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Le quasi-impeachment du président Collor. Questions sur la « consolidation de la démocratie » brésilienne - article ; n°1 ; vol.44, pg 23-48

De
27 pages
Revue française de science politique - Année 1994 - Volume 44 - Numéro 1 - Pages 23-48
26 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Monsieur Stéphane Monclaire
Le quasi-impeachment du président Collor. Questions sur la «
consolidation de la démocratie » brésilienne
In: Revue française de science politique, 44e année, n°1, 1994. pp. 23-48.
Résumé
Comme beaucoup de ses prédécesseurs, le président Fernando Collor de Mello n'a pu achever son mandat. Démissionnant
quelques heures avant que le Sénat fédéral ne vote sa destitution pour corruption et forfaiture, il a été remplacé à la tête de l'État
par un homme indécis. Dégager la signification politique de ce quasi-impeachment oblige à s'interroger sur les conditions et les
circonstances l'ayant autorisé. Sont ainsi mises en avant la contestation chronique d'une institution présidentielle très convoitée,
la déréliction initiale de Collor, les mobilisations multi-sectorielles et les convergences d'intérêts qui lui furent fatales. Ce faisant, il
apparaît que ce quasi-impeachment constitue moins une avancée qu'un grippage de la consolidation de la démocratie
brésilienne.
Abstract
his removal for corruption and breach of duty, he has since then been replaced as head of state by an indecisive mon. To fully
understand the political significance of this near-impeachment one must ascertain the conditions and circumstances that allowed
it. Chronic contestation of a highly coveted presidential institution, Collor's initial dereliction, various mobilizations, and a fatal
convergence of interests are thus put forward. It appears that this near-impeachment was less an advance than a gridlock in the
strengthening of Brazilian democracy.
Citer ce document / Cite this document :
Monclaire Stéphane. Le quasi-impeachment du président Collor. Questions sur la « consolidation de la démocratie »
brésilienne. In: Revue française de science politique, 44e année, n°1, 1994. pp. 23-48.
doi : 10.3406/rfsp.1994.394808
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsp_0035-2950_1994_num_44_1_394808LE QUASI-IMPEACHMENT
DU PR SIDENT COLLOR
Questions sur la consolidation
de la démocratie brésilienne
STEPHANE MONCLAIRE
Une
rité procédure propager intronisation Toutefois compris fréquente4 enrichissement Elysée secrète ques en vation corruption puisse mar repousser Presses sénateurs rant la avant lor qui de viennent la impeachment ajoutaient les 18 juin France mise cette les agissent parlementaires2 est Franco qui les La Au Cf et que 1992 écouter de principes de être Pequeno comme aura nando abus corruption en crise1 la la font sens Plus députés brésilien En egoïsme destituer ne ses de les ne presse malgré passive Fondation et fois pour avènement enfin place office assurait du officielle en entamée donné ce effet les des prononcent achève pas Collor droits ou sur les éditorialistes3 serait crime qui il son quotidienne de que compétiteurs juillet grande grands atteint lesquels financer dirigé un brésiliens était principaux cet achevé par est la bureaucratique et nationale Etat et plus Car nom civiques Inversement la intérim de indignation contraire et corruption de Michel forfaiture Itamar ultime 1992 des expediente déjà régime son les par moralisation une pays se condamnait les Mello le sa responsabilité son est niveaux du au fonde et partis des magouilles procès 29 des constitué Quant Dobry décidaient 27 destitution acteurs impunité rebondissement Toutefois mandat au classe Brésil sciences probe la Trois septembre aura pour septembre Franco rhétoriquement est hommes et loi Le bien Brésil au Anais laisser dans les devant une est des de mais Fernando terme politique de même et aussi mois campagnes avant supérieurs politiques un Elu siégé Sociologie gains la da engager le probant des 1992 impeachment plutôt cet trop Collor soucieux population de dite est Câmara la vie satisfaire président 1992 Sénat en plus que personnels jour franchir corruption le que élus Chambre enjeu Collor et comme souvent politique saine 1989 système 1986 électorales ceux ces des tard préférait malgré décidait 928 refuser dos corrompus le de affirmaient impeachment une crises aux pour est forme événements enregistrés un Deputados de éduquée ou vice-président au son politique il intérêt jours quelques capturé haute est huit ne factionnels écrasante pas enjeu exigences la elle Planalto la politiques cinq que Destituer échange de encontre pas démissionner doit subséquente au décisif ans République sert est poursuivre et hui en pas laisser selon le général ans par session limité Planalto minutes surtout que premier ne de dénatu ici ch Brésil majo social Pans est pour ceux éthi Col vers Fer trop sur pri Ita- une être les les du se ur Monclaire Stéphane
