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L'industrie osseuse aurignacienne. Essai régional de classification : Poitou, Charentes, Périgord - article ; n°1 ; vol.18, pg 65-156

De
93 pages
Gallia préhistoire - Année 1975 - Volume 18 - Numéro 1 - Pages 65-156
92 pages
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Christiane Leroy-Prost
L'industrie osseuse aurignacienne. Essai régional de
classification : Poitou, Charentes, Périgord
In: Gallia préhistoire. Tome 18 fascicule 1, 1975. pp. 65-156.
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Leroy-Prost Christiane. L'industrie osseuse aurignacienne. Essai régional de classification : Poitou, Charentes, Périgord. In:
Gallia préhistoire. Tome 18 fascicule 1, 1975. pp. 65-156.
doi : 10.3406/galip.1975.1488
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/galip_0016-4127_1975_num_18_1_1488L'INDUSTRIE OSSEUSE AURIGNACIENNE
ESSAI RÉGIONAL DE CLASSIFICATION :
POITOU, CHARENTES, PÉRIGORD
par Christiane LEROY-PROST
« Peu de variations affectent la structure de l'Aurignacien typique, complexe puissant
et bien équilibré. » (G. Laplace). Situé aux débuts du Paléolithique supérieur, l'Aurignacien
est le premier horizon archéologique et culturel qui inspira aux préhistoriens l'idée d'une
subdivision chronologique fondée sur des « fossiles directeurs » d'industrie osseuse. C'est
en effet en 1933 que D. Peyrony différencia 5 phases caractéristiques successives : un
Aurignacien I à pointes à base fendue, un Aurignacien II à pointes losangiques aplaties,
un III à pointes losangiques à section ovale, un Aurignacien IV à pointes
biconiques et un Aurignacien V à pointes cylindro-coniques à base en biseau simple. Les
H' et H" du gisement quatre premiers stades étaient représentés par les couches F, H,
de La Ferrassie, le dernier par le niveau D du site de Laugerie-Haute-Ouest. Si, par la suite,
cette classification devait susciter des controverses, ce fut essentiellement sur le plan de
l'évolution dans le temps et non pas sur celui de la valeur accordée aux formes de l'outillage
osseux.
Au gré de fouilles nouvelles (P. Mouton et R. Joffroy aux Rois, H. Delporte en
Dordogne) ou de vastes études de synthèse (D. de Sonneville-Bordes, G. Laplace dans
le cadre général du Paléolithique supérieur) ou encore de recherches plus localisées
(M. Perpère en Poitou-Charentes), les préhistoriens présentèrent des schemes nouveaux
quant à la chronologie aurignacienne (tabl. 1). Mais, à l'exception de D. de Sonneville-
Bordes qui, pour ne s'appuyer que sur l'étude du matériel lithique,. contesta explicitement
la valeur d'indication chronologique de l'industrie osseuse [166, p. 146] nul ne jugea vraiment
utile de vérifier par un examen approfondi le processus évolutif mis en évidence par
D. Peyrony. C'est pourquoi, afin de jeter une nouvelle lumière sur l'Aurignacien, tant sur
le plan synchronique que diachronique, nous nous sommes appliquée à analyser, de la
façon la plus exhaustive possible, ses formes osseuses dans la région étudiée.
Nous avons dû, en effet, nous limiter dans l'espace à deux ensembles régionaux relat
ivement homogènes : Poitou-Charentes et Périgord dont il est limitrophe. Nous avions
Gallia Préhistoire, Tome 18, 1975, 1. 66 GHRISTIANE LEROY-PROST
envisagé de consacrer notre étude à tout le sud-ouest de la France. Mais nous nous sommes
heurtée à deux problèmes : celui de la très mauvaise conservation des collections d'abord,
ce qui ne nous a pas laissé espérer de grands résultats de nos recherches dans les Pyrénées,
et, ensuite, celui de la limite très arbitraire qu'est la frontière entre la France et l'Espagne.
