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Le gisement torréen fortifié de Tappa, Porto-Vecchio (Corse) - article ; n°3 ; vol.59, pg 206-217

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13 pages
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1962 - Volume 59 - Numéro 3 - Pages 206-217
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Roger Grosjean
Le gisement torréen fortifié de Tappa, Porto-Vecchio (Corse)
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1962, tome 59, N. 3-4. pp. 206-217.
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Grosjean Roger. Le gisement torréen fortifié de Tappa, Porto-Vecchio (Corse). In: Bulletin de la Société préhistorique française.
1962, tome 59, N. 3-4. pp. 206-217.
doi : 10.3406/bspf.1962.3818
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1962_num_59_3_3818Le gisement torréen fortifié de Tappa
Porto-Vecchio (Corse)
PAR
Roger GROSJEAN
Avant de donner un court compte rendu (1) des résultats de nos
travaux sur le gisement torréen fortifié de Tappa ainsi que des nou
veautés qu'ils apportent à la connaissance de cette civilisation de cons
tructeurs, il nous a paru nécessaire de rappeler très succinctement les
grandes lignes concernant leurs monuments et les hommes qui les édi
fièrent, en Corse.
Principales zones de répartition :
La vallée du Taravo, avec une dizaine de monuments dont le Castello,
Filitosa 3° occupation, Balestra et Foce.
La vallée du Rizzanèse et son prolongement le plateau de Lèvie, avec
une autre dizaine de monuments dont les plus importants, d'ailleurs
fortifiés, sont : le Castello délia Forcina, le Castello d'Altagène et le
Castello de Cucuruzzu.
La région de Porto-Vecchio qui, elle-même, se subdivise en une zone
Nord avec sept monuments, dont ceux fortifiés du Castello de Valle,
Castello d'Araggio A et B5 Castello Murato et le monument isolé de Torre.
Dans la zone Sud, notons, entre autres, le isolé du Castello
de Ceccia, cetix fortifiés de Tailloroso et de Tappa.
D'autres monuments isolés et fortifiés ont été recensés entre Ajaccio
et Porto-Polio et dans la vallée de la Gravone, ce qui porte le total à
une quarantaine.
Complexes monumentaux torréens (c'est-à-dire monuments circulaires
avec annexes) :
Filitosa Ouest et Araggio A.
Monuments présumés funéraires (c'est-à-dire dans lesquels ont été re
cueillis des débris osseux humains) :
Foce, Balestra (?), Torre, Filitosa et le Castello de Cucuruzzu.
Monument présumés cultuels :
Filitosa Ouest, Castello d'Araggio A (monument principal) et Tappa
(monument principal).
(*) Séance d'avril 1961.
(1) Publication préliminaire dont l'étude complète paraîtra ultérieurement^ Fig. massif 2. rocheux — Tappa. Nord Intérieur et fond du de gisement, cabane A.
Fig. 3. — Tappa. Enceinte cyclopéenne Est et massif rocheux Ouest. SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 209
Architecture :
Monuments circulaires à parement extérieur. Couloir d'entrée sous
dalles et linteau. Cella avec niches, diverticules et couloirs. Couverture
de la cella en fausse voûte, des annexes par dalles. Banquette circu
laire autour des murs qui forment la base du dôme recouvrant la cella.
Mobilier :
Dans la totalité des fouilles, peu de bronze, quelques parures et les
fragments de deux petits poignards.
Céramique de deux types, l'un commun au Bronze Moyen de Médi
terranée occidentale, l'autre proprement « torréen » avec des formes
particulières sur lesquelles on constate une perduration du Bronze An
cien (2).
Chronologie et datation :
Le mobilier d'abord, puis le contexte architectural existant dans les
autres îles méditerranéennes, en particulier la Sardaigne et les Balé
ares, et, enfin, la datation par le C. 14 nous permettaient de placer cette
civilisation au Bronze Moyen et son arrivée en Corse au plus tard vers
1400 av. J.-C. ainsi que la dernière utilisation des monuments vers 1200
av. J.-'C. (3). La Corse n'a pas partagé ensuite les belles réalisations pos
térieures de la civilisation nuraghique de Sardaigne ni celles de la ci
vilisation talayotique des Baléares, s'étant contentée d'être fortement
influencée à l'époque archaïque monumentale dès la pénétration origi
nelle qui provenait de Méditerranée centrale vers les îles de la Médi
terranée occidentale.
TAPPA.