principes de probité et de justice ait point autonsé la constitution en
enjeu quasi permanent une moralisation nécessaire des comportements
politiques Si bien que les luttes entreprises pour chasser éventuellement
de Etat ceux qui investissaient pour mieux en servir marquaient et
orientaient depuis longtemps la compétition politique brésilienne Certes
importance du poste occupé par Collor et ampleur des sommes
il avait détournées ont accru conjoncturellement acuité de cet enjeu
constamment réactivé Pour autant objectif ne semble pas avoir été
atteint Deux indices au moins le suggèrent ce jour janvier
1994) Fernando Collor est resté un homme libre et fortuné les juges ont
toujours pas décidé de son incarcération ni confisqué les 10 millions de
dollars litigieusement acquis Et le nombre élus peu inquiétés pour les
scandales auxquels ils ne cessent être mêlés guère diminué
En fait pour les parlementaires désireux de destituer Collor
essentiel était pas de pourfendre les corrompus combat dont ils
auraient ailleurs pu être les premières victimes) mais installer au
Planalto un vice-président espéré malléable puisque connu pour son
indécision et de provoquer ainsi une nouvelle donne pouvant les servir
En effet dans un pays où chaque nouveau président procède dès son
arrivée un changement de gouvernement et des centaines de nomi
nations ou de substitutions au sein de la haute administration beaucoup
élus ont vu dans impeachment la possibilité obtenir un poste pour
eux-mêmes ou leurs clients De même travers cette destitution beau
coup visaient une recomposition des alliances politiques permettant une
définition de politiques publiques plus conformes leurs intérêts immé
diats Cette nouvelle donne politique et les profits elle leur laissait
entrevoir constituaient donc pour eux enjeu principal de impeachment
enjeu autant plus important que le Brésil était la veille élections
cruciales municipales en octobre 1992 référendum sur le système de
gouvernement au début de 1993 législatives et présidentielle la fin de
1994 Remplacer Fernando Collor par Itamar Franco et bénéficier des
positions ou des ressources nées de ce changement la tête de Etat
pouvaient les aider remporter ces scrutins1 Evidemment ces entrepre
neurs politiques tentaient de dissimuler la réalité de cet enjeu peu avoua
ble en clamant haut et fort sans exclure ailleurs que ces objectifs
officiels puissent leur sembler justes que impeachment avait pour
ambition que de punir un président voleur et de mettre la tête du
Brésil une équipe hommes qui assurera le redressement du pays
Présenter ainsi leur action tendait la rendre désintéressée et contribuait
du même coup améliorer leur image auprès un électoral qui massi
vement selon les sondages accordait aucune confiance au personnel
politique et aux partis En taisant leurs intérêts premiers et en se don-
Les entrepreneurs politiques étaient pas les seuls attendre de impeachment
des avantages en termes de carrière Pour tels journalistes ou hommes de droit par
exemple apporter des preuves de la corruption du chef de Etat ou poser en termes juri
diques la situation de Collor leur permettait de progresser dans le métier de journa
liste ou de se faire reconnaître parmi les juristes
Propos de tribune tenus par les députés au moment où la corruption de Collor
est connue cf Pequeno ou grande expediente Anais da Câmara dos Deputados ses
sion du 18 juin 1992 et du juillet 1992 Le quasi-impeachment du président Collor
nant des ambitions qui correspondaient au unanime de la popu
lation les élus se présentaient comme de purs représentants comme
le bras vigoureux qui ne fait que réclamer ce que la nadon exige
Car une part on vu la moralisation de la vie politique était per ue
comme une des attentes les plus partagées de la population autre part
et bien que les décisions du pouvoir politique aient rarement sur évo
lution de la conjoncture économique incidence que leur prêtent les
acteurs impatients endosser la paternité de la moindre amélioration ou