Il eut fallu considérer dans son ensemble la région franco-cantabrique. Mais à un cadre
spatial aussi vaste nous paraissait devoir correspondre un cadre chronologique d'une plus
grande amplitude : le tout, formé par le Paléolithique supérieur. Cette importante synthèse
a été réalisée, en partie, par I. Barandiaran [cf. p. 69].
C'est donc plus simplement que nous avons tenté la classification de l'industrie osseuse
d'un étage du Paléolithique supérieur dans une région bien limitée. Nous avons conçu
notre travail en deux parties dont la seconde est, paradoxalement, la source de la première.
Celle-ci envisage l'aspect historique des classifications de l'industrie osseuse, l'exposé de
notre méthode d'étude, les éléments relatifs à la technologie et les définitions des formes
observées. Elle s'appuie donc sur un corpus de ces formes, présentées par gisement et par
niveau dans un ordre géographique logique : Poitou-Charentes puis Périgord. Ce corpus
constitue la seconde partie de notre travail.
Historique : les classifications de l'industrie osseuse en préhistoire
II ne nous paraît pas inutile de rappeler que l'intérêt porté à l'outillage en os n'est pas
chose récente et qu'il ne s'est pas appliqué au seul Paléolithique supérieur. R. Dart
notamment, à propos de ce qu'il a nommé « osteodontokeratic culture » a même posé la
question de son antériorité par rapport à l'industrie lithique.
Sans remonter aussi loin dans le temps (Paléolithique inférieur très ancien) et dans
l'espace (Afrique orientale) nous signalerons toutefois les intéressantes tentatives de
P. Biberson et du R. P. Aguirre concernant l'étude technologique et morphologique de
l'industrie osseuse de l'Acheuléen espagnol. Dans une récente communication au Congrès
de l'U. I. S. P. P. à Belgrade en septembre 1971, le R. P. Aguirre a exposé les principes de
sa méthode d'étude et de classement, mais ce n'était qu'une première étape.
Pourtant c'est dès 1910 que G. Chauvet, dans un ouvrage intitulé « Os, ivoires et bois
de renne ouvrés de la Charente » [35], signala que si les hommes chelléens et acheuléens
n'avaient pas, dans ce département du moins, fabriqué de « lances », « sagaies » et « outils
divers soigneusement ouvrés», ils avaient' cependant «bien laissé les marques de leur
travail sur les os des animaux qu'ils dépeçaient pour s'en nourrir, et sur ceux qui leur
servaient de supports pour couper la chair, les peaux ou le bois et tailler le silex »
[G. Chauvet, p. 9]. Après un bref chapitre consacré au Moustérien, cet auteur entreprit
une classification systématique de ce qu'il appela « la grande industrie du bois de renne ».
C'est, à notre connaissance, la première.
