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L'exil de Jan Cep : contribution à l’histoire de la littérature tchèque moderne, Exile of Jan Cep : contribution to the history of the moderne Czech literature

De
459 pages
Sous la direction de Francis Claudon, Jirí Šrámek
Thèse soutenue le 24 septembre 2008: Université Palacky Olomouc, Paris Est
L’écrivain tchèque Jan Cep (1902-1974), qui compta au nombre des médiateurs importants des rapports culturels franco-tchèques dans l’entre-deux-guerres, fut, à la suite du Coup de Prague en 1948, contraint à quitter son pays. Ami et traducteur de Pourrat et de Bernanos, il choisit naturellement la France comme patrie d’adoption. L’exil parisien s’avère pour Cep une rude épreuve existentielle. Conditions matérielles dures, déracinement linguistique, manque d’écho favorable pour son oeuvre, tout cela fait que Cep vit en marge de la vie littéraire française. Il s’engage d’autant plus dans diverses structures de l’émigration tchèque, notamment dans la rédaction tchécoslovaque de Radio Free Europe où il déploie son art de l’essai dans des méditations imprégnées d’humanisme chrétien. L’essai autobiographique Ma soeur l’angoisse que Cep écrivit directement en français dans les années 1960, représente la somme de sa vie et de sa pensée
-Jan Cep
-Écrivain catholique
-Littérature tchèque
-Exil littéraire
The Czech writer Jan Cep (1902-1974), one of important mediators of French-Czech cultural relations between the two World Wars, was forced to emigrate after the Communist coup in 1948. As Cep was the friend and translator of Pourrat and Bernanos, he naturally chose France as his adoptive homeland. Nevertheless, exile in Paris turned into a harsh existential ordeal for Cep. Difficult material conditions, linguistic disunity, and the fact that his writing was not accepted by a new audience made Cep an outsider in a French literary life. This status led to his increased involvement in the Czech émigré community, especially work on the Czechoslovak editorial staff of Radio Free Europe, where he developed his essay style in meditations infused with Christian humanism. The autobiographical essay My Sister Anxiety, written in French in the 1960s, repesents a summary of Cep’s life and ideas
-Jan Cep
-Catholic writer
-Czech letters
-Literary exile
-Jan Cep
-Katolický spisovatel
-Ceská literatura
-Literární exil
Source: http://www.theses.fr/2008PEST0025/document
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UNIVERSITE PARIS XII - VAL DE MARNE
Ecole Doctorale Lettres
UNIVERSITE PALACKY OLOMOUC
Département des études romanes
THESE
en co-tutelle
Pour l’obtention du grade de
DOCTEUR DE L’UNIVERSITE PARIS XII-VAL DE MARNE
Discipline : Littérature comparée
EA 3483
présentée et soutenue publiquement
par
M. Jan ZATLOUKAL
L’EXIL DE JAN ČEP.
Contribution à l’histoire de la littérature tchèque moderne.
Directeurs de thèse :
M. Francis CLAUDON
M. Jiří ŠRÁMEK
Jury :
M. Francis CLAUDON (Université Paris XII, Val de Marne)
M. Bernard MICHEL (Université Paris I, Panthéon-Sorbonne)
M. Petr KYLOUŠEK (Université Masaryk, Brno)
Mme Renáta LISTÍKOVÁ (Université Charles, Praha)
M. Jiří ŠRÁMEK (Université Palacký, Olomouc) REMERCIEMENTS
Je voudrais remercier MM. Francis Claudon et Jiří Šrámek, directeurs de ma
thèse, pour ce qu’ils ont persévéré à soutenir mon projet et m’ont encouragé tout au
long de mes études doctorales à le mener à bien.
J’exprime ma reconnaissance également au Service de coopération linguistique et
éducative de l’Institut Français de Prague qui, en m’attribuant la bourse du
Gouvernement français, m’a incité à commencer mes études de DEA en France, ainsi
qu’à l’Ecole Doctorale de l’Université Paris XII-Val de Marne qui m’a permis de
continuer les études doctorales avec le soutien d’une allocation de recherche.
