Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Les oiseaux et la microfaune - article ; n°1 ; vol.41, pg 113-127

De
16 pages
Gallia préhistoire - Année 1999 - Volume 41 - Numéro 1 - Pages 113-127
15 pages
Voir plus Voir moins

Anne Eastham
Les oiseaux et la microfaune
In: Gallia préhistoire. Tome 41, 1999. pp. 113-127.
Citer ce document / Cite this document :
Eastham Anne. Les oiseaux et la microfaune . In: Gallia préhistoire. Tome 41, 1999. pp. 113-127.
doi : 10.3406/galip.1999.2344
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/galip_0016-4127_1999_num_41_1_2344La grotte du Bourrouilla à Arancou 113
dans cet assemblage. La présence conjointe d'animaux rejoint le gave de Pau à Peyrehorade, Isturitz sur
de climat tempéré (Cerf, Chevreuil, Sanglier, Equus l'Arberoue et Arancou sur le Lauhirasse, tous deux
affluents de la Bidouze, appartiennent tous au même hydruntinus) et de climat froid (Renne, Équidés, Antilope
saïga, Renard polaire) pourrait découler soit de la mise bassin de l'Adour. Ils sont tous d'époque et d'affiliation
en place du réchauffement climatique de la fin du culturelle comparables. De plus, l'exploitation des
oiseaux suggère qu 'Arancou au moins représente un Tardiglaciaire, soit d'activités cynégétiques saisonnières
différentielles. Malheureusement, en raison des condi groupe social de chasseurs-cueilleurs nomades similaire à
tions de récolte des ossements, ces hypothèses ne peu celui qui occupait Dufaure.
vent, à ce jour, être vérifiées. Les fouilles récemment La situation actuelle de la grotte est juste au-dessous
entreprises ont permis de retrouver du matériel osseux et de la courbe de niveau des 46 m, dans des fourrés boisés,
lithique en position primaire sur lequel reposeront les 200 à 300 m à l'est d'un vallon descendant vers la
Bidouze. La pente de ce vallon est assez prononcée et études pluridisciplinaires (paléontologie, archéozool
ogie, industrie osseuse...) ultérieures. Le matériel en le ruisseau du Lauhirasse court entre des rives abruptes
place complétera les premières réflexions concernant la pendant 1 km environ avant de rejoindre la Bidouze à
fonction du site : habitat saisonnier ? permanent ? prin Larraldotte. Ce confluent est dominé par le promontoire
cipal ? boisé du Coût autour duquel la Bidouze fait un méandre
Tous les Herbivores ont été amenés à la grotte sous avant de se diriger de nouveau vers le nord-ouest. À
forme de carcasses débitées (abandon du squelette axial l'ouest de la grotte, par conséquent, l'habitat est consti
sur le lieu de chasse). L'abondance des Carnivores, tant tué de manière prédominante par des pentes de collines
en nombre de restes qu'en nombre d'espèces, laisse sup boisées. Au sud, il y a un espace tout à fait plan de
poser des captures (piégeages) répétées aux alentours de champs cultivés, de prairies et de landes sur à peu près
la cavité. 2 km jusqu'à ce que le terrain s'élève au-dessus de 160 m
D'ores et déjà, cet assemblage faunique comble une au sud et à l'est du village actuel de Bergouey.
lacune importante dans les connaissances des faunes tar- L'environnement actuel dans le voisinage immédiat de la
diglaciaires de cette région des Pyrénées et de l'exploita grotte suggère qu'il y a eu à travers le temps une diversité
tion du monde animal par les groupes humains magdal d'habitats favorables à de nombreuses espèces de passe