G. Chauvet, 1910.
Le sous-titre que G. Ghauvet donna à son travail : « hypothèses palethnographiques »
montre clairement dans quel esprit l'auteur s'est placé. Ne va-t-il pas jusqu'à citer, dans i
I
GISEMENTS AUTEUR CHRONOLOGIE
AURIGNACIEN I Ferrassie F D. II H PEYRONY Ferrassie H' AURIGNACIEN III
1933 H" IV
PERIGORD Laugerie- Haute Ouest D. AURIGNACIEN V là Le Pont Neuf F. MOUTON a AURIGNACIEN I b Quina III . Vachons 1 . Ferrassie F a w Vachons 1 . Rois B et I C II Rois A2 . Ferrassie H. Vachons 2 H R. JOFFROY L Rois A1 Ferrassie H' . H" AURIGNACIEN III 1958
Blanchard . Castanet . Pasquet . Vachons 1 . Patary . D. de Aurignacien ancien type Castanet — — O m in Coumba del Bouitou infr. SONNEVILLE ~* __ Ferrassie F. Lartet . Poisson. Cellier infr. Caminade infr. Cottes ancien type Lartet-Ferrassie — Chanlat infr. Font-Yves a BORDES
Ferrassie H et H' . Fauréiie . Caminade Est niveaux supr. (D2) Aurignacien évolué ------ — — 1960 Vachons 2 . Cellier supr. Ouest supr. Chanlat supr. Dufour plus évolué (?) --• - Laugerie -Haute Ouest. Fontenioux PERIGORD >
G Castanet A. 1 »— G Ferrassie F. Cellier A. Poisson infr. Festons. Cottes E. Aurignacien ancien 2 O Dufour . Chanlat 3 LAPLACE
Castanet C. Vachons 1. '1 1966 Aurignacien évolué Ferrassie H, H' et H" . Cellier C. Fauréiie. Cottes D. > I— O 2
EUROPE Laugerie Haute. Ouest D. Fontenioux D. évolué fi nal
Phase initiale : Aurignacien 0 Ferrassie E' . Caminade est G . Rochette 5d .
H. DELPORTE Aurignacien de type Castanet Phase principale (Aurignacien I et II) de type Ferrassie 1962 . 1968
a) faciès de la Ferrassie : H' et H"
PERIGORD b) de Laugerie . Haute D : Laugerie Haute Ouest D . Fontenioux Phase finale (Aurignacien III, IV et V) c) faciès de Tursac, niveau 15 : Tursac 15 . Vachons 5 . Caminade Est supr.
M.PERPERE Aurignacien Ancien type Castanet Pont. Neuf . Rois B . Chasseur B . Vachons 1 Ancien type Lartet . Ferrassie Rois A2 . Cottes (2 niveaux) 1971
Aurignacien évolué Chasseur A2 . Vachons 2 POITOU.
Roches de Pouligny S* Pierre . le Fontenioux final CHARENTES
Ci
Tabl. 1. Essai de chronologie comparée. 68 GHRISTIANE LEROY-PROST
ses premières pages une phrase extraite d'une enquête sur les caisses de retraites ouvrières
disant : « les rapports de l'homme et de l'outil sont tellement inséparables, que faire l'histoire
de l'outil, c'est faire l'histoire de l'humanité »?
C'est en se fondant sur la collection qu'il avait faite des pièces du Placard que
G. Ghauvet distingua dans l'industrie de l'os, de l'ivoire et du bois de renne, trois grandes
catégories : objets servant à couper [p. 42], objets servant à percer [p. 45], objets divers
[p. 84].
La première comprenait les ciseaux qui pouvaient être grands, petits ou obliques.
La seconde incluait déjà la subdivision armes-outils. Les armes étaient représentées par
les poignards et les pointes. Celles-ci se retrouvaient aussi parmi les outils, avec les aiguilles,
passe-lacets, lissoirs et spatules. Les objets divers comportaient les navettes, propulseurs,
étuis, manche, bâtons percés et pendeloques. Nous reviendrons séparément sur chacune
de ces formes telles que les a vues G. Chauvet en les traitant tour à tour dans notre chapitre
de morphologie. Quoi qu'il en soit, c'est en tant que précurseur que nous devons saluer
G. Chauvet, car ce n'est que bien après lui que d'autres chercheurs se penchèrent à nouveau
sur ce problème global. Ceux qui le suivirent, en effet, n'abordèrent l'industrie osseuse
que d'une façon un peu latérale, par le biais de leurs travaux sur le terrain. Nous verrons
plus loin quelle fut la part du Dr Henri-Martin par exemple et avant lui, de L. Didon.
Cependant ces premiers travaux, pour méritoires qu'ils aient été, n'en sont pas moins
entachés, si l'on peut dire, d'une certaine naïveté ; le comparatisme ethnographique était
à la mode et c'était l'ère où l'on se représentait volontiers les paléolithiques creusant
des rainures à poison dans leurs sagaies ou bien gravant d'un signe mnémonique les objets
leur appartenant. Nous ne saurions pourtant en tenir rigueur aux premiers chercheurs.
