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La question de la matière, source de conflit entre les doctrines au XIIIème siècle, The Question of Matter, Source of Conflict Between the Doctrines in the 13th Century

De
489 pages
Sous la direction de Ruedi Imbach
Thèse soutenue le 08 décembre 2008: Paris 4
Cette thèse consiste dans l'analyse des diverses façons d'envisager l'hylémorphisme substantiel, au cours de la deuxième moitié du XIIIe siècle. La recherche a été structurée de manière à rendre compte des rôles joués par la matière, ainsi que des rapports assumés par elle, à l'intérieur de la pensée des philosophes étudiés. Dans la première partie, nous suivons l'engagement de Bonaventure dans la constitution d'un concept métaphysique de la matière indépendant de celui de la forme. Cette problématique mène à trois autres : l'idée divine de matière, la composition des anges et le thème de la création. Dans la deuxième partie, dédiée à la pensée de Thomas d’Aquin, les analyses sur la nature de la matière aboutissent au problème de la connaissance. En effet, l'intelligibilité impliquant nécessairement l'actualité, la matière ne peut être connue de manière directe. Chez Thomas, la matérialité représente le critère négatif de la connaissance. Dans la troisième partie, les sujets sont envisagés selon trois axes : historique, philosophique et doctrinal. Il s’agit de réfléchir fondamentalement à deux questions. D'abord, la détermination, par l’historiographie, de la mise en valeur du rôle de l’individu et des procédures de singularisation, à partir de la fin du XIIe siècle. Ensuite, le problème métaphysique du principe d’individuation avant les condamnations de 1270 et de 1277. Dans ce cadre, nous cherchons à saisir les rôles joués par la matière dans les conceptions de l'individuation, notamment chez Avicenne, Averroès, Bonaventure et Thomas d’Aquin.
-Bonaventure
-Thomas d'Aquin
-Matière
-Hylémorphisme
-Individualisation
-Idées divines
-Philosophie des XIIIe siècle
-Averroës et Avicenne
The central issue of this thesis is the analysis of the different ways of considering substantial hylemorphism, during the second half of 13th century. The research was structured so as to account for the parts played by matter, as well as the relations assumed by it, in the thought of the studied philosophers. In the first part, we follow Bonaventure’s engagement with the creation of a metaphysical concept of matter, absolutely independent from the concept of form. These problems culminate in three others subjects: the divine idea of matter, the composition of angels and the topic of the Creation. In the second part, dedicated to Thomas of Aquin’s thought, the analysis on the nature of matter results on the problem of knowledge. Indeed, as intelligibility means necessarily an act, matter cannot be known in a direct way. In Thomas' philosophy, materiality represents the negative criterion of knowledge. In the third part of this thesis, the subjects are considered according to three axes: historical, philosophical and doctrinal. It is a question of addressing basically two questions. Initially, the determination, by historiography, of the highlighting of the role of the individual and the procedures of singularisation, since the end of 12th century. Then, the metaphysical problem of the principle of individuation before the condemnations of 1270 and 1277. In this context, we seek to seize the parts played by matter in the theory of individuation, especially in the philosophical thoughts of Avicenna, Averroes, Bonaventure and Thomas of Aquin.
Source: http://www.theses.fr/2008PA040182/document
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UNIVERSITÉ PARIS IV - SORBONNE
ÉCOLE DOCTORALE V


