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KOTARBINSKI tadeusz (1886-1981)

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Universalis_Article publié par Encyclopaedia Universalis KKOOTTAARRBBIINNSSKKII ttaaddeeuusszz ((11888866--11998811)) Logicien et philosophe polonais né à Varsovie, Tadeusz Kotarbinski fait ses études à l'université de Lwów, et obtient en 1912 son doctorat avec une thèse sur L'Utilitarisme dans l'éthique de Mill et de Spencer. De 1918 à 1957, il enseigne à l'université de Varsovie. En 1957, il préside l'Académie des sciences polonaise. De 1957 à 1960, il est vice-président de l'Institut international de philosophie et président de 1960 à 1963. Docteur honoraire de l'université libre de Bruxelles, il est aussi correspondant de la British Academy, et membre honoraire de l'Académie des sciences d'U.R.S.S. Humaniste, défenseur des droits de l'individu, poète parfois, Kotarbinski est l'une des figures les plus influentes et les plus respectées de la philosophie polonaise. L'ampleur de ses travaux, l'intégrité de sa vie et l'énergie de son caractère lui ont valu un très grand prestige moral et intellectuel. Dans la tradition de précision et d'exactitude de Twardowski, il illustre le mouvement de philosophie analytique en Pologne. Sa leçon inaugurale à l'université de Varsovie en 1918 constitue un appel à une philosophie résolument minimaliste. Son programme : renoncer à l'édification de vastes systèmes, élaborer une philosophie modeste et minutieuse, clarifier les concepts, élucider les significations, analyser les problèmes.
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KOTARBINSKI tadeusz (1886-1981)

Logicien et philosophe polonais né à Varsovie, Tadeusz Kotarbinski fait ses études à l'université de Lwów, et obtient en 1912 son doctorat avec une thèse sur L'Utilitarisme dans l'éthique de Mill et de Spencer. De 1918 à 1957, il enseigne à l'université de Varsovie. En 1957, il préside l'Académie des sciences polonaise. De 1957 à 1960, il est vice-président de l'Institut international de philosophie et président de 1960 à 1963. Docteur honoraire de l'université libre de Bruxelles, il est aussi correspondant de la British Academy, et membre honoraire de l'Académie des sciences d'U.R.S.S.

Humaniste, défenseur des droits de l'individu, poète parfois, Kotarbinski est l'une des figures les plus influentes et les plus respectées de la philosophie polonaise. L'ampleur de ses travaux, l'intégrité de sa vie et l'énergie de son caractère lui ont valu un très grand prestige moral et intellectuel. Dans la tradition de précision et d'exactitude de Twardowski, il illustre le mouvement de philosophie analytique en Pologne.

Sa leçon inaugurale à l'université de Varsovie en 1918 constitue un appel à une philosophie résolument minimaliste. Son programme : renoncer à l'édification de vastes systèmes, élaborer une philosophie modeste et minutieuse, clarifier les concepts, élucider les significations, analyser les problèmes. Le terme même de philosophie, vague et ambigu, doit être abandonné au profit d'une spécialisation des domaines. En particulier, il convient de distinguer la philosophie morale et la logique (logique formelle, philosophie du langage, méthodologie des sciences, théorie de la connaissance). Ce qui devait donner lieu dans l'école polonaise à des travaux extrêmement rigoureux et en même temps compartimentés. L'ouvrage essentiel de Kotarbinski s'intitule Éléments pour la théorie de la connaissance, la logique formelle et la méthodologie des sciences. Paru à Varsovie en 1929, il a joué le rôle de manuel officiel ; la traduction anglaise de l'ouvrage a pour titre Gnosiology (1966) ; le texte, paru en français sous le titre Leçons sur l'histoire de la logique (Paris, 1964), est le seul ouvrage du logicien polonais qui ait été traduit dans cette langue.

Bien que Kotarbinski soit parti de principes purement méthodologiques (parti pris d'analyse, fidélité à la pensée claire et au sens commun), son nom reste lié à une doctrine philosophique particulière, appelée tantôt « concrétisme », tantôt « réisme » ou « pansomatisme », dont on a pu dire qu'elle constituait une formulation élégante du monisme matérialiste. Au point de départ, un souci ontologique (Qu'est ce qui existe ?) examiné à la lumière de la problématique de la référence linguistique : Qu'est ce qui est un nom ? Les expressions substantives qui ne se réfèrent pas à des objets concrets localisés dans l'espace et dans le temps ne sont que des pseudonoms. La thèse fondamentale du réisme est que seuls les noms de choses peuvent être substitués comme sujets ou prédicats dans les propositions de la forme « S est P », où la copule a son sens existentiel fondamental. « Seuls existent les corps », ou « tout ce qui existe est corps », c'est l'interprétation somatiste du réisme. On voit la différence entre le réisme moniste de Kotarbinski et le réisme dualiste de Brentano. On voit aussi la proximité avec les thèses de Ryle (The Concept of Mind, ix), de 1949, critiquant l'habitude linguistique malheureuse qui fait dire qu'il se produit des processus mentaux, comme avec la position meinongienne du problème de la référence.

Bien que le concrétisme soit une formulation renouvelée du matérialisme, et malgré de communes revendications avant la guerre, la pensée de Kotarbinski ne s'est pas pour autant coulée ensuite dans le moule marxiste ; d'où les accusations, retirées en 1956, de collusion avec la pensée occidentale.

Ce qu'on a appelé « imitationnisme » découle du concrétisme : si la réalité est constituée exclusivement de corps, nous ne connaissons les expériences des autres qu'en imitant leur conduite. L'Essai pour réduire la connaissance psychologique à l'extraspection, de 1958, constitue très évidemment une critique de l'introspection classique qui n'est pas sans rappeler certaines thèses béhavioristes.

En morale, l'attitude de Kotarbinski est celle d'un réaliste, en ce sens qu'il ne demande pas plus que ce qui peut être fait mais exige tout ce qui peut être fait. Il cherche par ailleurs à promouvoir une « éthique indépendante », c'est-à-dire qui ne soit pas fondée sur des orthodoxies religieuses ou non religieuses, ni sur des engagements philosophiques, mais bien plutôt sur une sorte de sens commun universel. Enfin, son souci de l'efficacité de l'action en tout domaine l'a conduit à fonder une discipline à peu près nouvelle : la praxéologie (dont un traité a été publié à Oxford en 1956 sous le titre de Praxiology).

Auteur: FRANCOISE ARMENGAUD
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