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Investissement, concurrence et emploi dans l'industrie laitière - article ; n°1 ; vol.37, pg 1-14

De
15 pages
Revue d'économie industrielle - Année 1986 - Volume 37 - Numéro 1 - Pages 1-14
L'industrie laitière transforme un matériau de qualité inégale et de disponibilité saisonnière dont la demande sur les marchés est variable dans le temps et dans l'espace. Ces caractéristiques qui sont d'ailleurs celles de presque toutes les industries agro-alimentaires posent aux entreprises de difficiles problèmes de gestion. Dans cet article, on se propose de montrer que si la substitution d'équipements plus performants aux installations existantes conduit presque toujours à une diminution de l'emploi, elle n'a pas nécessairement pour conséquence une augmentation de la productivité. Les gains de productivité associés à l'utilisation d'équipements performants où la main d'œuvre est peu nombreuse, ne sont pas assurés lorsqu'il y a inadéquation entre la demande et la capacité unitaire des installations.
The milk processing industry a material of unequal quality and of seasonal availability. Market demand varies according to time and places. These characteristics which are those of almost every food processing industry do raise serious management problems to enterprises. In this article, we intend to show that if the substitution of best practice equipments for the existing ones nearly always leads to a reduction of employment, it does not necessarily increase productivity. When there is a indisproportion between demand and the unit capacity of the plants, with the utilization of best practice equipments with low-labour-intensity.
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Claude Broussole
Investissement, concurrence et emploi dans l'industrie laitière
In: Revue d'économie industrielle. Vol. 37. 3e trimestre 1986. pp. 1-14.
Résumé
L'industrie laitière transforme un matériau de qualité inégale et de disponibilité saisonnière dont la demande sur les marchés est
variable dans le temps et dans l'espace. Ces caractéristiques qui sont d'ailleurs celles de presque toutes les industries agro-
alimentaires posent aux entreprises de difficiles problèmes de gestion. Dans cet article, on se propose de montrer que si la
substitution d'équipements plus performants aux installations existantes conduit presque toujours à une diminution de l'emploi,
elle n'a pas nécessairement pour conséquence une augmentation de la productivité. Les gains de productivité associés à
l'utilisation performants où la main d'œuvre est peu nombreuse, ne sont pas assurés lorsqu'il y a inadéquation
entre la demande et la capacité unitaire des installations.
Abstract
The milk processing industry a material of unequal quality and of seasonal availability. Market demand varies according to time
and places. These characteristics which are those of almost every food processing industry do raise serious management
problems to enterprises. In this article, we intend to show that if the substitution of best practice equipments for the existing ones
nearly always leads to a reduction of employment, it does not necessarily increase productivity. When there is a indisproportion
between demand and the unit capacity of the plants, with the utilization of best practice equipments with low-labour-intensity.
Citer ce document / Cite this document :
Broussole Claude. Investissement, concurrence et emploi dans l'industrie laitière . In: Revue d'économie industrielle. Vol. 37. 3e
trimestre 1986. pp. 1-14.
doi : 10.3406/rei.1986.2183
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rei_0154-3229_1986_num_37_1_2183concurrence et emploi Investissement,
dans l'industrie laitière
Claude BROUSSOLLE
avec la collaboration de J.-P. FOUET et de J.-C. POUPA
INRA, Économie et Sociologie rurales
L'industrie laitière transforme un matériau de qualité inégale et de disponibil
ité saisonnière dont la demande sur les marchés est variable dans le temps et dans
l'espace. Ces caractéristiques qui sont d'ailleurs celles de presque toutes les indust
ries agro-alimentaires posent aux entreprises de difficiles problèmes de gestion.
Elles peuvent conduire à rendre coûteuse, relativement inefficace, et génératrice
de chômage en période de faible croissance, une modernisation dont les différents
aspects n'auraient pas été suffisamment étudiés. Dans cet article, on se propose
de montrer que si la substitution d'équipements plus performants aux installa
tions existantes conduit presque toujours à une diminution de l'emploi, elle n'a
pas nécessairement pour conséquence une augmentation de la productivité.
Ce travail s'appuie sur l'utilisation d'un modèle qui prend en compte le carac
tère irrégulier de l'offre et de la demande. Il est le prolongement d'études sur l'uti
lisation de la théorie des processus stochastiques dans l'analyse des systèmes de
production agricole, d'une part (Broussolle, 1977), et dans celle de la concurrence
que se livrent des entreprises sur les marchés qu'elles approvisionnent, d'autre part
(Broussolle, 1981, 1982, 1983).