éniens. reaux, grives et espèces de milieu boisé en général,
P. F. corvidés, rapaces, et quelques espèces de gibier d'eau.
Pour chasser le gibier d'eau, il semble que les groupes de
chasseurs-cueilleurs aient pu se tourner vers l'est pour
traverser les quelque 2 km de la ligne de partage des eaux
LES OISEAUX ET LA MICROFAUNE vers le bassin du gave d'Oloron et les lacs et marais qui
étaient assez étendus vers la fin des temps glaciaires. Par
LES comparaison avec les sites du Pastou, la portée de l'ex
ploitation des oiseaux semble plus diffuse en terme de
A environ 9 km du groupe de sites magdaléniens surface mais non pas différente en type, avec des sépara
supérieurs de la falaise du Pastou, près de Sorde- tions de zones d'habitat évidentes dans la diversité des
l'Abbaye, et seulement à 14 km en ligne directe d'Isturitz, espèces présentes (fig. 74) . Il est possible de faire entrer
la situation de la grotte du Bourrouilla paraît être sur les l'avifaune récoltée ici dans le même genre de modèle de
routes de migration entre la côte des Landes et les paysage : la zone I est constituée par les rivières elles-
Pyrénées occidentales. L'importance des mouvements mêmes et les aires humides qui leurs sont associées, le
entre ces zones géographiques a été démontrée par gave d'Oloron en particulier ; la zone II comprend les
L. G. Straus et al. (Straus éd., 1995) et les interrelations pentes boisées ou les coteaux proches des vallées et la
entre les sites et leurs types d'utilisation sont liés à des zone III, les landes ouvertes. Néanmoins cette large défi
communications le long des cours d'eau, puisque tous nition implique aussi une diversité de microhabitats
sont associés à des affluents de l'Adour. Les sites du capables de satisfaire les exigences particulières d'une
Pastou, Dufaure et Duruthy sur le gave d'Oloron, qui espèce donnée.
Galba Préhistoire, 41, 1999, p. 1-151 © CNRS ÉDITIONS, Paris, 2000 114 Claude Chauchat et al.
La diversité d'espèces d'oiseaux à
Arancou est entièrement compat
ible avec celle qui a été reconnue
dans les sites du Pastou, quoiqu'il y
ait quelque variation dans la struc
ture par espèces. Dans la grotte du
Zone L Fleuve et Bourrouilla, comme à Dufaure et à /# marais Duruthy, le tableau subit apparem
ment quelque distorsion du fait de
l'apparition d'un petit nombre d'in
dividus d'espèces pélagiques et de
rivage marin qui, semble-t-il, furent
importés d'une distance supérieure
à 40 km. Ceci, qui sera discuté plus
loin en relation avec le comporte
ment possible de ces espèces, sug
gère de toute façon des liaisons avec
le golfe de Gascogne.
Les indicateurs saisonniers consti
Fig. 74 — Zones de végétation dans les environs de la grotte du Bourrouilla. tués par la présence d'oiseaux
migrateurs ou de passage sont ambi
La nature interactive de toute population d'oiseaux gus et seule une étude plus détaillée, basée sur une
rend nécessaire de connaître d'une manière assez fouille étendue, pourra tenter de clarifier cette situation.
détaillée le contexte écologique dans lequel elle a vécu. Il existe une complète dissimilitude entre, d'une part,
Ceci comprend non seulement le modelé du terrain et la l'échantillon rassemblé à partir des déblais de la fouille
situation climatique mais aussi les possibles relations clandestine à l'intérieur de la grotte et, d'autre part le
sondage effectué méthodiquement devant l'entrée. La entre prédateur et proie : oiseau à oiseau, oiseau à pois
son, amphibien, reptile ou invertébrés divers, toutes rela différence ne réside pas seulement dans les quantités
tions qui sont dépendantes de la répartition et diversité relatives et dans la diversité des espèces des échantillons
de la végétation en place à l'époque. provenant des deux extrémités du gisement, mais aussi
Par analogie avec les données de Dufaure, niveau 4 dans l'aspect du matériel.
L'os provenant du sondage de 1990-1991 à l'entrée base (Marguerie, Paquereau, 1995), Duruthy 3
(Paquereau, 1978), les environs de 12 395 BP furent une montre une érosion et un bris considérables ; le premier
période d'humidité croissante et de début de développe caractère est probablement le résultat de conditions
ment des arbres, le Pin étant assez constant sur les hau de sol humide et d'un processus de lessivage, tandis
teurs avec un nombre de plus en plus grand de Bouleau, que le second semble être un effet taphonomique dû
au piétinement et aux perturbations de la surface des quantités variables de Saule dans les vallées, ainsi que
des essences à feuilles caduques en faible nombre sur les après le dépôt. Le résultat net est que, sur 30 os qui
pentes. Les plantes herbacées sont encore dominées par pouvaient être reconnus comme probablement aviens,
des herbes, Artemisia, Chicorée, Centaurée et autres seuls huit ont pu être déterminés au niveau de l'espèce.
espèces steppiques mais celles-ci sont déjà en train de se Les fragments restants semblent avoir les caractéristiques
raréfier et on observe un accroissement marqué des pol des os d'oiseaux mais il a été, dans de nombreux cas,
lens de milieu humide, en particulier Cyperacées, difficile de définir à quel élément ils appartenaient.