Enfin que soient vivement remerciés Mme Cécile Paděra, M. et Mme Stéphane
Gailly, qui ont eu l’amabilité de me relire et qui furent aussi les premiers critiques de
mon travail.
2TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION ……………………………………………………………………. 7
Jan Čep – notice biographique ……………………………………………………...… 13
BIOGRAPHIE ET VIE LITTERAIRE ………………………………………….… 17
I. L’émigration de Jan Čep ……………………………………………………….… 18
e
I.1. L’émigration tchèque au XX siècle ……………………………………………… 18
I.2. Les causes et les circonstances de l’émigration de Jan Čep ……………………… 21
I.3. Le portrait de l’émigré Jan Čep ………………………………………………...… 27
I.3.1. L’aspect matériel …………………………………………………………..…… 28
I.3.2 L’aspect psychique et psychologique ………………………………………...…. 33
I.3.3 L’aspect social ……………………………………………………………...…… 38
II. La réception de Jan Čep en France et la tentative de son effacement en
Tchécoslovaquie …………………………………………………………………...… 46
II.1. La réception « française » avant 1948 ………………………………………...… 48
II.2. La réception en France après 1948 ……………………………………………… 55
II.2.1. La réception immédiate …………………………………………………...…… 58
II.2.2. La réception posthume (Nécrologies consacrées à Jan Čep dans la presse
francophone) ………………………………………………………………………….. 62
II.3. L’effort d’effacement de Jan Čep de la littérature tchèque sous la dictature
communiste (1948-1989) …………………..…….…………………………………… 64
III. Activités et engagement de Jan Čep en exil …………………………………… 69
III.1. Activités visant la population du pays d’adoption …………………..….……… 71
III.1.1. Rendre témoignage ………………………………………………………...…. 71
III.1.1.1. « Réflexions d’un émigré » ………………………………………………… 72
III.1.1.2. La situation du catholicisme dans la Tchécoslovaquie communiste ……….. 75
III.1.1.3. Le sort des écrivains tchécoslovaques : le « cas Halas », Zahradníček et autres
……………………………………………………………………………………….... 79
III.1.2. Bâtir les ponts ………………………………………………………………… 85
3III.1.2.1. L’Amitié franco-tchécoslovaque …………………………………………… 86
III.1.2.2. Le Comité d’études culturelles franco-tchécoslovaques …………………… 87
III.2. Participation de Jan Čep à la vie des structures de l’émigration tchèque …….… 90
III.2.1. Episodes politiques ………………………………………………………….... 91
III.2.2. Participation à la vie culturelle et littéraire de l’exil tchèque ……………....… 95
III.2.2.1. Périodiques et anthologies ……………………………………………..…… 96
III.2.2.2. Maisons d’édition ……………………………………………………...….. 100
III.2.2.3. Autres activités………………………………………………………..…… 104
III.2.3. Jan Čep à Radio Free Europe ……………………….……………….……… 104
ŒUVRE LITTERAIRE ………………………………………………………...…. 115
IV. Récits d’exil …………………………………………………………….………. 116
IV.1. Les récits d’Occupation et de Libération ……………………………………… 118
IV.1.1. Présentation générale …………………………………………………...…… 118
IV.1.2. Représentation de la guerre et ambiguïté de la Libération ………………….. 122
IV.1.3. Les motifs de l’exclusion et de l’étrangeté ……………………………..…… 128
IV.1.4. L’aspect religieux …………………………………………………………… 133
IV.1.4.1. Le cadre spatio-temporel ……………………………………………..…… 134
IV.1.4.2. Le personnage du prêtre ……………………………………………….….. 137
IV.1.4.3. La souffrance et la mort : sens chrétien ………………………………..….. 140
IV.1.4.4. Allusions et intertextualité ………………………………………………… 142
