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Le Néolithique ancien de l'abri d'Araguina-Sennola (Bonifacio, Corse) - article ; n°1 ; vol.69, pg 376-388

De
14 pages
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1972 - Volume 69 - Numéro 1 - Pages 376-388
Résumé. — L'abri sous roche ďAraguina-Sennola dont l'étude se poursuit depuis 1966 a permis d'identifier un niveau du Néolithique ancien méditerranéen (couche XVII), qui fut daté de 4700 ± 140 B.C. et qui livra un ensemble d'informations relatives au genre de vie de ces préhistoriques. Collecteurs de coquillages, pêcheurs, chasseurs et peut-être agriculteurs, ces Néolithiques inhumaient leurs morts dans l'habitat, à proximité du foyer. Le commerce était assez développé avec des groupes situés hors de l'île en vue de leur approvisionnement en silex et en obsidienne. Le mobilier céramique est typique avec des décors variés où impressions à la coquille et motifs poinçonnés dominent. Le matériel lithique obtenu surtout à partir du silex, comprend de nombreuses armatures de trait à tranchant transversal.
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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François de Lanfranchi
M.-C. Weiss
Le Néolithique ancien de l'abri d'Araguina-Sennola (Bonifacio,
Corse)
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1972, tome 69, N. 1. pp. 376-388.
Résumé
Résumé. — L'abri sous roche ďAraguina-Sennola dont l'étude se poursuit depuis 1966 a permis d'identifier un niveau du
Néolithique ancien méditerranéen (couche XVII), qui fut daté de 4700 ± 140 B.C. et qui livra un ensemble d'informations relatives
au genre de vie de ces préhistoriques. Collecteurs de coquillages, pêcheurs, chasseurs et peut-être agriculteurs, ces
Néolithiques inhumaient leurs morts dans l'habitat, à proximité du foyer. Le commerce était assez développé avec des groupes
situés hors de l'île en vue de leur approvisionnement en silex et en obsidienne. Le mobilier céramique est typique avec des
décors variés où impressions à la coquille et motifs poinçonnés dominent. Le matériel lithique obtenu surtout à partir du silex,
comprend de nombreuses armatures de trait à tranchant transversal.
Citer ce document / Cite this document :
de Lanfranchi François, Weiss M.-C. Le Néolithique ancien de l'abri d'Araguina-Sennola (Bonifacio, Corse). In: Bulletin de la
Société préhistorique française. 1972, tome 69, N. 1. pp. 376-388.
doi : 10.3406/bspf.1972.8172
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1972_hos_69_1_8172•
Bulletin de la Société préhistorique française, tome 09, 1972, Htudes et Travaux, fascicule 1.
Le Néolithique ancien de l'abri ďAraguina-Sennola
(Bonifacio, Corse)
Le mobilier caractéristique et la sépulture découverts en 1971
par F. de Lanfranchi et M.-C. Weiss
Résumé. — L'abri sous roche ďAraguina-Sennola dont l'étude se poursuit depuis 1966 a permis d'ident
ifier un niveau du Néolithique ancien méditerranéen (couche XVII), qui fut daté de 4700 ± 140 B.C. et qui
livra un ensemble d'informations relatives au genre de vie de ces préhistoriques. Collecteurs de coquillages,
pêcheurs, chasseurs et peut-être agriculteurs, ces Néolithiques inhumaient leurs morts dans l'habitat, à proximité
du foyer. Le commerce était assez développé avec des groupes situés hors de l'île en vue de leur approvisionnement
en silex et en obsidienne. Le mobilier céramique est typique avec des décors variés où impressions à la coquille
et motifs poinçonnés dominent. Le matériel lithique obtenu surtout à partir du silex, comprend de nombreuses
armatures de trait à tranchant transversal.