Par conséquent, la proportion des os identifiables par Typhacées, Nymphacées et Iris, Renonculacées et
rapport aux os non identifiables est de 26,6 % pour Equisetum, toutes plantes qui forment une partie de l'a
limentation du gibier d'eau trouvé dans les déblais de la le sondage contre 73,3 % pour les déblais de la fouille
fouille clandestine de la grotte du Bourrouilla. clandestine.
Gallia Préhistoire, 41, 1999, p. 1-151 © CNRS EDITIONS, Paris, 2000 La grotte du Bourrouilla à Arancou 115
Tabl. XXX - Récapitulation par espèce des ossements d'oiseaux Par contraste, les os provenant des déblais de la
récoltés dans la grotte du Bourrouilla. fouille clandestine sont apparus frais et, quoique brisés,
sont la plupart du temps non érodés. Sur 1 126 os, 108, < >onc cou< :hes age, Déblais % NMI A B1 B2 B3 C1 C3 représentant 8,8 % du total, restent indéterminés quant
au genre ou à l'espèce, et cependant 80, c'est-à-dire 1 0,08 1 Tachybaptus ruficollis
74,4 % des os non identifiés, sont clairement définis Cygnus cygnus 1 0,08 1
1 0,08 1 quant à leur provenance anatomique et, s'ils avaient été Anas sp.
récoltés dans un contexte bien stratifié, il aurait valu la Anas platyrhynchos 1 7 0,57 2 +
1 0,08 1 peine d'en étudier quelques-uns jusqu'au détail micro Anas querquedula
Netta rufina 3 0,24 2 scopique. Étant donné les circonstances, nous avons
1 0,08 1 pensé que l'incertitude touchant cet échantillon ne justi Mergus senator
Buteo buteo 12 0,98 3 fiait pas le temps à y consacrer. La diversité écologique
0,65 1 + définie par les ossements identifiés nous offre déjà un Aquila sp. 8
Circaetus gallicus (cf.) 1 0,08 1 ensemble de données suffisant sur le contexte environ
nemental et les activités humaines sur le site. Falco peregrin us 1 0,08 1
Lagopus mutus 16 1,3 4 Cependant, en faisant la distinction entre ces deux
Tetrao tetrix 9 0,73 3 contextes de provenance, on doit faire remarquer que le
Perdix perdix 5 0,4 3 matériel du sondage de 1990-1991 représente le total des
Coturnix coturnix 1 0,08 1 os trouvés, tandis que l'échantillon provenant des déblais
Haematopus ostralegus 1 0,08 1 comprend seulement les fragments les plus facilement
Larus canus 3 0,24 1 reconnaissables. Il reste le contraste dans la richesse des
1 0,08 1 Fratercula arctica (cf.) deux parties de la grotte, qui pourrait avoir pour cause
Nyctea scandiaca 1 2 1 934 76,2 53 les diverses activités menées dans les différentes zones de
Dendrocopos minor 2 0,16 1 la cavité.
Alauda arvensis 4 0,32 1 Le tableau XXX donne la récapitulation des restes
Lui lu la arborea 0,08 1 1 osseux pour les deux zones fouillées. Il marque les divi
Ptyonoprogne rupestris 3 0,24 2 sions entre groupes d'espèces et de genres : gibier d'eau,
Hirundo rustica 4 0,33 2 rapaces, lagopèdes, groupes divers d'oiseaux insectivores, sp. 1 0,08 1 grives, corvidés et passereaux. Les tableaux XXXI et
Phoenicurus phoenicurus (cf.) 1 0,08 1 XXXII détaillent le nombre de pièces par espèce et par
Saxicola rubetra 1 0,08 1 partie anatomique, pour le sondage et pour les déblais de
Turdus merula 6 0,48 1 + la fouille clandestine. Le matériel du sondage comprend
Turdus iliacus 6 0,48 2 très peu d'espèces et aucune aussi présente dans l'échant
Turdus philomelos 1 1 0,08 1 illon beaucoup plus abondant des déblais de la fouille
1 + Turdus viviscivorus 4 0,33 clandestine. Par conséquent, les notes qui suivent sont
Turdus sp. 1 0,08 1 aussi valables pour l'échantillon du sondage.