de nier toute responsabilité dans la détérioration de la situation économi
que) les Brésiliens souffraient de trop de maux pour ne pas espérer un
redressement et en supposer le gouvernement capable Ces maux sont
connus misère violence chômage Ils découlent principalement de
incapacité de Etat assurer exercice de ses fonctions régaliennes et
fournir la preuve de son rôle providentiel tant il est miné par son bas
niveau de bureaucratisation et par insuffisance de son budget insuffi
sance principalement due au remboursement une dette colossale et
une évasion fiscale dont le montant est égal celui des recettes Ils
résultent aussi une redistribution des richesses quasi inexistante alors
au moment de impeachment le Brésil disposait du onzième PIB de
la planète 48 de sa population vivait en de du seuil de pauvreté
Dans un tel contexte redresser le pays était plus une promesse mais
une urgence que tout homme se devait de faire sienne
impeachment laissait espérer un autre changement la transforma
tion des rôles institutionnels puisque pour nombre de dirigeants politi
ques le sort de la présidence de la République et le retour un régime
congressionnel dépendaient de sa réussite Certes approche du réfé
rendum animait déjà la vieille querelle sur les prétendus avantages du
présidentialisme et du parlementarisme donc sur les rôles de la Prési
dence et du Congrès Mais durant été 1992 un éventail plus large de
rôles vinrent être discutés et leurs titulaires être contestés En effet
les partis la justice diverses structures de exécutif du Sénat ou de la
Chambre des députés ne furent pas longtemps épargnés par les critiques
dirigées contre les hommes qui les incarnaient Il est vrai que plus ces
hommes se déchiraient sur leurs responsabilités respectives quant la
corruption généralisée aux sommets de Etat et plus ces institutions
étaient soup onnées de nuisance Plus ils se divisaient sur la nécessité
ou la fa on de mettre en cause la responsabilité de Collor plus ils
affrontaient sur ce que devait être après-Collor plus ces institutions
semblaient coupables de bloquer toute transformation sociale et inter
dire toute alternance politique majeure Bref leur transformation devenait
un enjeu central importance de tels affrontements sur la forme des
institutions conduit se poser la question suivante les acteurs concernés
redoutaient-ils le passage un régime pluraliste formel une démocratie
plus effective Autrement dit craignaient-ils ce Adam Przeworski
l.Ibid
Expression rendue célèbre par le futur président nord-américain Woodrow Wil
son alors il tentait de rendre compte de la séparation des pouvoirs aux Etats-Unis
la fin du 19e siècle
25 Stéphane Monclaire
nomme incertitude conditionnelle Si on fait cette hypothèse
impeachment de Collor prend alors valeur de test dans le processus
clef de consolidation de la démocratie En effet la phase de démocra
tisation entendue comme processus de soumission de tous les intérêts
la compétition de incertitude institutionnalisée succède ce moment
capital où le personnel politique et essentiel des agents sociaux sont
amenés accorder leur confiance aux institutions leurs relations et
aux modalités de la redistribution périodique des postes sur la base de
la valeur ordre ils leur reconnaissent3
avancée de Etat de droit est peut-être une le on apparente
et hâtivement tirée par la presse internationale de ce processus
complexe de crise Certes sur un continent où les chefs Etat étaient
ici déposés par armée ce sont des articles de droit et non des
chars qui ont forcé Collor au départ De même dans un pays où
nombre élus ont impunément profité de leur mandat pour accroître
frauduleusement leur fortune personnelle est la première fois un
président est vu opposer sur ce motif une procédure impeachment
inscrite dans chaque Constitution depuis plus un siècle Mais cela ne
doit pas faire oublier essentiel Collor seul civil ayant accédé au
Planalto par le suffrage universel depuis 1960 pu instar de
beaucoup de ses prédécesseurs achever son mandat Autrement dit cet
impeachment ne marque pas forcément le début une ère politique nou
velle dont la dépatrimonialisation de Etat et le respect du droit seraient
les deux caractéristiques En fait il maintient plutôt le Brésil dans aire
de ces régimes ce point minés par les legs du populisme et de auto
ritarisme et par ambivalence des intérêts dans une société profondé
ment inégalitaire que les tensions qui en émanent placent les dirigeants