L'étude de l'abri sous roche d'Araguina-Sen- de profondeur. Au total, cinquante et une strates
nola, commencée en 1966, a déjà donné lieu à ont pu être dégagées (fig. 1).
une communication collective préliminaire (1) De la couche VII à la couche XVII, les vestiges
relative aux phases d'occupation les plus récentes rencontrés sont à rattacher au Néolithique. Le
du gisement. fait important à noter est l'évolution d'un Néo
lithique ancien à un Néolithique récent (XIII), Après ce premier travail, nous avions l'inten
avec dans la couche XV, une culture qui pourrtion d'attendre le dégagement du niveau le plus
ait appartenir à une phase moyenne du Néolibas pour publier l'ensemble de la séquence.
thique. Ce serait donc un Néolithique moyen Cependant, la campagne de fouilles de 1971
clairement situé du point de vue stratigraphi(décapage des couches XVI et XVII) nous a per
que ; cependant, la pauvreté relative du matérmis d'identifier un niveau du Néolithique ancien
iel recueilli dans cette couche nous interdit qui, par ses structures, son mobilier et la pré
pour le moment de donner une définition présence d'une sépulture, nous incitait à faire
cise de cette phase d'occupation. connaître immédiatement des informations à la
Quant au Néolithique ancien de l'abri, renfois très originales et importantes pour la
contré dans la couche XVII, il est nettement connaissance du Néolithique ancien méditerra
séparé des niveaux XIII a et XV a par un horizon néen de la Corse. L'étude détaillée devant être
clair pratiquement stérile correspondant aux couprésentée dans le travail ultérieur de synthèse,
ches XIII b, XIII c, XIII c', XIV b, XV b, XVI a, il ne s'agit ici que d'exposer les résultats les plus
b, c, d, e, f. pertinents.
Il en est de même pour les deux autres
horizons, récent et moyen, bien isolés par des 1. Position stratigraphique. niveaux qui, sans être tout à fait stériles, sont
La publication préliminaire mentionnée ci- cependant pauvres en mobilier et de couleur
claire tranchant nettement sur les niveaux somdessus ne concernait que les sept niveaux supé
bres d'occupation (fig. 1). rieurs (soit trente-cinq strates). En juillet 1971,
nous avons atteint le niveau XVIIe situé à 4,45 m Nous aurions donc à Bonifacio une séquence
exceptionnelle nous permettant de retracer, entre
autres, la succession des diverses phases d'occu
pation néolithiques. Le niveau XVII est, jusqu'à (1) GAGNIÊRE S., I^ANFRANf.IIT F. DE, MlSKOVSKY J.-C, PllOST M., Renaui.t-Miskovsky J., Weiss M. -С. — L'abri d'Araguina-Scniioln présent, l'élément le plus important de cette à Bonifacio (Corse). Bull, de la Soc. préh. fr., tome 6(i, 10fi!), séquence en raison de sa richesse en mobilier et Etudes et travaux.
376 36
37 г 7 А?
Ъ8
А 8
Fig. 1. — Abri d'Araguina-Sennola. Coupe latérale gauche.
377 :
.
des informations livrées par ses structures (voir coquillages, mais aussi des vestiges lithiques et
coupes). Il se compose de cinq strates que nous céramiques ; c'est ainsi, par exemple, que le
avons brièvement décrites dans le tableau ci- foyer F3 livra plusieurs fragments de la partie
inférieure d'un vase à fond rond (fig. 7, n° 6). dessous :
Ccuche Couleur Nature du sédiment Foyers
XVII a Brun pâle Couche Présence de quelques filets cendreux. sableuse b Brune
XVII с Grij brun clair (partie supérieure) Couche sableuse et cendreuse. 3 foyers Fl, F2
et brun gíis foncé (partit inférieure) et F3
.,. XVIÍd Brun pâle Couche sableuse
XVII e Gris brun clair et brun paie d'une alternance de niveaux gris brun 1 foyer
clair cenurtux et brun pâle sableux.
2. Les structures (fig. 1 à 3). Cependant, la zone la plus intéressante de la
couche XVII est évidemment celle de la sépulLes deux niveaux supérieurs de la couche ture. Nous ne reviendrons pas sur la concentXVII (XVIIa et XVIIb) ne renferment aucune ration de blocs de pierre (dans le secteur nord-
structure identifiable. En revanche, le niveau ouest de la fouille), car elle ne montre aucune XVIIc a donné, sur une superficie très réduite organisation vraiment identifiable, ce qui est (2 m2 environ), un ensemble d'éléments assez peut-être dû au fait que la surface fouillée est intéressants : trois foyers situés immédiatement assez étroite. au-dessus d'un horizon qui a livré une sépulture Quant au squelette (fig. 3 et 4), il offre la partientamée par une fosse de forme sans doute ova- cularité d'avoir été coupé vers la partie supé- laire. Devant la sépulture se trouvait une concent
ration de blocs de dimensions notables (fig. 3).