Musicapa striata 1 0,08 1 A cause des différences quantitatives dans le matériel
Parus major 1 0,08 1 des deux zones de la grotte, les estimations du nombre
Garrulus glandarius 1 0,08 1 minimum d'individus (NMI) sont données seulement
Pyrrhocorax pyrrhocorax 5,4 66 6 pour les déblais de la fouille clandestine. Comme les os
Corvus corax 1 1 0,08 1 récoltés dans ce contexte constituent seulement un
Carduelis chloris 4 0,33 2 échantillon du matériel existant, il est difficile d'être cer
Coccothraustes coccothraustes 1 1 0,08 1 tain de la précision dans l'évaluation des pourcentages
Carduelis cannabina 1 0,08 1 relatifs de chaque espèce. Le NMI se réfère donc seul
2 0,16 1 Emberiza sp. ement à cet échantillon et n'a peut-être que peu de rap
Non identifiés 1 1 10 4 3 2 108 8,6 port avec les effectifs réellement présents dans cette zone
1 228 TOTAUX 3 1 15 4 5 2 de la grotte.
Gallia Préhistoire, 41, 1999, p. 1-151 © CNRS ÉDITIONS, Paris, 2000 116 Claude Chauchat et al.
Tabl. XXXI - Répartition des pièces anatomiques récoltées dans le sondage.
Espèces provenant couche A*' couche B2 couche B3 1 couche C3 * couche B1 couche C1 du sondage
Anas querquedula Tarsométatarse 1
Nyctea scandiaca Patte : phalange 1 Tibiotarsus 1 Phalange term. 1 Phalange term. 1
Alauda arvensis Ulnai
Turdus merula Ulnai
Tibiotarse 1 Turdus philomelos
Corvus corax Phalange term. 1
Carduelis cannabina
Non identifiés 1 1 5 2 3 2
L'AVIFAUNE DE LA FOUILLE CLANDESTINE Melanitta fusca, la Macreuse brune, qui de nos jours
hiverne principalement au large de l'Europe du nord
Quoiqu'elles ne puissent être séparées stratigraphi- et du nord-ouest. Cette descente vers le sud des zones
d'hivernage a été remarquée également à Dufaure quement, les 38 espèces d'oiseaux provenant d'un total
de 1 225 pièces aident à recréer l'écologie des environs où des ossements de Cygnus columbianus bewickii, Gavia
du site pendant au moins une grande partie de sa immer, ainsi que d'autres oies et gibiers d'eau étaient
période d'occupation par les chasseurs-cueilleurs. présents (Eastham, 1995a). Outre la dérive hivernale
vers le sud, les dates d'arrivée et de départ peuvent
Le gibier d'eau avoir aussi varié suivant les évolutions climatiques et les
changements conséquents des longueurs relatives des
Tachybaptus ruficollis, Grèbe castagneux. saisons.
Cygnus cygnus, Cygne sauvage.
Anas platyrhynchos, Canard colvert. Les rapaces
Anas querquedula, Sarcelle d'été.
Netta rufina, Nette rousse. Buteo buteo, Buse variable.
Mergus serrator, Harle huppé. Aquila sp., Aigle.
Toutes les espèces de gibier d'eau de l'échantillon Circaetus gallicus (cf.), Circaète Jean-le-Blanc.
sont celles qui préfèrent des rivières à cours paisible, lacs, Falco peregrinus, Faucon pèlerin.
étangs et marais environnants ces étangs, typiques de la (Cramp et al., 1980).
vallée du gave d'Oloron proche du site, telle qu'elle Toutes ces espèces d'oiseaux de proie ont une exten
existe à l'heure actuelle. Cependant leur comportement sion de terrain de chasse opportuniste sur toutes les
zones écologiques autour de la grotte et au-delà. Mis à saisonnier est profondément différent. Le Grèbe cast
agneux et le Canard colvert sont normalement des rés part le Circaète Jean-le-Blanc, qui migre en hiver vers le
idents d'Europe occidentale et la Nette rousse, quoi sud en Afrique au nord du Sahara, les rapaces sont prin
qu'elle n'ait pas été observée dans la région à une cipalement résidents, quoique tendant à la dispersion.
époque récente, tend à se disperser plutôt qu'à migrer. Les comportements territoriaux et de subsistance sont
Par contraste, le Cygne sauvage et le Harle huppé se différents pour chacun. Les Buses et les Aigles chassent
reproduisent en Islande et en Scandinavie et migrent sur le même territoire autour d'Arancou mais il y a une
vers le sud en été, tandis que la Sarcelle d'été se repro différence dans la taille des proies. Le Faucon pèlerin
duit en Europe et hiverne au sud du Sahara. capture seulement d'autres oiseaux en vol et le Circaète
Le Harle huppé est présent dans chacune des couches chasse dans les marais principalement des reptiles. Ainsi,
aurignaciennes d'Isturitz et est accompagné dans le quoique sympatriques, chaque espèce occupe une niche
niveau supérieur par des ossements du Canard marin particulière.