IV.2. Les récits d’exil ……………………………………………………………….. 144
IV.2.1. Présentation générale ……………………………………………………..…. 144
IV.2.2. Le présage de l’exil dans l’œuvre d’avant l’émigration de Jan Čep ………... 147
IV.2.3. Les facettes de l’exil ………………………………………………………… 149
IV.2.3.1. Le fardeau lourd à porter et la mission à entreprendre ………….………… 150
IV.2.3.2. La langue aliénée et la communication impossible ……………………….. 152
IV.2.3.3. Triangle d’exil : solitude-étrangeté-errance ………………………….…… 155
IV.2.3.4. L’espace de l’exil : labyrinthe, île ……………………………………...…. 157
IV.2.4. L’issue du labyrinthe de l’exil : interpénétration du « double chez soi » …… 158
IV.3. Le dernier cri de Čep-prosateur : Tři pocestní (Les Trois Passants) …………. 163
IV.3.1. Présentation générale ………………………………………………………... 163
IV.3.2. Nouvelle à clé ? Nouvelle cryptée ? ………………………………………… 164
4IV.3.3. Narration et stratégies narratives dans Les Trois Passants ……………….… 166
IV.3.3.1. Le narrateur et ses manifestations dans le texte …………………...……… 167
IV.3.3.2. Dissimulation des noms propres : Jeu de cache-cache ……………………. 171
IV.3.4. L’errance nocturne comme symbole du « double chez soi » ……………….. 173
IV.3.5. Epilogue auctoriale ………………………………………………………….. 175
V. Œuvre produite pour Radio Free Europe ………………………………..…… 177
V.1. Méditations temporelles et intemporelles ……………………………………… 177
V.1.1. Présentation générale ……………………………………………………..….. 177
V.1.2. Problème de définition générique ……………………………………………. 181
V.1.3. Les enjeux centraux de l’essayiste Čep ……………………………………… 186
V.1.3.1. Réfutation du régime communiste ……………………………………….… 187
V.1.3.2. Méditation sur la condition humaine : humanisme chrétien de Jan Čep …... 195
V.1.3.3. Intersubjectivité : entre solitude et communauté …………….……....…….. 206
V.1.3.4. Temps, mémoire, histoire …………………………………………..……… 213
V.1.3.5. Au carrefour de l’histoire ………………………………………………..…. 218
V.2. Livre de la semaine …………………………………………………………..… 224
V.2.1. Présentation générale ……………………………………………………….... 225
V.2.2. Tableau du Livre de la semaine et commentaire à propos du choix des auteurs
……………………………………………………………………………………..… 228
V.2.3. Aperçu thématique et générique du Livre de la semaine ………………….…. 244
V.2.4. Remarque sur la forme du Livre de la semaine …………………………….... 252
V.2.4.1. Les contraintes du « compte rendu parlé » ……………………………….... 253
V.2.4.2. La structure du Livre de la semaine ………………………………………... 255
V.2.5. Le rôle de la traduction ………………………………………………….…… 258
V.2.6. Jan Čep face aux tendances modernistes de la littérature française d’après-guerre
…………………………..…………………………………………………………… 258
VI. Ma Sœur l’angoisse – œuvre posthume ………………………………….…… 266
VI.1. Enjeux textuels, génétiques, éditoriaux ……………………………………..… 267
VI.1.1. La genèse de Ma Sœur l’angoisse ……………………………...…………… 267
VI.1.2. Les problèmes de l’édition ……………………………………………..…… 275
VI.2. Analyses et interprétations littéraires ………………………………………..... 282
VI.2.1. Résumé de Ma Sœur l’angoisse …………………………………………...... 282
5VI.2.2. « Introduction » …………………………………………………………...… 286
VI.2.3. Autobiographie ou confession ? …………………………………………..… 291
VI.2.4. Angoisse, ma sœur ! ………………………………………………………… 295