Dans la couche XVIIe, sous le foyer F3 de
XVIIc, séparé de celui-ci par une strate brun pâle
sableuse se tenait un autre foyer dont la zone
charbonneuse atteignait 17 cm de hauteur. Les
fragments de charbon de bois étaient souvent de
grande taille. A l'intérieur de ce foyer, de très
nombreux fragments osseux calcinés furent
recueillis.
Les trois premiers foyers de XVIIc (Fl, F2, F3)
sont quelque peu différents du foyer de XVIIe.
Dans le foyer Fl et tout autour, on détermina
une grande concentration de bigorneaux brisés
^ч>« en menus morceaux. Une telle concentration avait
été rencontrée dans la couche XVIIa. Il va sans
dire que cette fragmentation de bigorneaux nous
paraît intentionnelle, mais le but de l'opération
nous échappe pour le moment ; il est trop facile
de penser à la préparation d'appâts pour la
pèche. De toute façon cette explication ne peut
nous satisfaire, le concassage, dans un tel cas,
se faisant sur le lieu de l'action. Il n'est pas
impossible par contre que les bigorneaux aient
été utilisés, de même que de nombreux autres
coquillages de la couche, comme éléments de
repas.
Les deux autres foyers du niveau XVI le ont
des dimensions plutôt réduites (en fait, il s'agit
de bords de foyers). Seul le foyer 3 semble être
appareillé. Il faut noter que la partie de XVIIc
fouillée en juillet 1971 correspond à un niveau de
foyers et l'on peut considérer que la presque tota
lité du sédiment a été contaminée par eux (fra
gments de charbon épars sur la surface de fouille).
Les foyers renferment de nombreux fragments
Via,. XVII 2. с — en Abri cours d'Araguina-Sennola. de dégagement, et sa Le position squelette stratigraphique. de la couche osseux, notamment de Prolagus, ainsi que des
378 rieure du bassin, Or cette coupure se trouve au flexion du métacarpien. Le bras gaucîie forme un
niveau du bord de îa cavité de forme sans doute angle de 45 avec îe thorax. Le coude est en
ovalaire mentionnée plus haut. Il est donc permis flexion maximum ; la main repose à plat sous
d'avancer que les Néolithiques ayant occupé ult la mandibule. Les doigts sont alignés.
érieurement le site ont détruit la moitié inférieure Le crâne, tourné à gauche (Sud-Ouest), surdu squelette en creusant une fosse dans un but monte une mandibule qui paraît spécialement qui reste à préciser. De toute façon, il ne semb robuste, épaisse. Les os du crâne sont aplatis le pas possible, dans l'état actuel des connais dans le sens latéral et un fragment de l'orbite sances, de retenir la mutilation volontaire du droite s'est détaché et a subi un déplacement de corps. Quoi qu'il en soit, la partie préservée, 2,5 cm vers le bas. Un os de Prolagus a été trouvé entièrement enrobée dans une couche de cendres sur l'articulation maxillaire. Le squel tte est ceblanches, présente des particularités intéres rtainement celui d'un adulte, les os u« ^;v santes. étant bien soudés. Par ailleurs, sur quelques
vertèbres (ь5, L4, D10) l'on remarque de petits
Position du squelette (2). bourrelets (signe d'arthrose). Les os, de couleur
rouille, ne présentent aucune trace de calciIl est sur le dos (fig. 3 et 4). La colonne verté nation. brale, orientée Nord-Sud (bassin au Sud), offre
une courbure dorsale supérieure moyennement
marquée, à concavité gauche ; la courbure cervi
cale, peu marquée, montre une concavité droite.
Les côtes sont dirigées vers le bas. Le sternum
se trouve légèrement au-dessous des corps verté
braux : il y a donc eu un déplacement certain
en direction du bas.
Le bras droit est plié, l'avant-bras se situant
au niveau de la première vertèbre lombaire. La
main est repliée sur l'avant-bras avec une forte
ig. 4. — Abri d'Araguina-Sennola. Le squelette de la couche XVII с
L'environnement.
Sur un petit surplomb rocheux que nous avons
signalé, à proximité immédiate du corps, avait
été posé un petit vase à fond rond, en argile non
cuite, contenant une substance sableuse rougie.
Cette découverte renforce évidemment l'hypoFig. 3. — Abri d'Araguina-Sennola, couche XVII с Situation de la sépulture. thèse d'une sépulture volontaire.
