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La sépulture mégalithique de Viols-le-Fort (Hérault) - article ; n°6 ; vol.45, pg 229-249

De
22 pages
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1948 - Volume 45 - Numéro 6 - Pages 229-249
21 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Edmond Tessier
La sépulture mégalithique de Viols-le-Fort (Hérault)
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1948, tome 45, N. 6-8. pp. 229-249.
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Tessier Edmond. La sépulture mégalithique de Viols-le-Fort (Hérault). In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1948,
tome 45, N. 6-8. pp. 229-249.
doi : 10.3406/bspf.1948.2365
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1948_num_45_6_2365PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 229 SOCIÉTÉ
La sépulture mégalithique ďe Viols-le-Fort
(Hérault).
Edmond TEISSIER
Membre correspondant de la Société Archéologique de Beziers.
D'après les fouilles et travaux effectués
par le clan archéologique des Chênes-Verts
des Eclaireurs de France. v
AVANT-PROPOS
L'Archéologie entraîne nécessairement d'autres activités, aussi
est-ce pour nous un devoir et un plaisir de citer les noms de
MM. A. Houël et B. Héral qui nous ont bénévolement apporté leur
aide précieuse pour les reproductions photographiques.
Membres du Clan Archéologique des Chênes-Verts qui ont parti
cipé aux fouilles et travaux :
— Roger Jeanjean, Directeur des Travaux,
— Jacques Vallon,
— Henri Cholvy (secrétariat),
— Roger Bouquet (planimétrie et dessin des documents),
— Jean Choukroun (ostéologie),
— André Galant,
— Henri Sabatier,
— Guy Sciau.
Pour le Clan Archéologique des Chênes-Verts,
Le Chef de Clan :
signé : Roger Jeanjean.
AVERTISSEMENT
Contrairement à ses conceptions (1), et sous la poussée de diff
icultés passagères, le Clan Archéologique des Chênes-Verts a dû se
résigner à laisser publier séparément la relation de ses premières
recherches sur le territoire de la commune de Viols-le-Fort (Hérault).
Les inconvénients d'une telle méthode, si peu scientifique, sont si
(1) Les grandes spécialisations des Routiers : 1, l'archéologie (édition
des Eclaireurs de France) : Chapitre V. Classement et publication des
résultats, p. 27, section publications. 230 SOCIETE PREHISTORIQUE FRANÇAISE
évidents qu'il est à peine besoin de les souligner : les résultats des
fouilles postérieures risquent en effet de venir contredire des affi
rmations trop hâtives et partant erronées. Le cas échéant, nous nous
en excusons par avance auprès de nos lecteurs et gardons le ferme
espoir de pouvoir leur présenter, plus tard, sur nos prospections à
Viols-le-Fort une étude d'ensemble dans laquelle viendra naturell
ement s'intégrer la Sépulture Mégalithique qui fait l'objet de la pré
sente communication.
Le Clan Archéologique des Chênes-Verts :
% Montpellier.
I. — INTRODUCTION
La région des « garrigues » connue sous le nom générai de
« Causse » qui s'étend à l'extrémité Nord du département de l'Hé
rault, des pentes septentrionales de l'Hortus — causse de Pompi-
711 712 71
Extrait de la carte E.-M. 1/50.000. Le Vigan S.-O.
Le n° 1 indique l'emplacement de la sépulture.
gnan — au pied du versant méridional du Pic Saint-Loup — causse
de Cazevieille; causse de la Figarède et ses prolongements dans les
communes de Viols-en-Laval et de Viols-le-Fort — est un centre
mégalithique des plus importants ainsi que l'ont démontré les tr
avaux de MM. M. Louis, D. Peyrolle, R. Jeanjean, G. Vallon, SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 231
A. Aspes et Dr Arnal (2), sans préjudice d'autres recherches dont les
résultats, parfois fort intéressants, n'ont encore donné lieu à aucune
publication. De nombreux dolmens, cistes, allées couvertes et tumuli
y ont été explorés. Cependant, bien des sépultures restent encore
dissimulées sous les amas de pierres, les taillis de chênes-verts et les
broussailles de kermès ou autres buissons hirsutes de ces plateaux
arides et désertiques, balayés l'hiver par l'âpre vent du Nord et
transformés en fournaise dès que flambe l'été méditerranéen.