La progression de l'étude des monuments corses nous fit ouvrir, en
1960, le premier chantier intéressant un gisement fortifié et nous choi
sîmes Tappa. Il est situé sur une colline granitique, à 7 km de Porto-
Vecchio et à proximité de la route allant à Sotta (Fig. I). Son altitude
est de 60 m au-dessus du niveau de la mer. Le gisement est protégé
par une enceinte. La superficie intérieure est d'environ 35 a qui sont
entièrement recouverts, sur 1 à 2 m de profondeur, de pierre d'éboulis.
Deux chaos rocheux opposés sont en bordure et dominent l'enceinte;
celui Nord était surmonté d'un monument maintenant détruit à 90 %
que nous n'avons pas. encore fouillé (Fig. 2) ; celui Ouest comportait,
légèrement en contre-bas (Fig. 3), un monticule typique de pierres avec
quelques structures visibles faisant présager la présence du monument
principal du gisement. Enfin, entre les deux eminences, apparaissant
à travers les éboulis, les sommets de quelques blocs posés sur champ
nous permirent d'étudier les substructions sous-jacentes d'une cabane.
Nos premières fouilles de Tappa intéressèrent le dégagement de l'en
ceinte, de la cabane et du monument principal.
(2) Б. Gbosjkan. — Le mobilier torréen, publié dans les C. R. du VI"
Colloque d'Archéologie de Basse-Provence, Nice 1960.
(3) R. Grosjean. — Filitosa et son contexte archéologique, Monuments
Piot, t. 52, 1961, pp. 52 à 96.
SOCIÉTÉ PREHISTORIQUE FRANÇAISE 14 SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 210
L'enceinte.
La partie Est est cyclopéenne (Fig. 3), de hauteur moyenne comprise
entre 1,50 m et 2 m, sa largeur variant entre 2 et 3 m. Au Nord-Est, elle
est élevée en petit appareil et comporte un bastion. L'enceinte est vi
sible dans son ensemble, excepté au Sud où une entreprise de travaux
publics a fait d'importants prélèvements qui ont eu pour résultat de
faire disparaître, avec une portion de l'enceinte, une partie du tertre
de destruction du monument principal en entamant partiellement ce
dernier. La seule pièce de métal recueillie dans tout le gisement, un
fragment de la lame d'un poignard en bronze, l'a été à l'intérieur et
près de l'enceinte avec quelques tessons de céramique torréenne uti
litaire.
Fond de cabane A (Fig. 2) ;
Le dégagement interne du remplissage stérile se fit sur 1,50 m avant
de rencontrer le niveau archéologique de 20 cm d'épaisseur recouvrant
le sol primitif aménagé, qui comportait au centre deux foyers circu
laires tangents circonscrits à des pierres rangées. Dimensions de la
cabane : longueur moyenne 5,50 m, largeur moyenne 2,70 m.
Mobilier (PL I) : outre un lissoir, il est composé de débris céramiques
bien caractéristiques de la civilisation torréenne par les rebords plats
(1, 2, 3) et l'assiette ou plat (4). Le seul tesson décoré l'est avec
de grosses cannelures (5). Cette céramique, par ses formes et son épais
seur, est visiblement utilitaire.
Monument principal :
Situé au Sud-Ouest du centre du gisement, à l'abri et à l'Est du mass
if rocheux Ouest (Fig. 4).
Le dégagement externe et interne fut entrepris par couches jusqu'à
une profondeur maximum de 4,10 m du sommet des murs existants. Le
monument a un diamètre extérieur de 11 m et celui de la cella 4.50 m.
Sa disposition est la suivante : une entrée et un couloir de 1 m de
large s'élevant d'1 m par des marches sur les 3,50 m de sa longueur
(Fig. 5). Linteau encore en place côté cella. A 2 m de l'entrée exté-
reiure, départ d'un diverticule hélicoïdal au sol dallé aboutissant à la
banquette circulaire comprise entre la coupole de couverture et le som
met du parement extérieur du monument. La cella (Fig. 6) comporte
3 niches dont une seule est encore couverte de ses dalles. Primitivement
un plancher devait s'appuyer d'une part, sur des pierres débordantes
du mur, au niveau de la base des niches, et, d'autre part, sur la partie
supérieure d'un rocher occupant le centre de la cella.
La première couche du remplissage était d'humus, la seconde, repré
sentant à elle seule les 3/4 du comblement, se composait des pierres et
de l'argile provenant de l'effondrement de la couverture en fausse
voûte avec, peut-être, un orifice central ayant fait fonction de cheminée.