La sépulture d'Araguina-Sennola présente avec
celle de Saint-Julien (fouillée en 1970 et dont
l'étude se trouve en annexe de cette communic(2) Nos remerciements vont au docteur Bonzon qui a bien voulu nous faire profiter de ses observations pertinentes. ation) des analogies certaines, ce qui nous per-
379 met de situer approximativement, cette dernière, plus évoluées. Les éclats (fig. 8, nos 10, 11, 12, 13)
sont plus nombreux que les lames (fig. 8, nos 14, privée malheureusement de tout matériel lithique
ou céramique. Parmi ces analogies nous retien 15, 16).
drons avant tout :
— la situation du squelette dans une couche
cendreuse ;
B. — Le matériel céramique (fig. 5 à 7) — la position du crâne, sons un surplomb
rocheux ;
— la présence autour du corps d'un assez Les vestiges céramiques sont assez abondants ; grand nombre d'ossements de Prolagus ; plusieurs décorations ont pu être déterminées, — peut-être également, la disparition de la les plus fréquentes étant les décors impressionnés
partie inférieure du corps ; au poinçon, associées ou non à des cordons recti
., — enfin, la sépulture se trouve à la base d'une lignes.
importante séquence stratigraphique.
Ces quelques indications rendent plausible 1. Les décors poinçonnés (fig. 5). l'hypothèse de la contemporanéité des deux squel
ettes. La céramique montrant un décor poinçonné
est généralement mal cuite ; quelques paillettes
de mica sont visibles à la surface. 3. Le mobilier.
— céramique à champ poinçonné.
Il ne s'agit pas d'une étude exhaustive du Un tesson de petite taille est entièrement coumobilier recueilli mais d'une sélection de ce qui vert d'impressions à cru, au poinçon, disposées nous paraît être le matériel le plus caractéris sans ordre (fig. 5, n° 1). Quatre autres ont été tique de cette civilisation. recollés et sur deux d'entre eux on remarque une
zone réduite (limitée par deux lignes se rencon
trant à angle droit) présentant également ce
décor (fig. 5, n° 4).
A. — L'industrie lithique Un autre tesson est impressionné selon la
même technique et offre trois rangées rectilignes
parallèles (fig. 5, n° 2). Les armatures de trait à tranchant transversal
(fig. 8). — céramique montrant l'association cordon
en relief-impressions au poinçon. Cette étude concerne la couche XVII, mais on
Un tesson de cette catégorie possède une double peut noter la présence d'une armature de trait
à tranchant transversal, en XVIf, en silex. Dans n" rangée 4). Deux poinçonnée autres d'un ont une côté seule du cordon rangée (fig. d'im6, la couche XVIIc, neuf armatures furent identif
iées, huit en silex et une en obsidienne. Les n° pressions 3 et fig. de 6, chaque n" 3). Sur côté l'un du des cordon tessons (fig. une 5, armatures en semblent appartenir à six
rangée est à impressions circulaires (semblables catégories :
aux impressions décrites ci-dessus) alors que a) Trois armatures trapézoïdales allongées à base étroite et
l'autre présente des impressions assimilables à à bords rectilignes abattus. La plus grande d'entre elles offre des tirets (fig. 6, n° 3). un profil nettement sinueux (fig. 8, nos 1, 2, 3).
b) Deux armatures trapézoïdales allongées à base large et à Une anse à oreille (fig. 6, n° 1), massive, obli
bords rectilignes abattus (fig. 8, nos 4 et 5). que par rapport à la paroi du vase, avec une
c) Une armature trapézoïdale à base large, à bords abattus perforation cylindrique, porte également un déet légèrement concaves (fig. 8, n° 6). Elle est très mince. cor poinçonné de part et d'autre de la perfo
d) Une petite armature trapézoïdale à base étroite, à bords ration, au niveau des deux lobes qui eux-mêmes
abattus légèrement concaves. Elle présente une arête (fig. 8, n° 7). semblent être prolongés par un cordon en relief.
e) Une armature en obsidienne, trapézoïdale, à bords offrant Les impressions se situent d'un seul côté du une retouche bifaciale. La base présente une retouche unifaciale cordon, sur trois lignes dont deux sont parallèles. sur le revers (fig. 8, n° 9).
f) Une armature triangulaire dissymétrique à bords abattus
(fig. 8, n° 8). 2. Les décors impressionnés non poinçonnés.