Peut-être étaient-ils plus proches de la vérité intuitivement que nous ne le sommes avec
l'aide de l'appareil dit scientifique.
Beaucoup plus élaborés et aussi plus proches de nous, deux essais récents de classif
ication de l'industrie osseuse marquent un regain d'intérêt pour cette partie, longtemps
négligée de la taxinomie préhistorique, tenant sans doute au très mauvais état des collec
tions et même parfois à leur absence (récoltes de surface, terrains de nature acide, à l'instar
de la Corrèze, par exemple où, à l'exception de la grotte des Morts, l'industrie de l'os n'a pas
été conservée).
L'un et l'autre travaux font partie de thèses importantes : celle de H. Camps-Fabrer
traite de « Matière et art mobilier dans la préhistoire nord-africaine et saharienne » et celle
de I. Barandiaran-Maestu du « Paléomésolithique des Pyrénées occidentales ». H. Camps-
Fabrer étudie dans sa première partie l'industrie osseuse de l'Epipaléolithique et du
Néolithique de l'Afrique du Nord et du Sahara [25, p. 15-199]. I. Barandiaran-Maestu
garde pour la seconde partie de son ouvrage l'étude des industries osseuses « paléomésol
p.' ithiques » [6, 207-412].
Les deux démarches diffèrent sensiblement, mais comportent aussi des caractères
communs : toutes deux visent à établir des listes typologiques analogues à celles mises
au point par F. Bordes et D. de Sonneville-Bordes pour les industries lithiques du
Paléolithique moyen et supérieur de France ou par J. Tixier pour l'Epipaléolithique du OSSEUSE AURIGNAGIENNE 69 INDUSTRIE
Maghreb. Toutes deux étaient destinées à faire ressortir des phénomènes d'évolution de
l'industrie osseuse et surtout à confirmer l'existence de types caractéristiques de telle
ou telle civilisation. Mais leurs caractères communs sont moins nombreux que leurs diffé
rences. Aussi exposerons-nous le contenu de ces dernières séparément.
H. Camps-Fabrer, 1966.
La liste établie par H. Gamps-Fabrer comporte 55 numéros, chacun correspondant
à un «type » d'objet. La clé de sa classification est la distinction de cinq grandes familles :
outils tranchants (tranchets, couteaux, estèques, peignes, ciseaux, pellettes) ; outils mousses
(lissoirs, bâtonnets, brunissoirs, spatules, cuillers, lamelles émoussées) ; objets perforants
(outils : poinçons, alênes, épingles, aiguilles ; armes ou engins de pêche : hameçons, têtes
de harpons, pointes de sagaies, poignards) ; faucilles ; objets de parure (tubes pendeloques,
carapaces de tortue travaillées, ivoire travaillé, perles, rondelles d'enfilage, labrets).
A lire ce qui constitue l'armature de sa classification, on remarque que l'optique
envisagée par H. Gamps-Fabrer était à la fois fonctionnelle (distinction entre outil et arme),
morphologique (outils mousses) et typologique (aboutissement à une liste de « types »).
Dans le détail, c'est ce dernier point qui nous paraît le plus important car cette liste est
avant tout une longue série de définitions remarquables par leur précision et leur concision.
Elles comportent souvent des limites chiffrées et dans certains cas sont utilisables non
seulement par les spécialistes de l'Epipaléolithique et du Néolithique nord-africain, mais
encore par les autres préhistoriens qu'intéresse l'industrie osseuse. Il nous paraît, en effet,
souhaitable de limiter le nombre de définitions aux variétés existantes. Si un poinçon,
par exemple, dont la forme déjà définie par H. Camps-Fabrer se retrouve dans le Paléo
lithique supérieur français ou dans le Bronze hellénique, peu importe que la définition
soit identique. Les convergences de formes, dans ce cas, sont dues à la fois aux contraintes
de la matière première et aux nécessités qui commandent la fabrication de poinçons. Les
raffinements propres à chaque étude interviennent au-delà du stade primaire de reconnais
sance d'une forme, disons de base.
