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KRÜDENER barbara juliane de VIETINGHOFF baronne de (1764-1824)

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Universalis_Article publié par Encyclopaedia Universalis KKRRÜÜDDEENNEERR bbaarrbbaarraa jjuulliiaannee ddee VIETINGHOFF baronne de (1764-1824) Mariée en 1782 à un homme beaucoup plus âgé qu'elle, Juliane de Vietinghoff, baronne de Krüdener, trouve dans sa Livonie natale une foi vivante en Jésus-Christ. Elle parcourt l'Europe sans vivre beaucoup avec son mari, qui meurt en 1802. En 1803, elle écrit un roman, V a l é r i e, qui est bien loin de manquer de valeur littéraire. Le spectacle des mourants d'Eylau (1807), la lecture des œuvres de Zinzendorf, de Tersteegen, enfin l'influence d'un cordonnier disciple des frères moraves la déterminent à se vouer à la prédication. Elle s'est liée d'amitié avec Jean-Paul Richter depuis 1796. Surtout, elle prêche la reine Hortense de Hollande, la reine Louise de Prusse, l'impératrice de Russie, s'attache aux doctrines d'Adam Müller et de Mayr (le maître de Werner) ; de plus, elle croit en la chute originelle ainsi qu'en une régénération qu'on peut hâter par la piété et par l'exercice des sens intimes. En Suisse, elle fréquente Daniel Pétillet, le chevalier de Langallerie, Divonne, Dampierre. C'est sur le sol d'Alsace qu'elle va découvrir sa véritable vocation ; dès lors, elle ne cessera de prophétiser, identifiant les événements de son temps à la « fin du monde ». En 1808, Juliane rend visite à Jung-Stilling à Karlsruhe ; il la persuade de sa vocation.
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KRÜDENER barbara juliane de VIETINGHOFF baronne de (1764-1824)

Mariée en 1782 à un homme beaucoup plus âgé qu'elle, Juliane de Vietinghoff, baronne de Krüdener, trouve dans sa Livonie natale une foi vivante en Jésus-Christ. Elle parcourt l'Europe sans vivre beaucoup avec son mari, qui meurt en 1802. En 1803, elle écrit un roman, Valérie, qui est bien loin de manquer de valeur littéraire. Le spectacle des mourants d'Eylau (1807), la lecture des œuvres de Zinzendorf, de Tersteegen, enfin l'influence d'un cordonnier disciple des frères moraves la déterminent à se vouer à la prédication. Elle s'est liée d'amitié avec Jean-Paul Richter depuis 1796. Surtout, elle prêche la reine Hortense de Hollande, la reine Louise de Prusse, l'impératrice de Russie, s'attache aux doctrines d'Adam Müller et de Mayr (le maître de Werner) ; de plus, elle croit en la chute originelle ainsi qu'en une régénération qu'on peut hâter par la piété et par l'exercice des sens intimes. En Suisse, elle fréquente Daniel Pétillet, le chevalier de Langallerie, Divonne, Dampierre.

C'est sur le sol d'Alsace qu'elle va découvrir sa véritable vocation ; dès lors, elle ne cessera de prophétiser, identifiant les événements de son temps à la « fin du monde ». En 1808, Juliane rend visite à Jung-Stilling à Karlsruhe ; il la persuade de sa vocation. Elle se rend également à Sainte-Marie-aux-Mines (Markirch), chez le pasteur Friedrich Fontaines, qui mène avec Marie Kummer une vie « mystique » suspecte ou, du moins, fort extravagante. En 1812, elle se rend avec sa fille au Ban de La Roche chez le pasteur Oberlin, y conduit le préfet du Bas-Rhin, Adrien de Lezay-Marnezia, qu'elle « convertit ». Puis on la retrouve à Genève où les « frères unis » d'origine morave, avec Jacques Mérillat, mais aussi la « société des amis » avec Henri Empeytaz, enfin les réunions du pasteur Moulinié, adepte des « âmes intérieures » attirent de nombreuses personnes. Amie de la demoiselle d'honneur d'Élisabeth Alexeievna, Roxandre Stourdza, Juliane tente en 1814 de gagner la faveur d'Alexandre Ier, franc-maçon depuis 1803. Elle fait alors grand cas de Mme Guyon. La même année, elle entre en rapport avec le prince Alexandre Galitzine, ministre des Cultes et de l'Instruction, intercède auprès de lui en faveur de Jung-Stilling, dont la famille se trouve dans la gêne ; puis on la retrouve chez Oberlin avec Empeytaz. Elle étudie Fénelon ; Roxandre Stourdza lui fait lire Saint-Martin.