VI.2.4.1. Origine de l’angoisse – mysterium mortis …………………..………….… 296
VI.2.4.2. Angoisse et étonnement – mysterium mundi …………………………..…. 299
VI.2.5. Histoire d’une âme – itinéraire spirituel de Jan Čep ……..…………….….... 300
VI.2.5.1. Foi d’enfance – centrum securitatis, paradis terrestre …………………..… 301
VI.2.5.2. Crise …………………………………………………………………….…. 306
VI.2.5.3. Conversion ……………………………………………………………….... 311
VI.2.5.4. Entre angoisse et confiance ………………………………………..……… 318
VII. L’écrivain exilé et sa langue ………………………………………………..… 321
VII.1. Déracinement linguistique de Jan Čep ……………………………………..… 322
VII.1.1. Situation linguistique de Jan Čep avant l’émigration …………………...…. 322
VII.1.2. L’effet de l’exil sur la compétence linguistique de Čep ………………….... 323
VII.1.3. Réflexion de l’émigré Čep sur la langue d’expression …………………..… 326
VII.2. Le français littéraire de Jan Čep : entre monotonie et platitude et « langue des
anges » …………………………………………………………………………….… 328
VII.3. L’enjeu de la traduction (française) de l’œuvre de Jan Čep ………………..… 332
VII.3.1. Exemple de la traduction de La Frontière de l’ombre …………………...… 335
VII.3.1.1. Regard sur l’ensemble du texte : amputations anodines et déformantes … 336
VII.3.1.2. Analyse du chapitre 11 ……………………...………………………….… 343

CONCLUSION …………………………………………………………………..… 350
ANNEXES ………………………………………………………………………..… 357
BIBLIOGRAPHIE ………………………………………………………………… 428
INDEX DES NOMS ………………………………………….…………………..… 453
6INTRODUCTION
Le bouleversement survenu avec la chute du bloc communiste, qui se produisit dans
les pays de l’Europe centrale et de l’Est à la fin des années 1980, opéra des
transformations fondamentales à tous les niveaux de leurs sociétés : politique,
économique et social, culturel et intellectuel.
A la suite de la « Révolution de velours » en Tchécoslovaquie, le retour à la
démocratie et aux valeurs comme la liberté de parole, de culte et de réunion, eurent des
conséquences considérables dans le domaine de la culture et de la littérature en
particulier. L’arrivée de la liberté mit un terme à la séparation entre la littérature
officielle et la non-officielle. De même, la division en trois courants (littérature
officiellement publiée, samizdat et littérature d’exil) se vit rapidement effacée. La
surveillance d’Etat sur la culture disparut, les écrivains ne furent plus menacés de
prison, par des mesures de censure et des pressions idéologiques. La littérature put se
développer dorénavant indépendamment, elle reprit son cours naturel, se diversifia,
devint pluraliste, se ramifiant en tendances et courants différents.
Cette reconquête de la liberté permit peu à peu la rectification de l’histoire littéraire
systématiquement déformée pendant les quarante années du régime communiste. Dans
un nouvel esprit d’ouverture, le public et les amateurs de littérature redécouvraient,
parmi bien d’autres, l’œuvre de Jan Čep. Au tout début des années 1990 foisonnent des
articles, souvent truffés d’erreurs et d’imprécisions, voire de préjugés, tâchant de
présenter une partie de la culture longtemps tabouisée. Cet encombrement n’a d’autre
valeur que de réinsérer tant bien que mal les noms oubliés dans la conscience collective
de la société.