I. Barandiaran-Maesiu, 1967.
C'est ce qu'a discerné très justement I. Barandiaran dans la seconde partie de son
ouvrage : « Les industries osseuses paléo-mésolithiques ». Il a été en effet conduit à dis
tinguer, à l'instar de G.. Laplace, des types « primaires », fondamentaux, au nombre de 81,
qu'il différencia en types « secondaires » représentant des variations d'ordre morphologique,
culturel ou de faciès locaux. Ces types sont réunis en 30 groupes typologiques qui eux-mêmes
forment 5 familles générales : pièces appointies, aplanies, dentées, perforées, variées.
La démarche de I. Barandiaran se différencie de celle de H. Camps-Fabrer dès le début
en ce qu'elle envisage globalement une période beaucoup plus longue (Paléolithique-
Mésolithique) dans une région plus restreinte (Pyrénées occidentales). Par ailleurs elle
aboutit à la représentation graphique de courbes cumulatives des « groupes typologiques »
osseux, ce qui, étant donné la pauvreté numérique du matériel et la simplicité de définition
des « types », nous semble plus qu'hasardeux. .
70 GHRISTIANE LEROY-PROST
Une analyse de la thèse de I. Barandiaran, réalisée par H. Camps-Fabrer1 a mis en
évidence certaines erreurs dues à la conception même de l'ouvrage : regroupement dans
une même liste d'objets du Paléolithique inférieur et moyen, assez frustes, et des pièces
élaborées du Paléolithique supérieur ; assimilation à l'industrie osseuse des objets pris
sur coquilles, carapaces d'arthropodes ou encore suivant l'expression du Dr Poplin,
autres « matières dures animales » (cf. infra, p. 80) ; enfin et surtout établissement des 5
familles d'après des critères différents.
Sans nous étendre davantage sur cette critique, nous insisterons sur le fait suivant :
ce qui pouvait être constructif dans un tel travail, c'est-à-dire le décompte et les compar
aisons entre les différents niveaux pouvant mettre en évidence des processus évolutifs,
n'apparaît pas dans les résultats. Prenons comme exemple l'Aurignacien. L'auteur a étudié
55 pièces aurignaciennes proprement dites. Dans ses graphiques il ne les a pas dissociées
des pièces périgordiennes lesquelles sont au nombre de 37. Gela fait un total de 92. C'est
vraiment bien peu, l'ensemble du matériel étudié est d'ailleurs de 1.081 pièces pour la
totalité du « Paléomésolithique », alors que, par voie de comparaison, nous avons eu entre
les mains pour le seul Aurignacien en Périgord et en Poitou-Gharentes, près de 3.000 objets.
La pauvreté quantitative du matériel étudié fait que l'originalité de chacune des civilisations
analysées n'apparaît pas dans cette étude.
En revanche le point positif apporté par la méthode de I. Barandiaran réside dans
le caractère ouvert de sa liste qui permet d'ajouter de nouveaux paramètres. Encore
faut-il une systématique certaine dans la hiérarchisation des critères de classification.
Elle n'est pas ici très perceptible.
En conclusion, c'est une tentative intéressante par sa nouveauté, mais un peu décevante
dans ses résultats.
Les classifications de l'industrie osseuse aurignacienne.
La première, à proprement parler peut-être même la seule, est celle qu'a proposée
en 1911, L. Didon. Il l'a justifiée avec raison par la richesse extraordinaire de la station
qu'il fouilla : l'abri Blanchard des Roches, dit aussi abri Didon, Gastelmerle, commune de
Sergeac (Dordogne) (cf. p. 105).
