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La plaquette gravée du Périgordien supérieur de l'abri Laraux, commune de Lussac-les-Châteaux (Vienne). Nouvelle lecture et comparaisons - article ; n°8 ; vol.80, pg 235-246

De
13 pages
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1983 - Volume 80 - Numéro 8 - Pages 235-246
Résumé : Un déchiffrement minutieux de la plaquette gravée découverte à Laraux a permis d'adjoindre au cheval déjà connu un mammouth et un cervidé. Ces gravures, bien datées du Périgordien Vc à burins de Noailles et du Raysse sont caractéristiques des figurations de cette époque, et nous les comparons à quelques documents d'art mobilier et pariétal correspondant au style II défini par A. Leroi-Gourhan.
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Jean Airvaux
André Chollet
Louis Pradel
Alain Roussot
La plaquette gravée du Périgordien supérieur de l'abri Laraux,
commune de Lussac-les-Châteaux (Vienne). Nouvelle lecture et
comparaisons
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1983, tome 80, N. 8. pp. 235-246.
Résumé : Un déchiffrement minutieux de la plaquette gravée découverte à Laraux a permis d'adjoindre au cheval déjà connu un
mammouth et un cervidé. Ces gravures, bien datées du Périgordien Vc à burins de Noailles et du Raysse sont caractéristiques
des figurations de cette époque, et nous les comparons à quelques documents d'art mobilier et pariétal correspondant au style II
défini par A. Leroi-Gourhan.
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Airvaux Jean, Chollet André, Pradel Louis, Roussot Alain. La plaquette gravée du Périgordien supérieur de l'abri Laraux,
commune de Lussac-les-Châteaux (Vienne). Nouvelle lecture et comparaisons. In: Bulletin de la Société préhistorique
française. 1983, tome 80, N. 8. pp. 235-246.
doi : 10.3406/bspf.1983.5450
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1983_num_80_8_5450Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1983 /TOME 80/8
La plaquette gravée du Périgordien supérieur
de 1 a bri Laraux,
commune de Lussac-les-Cnâteaux (Vienne)
Nouvelle lecture et comparaisons
par Jean Airvaux, André Chollet, Louis Prádel et Alain Roussot
Résumé : Un déchiffrement minutieux de la plaquette gravée découverte à Laraux a permis d'adjoindre au cheval
déjà connu un mammouth et un cervidé. Ces gravures, bien datées du Périgordien Vc à burins de Noailles et du Raysse
sont caractéristiques des figurations de cette époque, et nous les comparons à quelques documents d'art mobilier et
pariétal correspondant au style II défini par Л. Leroi-Gourhan.
Découvert en 1937 par R. Soueix et fouillé par l'un mandibulaire d'une double série de petits traits
de nous (L.P.) de 1947 à 1949, l'abri sous roche de parallèles se croisant. Le dessin se poursuit par le cou
et le poitrail sur lequel s'implantent les deux pattes Laraux a livré une intéressante séquence du Périgor
antérieures nettement séparées l'une de l'autre, avec dien supérieur [24 et 26J. C'est dans un niveau à
burins de Noailles et du Raysse daté de 21950 B.P. ± une convexité à l'inter-ars. Les pattes s'arrêtent à la
350 (Ly. 2001) [25], que fut trouvée une plaquette moitié de l'avant-bras au bord du galet. Une ligne
horizontale pourrait correspondre au départ de la gravée dont un premier relevé a été donné dans la
publication de 1950 [26]. A l'occasion de la création poitrine. La crinière correspond selon nous à la série
du musée de Lussac-les-Châteaux, cette œuvre a fait de traits fins et parallèles formant une courbe en
arrière de l'encolure, courbe recoupée par d'autres l'objet d'une nouvelle lecture à partir d'un moulage
aux élastomères après l'enlèvement de la plus grande traits plus longs dessinant la ligne supérieure du cou.
partie des concrétions qui recouvraient l'une des A sa base part un double trait qui peut être le garrot
faces. Un mammouth et un cervidé se sont adjoints et le départ du dos.