Un bord de vase à lèvre aplatie, avec sur le Le reste de l'outillage lithique (fig. 8). galbe de la panse, un décor cardial paraissant
assez complexe (fig. 5, n° 6), limité dans la partie Plusieurs impressions semblent se dégager supérieure par deux chevrons. d'une première étude de l'outillage lithique. Il
Un autre fragment de bord présente de très est relativement abondant et il se compose essen
légères lignes d'impressions tiretées ou pointil- tiellement de silex et d'obsidienne. La proportion
d'outils en silex est importante, contrairement à lées disposées apparemment de façon plutôt irré
ce que nous avions pu constater dans les niveaux gulière. Près du bord pourrait se trouver un
renfermant des vestiges de cultures néolithiques motif assez effacé.
380 Un très petit fragment offrant un léger cordon
en relief montre trois lignes parallèles d'impres
sions à la coquille situées sur un côté du cordon
(fig. 5, n° 5).
Enfin un morceau de col de vase est orné de
très légères impressions linéaires irrégulières
(fig. 5, n° 1).
3. Les autres décors.
Un fragment de vase à face externe polie pos
sède deux traits cannelés parallèles, obliquer
par rapport au bord, obtenus par grattage à
cuit (fig. 7, n° 4).
Deux autres tessons montrent chacun une
cannelure, assez large dans un cas et très étroite
dans l'autre (fig. 7, nos 2 et 3).
4. Les formes.
Plusieurs bords de vase dont un bord droit de
grand diamètre (fig. 7, n° 5).
D'autre part, nous avons recueilli, dans le foyer
F3 de la couche XVII, sept tessons permettant de
reconstituer la partie inférieure d'un vase à fond
rond de 13,5 cm de diamètre à la cassure et
6,5 cm de hauteur ; sur la paroi de cette poterie
on remarque le départ d'une anse (fig. 7, n° 6). ~' 7
Enfin, rappelons que sur le bord de l'avancée
Pig. 5. — Abri d'Araguina-Sennola. Céramique de la couche rocheuse située au-dessus du crâne humain, fut XVII. découvert un petit vase à fond rond (fig. 7, n° 1),
à bord droit légèrement rentrant, offrant la parti
cularité, par rapport aux fragments céramiques
du niveau XVII, de ne pas avoir été cuit. Son
diamètre externe maximum est de 6,3 cm. La
paroi a une épaisseur de 1 cm.
ii^. 6. — Abri d'Araguina-Seimola. Céramique de la couche i^. 7. — Abri d'Araguina-Sennola. Céramique de la couche
XVII. XVII.
381 11 12 13 14 15 16
Fig. 8. — Abri d'Araguina-Sennola. Industrie lithique de la couche XVII.
— genre de vie axé sur la collecte des coquilС. Le matériel osseux
lages (huîtres, arapèdes, bigorneaux, etc.), la
pêche (quelques restes de poissons), la chasse Très réduit dans cet horizon, il est seulement
(Prolagus, sanglier, etc.) et peut-être l'élevage, représenté par un poinçon.
mais non pas apparemment sur l'agriculture ;
— inhumation individuelle dans l'habitat, près
d'un foyer, avec un rituel funéraire comportant
SYNTHESE, COMPARAISON l'ensevelissement du corps dans de la cendre
ET CONCLUSIONS blanche et le dépôt d'un vase non cuit ;
— existence d'un commerce sans doute assez
développé avec des groupes situés hors de l'île, La couche XVII de l'abri d'Araguina-Sennola,
en particulier pour l'approvisionnement en silex qui appartient donc au Néolithique ancien médi
et en obsidienne ; terranéen, possède des éléments très varies qui
nous permettent de définir partiellement une — mobilier céramique assez typique avec des
culture originale de l'une des premières périodes vases à fond rond et des décors variés (décor
d'occupation de la Corse. poinçonné représenté par trois thèmes : double
ligne, champ à impressions désordonnées, décor La présence d'un tesson impressionné au Car-
associant les poinçonnées et le cordium (fig. 5, n° 6) est certes intéressante, mais
don en relief ; à la coquille et en il ne nous semble pas que ce soit ce type de déco
particulier au Cardium ; décor cannelé ; ration qui puisse caractériser le niveau XVII.
