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KOYRÉ alexandre (1892-1964)

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Universalis_Article publié par Encyclopaedia Universalis KOYRÉ alexandre (1892-1964) Philosophe et historien des sciences, né en Russie, Alexandre Koyré, de 1908 à 1911, a suivi à Göttingen les cours de Husserl et de Hilbert, puis à Paris ceux de Bergson et de Brunschvicg. Sa carrière de chercheur et ed'enseignant s'est déroulée depuis 1930 à la VI section de l'École pratique des hautes études, avec de nombreux séjours à l'étranger, notamment durant la Seconde Guerre mondiale aux universités de Chicago, de Baltimore, de Bruxelles, Yale, Harvard. Son œuvre extraordinairement riche et féconde est consacrée à la genèse des grands principes de la science moderne, de la science médiévale à Newton. Sa méthode en histoire des sciences est fondée sur sa « conviction de l'unité de la pensée humaine, en particulier dans ses formes les plus hautes » (philosophie, religion, science) ; il lie donc l'évolution de la pensée scientifique à celle des idées philosophiques et religieuses : « La pensée, lorsqu'elle se formule en système, implique une image, ou mieux une conception du monde, et se situe par rapport à elle : la mystique de Böhme est rigoureusement incompréhensible sans référence à la nouvelle cosmologie créée par Copernic. » Inversement, « on ne comprend pas véritablement l'œuvre de l'astronome ni celle du mathématicien, si on ne la voit pénétrée de la pensée du philosophe et du théologien ».
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KOYRÉ alexandre (1892-1964)

Philosophe et historien des sciences, né en Russie, Alexandre Koyré, de 1908 à 1911, a suivi à Göttingen les cours de Husserl et de Hilbert, puis à Paris ceux de Bergson et de Brunschvicg. Sa carrière de chercheur et d'enseignant s'est déroulée depuis 1930 à la VIe section de l'École pratique des hautes études, avec de nombreux séjours à l'étranger, notamment durant la Seconde Guerre mondiale aux universités de Chicago, de Baltimore, de Bruxelles, Yale, Harvard. Son œuvre extraordinairement riche et féconde est consacrée à la genèse des grands principes de la science moderne, de la science médiévale à Newton. Sa méthode en histoire des sciences est fondée sur sa « conviction de l'unité de la pensée humaine, en particulier dans ses formes les plus hautes » (philosophie, religion, science) ; il lie donc l'évolution de la pensée scientifique à celle des idées philosophiques et religieuses : « La pensée, lorsqu'elle se formule en système, implique une image, ou mieux une conception du monde, et se situe par rapport à elle : la mystique de Böhme est rigoureusement incompréhensible sans référence à la nouvelle cosmologie créée par Copernic. » Inversement, « on ne comprend pas véritablement l'œuvre de l'astronome ni celle du mathématicien, si on ne la voit pénétrée de la pensée du philosophe et du théologien ». C'est ainsi que parti d'intérêts et d'études purement philosophiques et théologiques (L'Idée de Dieu et les preuves de son existence chez Descartes, 1922 ; L'Idée de Dieu dans la philosophie de saint Anselme, 1923 ; La Philosophie de Jacob Böhme, 1929), intérêts qu'il ne reniera jamais (en 1955 paraissent les Mystiques, spirituels, alchimistes du XVIe siècle allemand), il entreprend l'investigation des cosmologies du xvie et du xviie siècle et des principes qui président au renouveau de l'astronomie et de la physique. Tel est l'objet de son grand ouvrage en trois parties intitulé Études galiléennes : I. À l'aube de la science classique, II. La Loi de la chute des corps : Descartes et Galilée, III. Galilée et la loi d'inertie (Paris, 1940). « J'ai essayé, explique Koyré dans l'avant-propos aux Études d'histoire de la pensée scientifique, d'analyser la révolution scientifique du xviie siècle à la fois source et résultat d'une profonde transformation spirituelle qui a bouleversé non seulement le contenu mais les cadres mêmes de notre pensée : la substitution d'un univers infini et homogène au cosmos fini et hiérarchiquement ordonné de la pensée antique et médiévale implique et nécessite la refonte des principes premiers de la raison philosophique et scientifique. » Ces thèmes sont repris et orchestrés d'une manière saisissante et facilement accessible dans un ouvrage au titre évocateur : Du monde clos à l'univers infini (From the Closed World to the Infinite Universe, Baltimore, 1957, Paris, 1962). Koyré s'y attache aux conséquences ontologiques et aux bouleversements spirituels provoqués par le remplacement du monde géocentrique des Grecs et anthropocentrique du Moyen Âge par l'univers décentré, homogène et indéfini de l'astronomie moderne. Le rejet par la pensée scientifique « de toutes considérations basées sur les notions de valeur, de perfection, d'harmonie, de sens ou de fin » a entraîné une dévalorisation de l'être, une coupure dramatique entre le monde des valeurs et le monde des faits. Koyré a consacré à cette mutation de nombreux autres ouvrages, notamment : La Révolution astronomique : Copernic, Kepler, Borelli (1961) et Chute des corps et mouvement de la terre de Kepler à Newton (Philadelphie, 1955, Paris, 1973). L'étape finale de cette évolution de la science est traitée dans les Études newtoniennes (États-Unis, 1964, Paris, 1968), où, par-delà le détail historique scrupuleusement rapporté, le thème central consiste à « montrer grâce aux ressources de l'analyse conceptuelle en quelle manière les idées fondamentales de la science se rapportent en même temps aux principaux courants de la pensée philosophique tout en étant déterminées par des vérifications expérimentales ».

Auteur: FRANCOISE ARMENGAUD
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