Gallia Préhistoire, 41, 1999, p. 1-151 © CNRS ÉDITIONS, Paris, 2000 La grotte du Bourrouilla à Arancou 117
Tabl. XXXII - Répartition des pièces anatomiques provenant des déblais de la fouille clandestine.
| 1 premaxillaire
phalanges terminales mandibule phalanges coracoïde tibiotarse humérus Espèces provenant de digitales TOTAUX quadrat vertèbre sternum /furcula scapula /crâne radius pelvis fémur carpe la fouille clandestine tarse ulna pes
1 1 Tachybaptus ruficollis
1 Cygnus cygnus 1
Anas sp. 1 1
Anas platyrhynchos 1 2 1 1 1 1 7
Anas querquedula 1 1
Netta rufina 3 3
Mergus senator 1 1
Buteo buteo 1 4 1 3 1 1 12 1
Aquila sp. 1 1 1 3 2 8
Circaetus gallicus (cf.) 1 1
Falco peregrinus 1 1
Lagopus mutus 2 1 2 3 7 1 16
Tetrao tetrix 4 3 1 1 9
Perdix perdix 3 2 5
Coturnix coturnix 1 1
Haematopus ostralegus 1 1
1 1 1 Larus canus 3
Fratercula arctica (cf.) 1 1
Nyctea scandiaca 7 2 12 74 30 4 28 104 54 66 52 23 7 52 56 35 107 229 942
Dendrocopos minor 1 1 2
1 Alauda arvensis 1 2 4
Lullula arborea 1 1
Ptyonoprogne rupestris 2 1 3
Hirundo rustica 4 4
Hirundo sp. 1 1
Phoenicurus phoenicurus (cf.) 1 1
Saxicola rubetra 1 1
Turdus merula 2 1 1 1 1 6
Turdus iliacus 1 3 2 6
Turdus philomelos 1 1
Turdus viviscivorus 1 1 2 4
1 1 Turdus sp.
Musicapa striata 1 1
Parus major 1 1
Garrulus glandarius 1 1
Pyrrhocorax pyrrhocorax 1 11 2 18 2 8 1 3 5 9 2 68 6
Corvus corax 1 1
Coccothraustes coccothraustes 1 2 1 4
Carduelis cannabina 1 1
Emberiza sp. 1 1 2
Galha Préhistoire, 41, 1999, p. 1-151 © CNRS ÉDITIONS, Paris, 2000 118 Claude Chauchat et al.
Le Faucon pèlerin et le Circaète Jean-le-Blanc sont mais tous indiquent une relation avec la côte atlantique,
représentés chacun par un seul os et le matériel identifié en dépit de la distance apparente. Cette connexion avec
la mer est également évidente à Duruthy où un os de comme appartenant à l'une des espèces d'Aigle est fra
gmentaire et en mauvais état. Cependant les os longs de Labbe parasite (Stercorarius parasiticus) a été identifié
Buse variable montrent des marques extensives de (Delpech, 1978).
Quoique, de nos jours, les Huî triers pies se déplacent raclage et des incisions. Ce sont les seules marques de
modifications sur des ossements autres que ceux de la vers l'amont le long des rives et vers les étangs des
Chouette harfang {Nyctea scandiaca) , excepté la diaphyse Landes, ce sont seulement les pratiques agricoles
de cubitus (objet décoré n° 4), transformée en sifflet (?). récentes qui les ont amenés, ainsi que les Goélands, dans
les champs pour se nourrir de petits invertébrés. La
Les Tetraornidae et Phasianidae rareté de toutes les espèces de Goélands dans les sites
paléolithiques tendrait à accréditer l'idée que leur com
Lagopus mutus, Lagopède des Alpes. portement était entièrement pélagique à l'époque.
Tetrao tetrix, Tétras lyre. Le Macareux moine, un habitant des pentes her
Perdix perdix, Perdrix grise. beuses au sommet de falaises marines durant la saison
Coturnix coturnix, Caille des blés. de reproduction, est également entièrement pélagique
en dehors de celle-ci. Au moment de la reproduction, (Cramp etal., 1980).