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THÈSE

pour obtenir le grade de

DOCTEUR DE L'UNIVERSITÉ PARIS IV

Discipline : Philosophie


présentée et soutenue publiquement par


M. Eduardo VIEIRA DA CRUZ

le 08 décembre 2008



LA QUESTION DE LA MATIÈRE, SOURCE DE CONFLIT ENTRE
LES DOCTRINES AU XIIIe SIÈCLE


Directeur de thèse : M. Ruedi IMBACH


JURY

M. Ruedi IMBACH
M. Pierre MAGNARD
M. Joël BIARD
M. Serge-Thomas BONINO







TOME I


















REMERCIEMENTS


Ce n'est pas facile, voire impossible, de citer tous ceux qui ont contribué, par différents
moyens, à l'accomplissement de ce travail. Je tiens à remercier tout d'abord au Professeur
Pierre Magnard qui a suivi, depuis mon arrivée en France, chacun des aspects de mes
recherches, en dirigeant cette thèse avec la générosité qui nous rassurait et la rigueur
méthodologique, la précision des critiques, les remarques toujours opportunes, la subtilité des
réflexions, qui nous poussaient à explorer des sujets que la prudence du myope conseillait
regard d'éviter. Il faudrait devenir poète pour trouver des mots qui expriment ma
reconnaissance pour tout ce dont je ne saurais jamais assez remercier. Qu'à la place des mots,
il veille bien recevoir toute mon estime et mon amitié.
Je remercie également le Professeur Ruedi Imbach qui a accueilli mon travail sous sa
direction, en assurant la continuité des recherches, et qui a apporté, avec ses suggestions, la
pertinence de ses commentaires et son soutient inconditionnel, l'encouragement dont j'avais
besoin. Je tiens à lui faire part de mon respect et de mon admiration, et qu'il trouve ici
l'expression de ma plus vive reconnaissance.
Ma reconnaissance va ensuite à des chercheurs qui ont fait preuve de leur amitié à
travers des entretiens où les discussions, presque à mon insu, se dirigeaient vers des sujets qui
m'étaient chers. Je pense donc à Paulo José Pinheiro, philosophe, intelligence fine et esprit
passionné; à Cláudio Monteiro e Paula Lopes, couple de historiens hors norme.
Je pense spécialement à ma femme, Cláudia Andrade, qui, par son soutien affectueux,
par sa lecture attentive de toutes les pages, au fur et à mesure que je les écrivait, et par ses
idées venues de la historiographie, m'a aidé, plus que je l'aurais mérité, peut-être, à accomplir
ce travail.
Je souhaite également remercier deux amis que la distance n'a pas réussi à affaiblir les
liens, mais bien au contraire. Isabelle Séruzier, qui m'a représenté auprès des instances
administratives françaises, dès mon retour au Brésil; et Pierre Dourthe, qui m'a beaucoup aidé
tant par la révision et par la correction du texte en français, que par ses observations
pertinentes et perspicaces. De plus, tous les deux ont toujours eu l'amabilité de me tenir au
courant des textes qui étaient publiés et, dans la mesure du possible, de me les faire parvenir.
Je remercie aussi à mes amis de la Nièvre, Andrée et Bernard Séruzier, Pascale et
Benoît Cointe, Christiane et Jean-François Ponge, qui nous ont accueillis chaleureusement et
qui me font le plaisir de m'accorder, encore cette fois, tout leur soutient.
Je tiens à faire part à ma famille, spécialement à mes parents, Isabel et Trajano Vieira
da Cruz, de ma gratitude pour leur efforts qui, bien des fois, me laissent sans voix pour
exprimer ma reconnaissance.
Sans doute aussi, une mention à l'accueil, aussi professionnel que sympathique, de la
Bibliothèque du Saulchoir, dans laquelle j'ai fait la plupart de mes recherches, ainsi qu'au
CNPq – Conselho Nacional de Desenvolvimento Científico e Tecnológico – pour les
allocations reçues tout au long de ces années de recherches passées en France.
Une pensée toute spéciale au Professeur et ami Cláudio Ulpiano, qui ne m'a pas
enseigné la major partie des sujets que je présente ici, mais sans lui, je ne serais pas devenu
capable d'écrire une seule ligne.
Un remerciement tout spécial à ma fille, Maria Amélia, à qui je dédie ces pages, pour
me rendre le sens de la vie toutes les fois que je l'oublie.
4

TABLE DES MATIERES


REMERCIEMENTS........................................ 03

TABLE DES MATIERES................................... 04

INTRODUCTION......................................... 06


PREMIERE PARTIE - LA MATIERE SELON L'HYLEMORPHISME
UNIVERSEL DE BONAVENTURE............................. 13

1 – L’HYLEMORPHISME UNIVERSEL........................ 14

1.1 – La connaissance humaine et la nature de
la matière................................................ 18

1.2 – La relation entre la matière et la forme............ 22

1.3 – La distinction entre la matière et sa relation
modale à la forme......................................... 25

