qui l'a opposé à Ibn al-Sīd de Badajoz a fait de lui un chef d'école qui consacra l'étude de la grammaire arabe dans les termes de la logique grecque.
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IBN BĀDJDJA abū bakr ibn al-sā'igh, dit AVEMPACE (fin xie s.-1138)

Auteur dont l'œuvre constitue un grand moment dans l'histoire de la philosophie arabe d'Espagne et une source importante pour les théologies médiévales. Le nom d'Ibn Bādjdja, qu'on donne communément à Abū Bakr Ibn al-Sā'igh (fils de l'orfèvre), a été latinisé en Avempace par les scolastiques à travers la transcription des traducteurs juifs. Les textes latins citent également ce penseur sous son prénom d'Abubacer.

Savant encyclopédique, né à Saragosse, il exerça ses talents en médecine, en astronomie, en mathématiques, en botanique, en musique et en poésie. Par la qualité de ses commentaires d'Aristote, il est regardé comme le véritable pionnier de l'aristotélisme dans l'Espagne musulmane. Il s'est également consacré à l'analyse des traités de logique du « second maître », Al-Fārābī, qu'il admirait beaucoup.

Son sens critique s'est manifesté avec éclat en plusieurs domaines. Abandonnant le système astronomique de Ptolémée, il élabora un système qu'on ne connaît malheureusement qu'à travers un vague témoignage d'Alpetragius et de Maimonide. En grammaire, la discussion célèbre qui l'a opposé à Ibn al-Sīd de Badajoz a fait de lui un chef d'école qui consacra l'étude de la grammaire arabe dans les termes de la logique grecque. Son commentaire de la Physique d'Aristote examine de façon particulière deux questions fondamentales omises par les commentateurs grecs : celles des indivisibles et de la définition du premier moteur des livres VI et VII, qui lui ont permis d'élaborer une théorie du mouvement où la notion de force joue un rôle similaire à celui qu'elle aura chez Leibniz.

Absorbé par ses fonctions de secrétaire auprès des souverains de Saragosse, de Séville et de Fès, Ibn Bādjdja avoue lui-même avoir manqué de temps pour remanier et compléter ses écrits, qui restent en majeure partie inachevés : le De Anima et le Régime du solitaire, qui est considéré jusqu'ici comme étant l'œuvre maîtresse d'Ibn Bādjdja, sont en fait tronqués et s'arrêtent brutalement au chapitre important qui traite de la faculté rationnelle.

Les études récentes n'ont pas encore rendu compte de tous les aspects de sa doctrine. Celles de Renan, de Munk, de Quadri et de H. Corbin comportent parfois des erreurs notoires et reprennent dans leur majorité la version erronée de Moïse de Narbonne, dit maître Vidal. Mais l'apport fondamental du philosophe arabe de Saragosse concerne la psychologie et la noétique, en des questions essentielles que l'auteur a tenté de résoudre dans d'autres écrits tels que la Lettre d'adieu (l'Epistola expeditionis des Latins) et surtout le Traité de la conjonction de l'intellect agent avec l'homme connu par la version latine des œuvres d'Averroès. L'objectif permanent dans toutes les œuvres d'Ibn Bādjdja est de fonder la connaissance pure ; c'est le cas en particulier dans la Lettre d'adieu adressée à son disciple Ibn al-Imām et où il affirme sa thèse en ces termes : « Tu dois savoir que ce genre de conjonction ne s'acquiert que par la science théorique, et si tu as le désir de me rencontrer moi-même et de rencontrer aussi ceux qui m'ont précédé et ceux qui vont nous rejoindre, consacre-toi entièrement à ce genre de connaissance pour retrouver les prédécesseurs ; tous jouissant de la grâce et de la proximité de Dieu, ce qui est en vérité le plus grand acquis. » C'est cette opinion même que Maimonide reprend dans le Guide des égarés, pour appuyer sa doctrine de la félicité suprême. Les âmes de l'élite ne demeurent pas distinctes les unes des autres après la disparition des corps. Elles forment, au contraire, une unité numérique, parce qu'elles sont exemptes de participation à la matière, qui est principe d'individuation.

Cette lettre comprend également une violente critique, reprise dans le Traité de la conjonction, contre la doctrine mystique des soufis représentée par Al-Ghazālī. Ibn Bādjdja reproche à celui-ci d'avoir conçu la félicité de l'homme comme s'obtenant non pas au moyen des sciences spéculatives mais dans une douce et trompeuse délectation. Pour lui, Al-Ghazālī n'a fait que substituer à la faculté rationnelle une faculté appétitive, confondant ainsi la connaissance pure avec les simulacres de la vérité. Les historiens de la philosophie (M. Asín Palacios et Quadri) qui ont tenté d'identifier le point de vue d'Ibn Bādjdja avec celui d'Al-Ghazālī ont causé un grand tort au philosophe andalou en le rangeant parmi les mystiques illuminatifs. Aucune mention n'est faite, dans ses traités, d'Ibn Sīnā (Avicenne) ni des mystiques d'Orient.

Sa préoccupation essentielle ayant été d'atteindre la connaissance pure par le biais des sciences spéculatives et selon la « voie naturelle », le philosophe de Saragosse est le premier à avoir rédigé spécialement un traité sur la possibilité de la conjonction de l'intellect agent avec l'intellect matériel. Il a poussé jusqu'à son terme la définition du statut de l'intellect laissée sans solution par Aristote. Pour cela, il identifie l'intellect humain aux formes spirituelles issues de l'imagination, en donnant à ces formes (dont l'amplitude sémantique est à rapprocher de l'idée chez Descartes) une valeur particulière : l'image singulière de l'objet joue un rôle médiateur entre la connaissance empirique et la connaissance rationnelle pure. L'exemple du cheval permet à Ibn Bādjdja d'illustrer cette thèse fondamentale : la saisie de la quiddité de l'objet intelligible (ou forme spirituelle du cheval) dépend de la multiplicité des sujets percevants. À ce stade, l'intellect agent intervient en dépouillant cette quiddité relative de ses caractères individuels. Il abstrait une quiddité unique (quiddité de la quiddité) qui fonde l'objectivité de la connaissance. Ibn Bādjdja assure aussi bien la transcendance de l'intellect agent que l'immanence de l'intellect matériel. Il y a une filiation doctrinale certaine entre l'idée des formes spirituelles d'Ibn Bādjdja et celle des species intelligibiles de Thomas d'Aquin. Celui-ci exploite précisément le premier pour fonder sa critique contre Averroès, et la doctrine de l'unicité de l'intellect. C'est l'exemple donné par Ibn Bādjdja qui est cité, aussi bien dans la Summa contra Gentiles que dans le De unitate intellectus, à l'appui de la thèse thomiste qui met l'unité du côté de l'objet intelligible.

En résumé, Ibn Bādjdja a tenté essentiellement de construire, à partir de sa culture islamique et de doctrines néo-platoniciennes venues à travers les failles mêmes de l'aristotélisme, une théorie unifiée de la connaissance.

Auteur: ABDELKADER BEN CHEHIDA
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