La troisième était archéologique au niveau du plancher avec traces de
nombreux foyers non aménagés et sur le même plan desquels étaient SOCIETE PREHISTORIQUE FRANÇAISE 211
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/. /. — Tappa, Mobilier de la cabane A. 4. — Tappa. Extérieur du monument principal. Fie/.
Fig. 5. — Tappa. Entrée du monument principal. SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 213
posés une grande meule dormante, quelques fragments de meules mob
grande iles ainsi partie que stérile. des broyeurs; enfin, la couche sous-jacente était en
une L une du autre De niveau sortie étroite la couloir cella extérieure du cellule partent plancher s'ouvre d'1 au deux sous primitif monument m1 étroits le de niveau volume qui, et couloirs à en du 1,50 un construite plancher diverticule sous m de dalles; l'entrée, et, en descendant après encorbellement. 'l'Un se un à divise hauteur dédale dans en
compliqué, très étroit et peu praticable, débouche à l'extérieur du rao-
Fig. 6. — Tappa. Cella et niche D.
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Destination :
Alors que la cabane de Tappa est un des types d'habitat des hommes
de cette civilisation, le monument principal, comme les autres Torre
isolés ou fortifiés qui ne sont pas funéraires, est très vraisemblablement
un monument cultuel par l'ampleur de sa construction, par le peu de
praticabilité fonctionnelle de sa structure interne, par Péchantillon-
de la céramique plus fine que celle des habitats, enfin et surtout par la
quantité de foyers dont les restes occupaient la quasi-totalité de la sur
face de la cella et des niches latérales.
Chronologie et datation :
L'architecture du monument principal, la portion cyclopéenne de
l'enceinte et par dessus tout le mobilier dont certaines formes sont tra
ditionnelles л du Bronze Ancien égéo-helladique, par exemple le vase
à col et les larges cannelures, donnent une antériorité à ce gis
ement par rapport aux autres monuments torréens déjà fouillés et étu
diés. Nous le plaçons donc dans la première phase, dès l'arrivée de cette
civilisation en Corse, c'est-à-dire dans le Torréen Ancien, entre la fin
du Bronze Ancien et le début du Bronze Moyen.
Deux prélèvements de charbon de bois des foyers du grand monu
ment turent analysés par le Laboratoire Radiocarbone du C.N.R.S. Le
premier, sous le n° Gif 94 A , provient du foyer sur le dallage de la
niche B, donc caractérise une des dernières utilisations du monument;
le résultat est 1907 av. J.-C. ±100 ans. Le second, Gif. 94 B, a été pré
levé dans le niveau le plus bas de la cella, donc appartenant aux pre
miers temps du monument; le résultat est 2218 av. J.-C. ± 110 ans
D'après ces analyses, ia durée d'occupation du gisement fut d'environ
300 ans.
Ces dates sont de premier abord surprenantes et tirent à conséquences,
aussi nous devons absolument, avant de nous en servir pour placer Tap
pa en chronologie absolue dans le classement de la civilisation torréenne,
nous assurer qu'elles seront confirmées par les analyses des prélève
ments que nous ne manquerons pas d'intensifier au cours de nos pro
chains travaux dans le gisement de Tappa et dans d'autres Torre.
Conclusions :
Ce que nous tenions à annoncer dans la présente communication est
le recul dans le temps ,sans autres précisions pour le moment, de cer
tains monuments torréens du type de Tappa. Les tous premiers Nuraghi
(proto-Nuraghi) de Sardaigne et, peut-être aussi, les Talayots
(proto-Talayots) des Baléares, considérés comme ayant suivi une évo
lution synchrone et qu'on faisait apparaître au plus tôt dans ces îles
entre le xive et le xnte s. av. J.-C, en seront-ils affectés? La question est,
une fois de plus posée.
Mais, pour le présent, Tappa nous a apporté quelques compléments
sur nos connaissances des Torre. Il confirme, en outre, la présence
d'une banquette, surélevée, nous éclairant de ce fait sur la structure in
terne et l'aspect général du monument de Foce (4) par la destination
du large diverticule Sud-Ouest qui était en réailté un couloir d'accès
(4) R. Grosjean. - — Deux monuments circulaires mégalithiques de la
moyenne vallée du Taravo, Gallia Préhistoire, I, 1958, pp. 1 à 38.