au cheval déjà connu. Si l'on tourne le galet d'un quart de tour, on
distingue dans le poitrail du cheval un avant-train de Il s'agit d'un galet calcaire, entier, de forme à peu
mammouth très légèrement incisé (fig. 2, n° 1). On lit près semi-circulaire de 105 mm de longueur sur 78
mm de largeur et 15 mm en moyenne d'épaisseur. Ses bien la tête, prolongée par deux traits recourbés qui
bords sont arrondis et ses deux faces présentent des semblent plus correspondre à la trompe qu'aux
défenses. Les pattes antérieures sont représentées, bosselures adoucies. Une face porte un avant-train
de cheval et un mammouth, l'autre un quadrupède sans indication des extrémités, et un trait peut figurer
marchant vers la gauche. L'ensemble est très fin le ventre. Un autre trait, au-dessus du précédent,
pourrait appartenir au dos de l'animal mais lui donne ement incisé dans la roche, elle-même de très fine
alors un corps proportionnellement bien peu texture.
« épais ». Sur cette face du galet, d'autres traits Du cheval, on lit bien la tête, dont nous donnons gravés sont difficiles à attribuer à l'un ou à l'autre des un déchiffrement plus détaillé qu'en 1950 (fig. 1 et 3).
animaux reconnus. La ligne fronto-nasale est à peu près rectiligne, avec
Sur l'autre face de l'objet a été dessiné un petit un œil ovale touchant cette ligne. La narine est
indiquée et la bouche souplement dessinée d'un trait quadrupède qui semble trottiner vers la gauche
(fig. 2, n" 2). Se lisent bien les quatre pattes décalées, composé. Une remarquable pilosité garnit l'arc 236
Illustration non autorisée à la diffusion
cm
Fig. 1 - Abri Laraux. 1, face A : cheval et mammouth gravés ; 2, détail de la tête du cheval (dessins J. Airvaux).
donnant une impression de mouvement. Pour trois Par contre, la tête est beaucoup plus sommaire, avec
d'entre elles, l'extrémité est détaillée avec indication cependant deux traits pouvant évoquer le départ
du sabot et du fanon (fig. 2, n"s 3 et 4, fig. 4). Le sabot d'une ramure de cervidé. Des concrétions sur cette
de la patte antérieure gauche est nettement bisulque. partie du galet oblitèrent la gravure et nous n'avons 237
Illustration non autorisée à la diffusion
1
Jem
5
с m
Fig. 2 - Abri Laraux. 1, face A : déchiffrement du mammouth gravé ; 2, face В : quadrupède gravé ; 3, détail de la patte antérieure gauche du
quadrupède ; 4, détail de la patte postérieure droite (dessins J. Airvaux). 238
dien supérieur, alias Gravettien de certains auteurs.
Malheureusement, tous les documents cités n'ont pas
la même valeur scientifique et beaucoup proviennent
de fouilles effectuées sans grande précision stratigr
aphique, ou tout au moins publiées avec une insuffi
sante rigueur. D'autres documents ont été attribués à
tort au Périgordien supérieur : les galets de la Illustration non autorisée à la diffusion Colombière, souvent cités comme modèles de l'art
périgordien, en sont le plus flagrant exemple, alors
que A. Leroi-Gourhan [16J a nettement démontré
que cet intéressant ensemble doit être attribué au
Magdalénien, ce que confirment les analyses ob
jectives du matériel lithique et osseux ainsi que les
datations par le radiocarbone [1 et 23]. Il en est de
même pour d'autres gravures : arrière-train de bison
d'Hornos de la Pena, vipères de Lespugue, plaquette
Fig. 3 - Abri Laraux. Tête de cheval de la l'ace Л. Photographie du moulage avec pattes probables de rhinocéros du Saut-du-
(cliché J. Airvaux). Perron, etc. [16]. En réalité, il faudrait très sérieus
ement réviser la datation de tous ces documents,
pu entièrement les enlever. A l'extrémité de la souvent repris d'une publication à l'autre sans esprit
croupe quadrangulaire part une petite queue courte critique. Ainsi, la liste publiée en 1951 par H. Breuil
et dressée. [6], redonnée en 1955 par D. de Sonneville-Bordes
[29] doit être largement élaguée, de même que
plusieurs des documents choisis par P. Graziosi [15]
et par Ch. Zervos [32] pour illustrer l'art du
Le galet de Laraux est ďun intérêt certain pour la Périgordien supérieur doivent être écartés. Éga
connaissance des premières manifestations graphi lement, plusieurs inventaires publiés depuis quelques
ques réalistes du Paléolithique supérieur. Dans la années par espèces animales (félins, ours, bou
série des œuvres attribuées à cette époque, il a le quetins, rhinocéros, etc.) encombrent artificiellmérite d'être daté avec certitude ; sa position ement le Périgordien, voire l'Aurignacien, de figura
stratigraphique. dans une couche du Périgordien à tions mobilières et pariétales qui n'ont rien à y faire.