Le 4 juin 1815, la baronne de Krüdener se fait recevoir avec sa fille à Heilbronn par le tsar Alexandre, prévenu en sa faveur par Roxandre Stourdza. Le tsar avait, auparavant, reçu une lettre de Mme de Krüdener alors qu'il venait de lire dans Eckartshausen un passage traitant des derniers temps de l'économie de la grâce pour l'Église intérieure. Il avait subi aussi l'influence directe ou indirecte des idées de Franz von Baader, Saint-Martin, Edmund Burke, Adam Müller. Mme de Krüdener le persuade alors qu'il fait l'objet d'une « élection particulière ». Il s'attache à elle, en fait sa confidente, son « confesseur » ! À Paris, en juillet 1815, Alexandre ayant choisi pour résidence l'Élysée-Bourbon, Juliane est sa proche voisine. Il lui rend visite presque chaque soir dans un salon de piété que fréquentent également Divonne, la duchesse de Bourbon, Bergasse, Elzéar de Sabran, où l'on voit aussi parfois Chateaubriand, Benjamin Constant, Mme Récamier, le baron de Stein, Metternich, Capo d'Istria, la duchesse de Duras, Mme de Genlis et l'abbé Grégoire — mais ces personnes ne font pas toutes partie du petit groupe « mystique » réservé à quelques initiés tels que le tsar, Bergasse ou Divonne. Le grand dessein de la baronne est d'inciter le tsar à créer une nouvelle Église « régénérée », que l'on commencerait à faire prospérer en Alsace, au Rappenhof, et dont le pasteur Fontaines serait l'un des pontifes. Pendant cette période parisienne, Mme de Krüdener joue un rôle important : « Alexandre semble avoir été le seul auteur de la Sainte-Alliance, mais, à ses côtés, Juliane fut, par sa longue patience, sinon l'inspiratrice du texte, du moins l'instigatrice de l'acte » (Francis Ley). Bergasse y est peut-être aussi pour quelque chose. Pour Mme de Krüdener, la Sainte-Alliance doit réaliser le rêve de la théocratie mystique. Le texte, présenté en septembre aux gouvernements de Prusse et d'Autriche, est quelque peu modifié par eux, notamment par Metternich, car on le juge trop mystique ; la Quadruple-Alliance (nov. 1815), pacte d'intervention, n'aura plus rien de commun avec le projet initial de « sainte-alliance » des rois, expression des sentiments chrétiens d'Alexandre. Le tsar quitte Paris en septembre, ayant fait la sourde oreille au projet d'Église régénérée de Mme de Krüdener. Mais, en 1817, il se décide à ouvrir ses frontières aux émigrants chrétiens de Suisse et de Wurtemberg souffrant de la famine, s'offrant même à présider à l'installation de ces colons dans la région d'Odessa et en Crimée. Jung-Stilling n'avait-il pas affirmé, depuis plusieurs années, le rôle de la Russie comme terre promise et sa place dans l'économie divine de l'histoire ?

Juliane de Vietinghoff, après 1815, mène à travers l'Europe une vie errante, tentant d'exhorter les populations à se rassembler dans une vaste « sainte-alliance » des peuples. Si elle parvient souvent à susciter de l'enthousiasme, elle se fait aussi expulser de partout. À Weimar, en 1818, elle va retrouver son amie Roxandre Stourdza (devenue Frau von Edling), mais néglige de rendre visite à Goethe, qu'elle considère comme définitivement perdu pour le christianisme. En 1820, elle correspond encore avec le prince Galitzine et, par l'intermédiaire de celui-ci, avec le mystique Kochelev, grand-maître de la cour de Russie. Elle les retrouve à Saint-Pétersbourg, où elle cherche à convaincre Alexandre de soutenir la révolte des Grecs, exigeant même de lui la libération du Saint-Sépulcre. Mais le tsar, tout en lisant Mme Guyon, suit les conseils réactionnaires de Metternich. L'archimandrite Photius, préfigurateur de Raspoutine, dénonce Mme de Krüdener aux autorités religieuses ; le tsar doit la prier de s'éloigner de Saint-Pétersbourg. Toutes les sociétés secrètes font l'objet d'une interdiction (1822) ; Galitzine perd son poste (1824). Juliane meurt en Crimée, au milieu des colonies chrétiennes venues pour convertir les Tartares. Alexandre, qui lui survit peu de temps, mais dont la légende raconte qu'il vivra jusqu'en 1864 sous les traits du vagabond Fédor Kouzmitch, n'a pas cessé de conserver pour son ancienne inspiratrice respect et affection.

Auteur: ANTOINE FAIVRE
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