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Vincent Lhomme
Nelly Connet
Christine Chaussé
Francine David
Jean-Luc Guadelli
La gravière des grandes pièces et les sites paléolithiques
inférieurs de Soucy (Yonne)
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1996, tome 93, N. 4. pp. 482-493.
Abstract
ABSTRACT Since 1994, archaeological supervision of a gravel quarry located on the middle terrace of the River Yonne at Soucy
(Yonne), in the north of Burgundy, has permitted the discovery of several prehistoric sites included in middle Pleistocene
sequences. The first geomorphological and palaeontological studies show that occupation took place in a middle
Pleistocene interglacial stage cautiously attributed to the Holsteinian. Among the five sites discovered, the first one (Soucy 1) was
excavated in 1995. Test trenches have been dug at two other sites (Soucy 2 and 4), not threatened at present. The last two sites
(Soucy 3 et 5) will be excavated during 1996.
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Lhomme Vincent, Connet Nelly, Chaussé Christine, David Francine, Guadelli Jean-Luc. La gravière des grandes pièces et les
sites paléolithiques inférieurs de Soucy (Yonne). In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1996, tome 93, N. 4. pp. 482-
493.
doi : 10.3406/bspf.1996.10211
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1996_num_93_4_10211Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1996 / TOME 93, n° 4 482
LA GRAVIÈRE DES GRANDES PIÈCES
ET LES SITES PALÉOLITHIQUES INFÉRIEURS
DE SOUCY (YONNE)
Premiers résultats
Vincent LHOMME, Nelly CONNET, Christine CHAUSSÉ, Francine DAVID et Jean-Luc GUADELLI
RÉSUMÉ
Depuis 1994, la surveillance a
rchéologique d'une exploitation de
granulats en moyenne terrasse de
l'Yonne, sur la commune de Soucy
(Yonne), a permis la découverte de
plusieurs gisements préhistoriques
inclus dans des séquences stratigra-
phiques du Pleistocene moyen.
Les premières études géomorphol
ogiques et paléontologiques situent
les occupations préhistoriques dans
un interglaciaire du Pleistocene
moyen prudemment rapportable à
l'Holsteinien. Sur les cinq sites dé
couverts, seul le premier (Soucy 1) a
pour l'instant fait l'objet d'une fouille
de sauvetage. Deux autres gisements
(Soucy 2 et 4), non menacés, ont fait
l'objet de sondages. Les deux der
niers gisements (Soucy 3 et 5) doi
vent être fouillés dans le courant de
l'année 1996.
Considérant la rareté des sites du
Paléolithique inférieur en Europe, la
présence, sur la gravière de Soucy,
de cinq sites péné-contemporains Fig. 1 - Localisation de la gravière des "Grandes Pièces" à Soucy (Yonne). revêt un caractère exceptionnel.
ABSTRACT In view of the rarity of European terrassement précédant l'exploitation
lower palaeolithic sites, the discovery de la grave par la Compagnie des
Since 1994, archaeological superv of five contemporary sites in the Sablières de la Seine.
ision of a gravel quarry located on Soucy gravel quarry is exceptional. La mise en place d'une conventthe middle terrace of the River Yonne ion de surveillance archéologique at Soucy (Yonne), in the north of Bur associant le Ministère de la Culture, gundy, has permitted the discovery le Département et les exploitants de of several prehistoric sites included granulats de l'Yonne a permis, dès ■ CONTEXTE GÉNÉRAL in middle Pleistocene sequences. les derniers mois de 1994, de prat
The first geomorphological and La gravière des Grandes Pièces à iquer Pièces" sur l'exploitation un suivi des "Grandes travaux
palaeontological studies show that Soucy (Yonne) est située sur la vallée d'extraction des sédiments sus-ja- prehistoric occupation took place in de l'Yonne près du hameau de
cents à la grave. Cette surveillance a middle Pleistocene interglacial Jouancy, à quelques kilomètres au
archéologique a rendu possible la stage cautiously attributed to the nord-est de l'agglomération de Sens,
découverte des deux premiers sites Holsteinian. Among the five sites au sud-est du Bassin de Paris (fig. 1).