— matériel lithique obtenu surtout à partir du D'ailleurs, à Araguina, les décors céramiques, si
importants jusqu'à présent dans la détermination silex et comprenant des armatures à tranchant
du Néolithique ancien méditerranéen, ne consti transversal ;
tuent vraiment qu'un élément culturel parmi — matériel osseux très pauvre (un seul poin
d'autres, ce qui revient à dire que la station çon fut recueilli).
bonifacienne a livré un ensemble assez complet
Après les découvertes de Bonifacio, le panod'informations pertinentes, relatives non seul
rama du premier Néolithique corse se présenterait ement au domaine lithique ou céramique, mais
ainsi : également à des aspects, moins connus dans le
bassin occidental de la Méditerranée, du genre • un faciès cardial (à Basi), avec de nombreux
de vie des populations du Néolithique dit à cér tessons décorés à la coquille (Cardium et Pec-
amique imprimée. tunculus essentiellement) et une industrie lith
ique à base de lames, offrant comme éléments Dès maintenant on peut avancer que la culture
particuliers des armatures à tranchant transdu Néolithique ancien de l'abri d'Araguina-
versal en silex ; Sennola présente les principales caractéristiques
suivantes : • un faciès à céramique surtout poinçonnée
— habitat sous abri, à proximité immédiate de (à Curacchiaghiu) mais parfois aussi incisée,
la mer : avec une industrie lithique à base d'éclats et des
382 armatures à tranchant transversal en roche <« sciinalamre curviîmee leggere e superfi-
dure ■ c=tiii s, i:g. о, и. IA> \'O;.
• un faciès bonifacien (défini ci-dessus), diffé Enfin, le motif d»: la double ligne poinçonnée
rent des deux faciès précédents. (fig. 10.), qui caractérise essentiellement le Néo
lithique ancien méditerranéen de Curacchiaghiu Quant à la culture de l'abri ])' de Fili.tosa, il
est assez difficile pour le moment de la placer n"s (4), 3 est et attesté 4), associé à Aragui.aa cependant (fig. 5, à un n" 3 cordon et fig. en 6,
dans ce tableau, du fait de !a rareté des indi
relief. cations fournies jusqu'à présent et aussi en
raison de la nature de son mobilier lithique et
céramique qui montrerait, à la fois, des analo Le lithique.
gies avec celui de Curacchiaghiu et avec °elm
On remarque à propos des armatures de r lit de Basi.
ij ne celles de Basi (3) sont en silex, qu'à Levie, Notons enfin que le Néolithique ancien du dans le niveau le plus ancien, elles sont en roche centre et du Nord de la Corse est trop mal connu dure et qu'à Bonifacio, sur neuf armatures, pour entrer dans une étude comparative. une seule est en obsidienne.
Heureusement, ainsi que nous l'avons indiqué,
les autres stations corses du Néolithique ancien Datation absolue. nous donnent déjà la possibilité de tenter quel
ques rapprochements. Le mobilier de la couche Grâce à l'obligeance de Madame Delibrias,
XVII de l'abri d'Araguina présente des affinités nous avons pu obtenir du Laboratoire de Gif-
avec celui qui fut trouvé dans les trois sites sur-Yvette la datation, par la méthode du C. 14,
de Basi (3), de Curacchiaghiu (4) et de Fili- de charbons provenant de la couche XVII de
tosa (5). l'abri d'Araguina. Les résultats sont les sui
vants :
La céramique. Gif 2 324 (foyer F 3 - 4,25 m) : 6 430 ± 140 ans,
soit 4480 av. J.-C. Le trait cannelé rectiligne (fig. 4, n° 7, 3 a)
Gif 2 325 (— 3,92 m) : 6650 ± 140 ans, soit de la couche VI de Basi n'est pas sans rappeler le
décor du tesson bonifacien (fig. 7, n° 2). Quant au 4700 av. J.-C.
motif poinçonné (fig. 5, n° 12, 3 a), il est sem « Malgré l'inversion apparente d'âges, ces
blable aux tessons d'Araguina à impressions deux niveaux doivent être considérés comme con
désordonnées (fig. 5, nos 1 à 4). temporains ».
Le poinçonné linéaire (fig. 7, n° 2) se retrouve
à Filitosa (5) (flg. 7, n° 13 et fig. 8, n° 11).