burins de Noailles et du Raysse (V c), est bien
précise, ce qui n'est pas le cas de tous les documents Car la situation est la même pour l'art pariétal. On
recensés pour cette période. sait que H. Breuil a été malencontreusement entraîné
à dater du premier cycle aurignaco-périgordien
Certes, l'art animalier du Périgordien supérieur nombre d'œuvres qui en fait ne peuvent être n'est pas une découverte récente. Depuis plus d'un antérieures au Solutréen, et surtout au Magdalénien. siècle ont été exhumées des gravures et des scul Lascaux en est l'exemple le plus flagrant. Ce fut le ptures provenant de niveaux de l'Aurignacien supér mérite d'A. Leroi-Gourhan d'avoir aussi remis un ieur, selon l'ancienne terminologie, ou du Périgor- peu d'ordre dans la chronologie de l'art pariétal.
L'art du Périgordien supérieur en acquiert plus de
cohérence et d'unité.
Aussi, la liste comparative que nous proposons ici
est-elle limitée car nous l'avons réduite aux exemples
qui peuvent être attribués au Périgordien supérieur
avec certitude, ou tout au moins avec de grandes
probabilités, et nous l'avons généralement limitée
Illustration non autorisée à la diffusion aux comparaisons utiles avec le galet de Laraux.
C'est ainsi que nous ne pouvons utiliser les docu
ments de Laussel, exhumés avec trop d'imprécisions
stratigraphiques, de même que ceux de plusieurs
autres sites français ou belges. Quant aux figurations
des grottes et abris de l'Ardèche et du Gard, elles
sont souvent d'un style archaïque qui évoque le
Périgordien supérieur, mais nous ignorons si leur
style n'est pas, indépendamment de leur époque au
reste imprécise, le fait d'un « provincialisme » médiFig. 4 - Abri Laraux. Détail de la patte antérieure gauche du quadrupède de
la face B. Photographie du moulage (cliché J. Airvaux). terranéen. 239
ART MOBILIER Abri Labattut, Dordogne
Cet abri, fouillé par L. Didon, appartient pour
l'essentiel au Périgordien supérieur à burins de
Noailles et du Raysse en deux niveaux séparés par
une couche stérile de blocs d'effondrement. Des
Cro Magnon, Dordogne vestiges peu abondants de Solutréen ont été égale
ment signalés. Les œuvres gravées, sculptées ou
peintes, toutes datées du Périgordien supérieur, ont Peut-être faut-il, mais avec beaucoup de prudence,
été des documents de référence pour l'étude de l'art évoquer ici le bison gravé sur os de la collection H. -F.