Toutes ces espèces, excepté la Caille, sont essentiell les colonies de cette espèce se trouvent loin du sud
ement résidentes et sédentaires dans leurs habitudes, avec du golfe de Gascogne mais, en dehors de cette saison,
peu de mouvement saisonnier. À l'intérieur du modèle elles peuvent voyager jusque-là. Cependant, si des
écologique des environs d'Arancou, elles occupent des colonies avaient existé le long de la côte basque autour
niches différentes, quoique se recouvrant, de la mosaïque de 12 000 BP, elles auraient pu être exploitées pour
d'habitats. La Perdrix préfère un couvert de broussailles leur chair et leurs plumes comme cela est attesté dans les
basses et d'herbes et va se nourrir sur les marais dans les îles écossaises de Soay et Saint-Kilda (Fisher, Lockley,
zones I et III, le Tétras lyre préfère les lisières des bois de 1989) , ainsi que pour le Petit Pingouin (Aile alleaux États-
la zone II, la Caille est une espèce de prairie sèche en Unis).
zone III, tandis que le Lagopède est une espèce de mont
agne qui se déplace à plus basse altitude, au-dessous de Les Chouettes et les Hiboux
la ligne d'enneigement, seulement en hiver. Le
Lagopède des Alpes a été trouvé à Isturitz (Bouchud, Nyctea scandiaca, Harfang.
1952) , mais c'est le Lagopède des saules (Lagopus lagopus) C'est la seule espèce de Hibou ou Chouette dont les
qui a été déterminé à Dufaure, encore plus loin de la restes ont été récoltés sur le site. Quatre os ont été récu
zone de montagne (Eastham, 1995a). Tous sont vulné pérés dans les niveaux stratifiés du sondage et, dans les
rables aux attaques de nombreux prédateurs tant aviaires déblais de la fouille clandestine, un total de 934, soit
que mammifères, mis à part l'homme. Le Lagopède des 76,2 % de l'ensemble des restes d'oiseaux représentant
Alpes est la plus abondante de ces espèces et les mesures un nombre minimum de 53 individus dans la proportion
prises sur les fémurs suggèrent la présence d'au moins 6 d'environ 1,2 femelle pour 1 mâle (tabl. XXXIII).
individus, 2 mâles et 4 femelles (Kraft, 1972, p. 102).
Tabl. XXXIII - Mesures montrant le dimorphisme sexuel Les espèces côtières
du Harfang (Nyctea scandiaca) .
Haematopus ostralegus, Huî trier pie. N° Os Mesure en mm Moyenne
Larus canus, Goéland cendré. mâle 21-24 mm 23-25 mm Coracoïde, largeur proximale 13 Fratercula arctica, Macareux moine.
femelle 25-27 mm 7 26-28 mm (Cramp et al, 1983, 1985).
Humérus, largeur distale mâle 22-24 mm 24-16 mm 12 Ces trois espèces appartiennent essentiellement à des
femelle 25-27 mm 26-44 mm habitats côtiers. Chacune a un comportement différent
Gallia Préhistoire, 41, 1999, p. 1-151 © CNRS EDITIONS, Paris, 2000 grotte du Bourrouilla à Arancou 119 La
Une étude détaillée des ossements de Harfang de la Turdus merula, Merle noir.
grotte du Bourrouilla et une analyse de leur utilisation philomelos, Grive musicienne.
ont été publiées dans la revue Paléo (Eastham, 1999). Il Turdus iliacus, Grive mauvis.
est suffisant, ici, de noter le très grand nombre d'ossviviscivorus, Grive draine.
ements de cette espèce et d'indiquer que ce phénomène (Crampe al, 1988).
est caractéristique d'un certain nombre de gisements Les Turdidés sont une très vaste famille de passereaux
datés des stades finals de la dernière glaciation et cultu- ayant divers types d'adaptation et d'alimentation.
rellement associés au Magdalénien. Généralement, ils indiquent un milieu boisé, de parc ou
de brousse correspondant aux zones II et III autour
Les Insectivores d'Arancou. Le Merle noir, la Grive musicienne et la Grive
draine sont résidents toute l'année, quoique la Grive soit dispersive. Le Rougequeue à front blanc et le Dendrocopos minor, Pic épeichette.
Alauda arvensis, Alouette des champs. Traquet tarier sont des visiteurs d'été en provenance de
Lullula arborea, lulu. l'Afrique subsaharienne. Le Rougequeue à front blanc,
Ptyonoprogne rupestris, Hirondelle des rochers. comme d'autres Turdidés, est un oiseau de bois clai
Hirundo rustica, Hirondelle de cheminée. rsemé mixte, tandis que le Traquet tarier est une espèce sp., Hirondelle. de broussaille et de lande, préférant l'habitat de la zone
Musicapa striata, Gobemouche gris. III de notre modèle. La Grive mauvis est, par contraste,
Parus major, Mésange charbonnière. un migrant hivernal, arrivant en troupes en Europe du
Sud-Ouest vers la fin de septembre jusqu'en novembre. (Cramp etal, 1985, 1988, 1993).