Un mérite de premier ordre : par les soins des critiques et éditeurs Bedřich Fučík et
Mojmír Trávníček, l’œuvre « complète » de Čep, répartie en six volumes, contenant
l’ensemble des ouvrages parus avant l’émigration ainsi que les livres publiés en exil, vit
1
le jour entre 1991 et 1999 . Peu à peu les lecteurs eurent aussi la chance de découvrir
des documents précieux, notamment plusieurs ensembles de la correspondance de Čep

1 Sebrané spisy Jana Čepa (Œuvres complètes de Jan Čep) : I) Dvojí domov (Le Double chez soi), Praha,
Vyšehrad, 1991 ; II) Hranice stínu (La Frontière de l’ombre), Brno, Proglas, 1996 ; III) Polní tráva
(L’Herbe des champs), Praha, Vyšehrad – Proglas, 1999 ; IV) Rozptýlené paprsky (Les Rayons
dispersés), Praha, Vyšehrad, 1993 ; V) Samomluvy a rozhovory (Soliloques et dialogues), Praha,
Vyšehrad – Proglas, 1997 ; VI) Poutník na zemi (Un Pèlerin sur la terre), Brno, Proglas – Vyšehrad, 1998.
7avec ses amis tchèques (Jan Zahradníček, F. X. Šalda, Josef Florian, Jaroslav Vašica,
2
Věra Procházková) ou bien des échantillons de sa création juvénile publiés sous un
3pseudonyme . La croissance de l’intérêt pour l’écrivain se manifesta également par
4l’organisation du « Colloque sur l’œuvre de Jan Čep », à Olomouc en 1998 . En 2002,
deux expositions à Prague ont commémoré le centenaire de la naissance de Jan Čep,
5l’une consacrée à sa vie avant l’émigration, l’autre à son exil .
Depuis la deuxième moitié des années 1990 apparaissent de nouvelles approches,
plus développées, s’inspirant du spectre varié des méthodes utilisées dans les disciplines
littéraires. Plusieurs monographies voient le jour : parmi elles, la plus précieuse sans
aucun doute est celle de M. Trávníček, qui porte le titre significatif Pouť a vyhnanství
(Pèlerinage et exil), et dresse l’itinéraire détaillé de la vie de l’écrivain. D’autres
chercheurs se proposent d’analyser certains des leitmotives de l’œuvre čepienne (surtout
le motif de la mort dans les études de Iva Štrychová et Jan Zámečník). D’autres encore
ouvrent de nouvelles pistes en rapprochant l’œuvre de Čep de l’existentialisme (Jaroslav
Med, Vladimír Papoušek) ou en cherchant au niveau structural ses liens avec
6
l’architexte chrétien (Pavel Šidák) . Notre propre travail a, lui aussi, l’ambition de
prolonger et d’approfondir la connaissance de l’œuvre de Čep.

2
M. Trávníček (éd.), Jan Čep – Jan Zahradníček. Korespondence (Jan Čep-Jan Zahradníček.
Correspondance), 2 tomes, Praha, Aula, 1995, 2000 ; M. Podivínský (éd.), « Vzájemná korespondence F.
X. Šaldy a Jana Čepa », Česká literatura, n° 6, 1996, p. 607-620 ; M. Trávníček (éd.), « Z dopisů Jana
Čepa Josefu Florianovi », Prostor, novembre-décembre 1996, p. 24-27 ; L. Pavera (éd.), « Váš J.Č.
(Korespondence Jana Čepa s Josefem Vašicou) », in : Literární věda osudem i volbou (K 70. narozeninám
Jiřího Svobody). Sborník prací filozofické fakulty ostravské univerzity, Ostrava, Acta facultatis
philosophicae universitatis ostraviensis, n° 4, 193/2000, p. 83-101 ; J. Čep, Před námi tma a mráz
(Dopisy z let 1942-1945) (Devant Nous la nuit et le gel (Lettres des années 1942-1945)), Praha, Torst,
2004.
Dans cette lignée de recherche se rangerait également notre propre travail – mémoire de DEA : L’édition
critique d’un choix de lettres de Jan Čep à Henri Pourrat, préparé sous la direction de M. Francis
Claudon et soutenu en 2004 à l’Université Paris XII-Val de Marne.