2 – LA CONNAISSANCE DIVINE DE LA MATIERE............. 28

2.1 – Les idées divines: le mal, l'imperfection et la
matière................................................... 31

2.1.a – L'idée de mal................................ 32

2.1.b – L'idée des choses imparfaites................ 36

2.2 – L'idée de la matière................................ 40

3 – LA MATÉRIALITÉ DES ANGES......................... 46

3.1 – L'Unité de la matière............................... 71

4 - LA MATIERE, CREATURE DE DIEU..................... 86


DEUXIEME PARTIE – MATIERE ET CONNAISSANCE CHEZ
THOMAS D'AQUIN....................................... 118

5 - LA RELATION TRANSCENDANTALE DE LA MATIERE
A LA FORME........................................... 119
5
6 - LA MATIERE ET SA RELATION A LA FORME SOUS
LE POINT DE VUE DE LA CREATION....................... 152

7 - LA MATIERE, CRITERE NEGATIF D'INTELLIGIBILITE.... 174

7.1 - La connaissance humaine............................. 176

7.2 - Les connaissances possibles dans l'au-delà.......... 191

8 – LES IDEES DIVINES: L'INTELLIGIBILITE DE LA
MATIERE ET DE LA SINGULARITE......................... 208

8.1 – L'idée divine de la matière......................... 222


TROISIEME PARTIE – L'ENJEU DE L'INDIVIDUATION........ 295

9 – L'INDIVIDU ET SA GENESE : APERÇU
HISTORICO–PHILOSOPHIQUE.............................. 296

9.1 – L'individuation selon Avicenne:la signification
de l'immortalité humaine.................................. 311

9.2 – L'individuation selon Averroès: l'unité de
l'intellect matériel et le problème du salut personnel.... 318

10 - L'IMMORTALITE PERSONNELLE DE L'AME ET LA
SINGULARITE DE L'ANGE................................ 354

10.1 - L'individuation des créatures chez Bonaventure..... 374

10.2 – Le problème philosophique du principe
d'individuation et son adéquation aux
exigences théologiques: la voie thomiste.................. 409

CONCLUSION........................................... 465

BIBLIOGRAPHIE........................................ 475 6

INTRODUCTION


D'où vient ce qui arrive, quelle est la demeure des
événements? De l'est, nous souffle à l'oreille le
stoïcien. Tant le jour que la nuit. Dans la géographie du
temps, le futur est à l'est. D'où viennent les idées? Du
passé. En tout cas celles que ma vanité se réjouie à
chaque fois que, me laissant bercer par l'illusion,
j'entends cette voix les appeler "miennes". La voix est à
moi, les idées viennent. Que cherchent-elles? Du sens. La
pensée est la double face où les idées rencontrent les
événements. Dans ce lien sans mélange, le passé contemple
l'avenir et en tire quelque chose. Le sens, voilà la
matière du présent.
Ce paragraphe, qui aurait pu se trouver –
esthétiquement modifié, sûrement – sous la plume d'un
Jorge Luis Borges au début d'une de ses méditations sur la
nature des labyrinthes, n'est pas placé ici par hasard. En
fait, une idée prend son origine d'une autre; ou est
composée par d'autres, ou se compose avec d'autres; ou
établit des connexions, des rapports d'alliance ou, au
contraire, s'oppose à d'autres, soit une à une, soit sous
forme d'ensemble. Elles se font signe, encore que, à un
moment donné, elles puissent se frôler en toute
indifférence. Les idées bien fondées s’expriment
fréquemment mieux sous la forme d'un problème. Et rarement
elles empruntent un chemin menant de A à B, mais elles 7
développent plutôt des cheminements peuplés de sentiers
inouïs. C'est dans leur nature. Nous sommes autant
passagers que conducteurs, et ce n'est presque jamais à
nous de décider du moment d'échanger les rôles.
Les recherches dont nous présentons ici les résultats
n'ont pas échappé à ces règles des idées. Nous sommes
partis d'une question posée par Gilbert Simondon, ou plus
exactement du souvenir que nous en avions conservé:
1qu'est-ce que l'ontogenèse? A ce moment-là, nous
travaillions sur des textes de Jean Duns Scot – dont l'un
verra, d'ailleurs, son authenticité remise en cause
quelques années plus tard. Prenant en considération
l'individuation comme question de fond, nous essayions
alors de comprendre le rapport entre l'univocité de
l'étant et la composition des substances matérielles.
Au cours de nos recherches, une impression, vague
d’abord, devenait peu à peu une opinion hésitante, puis
une conviction qui s’accompagnait d'une certitude: pour
aboutir à comprendre la pensée scotiste, il fallait
remonter dans le temps et organiser les études autour de
cette étrange entité, souvent délaissée, mais sans
laquelle il n'y aurait pas eu de discussions, entre les
auteurs de la fin du XIIIème siècle, à propos de la
composition substantielle des créatures corporelles,
simplement parce qu'il n'y aurait pas de substance
composée possible. Il suffit de lire le nom générique
attribué à la composition substantielle: l’hylémorphisme.