(Soucy 1 et 2) sous près de trois discovered, the first one (Soucy 1) La carrière de granulats de Soucy
mètres de sédiments. was excavated in 1995. Test exploite la moyenne terrasse de
trenches have been dug at two l'Yonne, au pied du talus qui limite, Dans le courant de l'année 1995,
other sites (Soucy 2 and 4), not en rive droite, le plateau crétacé de une opération de sauvetage archéo
threatened at present. The last two la vallée. Cinq gisements préhisto logique fut menée sur le site de
sites (Soucy 3 et 5) will be excava riques (Soucy 1 à 5) sont apparus Soucy 1. Parallèlement, le suivi des
ted during 1996. lors de la surveillance des travaux de travaux d'exploitation de la gravière ;
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et des résultats obtenus sur la gra- entraînait la découverte de deux ■ CONTEXTE
vière des "Grandes Pièces" depuis nouveaux sites préhistoriques (Soucy STRATIGRAPHIQUE (Ch. C.)
3 et 4). Enfin, un dernier gisement quinze mois. Un certain nombre
La nappe de Soucy est comprise (Soucy 5) a été identifié au début de d'études et de datations physiques
entre 82 et 77,5 mètres NGF sur la ll'année 1996 (fig. 2). concernant le gisement de Soucy 1
imite nord-est de la gravière. Son toit sont en cours. Les fouilles des sites
domine d'une vingtaine de mètres le Cet article présente un premier de Soucy 3 et 5 devraient débuter
niveau actuel de l'Yonne (62 mètres) bilan très partiel des travaux réalisés dans les prochains mois.
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Fig. 2 - Gravière des "Grandes Pièces" à Soucy (Yonne), localisation des sites préhistoriques. 1 zone exploitée sans sur
veillance archéologique 2 zone exploitée sous surveillance archéologique 3 zone à exploiter. :
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distante de trois mille mètres environ crétacé. Cette nappe, composée de est par une remontée du toit grave
(fig. 3). Référencée Fw sur la carte galets et cailloutis alluviaux et inter leux sur laquelle furent identifiés les
gisements de Soucy 3 et 5. géologique de Sergines, cette nappe stratifiée localement de passées plus
est emboîtée partiellement à l'ouest sableuses, contient à sa base - (2b) : ces sables passent latérde l'exploitation par la nappe Fx. Ce quelques blocs gréseux monolit alement au nord-est de l'emprise à hiques. L'ensemble observe un pen- contact est matérialisé par une rup des limons sableux non calcaires ture de pente discrète. dage généralement sub-horizontal. gris-beige, finement lités (séquence Le sommet de la grave grossière a 2b, non représentée sur le schéma Les premières observations et livré quelques bifaces et éclats plus simplifié). analyses chronostratigraphiques fu ou moins émoussés (fig. 5).
rent menées en collaboration avec - (2c) : un sable jaune plus ou — (2) Cette nappe grossière est P. Antoine. La nappe de Soucy est moins calcaire, limoneux au sommet surmontée par un matériau alluvial constituée de deux unités compos de l'assise (70-300 cm) colmate une fin. Trois sous-séquences sédimen- ites ; de bas en haut (fig. 4) : seconde entaille installée dans la taires se succèdent : grave en limite est de l'emprise d'exL'Unité Inférieure se compose de traction. Ce niveau contient des - (2a) : des sables lités (0-150 cm), dépôts alluviaux : restes fauniques épars et de nomà pendage est, recouvrent en discor
breux mollusques. De structure massdance la grave. Ces sables colmatent — (1) : Les premiers dépôts all
ive, l'ensemble présente une sous- une incision dans la nappe sous-ja- uviaux sont constitués d'une grave
structure laminaire. Un réseau de grossière installée sur le substrat cente. Ils sont limités sur leur bordure
vides (cavités, galeries), certains à
remplissage plus foncé, s'organise
depuis le sommet de l'assise. A ces
traces d'activité biologique sont asOuest Est
sociés des dépôts carbonates, matér
ialisés par des concrétions creuses p et des traînées blanchâtres dispo
sées selon un réseau de fissures et 150 m
par tache. Localement, cet horizon IC4-6g clair est surmonté d'un
jaune-brun beaucoup moins carbon100 m
ate. Ces traits définissent des pro
cessus pédologiques (Sol I) qui mar
quent le terme de l'épisode alluvial 50 m sur le secteur. Le sommet de l'hor
izon carbonate contient les industries 1000 m mises au jour sur Soucy 1 et
Soucy 2.