Sans posséder le caractère systématique de l'étude de G. Ghauvet sur le matériel
du Placard, la classification de L. Didon est néanmoins très valable pour le cadre spécifique
de l'Aurignacien. En effet, il fut le premier, sinon le seul à distinguer avec précision des
catégories de pointes à base fendue, de poinçons, de « sagaies » (au nombre desquelles
les pointes à base fendue ne comptent pas) et même d'objets de parure. Ces catégories
sont fondées sur des différences morphologiques dont les critères sont les suivants :
allure générale, section, dimensions. C'est ainsi que les pointes à base fendue sont divisées
en deux groupes comprenant chacun 5 variétés. Les poinçons sont répartis en 4 catégories
(cf. p. 131), les sagaies en 3. Il est curieux que l'essai de L. Didon n'ait pas eu d'écho. Il ne
1. H. Camps-Fabrer, Analyse de la thèse d'I. Barandiaran, UAnthr., 1970, n° 7-8, p. 601-605. INDUSTRIE OSSEUSE AURIGNAGIENNE 71
semble pas qu'on y ait fait d'allusion par la suite et si D. Peyrony n'a pu l'ignorer, il n'en a
cependant pas fait-mention.
Le Dr Henri Martin non plus. Là encore, on demeure surpris, car, lorsqu'il publia
en 1930 l'abondante industrie osseuse aurignacienne de La Quina, il fut conduit à donner
un certain nombre de définitions. Or ces dernières n'entrent pas dans un cadre systématique
comme on aurait pu s'y attendre. D'autre part, celles qui constituent la matière du texte
diffèrent sensiblement pour une même forme de celles qui servent de légende à l'illustration.
Ce manque d'homogénéité ne laisse pas d'être un peu gênant.
Il a pourtant été le fait de la plupart des chercheurs suivants qui, lorsqu'ils s'intéres
sèrent à l'industrie de l'os, s'appuyèrent sur des connaissances implicites et limitées à un
acquis vague qu'ils ne songèrent plus à discuter. Parfois ils donnèrent de nouvelles défini
tions. C'est le cas de H. Delporte pour les pointes à base fendue [54]. Parfois ils remirent
en question les associations mises en évidence par D. Peyrony : Aurignacien I = pointe
à base fendue ou Aurignacien II = pointe losangique, etc. Ainsi D. de Sonneville-Bordes ou
G. Laplace. Mais aucun ne s'efforça de vérifier en observant les objets en os la valeur
indicative qui leur est propre.
Aucune autre classification de l'industrie osseuse aurignacienne n'a vu le jour. C'est
pourquoi il nous a paru intéressant d'en établir une, près de soixante ans après celle de
L. Didon.
Méthodologie, typologie et statistiques
Notre première optique a été celle de l'établissement d'une liste typologique visant
à résumer graphiquement sous la forme de courbes cumulatives les caractéristiques de
l'outillage osseux aurignacien. Tenant compte, à la fois, des éléments positifs apportés
par les analyses de H. Camps-Fabrer et de I. Barandiaran, notre approche aurait été
classique.
Mais la méthode se crée, s'invente au gré de l'étude dont elle est inséparable. C'est
ainsi que, très vite, nous nous sommes rendu compte du caractère déraisonnable d'une telle
démarche. En effet, celle-ci n'est acceptable que dans le cas d'industries parfaitement
définies par la stratigraphie. Or, dans la plupart des cas, nous nous sommes trouvée en
présence d'ensembles incohérents, mélangés lors des fouilles (Cro-Magnon, Lartet,
Le Poisson, etc.) ou bien artificiellement regroupés dans une étude ultérieure (Abri
Blanchard, par exemple) ou encore attribués à posteriori à tel ou tel niveau, distingués
après coup (ce qui semble être le fait des gisements fouillés par D. Peyrony).