sur un siège éjectable Le départ forcé de Collor est pas le fait
irrésistibles determinismes ni des effets un processus continu de
démocratisation Mais il se comprend au regard un changement impré
visible des conditions de possibilité qui au fil de leur imbrication et
de leurs métamorphoses ont permis cette issue4 On efforcera donc
Dans une démocratie selon cet auteur bien que les résultats de la compétition
politique ne relèvent pas tous du même degré de probabilité et puissent donner lieu des
pronostics acceptables personne ne peut avoir la certitude que ses intérêts emporteront
en dernière instance Parce que nul est protégé par le simple mérite de sa position
tous les acteurs soucieux de satisfaire leurs intérêts doivent lutter de fa on réitérée cf
Capitalism and social democracy Cambridge Cambridge University Press 1985
chap
Przeworski Ama incerteza ser democr tico No vos Estudos Pau
lo) 1984 37
Cf Norberte Lechner Los patios interiores de la democracia Santiago de Chile
Fondo de cultura econ mica 1990 chap
Le souci identifier et expliquer les raisons situées en amont de ce genre
événement ne doit pas conduire énoncer celles-ci une manière qui rétrospective
ment tendrait surdéterminer son avènement ou/et le rendre plus prévisible il ne
était Critiquant les dérives finalistes ou téléologiques de toute reconstruction du passé
trop oublieuse de son déroulement casuel Albert Hirschman regrettait en ce sens que
sommés indiquer les raisons un événement supposé résulter de enchaînement de
faits antérieurs beaucoup de penseurs soient atteints de ce que Flaubert appelle la rage
de vouloir conclure The search for paradigms as hindrance to understanding
dans bias for hope New Haven Yale University Press 1971 349)
26 Le quasi-impeachment du président Collor
de repérer et analyser les facteurs ayant permis envisager impeach
ment puis ayant favorisé sa réussite
PR SIDENCE ET PR SIDENT
Bien il ne soit pas aisé de détacher la fonction présidentielle de
celui qui occupe il convient dans un premier temps de intéresser au
statut et aux représentations acquis par la Présidence Car si cet
impeachment est celui un homme il est avant tout celui un chef
Etat doté importants pouvoirs constitutionnels et placé la tête un
régime qualifié de présidentiel Autrement dit la première des clefs
de impeachment réside moins dans les agissements de Collor que
dans les caractéristiques une institution présidentielle fa onnée par ses
usages En effet les compétences reconnues la présidence de la Répu
blique ont été modifiées par des recodifications constantes et ces chan
gements se sont le plus souvent opérés dans le sens un accroissement
des pouvoirs du chef de Etat De surcroît bien que les occupants suc
cessifs de la Présidence aient été conduits utiliser institution ou
en servir dans des conditions historiques différentes la primauté du
rôle présidentiel en était trouvée de plus en plus affirmée Au point
que depuis plusieurs décennies institution ouvre son titulaire le pou
voir offir ses clients et leurs fidèles accès aux prébendes et aux
milliers de postes un Etat centralisateur Elle lui donne aussi la capa
cité de réformer ou non la société1 Or non seulement une telle prési
dence donc ce elle est ce elle autorise et ce en quoi elle gêne
travaillait et obsède encore ceux qui ont fait tomber Collor mais
idée même de se défaire du président en exercice est en quelque sorte
induite par histoire de institution Car la présidence se dessine au fil
des contestations ou des renversements de titulaires qui étaient de plus
en plus per us comme pouvant peser sur état de la société et sur la
société de Etat est vrai trop de scrutins supprimés ou truqués
assassinats et de putschs sont venus au Brésil interrompre ou prévenir
un changement politique tant appréhendé pour que ne se soit pas
imposée une culture des élites dans laquelle alternance et incer
titude sont des principes intolérables De la sorte sans voir dans les
man uvres récentes la copie conforme événements antérieurs histoire
de institution présidentielle crée les conditions un possible renvoi de
Collor tant évictions passées constituaient comme une chaîne de
précédents rendant celui-ci aisément concevable Ce double mouvement
entre construction du rôle présidentiel et réflexes autoritaristes mérite de
par son incidence sur impeachment quelques développements
Cela suffit distinguer de Fernando Collor de celui dont fut
menacé Richard Nixon époque président un régime aux successions institutionna