paléolithique, et l'on se souvient que H. Breuil a fait Moll, de Neuchâtel. Cette œuvre a été recueillie,
du cervidé peint en noir la « pierre angulaire » de son avec la figuration humaine qui est au Musée du
système de datation des figurations pariétales du Périgord. en 1897 par F. Berthoumeyrou, dans la
premier cycle aurignaco-périgordien, avec un rappropartie la plus à gauche du site, et l'abbé Breuil signale
chement erroné entre Lascaux et l'abri Labattut. que les silex trouvés avec ces deux œuvres étaient
« de style ďun Gravettien bien défini » [9]. Le bison Un bloc, long de 68 cm, porte un cheval en gravure
gravé est tourné à droite. Le tracé de la tête est large et profonde. Il aurait été trouvé entre les deux
sommaire, avec un œil ovale. Les pattes postérieures niveaux périgordiens. Cette œuvre était coloriée en
sont en perspective normale [22 et 27]. rouge et en noir. La tête, d'une grandeur exagérée
par rapport au corps, présente le même tracé que
pour les chevaux de Pair Non Pair. Le cervidé peint
au trait noir sur un autre bloc possède une ramure en
perspective fortement « tordue ». Sur un cou très Isturitz, Pyrénées- Atlantiques allongé, une oreille longue et pointue est rabattue,
effectivement comme c'est le cas pour beaucoup de
L'important habitat de la grotte d'Isturitz a été cervidés de Lascaux, mais le tracé d'ensemble de
fouillé notamment par E. Passemard puis R. de l'animal diffère nettement de celui des cerfs gravés et
Saint-Périer [17 et 28]. Deux couches principales peints de Lascaux. Le troisième bloc, en deux
correspondent au Périgordien supérieur : Tune est un morceaux, porterait, d'après A. Glory [14] un grand
Périgordien à burins de Noailles accompagnés de mammouth au trait noir, également gravé, sur fond
pointes de la Gravette, l'autre, qui est superposée à ocré, suivi des vestiges d'un animal peu lisible, puis
la précédente, contient encore quelques Gravettes et d'autres de couleur noire qui suggèrent un bison
quelques Noailles. Les deux couches ont livré mâle. L'état de ces figurations ne permet guère de
plusieurs gravures animalières sur pierre et sur os. comparaisons avec notre gravure de Laraux.
Ces figurations, souvent finement incisées, ne sont Ce n'est pas le cas des galets calcaires gravés pas toutes faciles à attribuer à une espèce animale découverts par L. Didon dans les couches périgor- précise car elles sont fréquemment partielles ou trop
diennes n' 3). Sur et publiés le premier, en 1929 une par face H. Breuil porte [5] un (fig. cheval 5, sommairement dessinées.
Dans le lot de la couche inférieure, signalons un représenté entier, avec deux pattes par paire. On
avant-train de bovidé [28, fig. 82, 1], un cheval observe une nette réduction des proportions de
possible mais non certain [fig. 82, 4], un arrière-train l'arrière-train par rapport à l'avant-train. Le tracé de
d'animal au ventre lourd, à deux pattes postérieures la tête et ses proportions sont très comparables à la
décalées pourvues de sabots bisulques (fig. 5, n" 2), tête du cheval de Laraux. On retrouve, sur les deux
un avant-train de renne probable [fig. 85], un figures, le même aplatissement de la ligne antérieure,
protomé de cheval avec l'œil et la narine indiqués, le l'allongement très souple du mufle, avec narine et
reste étant très sommairement dessiné [fig. 86, 2]. bouche indiquées, la forme semblable, ovale, de
Quant au célèbre cheval gravé sur os [fig. 87], l'œil. Les deux gravures sont exécutées en traits fins
souvent reproduit, cité par A. Leroi-Gourhan souvent composés ou en suites de petites hachures
comme possédant « tous les caractères du style II » parallèles. L'autre face du galet présente deux
[16, fig. 257], nous avouons qu'ils nous surprend un gravures croisées, un cheval et l'arrière-train d'un
peu à cette époque ; vigoureusement incisé, d'un autre animal, bison probable selon H. Breuil, cheval
dessin très dépouillé mais très explicite, ce cheval selon nous. La tête de la première figure s'apparente
nous fait plutôt penser à certaines figurations du à celle de la première face, avec une crinière moins