Fig. 3 - Coupe géologique de la vallée de l'Yonne sur le secteur des "Grandes A la mise en place de la nappe aPièces". C4-6ef Santonien C4-6g Campanien inférieur ReH Formations rés
lluviale graveleuse en contexte péri- iduelles sableuses éocène Rs Formation résiduelle argilo-sableuse à silex Fy nappe
alluviale weichsélienne Fx nappe alluviale saalienne Fw nappe de Soucy. glaciaire, succède l'installation d'un
premier chenal entaillé dans la grave
sous-jacente. La géométrie sommi-
tale du colmatage sableux dessine,
en plan, un réseau de chenaux tres
sés séparés les uns des autres par
des barres sablo-graveleuses. En
bordure est du chenal, la remontée
du toit de la nappe graveleuse sup
porte les gisements de Soucy 3 et 5
où les occupations préhistoriques
apparaissent synchrones au fonc
tionnement du réseau tressé.
Un second épisode de creuse
ment, réalisé jusque dans la nappe
graveleuse, calibre le paléo-cours à
l'est de la grève sur laquelle s'éten
dent les niveaux archéologiques de
Soucy 3 et 5. L'incision a pu réutiliser
un des axes d'écoulement mis en
place lors du tressage. Le nouveau lit Fig. 4 - Soucy "Grandes Pièces". Coupe stratigraphique synthétique de la nappe se comble par une série sablo-limo- de Soucy. 1 Nappe alluviale graveleuse 2a Sables fluviatiles lités 2c Sables limo
neux fluviatiles jaunes Sol Horizon carbonate 3a Sables crayeux ruisselés 3b neuse homogène qui révèle des flux Sables lités (écoulement concentré résiduel) Sol II : Horizon brun decarbonate 3c Sol plutôt lents et réguliers. En bordure III sur cailloutis cryoclastique soliflué 4 Pédocomplexe 5 : Horizon cultural 6 N ouest du lit, les dépôts débordent la iveau d'occupation des gisements de Soucy 3 et 5 7 Niveau d'occupation des gise berge, scellent les niveaux d'occupa- ments de Soucy 1 et 2. :
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sur éclats conservés en position se
condaire.
— (3d) un sable limoneux jaune
(0-40 cm) apparenté au matériau de
la couche 2c et mêlé à quelques ga
lets et éléments cryoclastiques
recouvre le précédent niveau. Il fut
repéré dans une dépression du toit
du banc à cailloutis cryoclastiques.
— (4) : L'ensemble est scellé par
un complexe limoneux brun jau
nâtre dépourvu d'élément grossier
et contenant sporadiquement des
outils et éclats attribuables au Pa
léolithique moyen. De structure
prismatique à polyédrique, ce com
plexe présente parfois un niveau
plus argileux lorsque son profil se
dilate localement (120 cm). Il est
couronné par un limon brun de
structure grumeleuse dont la partie
supérieure correspond à la semelle
de labour.
La base de l'Unité Supérieure est
constituée de niveaux sablo-crayeux
Fig. 5 - Soucy "Grandes Pièces". Biface de la nappe alluviale graveleuse. ruisselés piégés au pied du versant
et alimentés par une première phase
d'érosion du système plateau/talus.
La mise en place de ces produits détion de Soucy 3 et 5 et s'étalent sur de lits grossiers plus sableux et
tritiques annonce une détérioration une plaine alluviale installée sur les orangés ou plus crayeux et clairs,
sables du premier chenal. Au cours déformés par des involutions cryogé climatique ainsi qu'en témoignent les
du comblement, une période niques de taille décimétrique. Plus à traits cryogéniques discrets ren
contrés à la base de la séquence 3a. d'étiage a sans doute permis l'occu l'ouest, ce niveau se rencontre sous
A l'issue de cet épisode, un horizon pation préhistorique de Soucy 4. Les la forme de lambeaux plus ou moins
bien conservés et continus. brun (Sol II) formé aux dépens des gisements de Soucy 1 et 2 sont
sables crayeux rend compte d'un rcompris dans le terme du colmatage, - (3b) cette formation est su échauffement au cours duquel les sur la berge en limite de la plaine al rmontée par un sable limoneux brun- processus d'érosion sont suspendluviale. La mise en place du Sol au rouille decarbonate. A l'ouest de us. La reprise des processus de désommet de la séquence signe l'emprise, cet horizon (Sol II) im mantèlement du versant se manil'abandon progressif des processus prègne le sommet des sables limo feste par le fluage du cailloutis fluviatiles sur le secteur au profit neux jaune (2c). Il est associé à des cryoclastique repris dans un second d'une phase d'atterrissement. La sables brun-roux à structures lent temps par des processus de cryoturbaisse de l'activité hydrodynamique iculaires (3b) qui colmatent une petite bation, expressions d'une péjoration enregistrée dans le remblaiement du entaille installée dans les formations second chenal associé en fin de co climatique. L'empâtement de la sous-jacentes. Ils évoquent un écou plaine alluviale par les produits détrlmatage à l'élaboration d'un sol préci lement concentré résiduel. itiques qui transitent depuis le versent l'avènement de conditions cl
- (3c) l'édifice est nappé par un sant, façonne une surface qui évolue imatiques tempérées.