Dans cette région, qui n'a rien à envier aux autres champs de
dolmens connus du Midi de la France, le Chef R. Diffre, membre de
la Société Archéologique de Montpellier, conduisit le Clan Archéolo
gique des Chênes- Verts, dont il est le conseiller technique, aux envi
rons du village de Viols-le-Fort, le 24 novembre 1935. Cette pre
mière journée d'exploration fut assez fructueuse pour motiver, au
printemps de 1936, une deuxième sortie de 48 heures qui donna
des résultats positifs. Enfin, les travaux du Clan dans la commune
de Cazevieille étant en voie d'achèvement, une troisième pros
pection qui dura cinq jours commença le 2 septembre 1946. Le der
nier jour, il fut signalé à M. R. Jeanjean, Chef du Clan Archéolog
ique, l'existence d'une sépulture très ancienne dans la propriété
de M. Durand, entrepreneur de maçonnerie à Viols-le-Fort, qui a
bien voulu donner au Clan toutes autorisations et facilités pour les
fouilles et à qui nous tenons à adresser ici nos sincères remer
ciements.
Cette sépulture, située au lieu-dit « les Carrières », à 50 mètres du
chemin du même nom (premier chemin à gauche de la route de
grande communication n° 32 quand on vient de Viols-le-Fort), se
trouve environ à 400 mètres à vol d'oiseau, au Sud-Ouest de ce
village (voir carte p. 230). Elle est elle-même orientée suivant une
direction très légèrement Nord-Est - Sud-Ouest.
D'après M. Durand, elle aurait été l'objet en 1901 d'un sondage
restreint effectué par les Frères des écoles chrétiennes. Mais, de
cette première fouille, conduite apparemment sans méthode très
rigoureuse et de façon tout à fait superficielle, il ne reste aucune
trace. Il est à présumer qu'effleurant à peine la couche archéologique
elle ne dut pas donner grand'chose, à en juger par l'état dans lequel
se trouvait la sépulture avant les travaux du Clan Archéologique et
par le mobilier abondant que ces derniers permirent de mettre à
jour.
Ce tombeau mégalithique paraissait en effet intact. Un tumulus
d'assez grosses pierres le recouvrait d'où émergeaient la grande
dalle du chevet et la petite dalle aniconique de la base. Seuls les
imposants morceaux de la dalle de recouvrement jonchaient le som-
(2) M. Louis et D. Peyrolle. — Recherches préhistoriques dans le
département de l'Hérault : note 1, Sépulture du Capucin (Revue des
Musées, 1930, n° 27, p. 73 et suivantes).
— La sépulture mégalithique de Feuilles.
— La du Mas Neuf.
Jeanjean, Vallon et Aspes. — La sépulture mégalithique du ( hêne Vert
(Bulletin de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Nîmes et du Gard,
1933-34, n° 1, pp. 64 à 66).
Dr Arnal et M. Louis. — La sépulture mégalithique du Lamalou. SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 232
met du tertre et particulièrement l'espace compris entre les deux
premières dalles déjà nommées (voir photos n° 1 et n° 2).
Photo n° 1. — La sépulture avant la fouille.
Photo n° 2. — Les morceaux de la dalle de recouvrement sont nettement
visibles.
Il est composé d'une unique chambre sépulcrale d'assez grandes
dimensions (voir photo n° 3) qui va en s'effîlant vers l'entrée et qui
mesure 4m50 de longueur et 2m60 de largeur maxima pour une pro- SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 234
fondeur moyenne de 1 mètre (voir plan). Le fond en est constitué
par le sol naturel formé de lapiaz. La dalle du chevet est de dimens
ions impressionnantes, ainsi qu'il a été dit. Provenant des carrières
Photo n° 3. — Vue d'ensemble de la chambre sépulcrale.
Photo n° 4. — La pointe de javelot n° 7 a été trouvée dans les interstices
de cette muraille.
distantes de quelques mètres à peine, elle n'a pas moins de 4m50 de
longueur, 2m25 de largeur et 0m33 d'épaisseur. La dalle aniconique
est d'un format beaucoup plus réduit. Les côtés de la chambre sépul- SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 235
•craie sont limités par des murs de pierres sèches assez bien appar
eillées (voir photo n° 4). Il est à remarquer qu'on n'a pas jugé
utile d'utiliser des dalles pour cette partie, comme nous avons pu
l'observer dans bon nombre de sépultures mégalithiques. Or, l'on
ne saurait invoquer ici la pénurie de ce matériau ou les difficultés
du transport puisque ce tombeau, construit dans des carrières
mêmes peut-on dire, comporte déjà une dalle, et des plus belles, et
qu'il eût été par conséquent très aisé d'en extraire d'autres. Il faut
donc voir dans cette particularité une conception architectonique
nouvelle ou une préoccupation moins grande d'assurer aux morts
une demeure digne du respect qu'ils inspiraient. Nous y reviendrons
plus loin.