Magdalénien supérieur, voire final. Nous ne le fournie. Il faut noter que sur ce galet de l'abri
considérons pas en tout cas comme typiquement Labattut, les pattes sont complètes, sabots compris,
périgordien. Les gravures de la couche supérieure, et pour le cheval de la première face, ont été
correspondant à un Périgordien évolué, sont très distinguées la patte droite et la patte gauche, avec un
partielles, inachevées ou peu réalistes. très juste dessin du poitrail. 240
Illustration non autorisée à la diffusion
Fig. 5 H. - Art Breuil) mobilier ; 4 et du 5, Périgordien Le Parpallo supérieur. (d'après L. 1, Laugerie-Haute Pericot Garcia) (d'après ; 6 et 7, D. Les Peyrony) Vachons ; (d'après 2, Isturitz J. (d'après Bouyssonie). R. de Saint-Périer) ; 3, abri Labattut (d'après
Sur un second galet, fragmenté, figure une tête de Laugerie-Haute, Dordogne
mammouth dont le dessin n'est pas sans rappeler celui
de l'abri Laraux, au tracé sommaire mais nettement
explicite. Le mammouth est défini par quelques détails Dans ce grand gisement, plusieurs couches archéo
précis mais dans les deux cas ne donne pas une vision logiques ont été attribuées par D. Peyrony au
globalement réaliste de l'animal. Au verso du galet est Périgordien III, mais D. de Sonneville-Bordes a
une tête médiocre que H. Breuil pense être celle d'un démontré qu'elles correspondent en fait à un Périgor
bovin. Dans l'ensemble, les gravures de l'abri Labattut dien VI. Quoique postérieures au stade du
constituent d'excellents exemples de l'art périgordien, de l'abri Laraux (V c), les gravures de
et leur datation ne semble pas devoir être mise en Laugerie-Haute s'intègrent bien dans la série des
doute. gravures du Périgordien supérieur [20]. Signalons 241
particulièrement un galet calcaire plat gravé sur une Termo Pialat, Dordogne
face d'une tête de cheval mêlée à d'autres traits, et
sur l'autre face les silhouettes superposées de deux Ce gisement a été exploré dans la plus grande
mammouths (fig. 5, n° 1). La tête de cheval, à œil confusion par A. Delugin et R. Tacel et semble avoir
ovale, est allongée, avec une ligne fronto-nasale livré, outre des éléments moustériens et aurigna-
rectiligne, narine indiquée, bouche dessinée. Les ciens, du Périgordien supérieur avec pointes de la
mammouths ne sont qu'esquissés, d'un dessin très Gravette et burins de Noailles. Il paraît logique
sommaire, avec des traits arqués répétés correspon d'attribuer à cette dernière époque, outre la pla
dant aux défenses. quette à figurations humaines [13], une autre plaque
portant le dessin d'un cheval dont la tête est absente, Dans sa liste de 1951 [6], H. Breuil cite le bâton
au niveau d'une cassure ancienne [30]. Bien que aux deux mammouths affrontés provenant de la
sommaire, cette figuration s'apparente bien à couche F, appelée protomagdalénienne par
d'autres chevaux du Périgordien supérieur. D. Peyrony, qualifiée maintenant de Périgordien
Vil. Ce serait donc l'une des œuvres ultimes de cet
art périgordien.
Les Vachons, Charente
Dans l'abri 1, J. Coiffard avait trouvé une gravure Les Morts, Corrèze
sur fragment de plaquette de grès rougeâtre prove
nant du niveau 3 caractérisé par des pointes de la Cette petite grotte, fouillée en 1923 par A. et J. Font-Robert qu'accompagnaient quelques burins de Bouyssonie, L. Bardon et H. Delsol, a été occupée à Noailles et du Raysse [4]. Il s'agit de deux têtes de l'Aurignacien et au Périgordien supérieur [3]. Dans chevaux, moins bien venues que celles de l'abri « l'argile de la grotte » H. Breuil a recueilli un Labattut et de l'abri Laraux, mais aussi allongées, fragment d'os portant une bonne tête de bouquetin avec l'œil touchant la ligne frontale. La narine est tournée à gauche, qu'il est raisonnable d'attribuer au indiquée sur une tête, alors que sur l'autre trois traits
Périgordien supérieur plutôt qu'à TAurignacien ; longitudinaux peuvent évoquer le naseau et la mais on aurait aimé plus de précision sur la position bouche (fig. 5, n" 6).
stratigraphique de cette œuvre...