vers un glacis momentanément stabanc de cailloutis serré constitué de
L'Unité Supérieure est constituée silex gélifractés et lités (30-60 cm). bilisé par l'élaboration du Sol III. Gé
de formations de versant : Localement emballé dans un sable néré par le retour de conditions c
crayeux, ce banc, au pendage ouest limatiques clémentes, le front de — (3) : Deux générations de fo général, est compris dans une mat décarbonatation se développe aux rmation de versant furent distinguées, rice argileuse brun-rougeâtre. Le dépens du niveau cryoclastique et séparées l'une de l'autre par un dispositif est déformé par des f participe sans doute à l'approfondisable limoneux brun ssement du profil d'altération du igures de cryoturbation, fentes en
- (3a) : à l'est de l'emprise, un coin, involutions et amorces de sols Sol II. L'empâtement reprend par le
sable à granules crayeuses (0-50 cm) polygonaux qui remanient égale ruissellement de limons sableux qui
recouvre les dernières formations a ment les volumes sédimentaires recouvrent l'ensemble de l'édifice.
lluviales qu'il ravine peu ou prou. Son sous-jacents (Sol II, couches 3a et Les caractères structuraux des prof
développement vertical peut at ils limoneux de couverture, leur bru- 2c). L'ensemble est repris par des
teindre trois mètres au nord-est de processus de décarbonatation qui nification et la reconnaissance d'un
l'emprise, au débouché de l'actuel progressent, notamment le long des horizon d'illuviation d'argiles, dénot
vallon sec dit de "Marnay". Ici, sa fentes de gel (Sol III). Cette format ent des processus pédogénétiques
base est structurée par l'alternance ion a livré quelques bifaces et outils qui seront à définir plus en détail. :
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Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1996 / TOME 93, n° 4 486
■ HYPOTHESE soit 394 m2. Ce niveau archéolog La liste des diverses espèces
ique, peu dense et d'une amplitude présentes fait ressortir une certaine CHRONOSTRATIGRAPHIQUE
d'une vingtaine de centimètres, a variété : cerf, chevreuil, ours et rhino
livré 1 790 éléments lithiques taillés, céros de Merck sont plutôt des anLa synthèse des données strati-
plus de 500 restes fauniques et imaux de forêts relativement tempégraphiques permet de jeter les bases 293 galets alluviaux. rées alors que le cheval évoque un d'une hypothèse chronologique qui milieu assez ouvert. L'ensemble des reste à éprouver, la séquence de espèces présentes sur Soucy 1 Soucy constituant le premier référen- • La faune (F. D.) évoque un paysage mixte de forêts tiel stratigraphique observé sur une claires et de buissons mêlés de nappe moyenne de la vallée de Les espèces représentées sont, quelques étendues herbeuses. La l'Yonne. Le manque de données, par ordre d'importance, un Bovine liste des espèces et le paysage sugtant géométriques que chronolog (59,5 % des restes déterminés) dont géré s'accordent avec l'attribution iques, sur l'ensemble du dispositif les deux tiers appartiennent à l'a chronologique du gisement propodes nappes étagées le long de l'axe urochs (Bos primigenius), un grand sée à partir des données géolofluvial justifie une proposition pru Cervidé (21,9 %), dont également giques, à savoir l'interglaciaire Holdente en attendant l'élargissement près des deux tiers ont pu être attr steinien. des travaux au système des ter ibués à Cervus elaphus, un rhinocé
rasses de la vallée de l'Yonne. Cette ros de grande taille (Dicerorhinus