L'étude s'articule autour des laiteries et comprend trois parties. Dans la pre
mière, on présente la structure du modèle utilisé. Dans la seconde, on étudie les
problèmes d'investissement et d'emploi que pose la conjonction dans l'entreprise,
d'une demande irrégulière et d'une capacité de production limitée. La troisième
partie est consacrée à l'analyse de ces problèmes dans le cadre du système que
constituent des firmes en concurrence sur les mêmes marchés.
I. — UN MODELE DE CONCURRENCE IMPARFAITE
II existe de nombreux modèles d'investissement. Les principaux d'entre eux ont
fait l'objet d'une étude qui présente les développements théoriques récents, ainsi
que les principaux enseignements tirés des estimations économétriques réalisées
ces dernières années en France (P. Arthus, P.-A. Muet, 1984).
Nénamoins, on leur a préféré une approche différente qui permet, à l'intérieur
du système analysé, de conserver leur individualité aux unités de production tout
en tenant compte de leur interdépendance. Basé sur la théorie des processus sto
chastiques, le modèle de concurrence imparfaite utilisé, privilégie la demande des
marchés par rapport à l'offre des producteurs de lait. Il s'applique, séparément
REVUE D'ÉCONOMIE INDUSTRIELLE - n° 37, 3ème trimestre 1986 1 ou simultanément, aux quatorze entreprises de transformation et aux vingt cen
tres de distribution étudiés.
Il nous a semblé, en effet, que cette théorie convenait parfaitement pour analy
ser l'ajustement de l'offre à la demande. En effet, la confrontation de ces deux
flux génère soit un phénomène de file d'attente si, sur la période analysée, la
demande est supérieure à la capacité de production ; soit, dans le cas contraire,
une surcapacité préjudiciable au bon fonctionnement de l'entreprise.
Dans le modèle proposé, l'unité étudiée est une quantité de produit fini, livrée
sur un marché et fabriquée dans une usine d'une entreprise à partir d'une matière
première en provenance d'une zone de collecte. Cette unité est appelée segment
et décrite par cinq champs : nature du produit, usine, entreprise, marché, zone
de collecte. Elle est produite dans des installations de capacités fixes, une usine
disposant d'un nombre entier de telles installations.
La production associée à un segment répond à une demande aléatoire, et ceci
dans un délai donné. La capacité de production est telle que la probabilité de non
satisfaction de la demande est inférieure à un seuil donné, ce qui se traduit par
une surcapacité de production. Le rapport demande/capacité totale, ou taux d'uti
lisation des équipements, exprime cette différence relative. L'offre s'adapte à la
demande par ajout d'une ou plusieurs installations.
A chaque segment sont associés des éléments de coûts unitaires : collecte, pro
duction, livraison. Le coût total associé à chaque segment est le produit coût uni
taire total x capacité de production x nombre d'installations. Le coût global est
la somme de ces coûts élémentaires. C'est la fonction d'objectif du modèle.
A l'état initial, on dispose d'un ensemble de segments. Chaque segment mobil
ise une ou plusieurs installations pour répondre à la demande dans les conditions
requises. A cet état est associé un coût global initial, ou valeur initiale de la fonc
tion d'objectif. Pour faire décroître cette fonction d'objectif, le modèle simule
des transferts de production d'un segment vers un autre. Avec un ensemble de
n segments, le transferts de la production d'un segment s peut s'effectuer vers
un segment t choisi parmi les (n-1) segments restants. Le segment t retenu est celui
qui optimise la fonction d'objectif. A chaque segment est ainsi associée une stra
tégie de transfert de production et toutes les stratégies (n au total) sont comparées.
Soit la stratégie de transfert de production du segment I vers le segment J. L'espé
rance mathématique de la nouvelle demande associée à J est égale à la somme
des espérances mathématiques des demandes initiales de I et J. Il faut calculer
le nombre d'installations de type J tel que la probabilité de non satisfaction de
cette nouvelle demande soit inférieure ou égale au seuil choisi.