3
Zmrzlá srdce (Les Cœurs glacés), Praha, PNP, 2002 ; et tout récemment Dojmy z Anglie (Impessions
d’Angleterre), Šternberg, Sternberg, 2007.
4
Konference o díle Jana Čepa (Colloque sur l’œuvre de Jan Čep), Olomouc, Danal, 1999.
5 Dvojí domov. Básnický svět Jana Čepa et Jan Čep překladatel. Jan Čep v exilu ont eu lieu entre
le 4 décembre 2002 et le 30 janvier 2003 respectiviment à Památník národního písemnictví et à
Klementinum.
6 M. Trávníček, Pouť a vyhnanství (Pèlerinage et exil), Brno, Proglas, 1996 ; I. Štrychová, Motiv smrti v
prozaickém díle Jana Čepa (Motif de la mort dans l’œuvre de Jan Čep), Svitavy, Trinitas, 1994 ;
J. Zámečník, Smrt v díle Jana Čepa a Josefa Šafaříka (La Mort dans l’œuvre de Jan Čep et de Josef
Šafařík), supplément de Tvar, édition Tvary, n° 10-11, 2002 ; J. Med, « Svět esejů Jana Čepa », in :
Konference o díle Jana Čepa, op. cit., p. 31-33, « Uchovat víru v největších hrůzách… křesťanský
existencialismus v české kultuře (1945-1948), Perspektivy, supplément de Katolický týdeník, n° 2, 2004,
p. 5 ; V. Papoušek, Existencialisté. Existenciální fenomény v české próze dvacátého století (Les
e
existentialistes. Phénomènes existentialistes dans la prose tchèque du XX sicèle), Praha, Torst, 2004 ;
P. Šidák, « Katolická poetika Jana Čepa », in : Víra a výraz, Brno, Host, 2005, p. 404-416.
8Alors que dans le contexte tchèque l’écrivain Jan Čep jouit de nouveau d’une
réputation qui lui convient – il est publié, lu et enseigné à l’université et même dans
l’enseignement secondaire – en France où il a vécu plus d’un tiers de sa vie il reste
presque complètement oublié. Son œuvre n’y trouve guère un écho favorable et les
7
chercheurs en littérature tchèque ne s’y intéréssent que sporadiquement .
Cependant ce vent d’indifférence a l’air de tourner. En effet, Le Centre Henri Pourrat
envisage la publication de la correspondance intégrale de Pourrat et de Čep dont notre
mémoire de DEA devrait procurer la base. L’ambassade de République tchèque, ayant
inauguré en 2007 une plaque commémorative à Pavel Tigrid et sa revue Svědectví
(Témoignage) s’apprête à rendre le même hommage à Jan Čep. La plaque devrait être
e
située sur sa demeure parisienne au 16 rue Chanoinesse dans le 4 arrondissement, tout
près de Notre-Dame. Quant à la fille de l’écrivain, Claire Le Bris-Čep, non seulement
qu’elle a repris l’apprentissage de la langue tchèque et a renoué avec sa famille en
République Tchèque, mais encore a-t-elle entrepris la préparation de l’édition de Ma
Sœur l’angoisse, autobiographie française de son père.
*
Notre intérêt pour l’écrivain Jan Čep n’est pas récent. Pourtant, ou peut-être en raison
de cela, nous avons mis bien longtemps pour décider de l’orientation générale de la
présente thèse. Nous avons hésité notamment entre deux lignes majeures, représentées
8
par deux thèses d’un grand intérêt : se concentrer sur la période d’exil, cette tranche de
9vie embrumée et inconnue comme l’a fait Milan Burda, ou bien, à l’instar de Jitka
Bednářová, s’appliquer à rétablir le réseau des amitiés françaises de l’écrivain tchèque ?