lisées et routinisées Car au-delà de certaines similitudes dans les procédures et une
commune impopularité ces deux incarnent pas le même rôle PRIMAUT CROISSANTE CONVOIT ET REDOUT UNE
Assez vite partir de la chute de Empire est-à-dire dès que le
lien dynastique cesse être invoqué pour résoudre les problèmes de suc
cession la tête de Etat et dès que le Brésil importe et déforme le
modèle constitutionnel nord-américain) la présidence de la République
devient le point nodal des stratégies politiques De fait plus la conquête
de cette institution avère utile pour investir appareil Etat et réassu
rer ou supprimer travers les décisions du pouvoir central les moyens
de la suprématie séculaire des clans conservateurs plus les luttes pour la
présidence gagnent en intensité Au début de la Première République
1889-1929) grâce un cens très élevé et un coronélisme efficient
les oligarchies concurrentes gardent sans trop de mal la direction du
jeu1 Mais le pacte essence ruraliste et regionaliste qui fonde et sou
tient ce pouvoir confisqué ne parvient plus dans les années 1920
contenir les aspirations de groupes prétendants de plus en plus nombreux
et puissants Les premières tentatives de renversement du président en
place datent de cette époque En effet comme les oligarchies opposent
de plus en plus sur le choix de celui qui doit devenir chef de Etat sur
ses pouvoirs et sur la politique elles veulent lui voir conduire les
coups de force se multiplient Commencée par les bourgeoisies urbaines
la Révolution de ouvre alors une phase de transition qui conduit
instauration un Etat baptisé nouveau Pendant quinze ans officier
Getulio Vargas et les tenants de cet Estado Novo réduisent considérable
ment incertitude Ils suppriment les élections interdisent les partis poli
tiques créent un syndicalisme vertical segmenté et obligatoire reposant
sur une armée de permanents qui sont sensés assurer la transmission des
attentes sociales Ils favorisent une industrialisation massive et placent
Etat sous la protection de armée et sous le contrôle une structure
de pouvoir démobilisatrice et paternaliste Dès lors exécutif devient
prépondérant interventionnisme et la centralisation de Etat sont tels
que le chef de Etat concentre dans ses mains un large éventail de res
sources politiques Arrivé par les armes Vargas sera son tour
écarté par la force au lendemain de la seconde guerre mondiale Pressé
par Washington de céder le pouvoir Vargas laisse se développer une
multitude organisations politiques Or ne sachant pas contenir la mon
tée en puissance de mouvements communistes il est déposé par le Haut
Commandement militaire qui redoute la fois une explosion sociale et
les retournements alliance que Vargas apprête conclure pour se
maintenir la tête de Etat En intervenant armée rétablit ses alliés
libéraux et conservateurs dans leurs droits
Ce nouveau coup de main en appellera autres car la République
libérale instaurée en 1946 ressemble vite aux dernières années de la
Première République De fait institution présidentielle ayant hérité du
système Vargas plusieurs de ses importantes prérogatives elle est immé-
Seuls de la population élisaient le président ou plus exactement disposaient
du droit de vote et participaient la ratification un nom préalablement dégagé un
consensus entre les principales élites terriennes financières et commer antes
28 Le quasi-impeachment du président Collor
diatement convoitée par des oligarchies qui certes tiennent le Congrès
mais qui sont désormais trop déchirées pour prétendre elles seules
contrôler le Planalto1 Cooptant de plus en plus douloureusement leur
candidat elles doivent pactiser avec des formations progressistes locales
dont les incessantes disputes enrayent émergence de partis nationaux
disciplinés Pourtant leurs pratiques clientélistes et oscillation de leurs
alliances ne avèrent pas suffisantes pour contrer la montée des gau
ches bien que seul un Brésilien sur six soit alors électeur Le pouvoir
central tend leur échapper sans pour autant que les groupes populistes
parviennent le conquérir durablement La période devient trouble Face
des antagonismes sociaux de plus en plus profonds notamment avivés
par essor industriel et une urbanisation croissante) face aux divisions
grandissantes des factions et des populations qui les ont portés la pré
sidence et donc face aux violentes pressions contradictoires dont ils font
objet plusieurs présidents ne peuvent achever leur mandat un se sui
cide un autre démissionne un troisième est renversé par des militaires
Si le putsch avril 1964 soulage les clans conservateurs il replonge
le Brésil dans autoritarisme Les militaires et leurs complices procèdent
abord la dissolution des partis existants Puis ils imposent un bipar
tisme des modes de scrutin et des candidats leur convenance afin
notamment obtenir du Congrès dorénavant chargé élire le chef de
Etat le docile agrément permettant au général-candidat accéder au
Planalto En outre ils élaborent un corps de règles constitutionnelles qui
contribuent renforcer plus encore la présidence de la République
Désormais pour beaucoup élus présidentialisme et autoritarisme
paraissent liés et se nourrir un autre Ils sont comme deux amants
dont étreinte et la complicité prolongent leur existence et renforcent
leurs méfaits mutuels Et donc le parlementarisme semble receler
les garanties une démocratie véritable Dans un pays où les élites
sont de par leur formation juridique prédisposées établir ce genre de
relation en accordant aux règles de droit une force elles ont point
le débat et les prédications sur le meilleur système de gouvernement
possible prennent une ampleur nouvelle et évoluent au gré des difficultés
du régime De fait au fil des ans ni les trucages constitutionnels ni la
répression ni la censure de la presse ne suffisent endiguer une montée
des oppositions nourrie par la délégitimation progressive des dirigeants
en place Militaires et conservateurs sont alors contraints dans une
période de dégradation économique opter pour une prudente ouver
ture politique En 1982 le multipartisme est rétabli De nombreuses
libertés individuelles et collectives sont restaurées et le suffrage universel
direct est peu peu réintroduit pour tous les postes électifs excep
tion évidemment du poste présidentiel qui reste le principal et dernier
Les processus assimilation réciproque des élites ne suppriment pas la poursuite
intérêts antagoniques Par exemple oligarchies traditionnelles et oligarchies
modemisatrices peuvent époque être accord pour interdire toute réforme agraire
et opposer sur les nécessités une industrialisation massive
Entretien avec Ulysses Guimar es un des principaux opposants de époque
20 août 1992
29 Stéphane Monetaire
verrou avant la démocratie Plus que jamais le Planalto et les modalités
de sa conquête focalisent attention et constituent enjeu primordial
une confrontation englobant des acteurs politiques et sociaux sans
cesse plus nombreux et variés Finalement en 1984 les sectateurs de
autoritarisme et les affidés des élites conservatrices perdent le Planalto
Tancredo Neves un des leaders de opposition modérée est élu prési
dent de la République par un Congrès devenu peu peu hostile au
régime militaire Cependant si pour la première fois depuis vingt ans un
civil accède au Planalto Tancredo Neves et ses deux successeurs
José Samey et. Fernando Collor vont être leur tour privés du pouvoir
Neves devait sa victoire en particulier la sécession de plusieurs
élus du parti pro-militaire ceux-ci lui avaient apporté leur appui en
échange notamment de la désignation de un des leurs la vice-
présidence de la République Mais Neves est hospitalisé la veille de
son investiture et succombe des suites une opération chirurgicale béni
gne La présidence échoit donc au vice-président José Samey et ce
retournement aussi soudain inespéré ravit les clans conservateurs
inquiets des réformes envisagées par les fractions progressistes de cette
coalition de circonstance Pourtant leur répit sera de courte durée puis
que Samey mesure il éloigne du programme tracé par
Neves et force engraisser le camp des orphelins ou des cocus
voit sa présence au Planalto menacée En effet beaucoup de ceux qui
avaient misé sur le président défunt espéré un changement de politique
ou rêvé de quelques promotions envisagent de renvoyer Samey Le
moyen ils retiennent est nouveau car ils ne peuvent pas compter sur
les chars la hiérarchie militaire était trop heureuse de traiter avec un
chef Etat qui avait été un de ses factotums plutôt que de servir
un président moins bienveillant Ils se raccrochent alors au droit et arra
chent en convoquant une Assemblée constituante la possibilité abréger
légalement son mandat2 Toutefois si idée un départ prématuré de
Samey séduit de nombreux acteurs économiques sociaux ou politi
ques intéressés par une élection présidentielle anticipée et la victoire
de leur champion la date de ce départ et celle du scrutin engendrent
bien des divisions en raison du système de gouvernement qui devait pré
valoir après le départ de Samey3 Plus un an durant la constituante
hésite Face aux pressions de Samey ou de ses amis face des pré
sidentiables dont le nombre et le nom variaient au fil des arrangements
institutionnels envisagés et au gré des diverses dates retenues pour la
Ibid
En vertu des règles posées du temps de la dictature Neves et Samey avaient
été élus pour six ans la prochaine élection présidentielle devait donc se dérouler en
novembre 1990 et le futur président devait être investi en mars 1991
Bien que tous les constituants ou leurs commettants aient affiché publiquement
leur souhait de voir élire le chef de Etat par le peuple et cela par conviction ou sous
peine de se disqualifier auprès une population qui faisait encore de ce mode de scrutin
sa principale revendication) majorité entre eux craignant que le futur président
leur oppose plus tard la légitimité née de son élection populaire militait en faveur un
régime parlementaire ou un présidentialisme dans lequel seraient concédés au chef de
Etat moins des droits que des possibilités agir
30 Le quas -impeachment du président Collor
future course au Planalto elle finit par se résoudre voter pour un
prudent régime présidentiel dilué condition cependant que soit
organisé en 1993 un référendum dont les résultats quels ils puissent
être permettraient de recodifier le système de gouvernement)2 ne
réduire que un an le mandat Samey et fixer élection présidentielle
allait remporter Fernando Collor au mois de novembre 1989
Ce résumé ne peut décrire les artifices grâce auxquels les mêmes
factions ont ici toujours monopolisé peu ou prou le pouvoir poli
tique et se sont toujours réservées essentiel des dépouilles Mais il aura
permis de montrer que les nombreuses évictions des présidents brésiliens
parce elles ont pour enjeu le contrôle de Etat par des groupes
sociaux clairement identifiables et emprise de sur ces
relèvent toutes de stratégies évitement Ces stratégies sont autant
plus suivies que la réussite de chaque tentative encourageait utiliser ce
qui semblait être devenu une technologie politique efficace3 Quant aux
débats propos de la fonction de la présidence de la République eux
aussi relèvent de la crainte ou du désir de déposséder les factions qui
la contrôlent ou qui tentent de en emparer des avantages un si pré
cieux capital politique est ainsi que impeachment de Collor se
comprend la lumière des destitutions précédentes et des redéfinitions
antérieures de institution présidentielle la faveur de ces destitutions
Toutefois pareil événement ne explique pas seulement par histoire
de institution Les propriétés de son titulaire doivent aussi être prises
en compte Car avant même que éclate le scandale de sa corruption
Collor avait déjà perdu essendel de son crédit auprès des popula
tions qui avaient porté au Planalto et ne disposait plus ni une assise
partisane suffisante ni de appui des élites brésiliennes Aussi
approche élections décisives plus le sort du président se jouait dans
des arènes fortement régies par le savoir-faire et les intérêts des partis et
des élites plus ce déficit croissant de légitimité entraînait sa dereliction
et avérait fatal
UNE DERELICTION PROGRESSIVE
Collor jamais su gagner de réels soutiens parmi les élites
abord bien que libéral il avait pas été leur candidat au Planalto
Lors de la présidentielle de 1989 et bien au-delà du simple cercle des
fidèles ou des partisans de chacun de ses concurrents il indisposait déjà
les élites politiques Sa carrière avait été trop rapide et trop brillante
pour ne pas susciter la jalousie et le ressentiment de tous ceux qui pas-
Entretien avec Humberto Luèena co-auteur du montage de amendement mon
tage fragile effectué dans urgence organisant les rapports exécutif/légis lâtif
Parce que les Brésiliens se seront prononcés sur des options régime parlemen
taire ou régime présidentiel et non sur des textes détaillés le Congrès délivré du
souci de toute ratification populaire sera libre de rédiger un texte la convenance de ses
membres
ils la souhaitent ou la redoutent plus ou moins il est frappant de constater
quel point hypothèse de éviction du chef Etat devient une fois Vargas renversé
une des solutions les plus fréquemment envisagées par tous ceux intellectuels journa
listes politiques religieux syndicalistes juristes... qui tentent de décrire le proche avenir
31