La présence de pièces osseuses appartenant à de
petits oiseaux variés et largement insectivores démontre Les Corvidae
la variété des habitats que l'on pouvait trouver à proxi
mité du gisement durant la période de l'occupation pré Garrulus glandarius, Geai des chênes.
historique. Le Pic épeichette est un indicateur de forêt Corvus corax, Grand Corbeau.
de feuillus non aménagée, avec beaucoup de bois mort, Pyrrhocorax pyrrhocorax, Crave à bec rouge.
comme c'est le cas en zone II, sur les lisières de laquelle (Cramp etal, 1994).
pourraient être rencontrés le Gobemouche gris et la Les Corvidés sont en général sédentaires, mais avec un
Mésange charbonnière. Les deux espèces d'Alouettes large éventail de comportements opportunistes dans leur
partagent un même habitat de prairie ouverte et de végé subsistance. Le Geai est une espèce de forêt rarement
tation basse, fournissant des graines et des matières végét associée à l'activité humaine, tandis que les Corbeaux
ales quand, en dehors de la saison de reproduction, sont omnivores et profitent facilement des charognes pro
celles-ci deviennent importantes dans le régime aliment venant des autres prédateurs animaux aussi bien que des
aire. Les Hirundidés, Hirondelle des rochers et déchets de l'occupation humaine. Les Craves cependant
Hirondelle de cheminée, sont dépendants des insectes se nourrissent à terre d'invertébrés et ne s'associent avec
volants pendant toute la saison de reproduction. Comme les humains que par un habitat partagé dans les fissures
migrateurs estivaux, ce sont de bons indicateurs, quoique de rochers autour des entrées de grottes.
pas aussi étroitement définis dans leurs déplacements
que le Gobemouche gris, qui peut arriver aussi tardiv Les Carduelinae et Emberizidae
ement que le mois de juin et commence sa migration vers
le sud à la fin de juillet. Carduelis chloris, Verdier d'Europe. cannabina, Linotte mélodieuse.
Les Turdidae Coccothraustes coccothraustes, Gros-bec cassenoyaux.
Emberiza sp., Bruant.
Phoenicurus phoenicurus (cf.), Rougequeue à front (Crampe al, 1994).
blanc. Ces oiseaux (fringillidés et bruants) sont surtout
Saxicola rubetra, Traquet tarier. des mangeurs de graines, tous partiellement ou non-
Gallia Préhistoire, 41, 1999, p. 1-151 © CNRS EDITIONS, Paris, 2000 120 Claude Chauchat et al.
migrateurs, résidant en Europe occidentale. Ils ne sont d'oiseaux et que leur présence dans le dépôt est liée
à l'activité humaine, cela suggérerait que le site était donc pas significatifs comme indicateurs saisonniers,
mais fournissent une confirmation appréciable sur les occupé deux fois dans l'année, une première fois durant
plantes alimentaires disponibles. le printemps et l'été et une seconde fois après le début
de l'hiver. Cette extension de l'occupation en été aussi
Discussion bien qu'en hiver n'est pas incompatible avec l'occupa
tion hivernale mise en évidence à l'abri Dufaure proche
Diversité spécifique et habitat et doit sans doute être mise en relation avec la position
des deux gisements sur la route de migration entre
Le tableau XXXIV fait la synthèse de la distribution la côte atlantique et les Pyrénées. Des groupes de
des espèces sur le site d'Arancou, comme cela a été chasseurs-cueilleurs qui nomadisaient régulièrement en
esquissé dans l'introduction de ce chapitre. Il a été mont même temps que les migrations des Rennes, hivernant
ré dans les notes par espèce que certains oiseaux de la dans les Landes et se déplaçant vers les montagnes en
zone I sont des habitants des marais tandis que d'autres été, auraient préféré des sites le long de cette route où
s'associent mieux avec des étangs ou des lacs. Ils auraient l'habitat pouvait être établi sur plusieurs semaines
pu être chassés le long des zones humides de l'autre côté ou plusieurs mois à chaque fin d'année. Il semblerait
de la crête des 100 m à l'est, qui s'étendent vers le nord- donc que la falaise du Pastou était un de ces lieux et
est et les lacs actuels de Labourdadé, de la Pounte, de Arancou un autre. Dans les deux endroits, la continuité
d'une exploitation du Renne en même temps qu'une Barou et de Dumirail, et qui appartiennent au système de
la plaine inondable du gave d'Oloron et de ses larges augmentation de celle du Cerf et des autres Cervidés est
étendues de rivières. La zone II, qui couvre la dense végé évidente.