Si nous avons finalement opté pour la première approche, nous n’avons pas pour autant
entièrement délaissé la seconde. Il nous paraît logique et même prioritaire de préparer

7 V. Peška, « Deux types d’écrivains en exil : Jan Čep et Egon Hostovský », in : Émigration et exil dans
les cultures tchèque et polonaise, H. Jechová et H. Wlodarczyk (éd.), Paris, PUPS, 1987, p. 217-229.
8 M. Burda, La littérature de l’émigration tchèque de 1948 à 1968. Contribution à l’histoire de la
littérature tchèque contemporaine. Thèse de doctorat sous la direction de M. le professeur Guy Verret,
Université Michel de Montaigne Bordeaux III, 1992 ; J. Bednářová, Josef Florian a jeho francouzští
autoři (Josef Florian et ses auteurs français), thèse de doctorat sous la direction des Messieurs les
Professeurs Xavier Galmiche et Milan Suchomel, Paris (Sorbonne IV), 2003.
9
Dans la monographie de M. Trávníček, 135 pages sont consacrées à la période de la vie d’avant
l’émigration (1902-1948) contre seulement 9 pages relatant l’exil de Čep (1948-1974).
9d’abord le terrain au niveau de l’histoire littéraire afin de pouvoir poursuivre par des
études comparatistes plus détaillées.
Le but de notre thèse consistera donc à combler la lacune dans les recherches
čepiennes, et par delà dans l’histoire de la littérature tchèque tout court, qu’est l’exil
français de Jan Čep. La délimitation temporelle de la période étudiée est nettement
définie par les dates 1948 d’un côté (Coup de Prague) et 1974 de l’autre (mort de Čep).
Comment allons-nous nous saisir d’une matière aussi vaste que fuyante ? Quelle
méthode ou approche allons-nous choisir pour bien traiter et articuler notre sujet ? Sur
quoi allons-nous appuyer dans nos conclusions ?
Notre corpus premier est bien évidemment l’œuvre de Jan Čep et notamment celle
liée, d’une manière ou d’une autre, à son exil. Or, tout au long de notre travail, nous
avons poursuivi des recherches dans les diverses bibliothèques et archives, surtout en
France, où nous avons eu la chance de découvrir des documents rares, voire inédits
concernant Jan Čep. Souvent, ces sources – correspondances (avec Henri Pourrat,
Georges Bernanos, Gabriel Marcel, Henri Queffélec, Vladimír Peška, etc.), journaux,
articles dans les périodiques français et tchèques de l’époque, copies des émissions pour
Radio Free Europe, et autres, nous ont fourni la matière et ouvert les voies possibles à
suivre. Un travail immense et minutieux, parfois même fastidieux de dépouillement,
inventorisation, tri, a cependant porté ses fruits sous la forme des documents souvent
uniques, que nous avons utilisés avec profit et dont quelques échantillons se trouveront
dans les annexes. Mais laissons apparaître davantage la structuration de la thèse.
Nous diviserons notre travail en deux parties principales comportant respectivement
3 et 4 chapitres. La première portera sur les aspects biographiques et sur la vie littéraire
de l’émigration tchèque de 1948 (« Biographie et vie littéraire »), la seconde sera vouée
à l’œuvre de Jan Čep en exil, à son statut d’écrivain (« Œuvre littéraire »).
Le premier chapitre tentera d’éclaircir les causes, les circonstances et les
conséquences de l’émigration de Jan Čep. Après avoir dressé le contexte historique de
l’émigration après 1948, nous suivrons l’aventure personnelle de l’évasion de Čep sous
la lumière des documents nouvellement retrouvés. Ensuite, nous essaierons de faire voir
comment l’exil infléchit la vie de l’homme – ce sera le portrait plastique de l’émigré
Čep réparti en trois aspects : matériel, psychique et psychologique, social. D’un revers
de main nous balaierons aussi le rapport de Čep vis-à-vis de la France.
10