Cette publication est accessible gratuitement
Lire

KOLAKOWSKI leszek (1927-2009)

De
4 pages
Universalis_Article publié par Encyclopaedia Universalis KKOOLLAAKKOOWWSSKKII lleesszzeekk ((11992277--22000099)) Philosophe et historien de la philosophie polonais, Leszek Kolakowski fut l'un des plus éminents critiques du marxisme. Né le 23 octobre 1927 à Radom, en Pologne, Leszek Kolakowski reçoit une éducation privée et clandestine sous l'occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale. Il obtient une maîtrise de philosophie à l'université de Łódź en 1950 et, trois ans plus tard, un doctorat dans la même discipline à l'université de Varsovie, où il enseigne et dirige le département d'histoire de la philosophie jusqu'en 1968. Au début de sa carrière, Kolakowski adhère encore à de l'idéologie marxiste orthodoxe. Membre des jeunesses communistes, il rejoint ensuite le Parti ouvrier unifié polonais (P.O.U.P.) en 1945. Lorsqu'il est envoyé à Moscou afin de suivre un cours pour intellectuels prometteurs, il commence cependant à perdre ses illusions à l'égard du système marxiste soviétique. De retour en Pologne, il prend part au mouvement prônant la démocratisation du régime qui déclenche la révolte des ouvriers de Poznań en juin 1956. Sa critique révisionniste de Joseph Staline, intitulée Czym jest socjalizm (1957, « Qu'est ce que le socialisme ? »), officiellement interdite en Pologne, n'en sera pas moins largement diffusée dans le pays.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

CABET étienne (1788-1856)

de Encyclopaedia-Universalis

RUGE arnold (1802-1880)

de Encyclopaedia-Universalis

GANDILLAC maurice de (1906-2006)

de Encyclopaedia-Universalis

KOLAKOWSKI leszek (1927-2009)

Philosophe et historien de la philosophie polonais, Leszek Kolakowski fut l'un des plus éminents critiques du marxisme.

Né le 23 octobre 1927 à Radom, en Pologne, Leszek Kolakowski reçoit une éducation privée et clandestine sous l'occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale. Il obtient une maîtrise de philosophie à l'université de Łódź en 1950 et, trois ans plus tard, un doctorat dans la même discipline à l'université de Varsovie, où il enseigne et dirige le département d'histoire de la philosophie jusqu'en 1968. Au début de sa carrière, Kolakowski adhère encore à de l'idéologie marxiste orthodoxe. Membre des jeunesses communistes, il rejoint ensuite le Parti ouvrier unifié polonais (P.O.U.P.) en 1945. Lorsqu'il est envoyé à Moscou afin de suivre un cours pour intellectuels prometteurs, il commence cependant à perdre ses illusions à l'égard du système marxiste soviétique.

De retour en Pologne, il prend part au mouvement prônant la démocratisation du régime qui déclenche la révolte des ouvriers de Poznań en juin 1956. Sa critique révisionniste de Joseph Staline, intitulée Czym jest socjalizm (1957, « Qu'est ce que le socialisme ? »), officiellement interdite en Pologne, n'en sera pas moins largement diffusée dans le pays. L'essai Kapłan i błazen (1959, « Le Prêtre et le Bouffon »), dans lequel Kolakowski décrit le rôle du dogmatisme et du scepticisme dans l'histoire des idées, le place sur le devant de la scène nationale. Durant les années 1950-1960, il publie une série d'ouvrages sur l'histoire de la philosophie occidentale ainsi qu'une étude de la conscience et des institutions religieuses, tout en cherchant à définir ce qui serait un marxisme humaniste. Ce dernier effort prend forme dans Kultura i fetysze (1967, « Culture et Fétiches »).

À la suite du discours que Kolakowski donne à l'occasion du dixième anniversaire de l'insurrection de 1956, il se fait expulser du P.O.U.P. en 1966. Deux ans plus tard, il est privé de sa chaire et quitte bientôt la Pologne. Après avoir obtenu en 1970 une bourse de perfectionnement de recherche au All Souls College d'Oxford, il demeurera au sein de cette institution jusqu'à sa retraite, en 1995. Kolakowski enseigne également dans de nombreux établissements prestigieux aux États-Unis et au Canada, tels que les universités McGill et Yale, ou encore celle de Chicago.

Kolakowski finit par abandonner le marxisme, qu'il qualifie de « plus grand rêve de notre siècle ». Dans son ouvrage le plus influent, Główne nurty marksizmu. Powstanie, rozwój, rozkład (1976, 3 vol., Histoire du marxisme – seuls les deux premiers tomes sont traduits en français, sous les titres Les Fondateurs. Marx, Engels et leurs prédécesseurs et L'Âge d'or de Kautsky à Lénine), il décrit les principaux courants de la pensée marxiste et relate les origines, l'essor et, dans le troisième tome, le déclin du marxisme. En tant que conseiller et partisan du syndicat Solidarność, qui s'oppose au régime communiste en Pologne, Kolakowski jouera un rôle à la fois concret et théorique dans l'effondrement du bloc soviétique à la fin des années 1980.

Leszek Kolakowski est également l'auteur d'essais, de contes et de pièces de théâtre. Il faut souligner l'importance de ses travaux sur la religion, notamment Chrétiens sans Église, La Conscience religieuse et le lien confessionnel du XVIIe siècle (1965). Dans le sillage d'Henri Bremond, le philosophe propose une analyse approfondie de courants tels que le quiétisme ou le piétisme, et montre la force des tendances mystiques dans la chrétienté européenne du temps. Kolakowski a reçu le prix de la Paix des libraires allemands en 1977, le prix Érasme en 1980, une bourse MacArthur en 1983, puis le prix Jefferson remis par la fondation National Endowment for the Humanities en 1986. Il est décoré de l'ordre de l'Aigle blanc (la plus haute distinction qui existe en Pologne) en 1998. En 2003, la bibliothèque du Congrès américain lui remet le prix John W. Kluge pour les sciences humaines, créé la même année. Leszek Kolakowski s'éteint quelques années plus tard, le 17 juillet 2009, à Oxford, en Angleterre.

Auteur: MARTIN L. WHITE E.U.