Du même abri, mais dans la couche 4 sus-jacente à
la 3 dont elle est séparée par une couche stérile,
provient une seconde gravure sur un petit bloc
« genre marbre blanc » (fig. 5, n° 7). J. Bouyssonie Le Parpallo, Espagne
qui l'a trouvée y lit un mammouth finement gravé,
barré d'autres traits et piqueté de cupules. On voit L. Pericot Garcia décrit à la base du remplissage de bien « le dos et la tête caractéristiques du mamla grotte une couche de Périgordien supérieur qui mouth ; on devine aussi la trompe, les pattes (de contenait notamment des Gravettes et des micro-
devant surtout), le ventre », mais les défenses Gravettes et qui a livré quelques gravures fines sur semblent absentes ou effacées par le piquetage. Cette plaquettes [18, fig. 80 à 85] (fig. 5, n's 4 et 5). Sont couche 4 contenait des pointes de la Gravette et des figurés des capridés, une ou deux têtes de chevaux et éléments tronqués avec quelques rares burins de un bovidé. Ces dessins sont assez sommairement Noailles. tracés, sans beaucoup de détails indiqués (ni bouche,
ni œil). Dans deux cas, l'attache des pattes anté
rieures est en perspective tordue.
ART PARIETAL Les Rebières II, alias Durand-Ruel, Dordogne
A l'exception de la grotte de Pair Non Pair Un galet, trouvé et publié par E. Pittard [21] porte
(Gironde) où le remplissage archéologique, limité au très finalement incisé le dessin d'un animal entier,
Périgordien supérieur pour la dernière période sans doute un herbivore, et une tête incomplète de
d'occupation, permet une datation précise et sûre des rhinocéros. Cette gravure provient certainement de
gravures pariétales, les autres grottes citées ne sont l'un des niveaux de Périgordien à burins de Noailles
attribuées à cette période que pour des raisons qui surmontaient un ou plusieurs niveaux aurigna-
stylistiques, mais qui semblent cohérentes dans le ciens, mais la publication de E. Pittard est peu
système proposé depuis plus de quinze ans par explicite, et toutes les séries ont été mélangées lors
A. Leroi-Gourhan. À Pair Non Pair, les couches des fouilles... :
242
archéologiques recouvraient les parois gravées, et Gourhan les place dans son style II, ce que justifient
c'est en fouillant la couche 4 que F. Daleau aperçut effectivement les caractères de ces fines gravures
(fig. 6, n"s 2 et 3). L'un des chevaux notamment est pour la première fois, le 29 décembre 1883, les traits
gravés sur paroi. Les gravures sont donc antérieures caractéristique des animaux de ce style, avec le tracé
à la période d'occupation de la couche 4 et sinueux de la ligne cervico-dorsale et l'allongement
appartiennent à l'un des niveaux sous-jacents qui de la tête. Le mammouth est seulement silhouetté,
contiennent encore du Périgordien, notamment la sans indication visible d'oeil, ni de défenses. On
couche 3 qui paraît correspondre à la plus forte remarque ici la même convexité à la jonction de la
occupation périgordienne de la grotte. Dans d'autres trompe sur la tête que pour la gravure de Laraux.
grottes, comme à Gargas, la couche d'occupation
principale correspond au Périgordien supérieur, ce
qui conforte la datation des œuvres pariétales. En Gargas, Hautes-Pyrénées d'autres sites, la diversité des époques d'occupation
ne peut étayer cette datation. Ailleurs enfin, il n'y a
Tous les auteurs s'accordent pour dater la majeure pas de traces d'occupation, ou seulement de rares
partie des œuvres pariétales de Gargas du Périgorvestiges non caractéristiques.