1 L'individu et sa genèse physico-biologique, Paris, PUF, 1964, p. 1-
7.
8
Il fallait regarder de plus près la hylé, la materia.
Qu'est-ce que la matière? Peut-on lui attribuer le rôle de
fil conducteur dans un travail visant à rendre compte des
enjeux concernant l'hylémorphisme et l'individuation au
XIIIème siècle? Cette réponse, ou plutôt la décision de
répondre, a été comme une invitation à la venue d'autres
idées qui n'ont pas manqué le rendez-vous. Le chemin
devient cheminement, le passé contemple le futur
autrement, le présent trouve un sens nouveau, la recherche
est en train de construire un objet différent.

Ce travail consiste dans l'analyse des diverses
façons d'envisager l'hylémorphisme substantiel, au cours
de la deuxième moitié du XIIIe siècle. Nous avons choisi
de le faire par le biais de la matière, de sorte que la
recherche a été structurée de façon à rendre compte des
rôles joués par la matière, ainsi que des rapports assumés
par elle, dans la pensée des philosophes étudiés. Les
thèmes varient donc d'un auteur à l'autre, en fonction de
la diversité des questions où la matière se trouve
impliquée.
Ainsi, dans la première partie, dédiée à
l'hylémorphisme de Bonaventure et composée de quatre
chapitres, nous suivons l'engagement de Bonaventure dans
la constitution d'un concept métaphysique de la matière
capable de comprendre sa nature propre, indépendamment de
la forme et même de sa relation à la forme. En effet, bien
que la matière révèle une dépendance essentielle vis-à-vis
de la forme, cela ne caractérise pas une relation
transcendantale, au sens thomiste, car envisagée à part 9
les formes, c’est-à-dire conçue par le métaphysicien selon
une sorte de réduction complète, la matière inclut une
distinction modale entre l'essence et la relation à la
forme.
Cette problématique mène à trois autres: l'idée
divine de la matière, la composition des anges et, à
travers le thème de la création, la production d'une
matière partiellement formée, commune aux corps célestes
et sublunaires. La comparaison entre la connaissance du
mal et de la matière met en évidence le caractère
expressif et exemplaire que Bonaventure accorde à l'idée
divine. Tandis que le mal n'est connu par Dieu qu'au moyen
de l'idée du bien, la raison d'entité qui fonde la
ressemblance de la créature au Créateur explique le fait
que Dieu connaisse la matière directement, par une idée
propre, indépendamment de l'idée de forme. En ce sens,
même le plus infime des êtres, dont le manque absolu
d'actualité est le signe manifeste du degré maximal de son
imperfection, est, lui aussi, l'expression de la vérité
suprême.
D’un côté, ce statut ontologique de la matière est
mis en valeur lors des analyses sur la nature de la
composition substantielle des anges. En fait, il est à
l'origine de l'enquête sur l'unité propre à la matière,
unité sans laquelle la conception hylémorphique de
Bonaventure n'aurait plus le même sens. Atteinte dans son
universalité, elle ne saurait garder le sens profond qui
lui revient de droit, car l'hylémorphisme bonaventurien
signifie avant tout la cohésion métaphysique dans le
domaine du créé.