Un tesson très fragmenté trouvé à Basi (3 b)
(fig. 20, n" 7), met en évidence, comme à Bonif
acio, n° 5). l'association cordon-impressions (fig. 5, En définitive, l'étude de la civilisation du Néo
lithique ancien de l'abri d'Araguina-Sennola nous
paraît offrir un assez grand intérêt en raison de Le vase à décor peint et impressionné de Basi
la variété et de l'originalité des informations (3 b) que l'on peut voir à la figure 25, offre, en
livrées. Il n'est pas exagéré de prétendre qu'elles ce qui concerne le décor poinçonné, certaines
permettent de mieux comprendre l'ensemble du similitudes avec l'anse de l'abri d'Araguina
Néolithique ancien de l'île. Or, la couche XVII (fig. 6, n' 1).
n'est pas la dernière couche archéologique du La légère cannelure gravée à cuit sur un tesson site ; en effet, lors du sondage préliminaire de notre abri (fig. 7, n° 4) se retrouve à Filitosa effectué en avril 1966, il avait été repéré, à un
mètre environ sous le niveau situé à 4,40 m
(c'est-à-dire celui de la couche XVII), un horizon
archéologique renfermant quelques vestiges lithi- (3) Bailloud G. — a) Fouilles de Basi (Scrra-di-Ferro). ques et céramiques (1). Cette couche inférieure Campagne 1968. Corse Historique, IXe année, 1er tr. 1969, n° 33 ; b) Fouilles d'un habitat néolithique et torréen à Basi (Serra- appartiendrait donc à un Néolithique plus di-Ferro) Corse. Premiers résultats, Bull, de la Soc. préhist. ancien que le Néolithique ancien du niveau fr., tome 66, Etudes et travaux, 1969.
XVII ; cette indication prouve une fois encore (4) Lanfranchi F. de. — La grotte sépulcrale de Curacchiaghiu
(Levie, Corse). Bull, de la Soc. préhist. fr., tome LXIV, 1969. l'importance exceptionnelle, dans la préhistoire (5) Atzeni E. — L'abri sous roche D' du village préhistorique de la Corse, de la séquence stratigraphique du de Filitosa (Sollacaro, Corse) Congrès Préhistorique de France, gisement bonifacien. Ajaccio, 1966.
383 1 Annexe
La sépulture de Saint-Julien (1)
La sépulture de la couche XVII с d'Araguina- caire) qui offre des avancées notables, et la partie
Sennola est la seule inhumation du Néolithique inférieure qui est un remplissage de 28 m
corse bien située dans une séquence stratigraphi- de long.
que. Son étude nous permet d'exposer les résul
tats acquis à Saint-Julien (Bonifacio) au cours a) La partie rocheuse supérieure. du mois de juillet 1970.
On voit nettement à la base de cette partie La vallée de Saint-Julien, ouverte à l'Ouest rocheuse une avancée calcaire couvrant tout le sur la mer et s'adossant à l'Est au plateau de remplissage et constituant sans doute le reste de Saint-Julien, a une largeur moyenne de 200 m. la voûte d'un abri. Abritée au Nord, au Sud et à l'Est, elle ne reçoit
que les vents d'Ouest, humides, venant de la
mer. Cette vallée prolonge à l'Est l'extrémité du b) Le remplissage (fig. 10).
goulet de Bonifacio. D'un aspect homogène, il ne laisse voir aucune Au fond de la vallée, sur le versant nord, discontinuité dans les couches archéologiques. immédiatement au-dessous du plateau de Saint- Cet abri est, pour le moins, endommagé à tel Julien, à proximité de la R.D. 58 (Bonifacio-
Santa-Manza), se trouve (2) la station préhistori
que (fig. 9) faisant l'objet de la présente note (3).
Bonifacio. COR SE
Sechon К Feuille 2
50 m I V * ' • •* * *• с •" 9 - ° ° ° ° ° ° °
100-
Fig. 9. — Plan cadastral du site de Saint-Julien.
Elle offre dans son état actuel l'aspect d'un
talus de 5 à 10 m de hauteur maximum, obtenu
par les travaux récents d'un bulldozer lors de la
mise en valeur du domaine de Saint-Julien par
son propriétaire. Ce talus présente deux parties
distinctes : la partie supérieure rocheuse (cal- 150
(1) Nous remercions M. le Pr Seraflno, propriétaire du domaine de Saint-Julien, de son extrême amabilité et des diverses autorisations dont nous avons pu bénéficier pour mener à bien notre fouille.
(2) Parcelle 348, section K, feuille n° 2 du plan cadastral de
la commune de Bonifacio. Faune pierres
(3) Nous lui avons donné le nom de station Ferton en hom Fig. 10. — Abri de Saint-Julien. Stratigraphie du secteur O. mage au premier préhistorien de la région bonifacienne.
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