Cette probabilité s'exprime par la fonction F suivante :
F(n, Y.d) « a - u po avec u - e
dans laquelle :
. n désigne le nombre d'installations
. d une durée en jours
. y le taux d'utilisation des équipements, compris entre 0 et 1,
2 REVUE D'ÉCONOMIE INDUSTRIELLE - n° 37, 3ème trimestre 1986 = ¿ ,x est la demande moyenne journalière,!* est la capacité unitaire Y
de production
p la probabilité qu'il y ait une attente d'une durée
quelconque,
. u la qu'il y ait une attente supérieure à d.
Le facteur po 6 'exprime par la relation :
g
o n-1 .
E jtíV)
k=0 k 1
(nH')n
n ! (l-Y)
Le nombre d'installations n du nouveau segment J est le plus petit entier véri
fiant la relation F (n, \¡/ , d) < a et tel que la quantité produite soit supérieure ou
égale à la demande. On déduit le coût de production associé à J puis la nouvelle
valeur de la fonction d'objectif dans l'hypothèse où la stratégie de transfert serait
effectivement réalisée.
Le modèle a été utilisé pour l'étude de quatorze entreprises de transformation
en concurrence sur une vingtaine de marchés. Ces firmes ont été analysées syst
ématiquement pendant une période d'un an. On a étudié en particulier la vente
journalière sur les marchés de 2321 articles regroupés en 16 familles de produits.
Par ailleurs, le relevé des caractéristiques techniques et économiques des produits
et des équipements nécessaires à leur fabrication a été effectué. La collecte d'une
information aussi détaillée est justifiée par la nécessité de tenir compte de tous
les éléments qui, à des degrés divers, jouent un rôle dans la concurrence que se
livrent les entreprises, et expliquent leur plus ou moins grande efficacité. C'est
pour cette raison qu'il est apparu insuffisant de raisonner seulement au niveau
de l'entreprise et même de l'établissement. En effet, la multiplicité des installa
tions, des produits fabriqués, et des marchés approvisionnés font que la même
entreprise peut être compétitive pour certains produits sur certains marchés et insuf
fisante pour ces mêmes produits sur d'autres marchés. En fait, beaucoup de cas
de figure sont possibles et effectivement observés. Aussi, avons-nous été conduits
à introduire, parfois, les différents équipements que l'on peut trouver dans une
usine en tenant compte, bien entendu, des stades de fabrication, qui peuvent être
communs à plusieurs filières, ou des qui, après réglage, per
mettre la fabrication d'articles qui ne diffèrent que par leur conditionnement ;
le mot étant entendu au sens large du terme, c'est-à-dire recouvrant
un ensemble d'opérations technologiques nécessaires à l'obtention du produit.
Les marchés étudiés sont au nombre de vingt. Il s'agit en fait de centres de dis
tribution de gros approvisionnant les commerces de détail situés aux environs.
Le relevé journalier des achats (quantités et prix) des centres de distribution aux
entreprises de transformation a été effectué pour tous les produits à partir des
documents disponibles dans les quatorze laiteries. Leur enregistrement systémati
que met en évidence la très grande irrégularité dans le temps et dans l'espace des
REVUE D'ÉCONOMIE INDUSTRIELLE - n° 37, 3éme trimestre 1986 3 .
quantités achetées. Il a permis d'ajuster des distributions de probabilité aux flux
observés (1).
II. — INVESTISSEMENT, FINANCEMENT ET EMPLOI DANS
L'ENTREPRISE
La structure du modèle permet l'analyse séparée ou simultanée des segments
qui constituent le système étudié. Une entreprise étant constituée d'un ou plusieurs
segments, il est, par conséquent, possible d'étudier, dans cette entreprise, l'aju
stement des structures de production à la demande compte tenu des fluctuations
de celle-ci et de l'évolution prévisible des valeurs des paramètres qui la caractérisent.
I — Flux physiques et capacité de production.
Supposons qu'une laiterie fabrique du beurre en rouleaux et que pour satisfaire
une demande irrégulière mais, néanmoins, en expansion elle envisage de se doter
d'installations supplémentaires. Elle a le choix entre des équipements dont les capac
ités unitaires respectives sont de 0,64 tonnes et de 1,28 tonne par jour. Dans un
premier temps elle va procéder à une étude technique qui repose sur l'application
de la relation F (n, <p , d) = a du modèle. Cette relation permet d'étudier la con
jonction d'une demande aléatoire et d'une capacité de production limitée en expr
imant que la probabilité du délai nécessaire pour satisfaire cette demande ne doit
pas dépasser une valeur que l'on s'est fixée et qui correspond généralement aux
exigences des clients pour la livraison du produit qu'ils ont commandé. On déter
mine, ainsi, pour chaque produit le nombre minimum d'équipements nécessaires
pour satisfaire cette demande.
De cette façon, on dispose pour chaque produit d'une série de solutions techn
iquement possibles ; c'est-à-dire d'un ensemble d'installations dont la capacité uni
taire et le nombre sont juste nécessaires pour satisfaire une demande aléatoire.
Le graphique 1 illustre pour quelques produits le résultat des calculs effectués.
II met en évidence l'existence, pour chaque type d'équipement, d'une relation non
linéaire entre le taux maximal d'utilisation des installations et l'espérance mathé
matique de la demande. C'est ainsi, par exemple, que si l'on veut satisfaire une
demande moyenne journalière de 9,4 tonnes de beurre en rouleaux avec des ins
tallations dont la capacité unitaire est de 1,28 tonne, il faut onze installations de
ce type et onze personnes pour les faire fonctionner. Le taux d'utilisation des équ
ipements est de 67 % et le coût unitaire de fabrication exprimé en indice est de
101,20 (2). Si l'on utilise des équipements dont la capacité unitaire est de 0,64
(1) C'est ainsi, par exemple que des lois de Poisson ont pu être ajustées aux distributions des com
mandes de produits. Les distributions observées ne sont pas particulières aux industries alimentair
es. Elles ont été mises en évidence en particulier dans l'industrie sidérurgique (voir à ce sujet :
A. de VANY, G. FREY, 1982).
(2) L'indice 100 correspond à l'abscisse du point d'équilibre E (graphique 2b).
4 REVUE D'ÉCONOMIE INDUSTRIELLE - n° 37, 3ème trimestre 1986 1. ur
taux d'utiliaation
de» oapaoitá» da production
Espérance mathématique
de la derranàe global 6
,^-Les différence» que I'od observe entre les courbes 1^ et
III3 bien «jue les capacités unitaires des installations
•oient tris voisines, «'expliquent par l'écart important qui
existe entre les durées des processus de fabrication des
deux produits.
tonne, il en faut 18. Dans ce cas, le taux d'utilisation est de 78 °7o, le coût de 100,06
(3) et les besoins en main d'œuvre sont de dix huit personnes.
L'existence de cette relation a de nombreuses conséquences. En particulier, elle
conduit à constater que les conditions nécessaires pour qu'il y ait économie d'échelle
ne sont pas toujours réunies. En d'autres termes, les gains de productivité qui,
théoriquement, sont associés à l'utilisation d'équipements plus performants ne sont
pas assurés lorsqu'il y a inadéquation entre la demande et la capacité unitaire des
installations.
En effet, si par exemple, on associe aux courbes d'utilisation des équipements
permettant la fabrication du beurre en rouleaux ( graphique 2a), les courbes de
coûts unitaires correspondants (graphique 2b), on constate que le domaine de vali
dité économique des installations dont la capacité unitaire est de 1 ,28 tonne ne
commence qu'au-delà d'un niveau de production Qe correspondant à une demande
X E de 15 tonnes et à un coût moyen de 100. Cette production nécessite 17 per
sonnes avec des installations dont la capacité unitaire est de 1 ,28 tonne et 30 avec
(3) L'écart entre les coûts unitaires peut paraître faible. Toutefois, si on le multiplie par les quantités
produites (9 400 kg/jour), l'enjeu devient considérable. Ajoutons que la sophistication croissante
des équipements recule le seuil de rentabibilité du capital et rend de plus en plus coûteuse la sous-
utilisation des équipements.
REVUE D'ÉCONOMIE INDUSTRIELLE - n° 37, 3ème trimestre 1986 Craphlcue 2*
taux d'utilisation
dt»t inetallaticma
Saule les pointa oorrespondant
aux valeurs entières du nombre
d'unités de production »ont
tignifioatifs
»epéranae ivithemaiique à*
la demande journalière
I
Ûraphlq-ue 2b
août unituiie de
produotxon
»spéranoe mathérrafLque d*
la produotion journalière
des installations de 0,64 tonne. En deçà de cette demande, les équipements 111
dont la capacité unitaire de production est de 0,64 tonne, bien que théoriquement
moins performants, sont plus intéressants car leur taux maximal d'utilisation impli
que un coût moyen de production plus faible que celui que l'on enregistre dans
les installations II2 pour le même niveau de production. Dans ces conditions la
réduction d'emploi associé au remplacement des équipements II 1 par les équipe
ments II2 ne se justifie pas si la demande actuelle ou prévue est inférieure à Xr.
La démonstration reste valable si, au lieu de raisonner en termes d'installations
à l'intérieur d'une usine, on prend comme unité de production l'établissement.
<- Bien entendu, la qualité d'un investissement exprime sa capacité à produire mieux
et/ou plus. Produire plus, c'est ajouter des capacités de production à celles qui
existent ou diminuer la durée du processus de fabrication par suite d'une amélio
ration de la qualité de la matière première ou par suite d'une innovation techni
que. Dans les deux cas l'opération se traduit, toutes choses égales par ailleurs,
par un taux maximal d'utilisation des installations plus faible ce qui a pour con
séquence d'élever le seuil de substitution des équipements et de retarder les réduc
tions d'emploi.
REVUE D'ÉCONOMIE INDUSTRIELLE - n° 37, 3ème trimestre 1986 Bien qu'elle explique, en partie tout au moins, la supériorité des petites et moyenn
es entreprises sur certains marchés, la situation qui vient d'être décrite est assez
peu perçue. Plusieurs raisons peuvent être avancées :
— en période de (forte) croissance, la surcapacité de production est provisoire.
Le seuil de substitution au-delà duquel le nouvel équipement se justifie, est atteint
assez rapidement ;
— les prix de revient calculés sont généralement des prix standards qui ne tien
nent compte que très imparfaitement des taux d'utilisation des installations ;
— lorsqu'à la suite d'un investissement, les gains de productivité escomptés ne
sont pas obtenus, on pense généralement qu'ils ont été absorbés par la hausse des
salaires.
2 — Flux monétaires et capacité de financement
Des études effectuées sur la productivité, la croissance et l'emploi (J. Meraud,
1984), il résulte que le facteur primordial de la décision d'investir est la demande
escomptée par les entreprises. Le facteur financier joue également un rôle mais
il est moins important. De toute façon, rentabilité et débouchés sont souvent étro
itement liés et, dans les développements précédents, les charges financières prises
en compte dans les coûts de production ont une influence sur la détermination
du seuil de substitution des équipements. Toutefois, le calcul de ces charges s'effec
tue, généralement, sans que soit pris suffisamment en considération leur carac
tère irrégulier qui trouve son origine, essentiellement dans les fluctuations de la
production. Pour ces différentes raisons, l'étude des flux physiques ne peut être
dissociée de celle des flux monétaires qui en sont la contrepartie. Aux conditions
d'un équilibre satisfaisant entre flux physiques et capacité de production doivent,
en effet, s'ajouter celles d'un ajustement correct entre flux monétaires et capacité
de financement. Toutefois et bien que ces deux aspects soient étroitement liés,
il est évident que la réalisation du premier équilibre n'est pas une condition suffi
sante pour que le second soit assuré, d'où la nécessité d'une analyse spécifique
associant, choix des équipements, fonctionnement et capacité de financement des
entreprises.
Dans les développements qui suivent, le fonds de roulement des entreprises est
considéré comme le minimum incompressible des valeurs nécessaires pour finan
cer leurs capitaux circulants et le problème posé est celui de la détermination glo
bale de ce minimum incompressible, sachant que l'on connaît, d'une part, l'intens
ité et l'échelonnement des flux de dépenses associées à la fabrication des pro
duits laitiers et, d'autre part, les caractéristiques des installations utilisées.
Le problème étudié se pose en des termes analogues à ceux qui ont été rencont
rés pour l'étude des flux physiques et des capactés de production. Chaque entre
prise est représentée par un ou plusieurs segments. L'unité étudiée est une capac
ité de financement qui doit « répondre » à un flux irrégulier de dépenses. Dans
une première phase, on examine l'évolution des charges agrégées au niveau de
l'ensemble analysé. Leur description en termes de probabilité est effectuée en mesur
ant les intervalles de temps entre les dépenses successives. Ce flux de dépenses
ne pourra s'écouler, autrement dit, les entreprises ne pourront financer leurs capi
taux que dans la mesure où leurs fonds de roulement seront suffisants. On peut
REVUE D'ÉCONOMIE INDUSTRIELLE - n° 37, 3ème trimestre 1986 7 assimiler cette opération à un service que les capacités de financement rendent
au flux des achats effectués par les industriels pour fabriquer leurs produits, les
capitaux utilisés devant rester immobilisés pendant un temps qui correspond, au
minimum, à la durée du cycle de production. On peut exprimer cette situation
en disant que la probabilité du délai nécessaire pour satisfaire les besoins de fina
ncement ne doit pas dépasser une certaine valeur. Cette probabilité est fonction
de l'espérance mathématique des dépenses effectuées par unité de temps, du taux
de service du fonds de roulement, du nombre et de la capacité unitaire de finance
ment des entreprises considérées. De cette façon, il est possible de mettre en évi
dence, pour chaque type d'entreprises, la capacité minimale de financement néces
saire absorber un certain flux de dépenses.
La lecture des résultats peut s'effectuer de deux façons différentes. On peut faire
correspondre à une certaine capacité de financement la valeur la plus élevée du
flux de dépenses ; ou, deuxième possibilité, à partir d'un flux de dépenses, on
peut déterminer la capacité minimale de nécessaire pour absorber ce
flux.
Le graphique 3 généralise ces résultats, il permet de suivre l'évolution du taux
d'utilisation des fonds de roulement en fonction de l'espérance mathématique des
dépenses et pour différentes capacités unitaires de financement. On constate que
les ensembles composés de grandes « unités » mobilisent des besoins de finance
ment supérieurs à ce qui serait nécessaire dans des systèmes formés d'unités de
production, mieux adaptées à la demande ; tout au moins jusqu'à un certain seuil.
Craphlque 3-
taux d'ut-ilimatian dé
la oapaoité de finanomnent
1.0
.9
.B
.7
unitaire de finanaerœnt C, 25 M?
de « 0.Í0 KT .e
d» - j
.s
.4
Seule Ise pointe correspondant aux voleurs miièrte
.3 <xu nsmbre d'unitáa »ont aignifiaatife.
.2
»epérance mathématique
dee dépenses
Bien que virtuel dans la mesure où les possibilités de financement ne seront pas,
en moyenne, complètement utilisées, ce déséquilibre a pour conséquence d'immob
iliser des ressources qui pourraient être employées plus utilement. Cette immo-
8 REVUE D'ÉCONOMIE INDUSTRIELLE - n° 37. 3ème trimestre 1986 bilisation a un coût qui alourdit les charges de produciton et élève le seuil de rem
placement des installations II j par des équipements plus performants Ü2- Sur le
graphique 4 les courbes de coût C'j et C'2 se substituent aux courbes Ci et C2
et le point E' au point E. Il en résulte que la suppression d'emploi associée à la
mise en place de nouveaux équipements n'est justifiée que pour un niveau de la
demande plus élevé que précédemment.
Graphique 4
ooût unitaire
d£ produotion
q; «epéranoe mathérmi-Lque
de la produoticm journalière
II convient, toutefois, de bien préciser que les réserves que l'on peut formuler
concernant la substitution d'équipements plus performants aux installations exis
tantes, ne sont valables que dans certaines limitres variables suivant la demande,
la capacité unitaire des équipements et les prix de revient. Au-delà d'un certain
seuil, l'intérêt économique du remplacement est évident et ses conséquences sur
l'emploi inévitables.
Ajoutons que dans la période de mutation technique accélérée que l'on connaît
actuellement l'importance des gains de productivité résultant de l'utilisation de
nouvelles machines peut être telle qu'elle abaisse sensiblement le seuil de substitu
tion. Cette dernière observation doit, néanmoins, être nuancée dans la mesure où
la rentabilité du capital repose, à pourcentage constant, sur une production sans
cesse accrue qui est loin de toujours rencontrer une demande solvable.
Au surplus, il faut se garder d'une conception trop étroite des investissements,
limitée aux seules immobilisations. De plus en plus il faudra compter avec le déve
loppement régulier et parfois explosif des investissements immatériels : recherche,
développement, logiciels informatique, constitution de réseaux commerciaux,
efforts de formation.... « La fonction de production incorporée dans les modèles
d'antan est, probablement, à revoir entièrement » (Compagnie de St-Gobain,
1985).
REVUE D'ÉCONOMIE INDUSTRIELLE - n° 37, 3ème trimestre 1986 9

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