proposition repose sur l'agencement • L'industrie LiTHiQUE Mercki, 9,3 %), des éléphantidés reconnu des nappes alluviales sur le (2,7 %), un Équidé {Equus caballus, Le matériel lithique mis au jour sur secteur immédiat des Grandes 3,2 %), un petit Cervidé, le chevreuil le site de Soucy 1 est dans un très Pièces : la base de l'Unité Supérieur {Capreolus capreolus, 1,6 %), un bon état de conservation, les arêtes e (3) pourrait se raccorder à la mise castor (Castor fiber ?), 1,1 %, et un sont vives et la plupart des pièces ne en place de la nappe Fx située en ours (Ursus sp., 0,5 %). présentent pas de patine. Tous les contrebas de la de Soucy et
produits issus des différentes étapes rapportée au Saalien (B.R.G.M., L'aurochs (Bos primigenius) est
de la chaîne opératoire sont repré1971 ; Hure, 1927 ; Michel, 1972) ; représenté par des os de la car
sentés des blocs testés et abanen effet, l'élaboration d'un glacis mo casse, dont deux portions sont en
donnés à la transformation des prodelé par les premières formations de connexion anatomique, et par des
duits en outils (fig. 6). Sur l'ensemble versant (3) témoigne, outre de la dé extrémités de patte qui parfois sont
des restes lithiques, il a été possible gradation des conditions climatiques en connexion lâche. Les restes de
d'effectuer 78 remontages et racglobales, de l'arrêt des processus Cervidé (Cervus elaphus) correspon
cords, concernant 260 pièces, soit d'alluvionnement sur le secteur, dent à des fragments de bois, des
1 4,52 % de la totalité des restes. conséquence probable de l'encai dents, des os longs et des portions
ssement du cours majeur vers l'ouest. de pattes en connexion. Le rhinocé L'industrie lithique comprend Selon cette considération, l'incision ros (Dicerorhinus Mercki) se rapporte 59 outils avérés (3,29 %) dont 16 outdu second chenal, son comblement à un individu jeune et de grande ils sur masses (14 bifaces et 2 ga(2c) - qui contient les sites pré taille il est représenté par des dents lets aménagés) et 43 outils sur prohistoriques - et l'élaboration du Sol I, inférieures, des vertèbres, une omop duits de débitage ou de façonnage révélateurs d'une phase de réchauf late et un bassin. Les proboscidiens (17 racloirs, 6 encoches, 1 denticulé fement, se raccorderaient à l'inter- sont attestés par trois défenses, des et 1 9 éclats retouchés ou visiblement glaciaire Holsteinien (étage 9 des fragments de mandibule et de maxill utilisés). courbes isotopiques - 350-300 Ka). aire. Le cheval (Equus caballus) n'est
présent que par un fragment de dent Les bifaces il s'agit avant tout de Cette prudente attribution des oc et des fragments d'os des membres. petits dont la pointe est décupations préhistoriques de Soucy à Quelques restes, et notamment des gagée par des enlèvements plats, l'interglaciaire Holsteinien, si elle dents, appartiennent au chevreuil envahissants à couvrants. Le façonn'est pas en contradiction avec les (Capreolus capreolus) et au castor nage de ces bifaces semble procépremières données archéologiques (Castor fiber ?). Enfin, l'ours (Ursus der d'une seule et même intention : et paléontologiques, devra être sp.) n'est représenté que par le crâne obtenir des outils présentant une confrontée avec les données de réfé d'un vieil individu de taille moyenne. pointe convexe et mince opposée à rence issues des études réalisées sur une base épaisse et souvent réserles systèmes reconnus, notamment Le mauvais état de conservation vée. Du point de vue typologique, sur les vallées de la Seine (Lécolle, du matériel prive malheureusement ces bifaces peuvent être rapprochés 1981) et de la Somme (Antoine, de la possibilité d'y déceler toute du type micoquien (fig. 7). 1990). trace d'action humaine. On ne peut
donc rester pour l'instant que dans le Le groupe des racloirs est com
domaine des hypothèses. Malgré les posé de 10 racloirs simples, 6 ra
■ PRESENTATION connexions, les restes de carcasses cloirs doubles et 1 racloir convergent
sont assez dispersés et l'absence de DES GISEMENTS déjeté (fig. 8).