dien supérieur, époque reconnue dans les couches
d'habitat de la première salle lors des fouilles
conduites en 1912 et 1913 par E. Cartailhac et
L'Aldène, Hérault H. Breuil. De ces couches archéologiques provien
nent des plaquettes de schiste gravées [6]. L'une
Tout en insistant sur l'impossibilité actuelle de d'elle provient de fouilles plus anciennes et avait été
situer les dessins de cette grotte dans une période publiée par Jammes en 1909. Elle porte deux pattes
définie, D. Vialou serait tenté de les rapprocher des de cheval dont une avec sabot et fanon bien dessinés,
animaux du groupe ancien de La Mouthe et de ceux rappelant les pattes de l'abri Labattut. Les autres ont
de Pair Non Pair [31]. Parmi les figurations recon été récoltées par H. Breuil dans la couche noire à
nues est une tête de cheval dessinée en traits burins de Noailles. Sur une plaque se lisent trois
composés, dont le contour fronto-nasal est linéaire, animaux un bison à cornes vues de face et pattes
le mufle épais, arrondi, avec des traits suggérant sans antérieures décalées, un autre animal, peut-être un
doute la narine et la bouche. Un mammouth avait été bison, et un probable carnassier. Sur un autre
décrit par P. Ambert, mais sa réalité est sérieusement fragment se lit une tête probable de bovidé.
contestée par D. Vialou. Si nous abordons le bestiaire pariétal, de nomb
reuses gravures de chevaux, de cervidés et de
mammouths peuvent être comparées aux animaux
Les Bernous, Dordogne gravés sur le galet de Laraux, et, en règle générale,
donnent de bonnes images du style périgordien. Les
Les gravures de cette grotte ne peuvent être datées exemples doivent être choisis plutôt parmi les
avec précision, mais elles paraissent bien anciennes. gravures fines sur calcaire que parmi celles incisées
D. Peyrony, qui les a découvertes, les pensait plutôt dans l'argile car ces dernières sont d'un tracé plus
aurignaciennes [19], mais pour B. et G. Delluc « mou » et moins détaillé, donc moins caractéris
« l'analyse stylistique et technologique permet de la tique.
[grotte] rapprocher plutôt des œuvres du style II que On retrouve donc à Gargas les caractères décrits de celles du style I de A. Leroi-Gourhan » [12]. La pour les gravures de Laraux et d'autres sites première figure est un mammouth (fig. 6, n" 1) périgordiens (fig. 7) : tête allongée avec une ligne tourné à gauche dont on lit la ligne dorsale, la tête et fronto-nasale rectiligne, ou très légèrement la trompe, ainsi que le thorax. La silhouette est convexe ; œil plus ou moins ovale ; bouche dessinée sommaire mais caractéristique et juste dans son de manière réaliste, narine indiquée dans beaucoup dessin. Les autres gravures ont été déterminées de cas ; prépondérance donnée à l'avant-train de comme rhinocéros (en fait discutable) et comme l'animal par rapport à l'arrière-train, souvent négligé ours. ou minimisé ; pattes dessinées en perspective tordue
ou semi-tordue, parallèles deux à deux, ou ouverte et
formant un angle qui peut évoquer le mouvement ;
indication parfois, mais pas souvent, de l'extrémité La Croze à Gontran, Dordogne
des pattes avec dessin réaliste du sabot. La monog
raphie publiée en 1976 par Cl. Barrière [2] et les Les gravures de cette petite grotte de Tayac ont
relevés plus anciens de H. Breuil [8] donnent toujours été attribuées à une période ancienne,
d'abondants exemples de ces observations. aurignacienne ou périgordienne [11]. H. Breuil les
rapprochait de celles de Pair Non Pair. A. Leroi- 243
Illustration non autorisée à la diffusion
Fig. 5 6 - et Art 6, pariétal Pair Non de Pair style (d'après II. 1, Les H. Bernous Breuil). (d'après B. et G. Delluc) ; 2 et 3, La C'roze à Contran (d'après H. Breuil) ; 4, La Mouthe (d'après H. Breuil) ;
La Grèze, Dordogne M. Ampoulange. Un doute subsiste donc sur la
datation de ces gravures qui ne seraient toutefois pas
Le célèbre bison gravé « suspendu en quelque postérieures au Solutréen [10].
sorte au contour très sinueux de la ligne dorsale »
[16], avec ses cornes vues de face, est classiquement Hornos de la Репа, Espagne
cité comme caractéristique du style périgordien, bien
que les indices de cette période soient rarissimes dans Dans cette grotte, seules deux gravures, un cheval
le remplissage archéologique mal fouillé par et un bison, peuvent être considérées comme de style