II. — MOBILIER
Le mobilier recueilli dans la sépulture mégalithique de Viols-le-
Fort a été trouvé sur toute l'étendue de la chambre sépulcrale. La
couche archéologique, recouverte d'une certaine épaisseur de cail-
loutis stérile, était constituée par un amalgame de terre, de cailloux,
de poteries très fragmentées et d'une très grande quantité d'osse
ments humains.
1. Ossements humains. — Les ossements humains, d'un poids total
de 40 kilogs, brisés et très dispersés, étaient disposés sans ordre.
Etant donné leur pitoyable état de conservation et de fragmentation,
il n'a guère été possible de trouver une seule pièce permettant des
■observations intéressantes telles que cals de fracture, lésions patho
logiques, déformations typiques, etc..
Seules, les dents intactes ont pu être recueillies au nombre im
pressionnant de 3.722 se décomposant comme il suit :
a) Adultes : 790 incisives, 393 canines, 865 prémolaires, 1.300 mol
aires;
b) enfants: 126 41 canines, 46 161 molaires.
Ces dents sont généralement saines, d'usure normale et présent
ent peu de carie. Il est cependant à remarquer que les dents cariées
se brisent plus facilement que les autres et peuvent par conséquent
disparaître.
Elles nous permettent d'estimer à 115 adultes et 25 enfants, au
minimum, le nombre d'individus inhumés dans cette sépulture.
Nous nous trouvons donc en présence d'un de ces « caveaux de
tribus » ayant été utilisé pendant de longues années.
Il convient également d'ajouter que sur ces 40 kilogs d'ossements
humains, auxquels étaient mêlés quelques débris d'ossements d'an
imaux (lapins ou lièvres, dents de suidée), 320 grammes présentaient
des traces certaines d'incinération.
2. Céramique. — D'un poids total de 7 kg. 500, tous les morceaux
qu'il a été possible de recueillir concourent aux mêmes constata
tions : c'est la poterie de facture néolithique habituelle, à pâte
grossière, mal cuite et colorant l'eau en s'y délitant. Le dégraissant
■est constitué par des grains de calcaire très apparents. D'épaisseur SOCIETE PREHISTORIQUE FRANÇAISE 237
variable (0m005 à 0m011), les tessons sont de couleur grise, brune
ou rougeâtre. Aucun d'eux n'a permis la reconstitution d'un vase.
L'ornementation très simple et très rudimentaire se borne à
quelques bourrelets plus ou moins parallèles aux bords.
Les moyens de préhension qu'il nous a été donné d'observer se
réduisent à \ U^UA deux ЛХ.1 modèles ШС1СЗ •
a) anses trouées pour le passage d'un lien de suspe suspension;
oreilles es obtenues obtenues par par épaississement de de la la pâte pâte (voir Fig. 5). b)
3. Mobilier lithique. — II comprend 25 pièces ou éclats dont la
plupart d'un fini irréprochable rappellent l'admirable technique de
Solutré, à savoir :
a) 7 pointes de lance ou de javelot en silex blanc généralement
(voir Fig. 6).
Fig. 6. — Pointes de lance ou de javelot.
1° Pointe de forme losangique, finement retouchée sur les 2 faces.
Longueur : 0m150, largeur maxima : 0ш040, poid? : 72 grammes.
2° Pointe en tous points semblable à la précédente. : 0m155, largeur : 0ra034, poids : 32
3° Pointe finement retouchée sur une face et polie sur l'autre.
De forme losangique, c'est une très belle pièce qui présente 2 crans
basilaires.
4° Longueur Pointe : de 0m105, forme largeur losangique maxima mais : 0ш030, de travail poids beaucoup : 22 grammes. moins
soigné que les précédentes, peut-être en raison de la nature du silex
qui n'a pas permis une exécution aussi finie.