certains os longs peut être interpré
tée de différentes manières trans L'étude du matériel lithique de • Soucy 1 port ailleurs ou défaut de déterminat Soucy 1 met en évidence l'existence
Le niveau archéologique de ion en raison de l'émiettement. Dans de trois chaînes opératoires distinctes
Soucy 1, situé au sommet des dé les deux cas l'action de l'homme à partir de galets alluviaux de silex :
deux chaînes "courtes" comme celle des prédateurs doit être pôts de limons fluviatiles fins, a été
fouillé sur toute sa partie conservée, envisagée. de façonnage d'outils (bifaces, galets Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1 996 / TOME 93, n° 4 487
• Les galets alluviaux Effectif
Les 394 mètres carrés du site de Blocs testés 4 Soucy 1 ont livré 293 galets alluviaux 1 471 Eclats inclus dans le niveau archéologique. Outils sur éclats 43
La présence de ces galets, dans un sur masse 16
limon fluviatile déposé en période 137 Eclats de retouche et de façonnage
Nucleus 26 tempérée, ne s'explique pas d'un
Cassons 93 point de vue strictement géologique.
Les remontages réalisés montrent TOTAL 1 790 que les galets de silex exploités par
Fig. 6 - Soucy 1. Composition du matériel lithique. les préhistoriques s'intègrent assez
bien dans la population des galets
de silex bruts présents sur le site et
aménagés) et une chaîne opératoire A ce stade, deux principaux si l'on se réfère au module moyen
de production de supports utilisables schémas opératoires de débitage des galets de la partie sommitale de peuvent intervenir : un schéma réou façonnés en outils (racloirs, en la grave, il apparaît que les galets excoches, éclats retouchés). current unidirectionnel et un schéma ploités et les galets bruts du site ont pluridirectionnel organisé qui associe fait l'objet d'une sélection. La chaîne opératoire de bifaces successivement plusieurs phases rdébute par une sélection des galets écurrentes unidirectionnelles (fig. 9). Plus de la moitié des galets bruts de silex présentant une morphologie L'étude technologique et les remon du site, soit 148 sur 293, ont été mis spécifique (blocs plutôt plats, régul tages réalisés montrent que les pré au jour dans un secteur de 12 m2, à iers et allongés). Les galets aména historiques ont généralement conçu proximité d'une défense de 2,5 m de gés sont sommairement façonnés leurs nucleus selon deux surfaces long (fig. 10). Dans ce secteur (1), la par quelques enlèvements sur de pet sécantes, traitées successivement concentration sur moins de 3 m2 de its blocs gélifs. et/ou alternativement en plusieurs 97 % des galets de granite, grès et
phases récurrentes unidirectionnLa chaîne opératoire de product quartz du site (très rares dans la
elles. Les méthodes de débitage ion de supports débute par une sé grave) s'explique difficilement sans
mises en évidence sur Soucy 1 nous lection de galets de silex (bloc testés intervention anthropique.
semblent s'éloigner du concept Le- abandonnés sur le site). La mise en
vallois principalement par l'absence forme des blocs, assez partielle, uni-
d'aménagement spécifique des faciale, est souvent limitée à la pré (1) 9 m2 de ce secteur ont fait l'objet d'un convexités latérales et distales des paration d'un plan de frappe et à moulage réalisé par les ateliers du Musée de
nucleus. Sens. l'enlèvement de 2 à 5 éclats.
Fig. 7 - Soucy 1. Bifaces. Fig. 8 - Soucy 1. Racloirs. Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1996 / TOME 93, n° 4 488
k \
D E
Fig. 9 - Soucy 1. Remontage R9. 1
:
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1
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de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1 996 / TOME 93, n° 4 489 Bulletin
• Les elements chauffés
Plusieurs éléments chauffés ont
été mis au jour 8 galets ou fra
gments de galets, 4 petits éclats de
silex taillés et 2 fragments osseux. Il
ne s'agit pas à proprement parler de
témoins de combustion et aucune
concentration d'éléments chauffés
pouvant évoquer une trace de foyer
n'a été découverte. Aucune datation
du site par thermoluminescence ne
peut être tentée (communication
orale, N. Mercier).
• La répartition spatiale des vestiges
Bien que l'analyse spatiale n'en
soit qu'à ses débuts, nous pouvons
déjà présenter quelques directions
de recherche. La répartition spatiale
des vestiges lithiques met en év
Fig. 10 - Soucy 1. Concentration de galets alluviaux et défense. idence 5 concentrations à l'intérieur
desquelles la plupart des remont
ages et raccords ont pu être réalisés
(fig. 11 et 12). Des liaisons appa
rentes entre 4 de ces 5 concentrat N 1 ions suggèrent des déplacements et 1 U une certaine contemporanéité des
activités de taille du silex sur le site.
En dehors de trois concentrations
Blil qui correspondent à deux portions
de carcasse d'aurochs et aux restes
d'un jeune cerf (fig. 13), les
fauniques sont assez dispersés bien
qu'ils occupent des secteurs dis п г S tincts suivant les espèces. Si l'on
compare les distributions spatiales |Ин?д«я - des restes lithiques et fauniques il
apparaît que les concentrations de N I ^: silex taillé et de restes ne
se superposent pas.
La répartition spatiale des outils ne Ш ni met pas en évidence de relation étroite о -J entre ces derniers et les concentrat 1 à 4 ions majeures de produits de débi- я «ш 5 à 8 tage. Nous pouvons seulement remar
9 à 12 quer la présence de plusieurs outils à
13 à 16 proximité de certaines concentrations
de restes fauniques. Par exemple, une 17 à 20
portion antérieure de carcasse d'au 21 à 24
rochs (fig. 14) est entourée de plus de ■ 25 et + ■z =■ ■ 5 m 10 outils avérés sur un rayon de n
3 mètres, il en est de même pour les
restes d'un jeune cerf dans la partie
centrale de la zone fouillée. Fig. 11 - Soucy 1. Répartition spatiale des restes lithiques en nombre d'objets au
mètre carré.
• Le fonctionnement du site
latives à la nature et à la disposition gique met en évidence un approSoucy 1 correspond à une occu
spatiale des vestiges lithiques et fau visionnement en matériaux locaux pation par les préhistoriques de la
niques permettent de formuler plu (galets alluviaux variés). La berge d'un chenal de l'Yonne lors
sieurs remarques. concentration vraisemblablement d'une période climatique tempérée
volontaire d'une grande part des du Pleistocene moyen prudemment
rapportable à l'interglaciaire Holstei- L'étude du matériel lithique et blocs bruts, et notamment des ga
lets en matériaux "rares" (granites, nien. Les premières observations re- des galets du niveau Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1996 / TOME 93, n° 4 490
grès, quartz), semble attester un
comportement préhistorique parti
culier (stockage ?).
La nature des restes fauniques
mis au jour à Soucy 1 pose un cer
tain nombre de problèmes d'inter
prétation du fonctionnement du site :
si les animaux ne sont pas morts sur
place on peut s'interroger sur la pré
sence d'un certain nombre de por
tions de carcasses et d'extrémités
de pattes en connexion. Si un trans
port de cadavres d'animaux chassés
ou charognes est tout à fait envisa
geable en ce qui concerne les cervi
dés, il devient nettement plus difficile
à imaginer en ce qui concerne l'a
urochs et le rhinocéros de Merck.
Si l'on procède à une estimation
de la durée, en continu, nécessaire à
la production et à la transformation
de l'ensemble du matériel lithique r
écolté, celle-ci ne dépasse pas
quelques heures. Cette observation
engage deux hypothèses :
— le site de Soucy 1 correspond
à une brève installation (de quelques
jours peut-être) des préhistoriques ;
— ou il correspond à plusieurs
Fig. 12 - Soucy 1. Distribution horizontale des remontages et raccords des pro fréquentations relativement rappro
duits lithiques. chées dans le temps.
Ces deux visions du site peuvent
être confrontées aux premières don
nées disponibles sur la faune. Même
si, en l'état actuel de l'étude, on ne
peut attribuer à l'homme la totalité (le
contexte alluvial étant propice au
dépôt naturel de restes d'animaux),
on peut présumer qu'il est intervenu
dans la présence de la plupart des
restes fauniques sur le site. Une
seule installation de courte durée
sous-entendrait une chasse et/ou un
charognage massif, susceptible de
fournir une énorme quantité de
viande. Par contre, plusieurs fr
équentations pourraient signifier une
prédation ou un charognage organ
isé, sur un site en bordure de fleuve
où les animaux se trouvaient dans un
milieu favorable.
• Soucy 2
Le site de Soucy 2 est apparu
lors des travaux de prélèvements et
de relevés géologiques sur l'une
des coupes de l'exploitation de gra-
nulats. Sondé sur près de 2,5 m2, le
niveau archéologique, d'une ampli
tude d'une quinzaine de centi
mètres, a livré un abondant matériel Fig. 13 - Soucy 1. Répartition spatiale des restes fauniques en nombre de restes au
lithique (156 pièces) et de nom- mètre carré.