En outre nous nous sommes aperçue immédiatement du caractère incomplet du matériel
que nous avons examiné. En dépit de recherches très longues et minutieuses, il est quantité
de pièces qui ne sont pas parvenues à notre connaissance, sinon par le biais de la littérature.
C'est encore l'abri Blanchard qui constitue le plus triste exemple de cet état de chose :
sur les 122 pointes à base fendue décomptées par L. Didon, nous en avons retrouvé une
dizaine. Il est probable que les autres sont dispersées dans diverses collections privées
dont la trace ne nous est pas parvenue. GHRISTIANE LEROY-PROST 72
Dans ces conditions qui sont jointes à une très mauvaise conservation des objets,
même dans les musées, il nous est apparu tout à fait utopique de songer à fonder notre
étude sur des décomptes partiels qui auraient donné une image fausse dès le départ de ce
que nous cherchions.
En ce qui concerne la typologie en tant que fin en soi, il nous semble, là encore, plus
raisonnable de penser qu'elle ne constitue qu'une seconde étape d'un procédé d'analyse
dont la techno-morphologie serait la première et l'étude fonctionnelle la phase ultime.
Qu'il nous soit permis, ici, de ne pas rejoindre ceux des préhistoriens pour qui les types
existent en tant que tels et pour qui le problème de leur utilisation ne doit même pas
se poser. N'est-ce pas là en restreindre singulièrement la portée? Eu égard à l'industrie
de l'os, cela paraîtrait d'autant plus absurde que le problème de l'usage des objets se pose
avec une extrême acuité. S'il est, pour l'instant, très difficile pour nous d'y apporter une
réponse, il n'en reste pas moins que la question doive se poser. La solution sera trouvée
lorsque les formes auront été assez clairement définies pour que, l'une après l'autre elles
soient à nouveau étudiées dans l'optique qui est celle du Professeur A. Leroi-Gourhan,
et avec le matériel approprié. Il est évident que l'usage de la macrophotographie, des
techniques employées par A. Marshack et S. Semenov, jointes à des expériences de taille
plus nombreuses, apporteront des éléments nouveaux à la connaissance de cette partie
de la panoplie préhistorique qu'est l'industrie de l'os, de l'ivoire et du bois de cervidés.
Méthode de description.
Dans l'étude que nous présentons nous nous sommes donc limitée à un essai de morphol
ogie descriptive, dont le moyen pratique a été la réalisation d'un fichier à perforations
centrales, suivant une méthode préconisée par J. G. Gardin. Nous trouvant devant près de
3.000 objets à traiter, en comptant l'abondante industrie d'Isturitz qui donnera lieu à une
publication particulière, non incluse dans le travail; nous avons donc résolu d'adopter
le système Gardin, dans l'optique future de l'étendre plus tard à toute l'industrie osseuse
du Paléolithique supérieur. Depuis ce projet, nous avons appris que H. Gamps-Fabrer,
en collaboration avec G. Bourelly avait établi un code destiné à l'analyse sur ordinateur
des objets en os, d'une manière générale2. Le cadre que nous avons construit repose sur
une structure très simple :
État de la matière première. Os, bois de cervidés, ivoire, os non identifiables, os identi
fiables anatomiquement, côte, phalange, dent, épiphyse, diaphyse, os long, os plat, os
d'oiseau, andouiller, merrain, pièce entière, fragment à simple fracture, fragment à double
fracture (médian), fracture longitudinale, fracture par flexion, fracture ancienne, fracture
récente.
2. H. Gamps-Fabrer, L. Bourrelly et N. Nivelle, Lexique des termes descriptifs de l'industrie de l'os,
Colloque sur l'industrie de Vos dans la Préhistoire, Abbaye de Sénanque, avril 1974. Le système de J.-G. Gardin a
été auparavant appliqué à la bilbiographie du Paléolithique supérieur par Mme B. Schmider, chargée de recherche
au G.N.R.S., qui a accompli là un très gros travail, admirablement utile. Nous la remercions très vivement de nous
avoir autorisée à utiliser son fichier avant sa publication. INDUSTRIE OSSEUSE AURIGNAGIENNE 73
Débitage. Modes, support, baguette, lame, éclat, esquille, tige, traces de sciage, traces
de raclage, stigmates divers de débitage, languettes.