tation des flancs de vallées, de même que la zone III,
décrite comme terrain ouvert, avec un très léger couvert L'os médullaire comme indicateur saisonnier
forestier mais avec principalement des prairies et des Chez les oiseaux femelles, une forme très spécialisée
landes à éricales, comportent chacune une population d'os endochronal se rencontre dans certains os longs en
aviaire distincte. association avec la ponte. Sa formation coïncide avec la
maturation des follicules ovariens. Ceci déclenche un
processus chimique complexe par lequel l'hormone Facteurs saisonniers
parathyroïdienne, en présence de vitamine D3, est
Espèces migratrices capable de mobiliser de la matière osseuse corticale pro
Dans le sondage, il n'y a pas de restes appartenant à venant du squelette et, dans une moindre mesure, d'uti
une espèce migratrice. Le tableau XXXV résume les liser du calcium de l'alimentation pour le redéposer en
mouvements des oiseaux migrateurs tels qu'ils apparais forme de structure en nid d'abeilles dans les os longs, le
sent dans l'échantillon provenant de la fouille clandest fémur en particulier. Cette ressource labile est ensuite
ine. Quelques espèces sont des visiteurs d'hiver : le convertie en carbonate de calcium et transférée pour fo
Cygne, le Harle huppé et la Grive mauvis seraient venus rmer la coquille de l'œuf tandis que celui-ci passe à travers
dans la région entre octobre et mars. Huit autres espèces l'oviducte. Le cycle est complété par l'embryon qui s'ap
indiquent une occupation durant les mois d'été, avec proprie une certaine quantité du calcium de la coquille
cependant des durées variables de séjour. Pris dans son au cours de sa croissance (Dacke, 1979).
ensemble, le message de saisonnalité fourni par le matér Pour chaque espèce d'oiseau sauvage, l'ornithologie
peut nous indiquer le laps de temps dans la saison de iel aviaire est double. Une présence en été est certaine,
sa durée dépendant de l'espèce considérée. L'arrivée la reproduction pendant lequel la ponte a lieu dans les
plus précoce, telle qu'elle est documentée de nos jours, conditions actuelles d'environnement. Il se peut que les
serait celle du Circaète Jean-le-Blanc en mars, la dernière changements climatiques aient apporté des altérations
marginales pour certaines espèces mais les travaux de serait celle du Gobemouche gris en juin. Les dates de
départ s'échelonnent entre début août et fin octobre. Par Simkiss, Dacke, Taylor, Stringer et d'autres montrent
conséquent, si la saisonnalité est définie par les restes que, pour les oiseaux domestiques, le nombre d'heures
Gallia Préhistoire, 41, 1999, p. 1-151 © CNRS ÉDITIONS, Paris, 2000 •
La grotte du Bourrouilla à Arancou 121
Tabl. XXXIV - Zone d'habitat et distribution de la faune aviaire dans les environs de la grotte du Bourrouilla.
Zone 1 Zone lit Zone III Espèces côtières
Tachybaptus ruficollis
Cygnus cygnus
Anas platyrhyncos
Anas querquedula
Netta rufina
Mergus senator
Haematopus ostralegus
n_ ^ l. .A
Aquila sp.
Falco peregrinus
-« Lagopus mutus
Tetrao tetrix
Perdix perdix
Larus canus
Fratercula arctica
Nyctea scandiaca
Dendrocopos minor
Ptyprogne rupestris iiirunQO il' * rusnca .-
Alauda arvensis
Lullula arborea
Musicapa striata
Saxicola rubetra
-« Turdus iliacus
Parus major
Garrulus glandarius
L.orvus corax
Pyrrhocorax pyrrhocorax
-# Carduelis chloris
Coccothraustes coccothraustes cannabina
Tabl. XXXV - Saisonnalité des migrations des espèces d'oiseaux provenant de la grotte du Bourrouilla.
Espèces janv. féw. mars avril ma! Juin juil. août sept. oct. nov. déc.
Cygnus cygnus
Anas querquedula
Mergus senator
Circaetus gallicus
Coturnix coturnix
Ptyonoprogne rupestris
Hirundo rustica
Musicapa striata
Phoenicurus phoenicurus
Saxicola rubetra
Galha Préhistoire, 41, 1999, p. 1-151 © CNRS ÉDITIONS, Paris, 2000

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin