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Les « Dix » de Renault-Billancourt. Les enjeux d'une mobilisation d'appareil, juillet 1986 - décembre 1989 - article ; n°3 ; vol.42, pg 375-401

De
29 pages
Revue française de science politique - Année 1992 - Volume 42 - Numéro 3 - Pages 375-401
L'affaire des « Dix » de Renault-Billancourt met en œuvre un processus de mobilisation originale : la mobilisation d'appareil. En convertissant le licenciement de délégués syndicaux, survenu à la suite d'incidents dans les bureaux de la direction, en ressources symboliques (« les Dix sont des martyrs ») et cognitives (« la répression démontre qui est le véritable agresseur »), la CGT et le PCF ont tenté durant plus de trois ans de restaurer au sein des rangs militants une culture de lutte dépérissante. A cette occasion, on a assisté à la reconquête des règles de gestion intérieure par la Régie Renault, soucieuse de briser le mythe de la forteresse ouvrière, avant de procéder à la fermeture définitive de Billancourt prévue pour 1992. L'Elysée, en recevant les Dix à plusieurs reprises, a entériné le symbole et contribué à faire d'un conflit local entre la CGT-Billancourt et la direction une bataille nationale. L'incapacité des pouvoirs publics à opter pour une stratégie univoque à l'égard du secteur public — autonomie ou dépendance ? — tendrait ainsi à prouver que les règles du jeu restent floues et oscillent selon les impératifs contextuels.

L'affaire des « Dix » de Renault-Billancourt met en œuvre un processus de mobilisation originale : la mobilisation d'appareil. En convertissant le licenciement de délégués syndicaux, survenu à la suite d'incidents dans les bureaux de la direction, en ressources symboliques (« les Dix sont des martyrs ») et cognitives (« la répression démontre qui est le véritable agresseur »), la CGT et le PCF ont tenté durant plus de trois ans de restaurer au sein des rangs militants une culture de lutte dépérissante. A cette occasion, on a assisté à la reconquête des règles de gestion intérieure par la Régie Renault, soucieuse de briser le mythe de la forteresse ouvrière, avant de procéder à la fermeture définitive de Billancourt prévue pour 1992. L'Elysée, en recevant les Dix à plusieurs reprises, a entériné le symbole et contribué à faire d'un conflit local entre la CGT-Billancourt et la direction une bataille nationale. L'incapacité des pouvoirs publics à opter pour une stratégie univoque à l'égard du secteur public — autonomie ou dépendance ? — tendrait ainsi à prouver que les règles du jeu restent floues et oscillent selon les impératifs contextuels. The Renault-Billancourt Ten affair set in motion an original process of organizational mobilization. By converting the dismissal of union delegates following incidents in executives' offices into symbolic resources (the Ten are martyrs) and cognitive resources (the repression shows who the real aggressor is), the CGT and the PCF tried for more than three years to restore in the rank and file a withering culture of struggle. The occasion allowed the Régie Renault to regain mastery over management rules. Renault wanted to break the myth of the working class bulwark before the closure of the Billancourt plant, which was planned for 1992. The Elysée, by receiving the Ten several times, acknowledged the symbol and contributed to changing a local conflict between the CGT-Billancourt and the Renault management into a national battle The inability of the authorities to choose a single strategy vis-a-vis the public sector ― autonomy or dependence? ― would thus tend to prove that the rules of the game remain imprecise and waver according to contextual demands.
27 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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