Sections, mensurations. Section constante; section variable, section biconvexe régulière,
biconvexe irrégulière, convexe-concave, circulaire, elliptique, piano-convexe, polygonale,
quadrangulaire, subrectangulaire, triangulaire, triangulaire à sommets arrondis, longueur
inférieure à 100 mm, longueur comprise entre 100 et 150 mm, longueur comprise entre
150 et 200 mm, longueur supérieure à 200 mm, largeur inférieure ou égale à 10 mm, largeur
comprise entre 10 et 20 mm, largeur égale ou supérieure à 20 mm, épaisseur inférieure
ou égale à 5 mm, épaisseur comprise entre 5 et 10 mm, épaisseur supérieure à 10 mm.
Aménagement. Pièce manquée (hypothèse), pièces en cours d'aménagement (hypothèse),
pièces réaménagées, fût aux bords convergents (allure triangulaire), fût aux bords parallèles,
extrémité apicale rectiligne, extrémité apicale rectiligne oblique, extrémité apicale arrondie, ogivale, pointue, extrémité apicale mousse, extrémité
apicale déjetée, biseau simple, biseau double (extrémité apicale ou basale), esquille appointie,
coche, épaulement basal, apical ou médian, simple ou double, rainure, perforation, soie
ou pédoncule, polissage.
Utilisation. Traces de compression, d'écrasement, piqueté, stries, émoussé, polissage
d'usure.
Décor. Incisions parallèles entre elles et perpendiculaires au grand axe, incisions
parallèles entre elles et obliques par rapport au grand axe, incisions des bords,
circulaires, stries parallèles entre elles et perpendiculaires au grand axe, stries parallèles
entre elles et obliques par rapport au grand axe, incisions médianes, stries médianes,
croisillons, autres décors élaborés, incisions simples.
Objets. Nous en donnons, ici, la liste par ordre alphabétique, telles que se présentent
nos fiches, mais il va de soi que ces formes s'intègrent dans un cadre systématique (cf.
p. 81). Par ailleurs, elles se combinent avec les fiches de sections et des mensurations,
et c'est par le jeu de ces différentes combinaisons que nous avons pu dégager des variétés
que nous ne signalons pas ici. Nous avons donc distingué essentiellement : alêne, « bandeau »,
bâton percé, ciseau, coin, compresseur sur esquille, compresseur sur meule, « cousoir »,
épingle, hameçon, lissoir étroit et mince, lissoir étroit et épais, lissoir large et mince, lissoir
large et épais, lissoir à base fendue, manche, objets à base fendue, poignard, poignard
à épiphyse basale, poinçon, poinçon d'économie, poinçon à épiphyse basale, poinçon
à poulie articulaire, poinçon à base épaisse aménagée dans la diaphyse, poinçon à base
plane (arrondie, rectiligne, perpendiculaire ou oblique par rapport au grand axe de l'outil),
poinçon à base décorée, poinçon à base en biseau simple, poinçon double, pointe à base
en biseau simple, pointe à base fendue, pointe à base fourchue, pointe à base massive et
méplat médian, à base en biseau simple et méplat médian, pointe conique, pointe
fusiforme, pointe losangique, module A, pointe losangique, module B, pointe losangique,
module G, pointe sublosangique, pointe triangulaire, pointe d'économie, pointe atypique,
pointe double, retouchoir, « sifflet », spatule, pièce double, pièce mixte (lissoir-pointe,
lissoir-spatule, etc.) pièce énigmatique, « tube ».

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