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LAOZI [lao-tseu]

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Universalis_Article publié par Encyclopaedia Universalis LLAAOOZZII [[llaaoo--ttsseeuu]] Sage taoïste de l'Antiquité chinoise, auteur présumé du livre qui porte son nom (Laozi) et qui est plus connu sous le titre de Daode jing, Livre de la Voie et de la Vertu. De la vie de Laozi (littéralement, le « Vieux Maître ») ne sont connues que des légendes : aucune identification avec un personnage historique n'a été possible jusqu'ici. La première biographie du Vieux Maître par Sima Qian dans ses Mémoires historiques (Shiji) représente déjà un effort en vue de regrouper plusieurs traditions légendaires différentes : Laozi est présenté comme étant originaire du pays de Chu, dans la Chine du Sud ; son nom de famille est Li, son prénom Er, son appellation (zi) Boyang et son nom posthume Dan ; il occupe, dans l'administration des Zhou, le poste d'archiviste. On le désigne, d'autre part, comme le maître de Confucius, qui l'interroge sur les rites. Enfin, il apparaît comme un sage qui pratique le Dao et la vertu ; il constate le déclin de la dynastie des Zhou et se retire en direction de l'ouest ; arrivé à la passe qui sépare la terre des hommes civilisés de celle des sauvages et des immortels, il transmet à Yin Xi, le gardien, son livre en cinq mille caractères ; ensuite, il disparaît. Sima Qian mentionne aussi la tradition selon laquelle Laozi aurait cultivé son esprit vital et vécu plusieurs centaines d'années.
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LAOZI [lao-tseu]

Sage taoïste de l'Antiquité chinoise, auteur présumé du livre qui porte son nom (Laozi) et qui est plus connu sous le titre de Daode jing, Livre de la Voie et de la Vertu. De la vie de Laozi (littéralement, le « Vieux Maître ») ne sont connues que des légendes : aucune identification avec un personnage historique n'a été possible jusqu'ici. La première biographie du Vieux Maître par Sima Qian dans ses Mémoires historiques (Shiji) représente déjà un effort en vue de regrouper plusieurs traditions légendaires différentes : Laozi est présenté comme étant originaire du pays de Chu, dans la Chine du Sud ; son nom de famille est Li, son prénom Er, son appellation (zi) Boyang et son nom posthume Dan ; il occupe, dans l'administration des Zhou, le poste d'archiviste. On le désigne, d'autre part, comme le maître de Confucius, qui l'interroge sur les rites. Enfin, il apparaît comme un sage qui pratique le Dao et la vertu ; il constate le déclin de la dynastie des Zhou et se retire en direction de l'ouest ; arrivé à la passe qui sépare la terre des hommes civilisés de celle des sauvages et des immortels, il transmet à Yin Xi, le gardien, son livre en cinq mille caractères ; ensuite, il disparaît. Sima Qian mentionne aussi la tradition selon laquelle Laozi aurait cultivé son esprit vital et vécu plusieurs centaines d'années. Il aurait été le Grand Astrologue Dan des Zhou, qui vécut au ~ ive siècle : voyant le gouvernement en déclin, il s'est retiré pour vivre en sage caché.

Au début de la dynastie des Han, en retard sur les autres écoles philosophiques, s'est constitué un mouvement taoïste, dont les adeptes professent une mystique de « non-intervention » (wuwei) et s'adonnent aux pratiques d'accroissement de la force vitale. Se ralliant autour du Daode jing, ils font de l'auteur présumé de ce livre le saint patron de leur école. Cette dernière s'appelle aussi Huanglao Dao, la doctrine de l'empereur Jaune (patron des forgerons et des alchimistes) et de Laozi, le sage mystique. La non-intervention devient une doctrine politique, qui s'oppose au dirigisme confucéen. On voue un culte aux deux saints afin d'obtenir la longévité. À l'époque de l'empereur Huan (147 à 168), ces cultes jouissent de la faveur impériale. Un sanctuaire est construit dans le « pays natal » du sage avec une inscription commémorative, rédigée par Bian Shao en 165 et révélatrice des croyances dont le Vieux Maître est l'objet, en ce temps, de la part de « ceux qui aiment le Dao ».

On le regarde comme un dieu cosmique, qui existait avant la création de l'Univers et se transforme en suivant les changements de la nature, ce qui veut dire qu'il est la personnification du Dao. Il s'est révélé sur terre pour enseigner la doctrine de l'immortalité aux saints souverains de l'Antiquité tels que Fuxi et Shennong.

La dévotion de l'empereur Huan est certainement liée aux différents messianismes qui apparaissent à l'époque et qui sont souvent d'inspiration taoïste. Ils aboutissent à la révolte des Turbans jaunes, en 184, et à la propagation de l'Église des Maîtres célestes, qui avait été fondée en 142. Laozi apparut, en effet, au fondateur de cette dernière, Zhang Daoling, pour lui conférer la charge de Maître céleste (Tianshi), c'est-à-dire de pontifex maximus du monde entier, chargé de conduire le peuple vers la société parfaite de la Grande Paix (Taiping). Cette apparition de Laozi est qualifiée de « nouvelle manifestation de Laojun » (Laojun est le nom de Laozi en tant que dieu cosmique) ; la première correspondait à la révélation du Daode jing. Cette seconde manifestation instaure une cosmologie nouvelle : Laozi, dont le corps était identique au chaos primordial, crée un nouvel ordre dans l'Univers à partir de trois souffles de couleurs différentes, blanc, jaune et azuré. Chaque souffle est divisé à nouveau en huit, ce qui donne un total de vingt-quatre émanations correspondant aux vingt-quatre stations du calendrier et aux vingt-quatre souffles du corps humain ; cette distribution servira de modèle à l'organisation de l'état théocratique des Maîtres célestes (vingt-quatre diocèses, ayant chacun vingt-quatre prêtres, etc.).

Le mouvement Xuanxue confère à la philosophie taoïste un renouveau d'intérêt qui ne remet pas en cause la croyance selon laquelle Laozi est un dieu cosmique. Un des protagonistes de ce mouvement, le poète taoïste Ruan Ji (210-263), écrit une Biographie de l'Homme Grand (Daren xiansheng zhuan), où il fait ainsi allusion à Laozi :« L'Homme Grand fait corps avec celui qui façonne les êtres. Il est né en même temps que le Ciel et la Terre et il s'ébat dans les fluctuations du temps. Agissant ensemble avec le Dao, il se transforme, se disperse et se concentre ; sa forme n'a pas de constance » (trad. Seidel).

L'influence grandissante du bouddhisme à cette époque donne un nouvel attribut au dieu Laozi : on lui reconnaît le mérite d'avoir « converti les barbares » des régions occidentales après sa traversée de la passe, conversion qui aurait abouti au bouddhisme ; ainsi cette religion universelle aurait les mêmes origines que le taoïsme. Cet élément hagiographique, propagé d'abord, semble-t-il, par les bouddhistes eux-mêmes, fait donc du Vieux Maître, qui est aussi le maître de Confucius, le chef des Trois Religions. La légende de la conversion des barbares, acceptée d'une façon générale en Chine, malgré l'opposition ultérieure des bouddhistes, ne fut discréditée qu'aux temps modernes avant d'être définitivement frappée d'anathème lors de la grande persécution du taoïsme par la dynastie mongole, en 1281.

Auteur: KRISTOFER SCHIPPER
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