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Claude Couraud
Les pigments des grottes d'Arcy-sur-Cure (Yonne)
In: Gallia préhistoire. Tome 33, 1991. pp. 17-52.
Abstract
In order to study the 23 kg of pigments recovered from the three caves of Arcy-sur-Cure (the Bison, Lagoped and Reindeer
Caves) we analysed their intrinsic and external characteristics. The former involve the objects' own morphology : dimensions,
form, weight, colour and especially traces of use-wear and physico-chemical composition. These use-wear traces, especially a
polishing and rubbing, have proved very explicit concerning the role played by these blocks in the working of hides as well as in
the preparation of powders. As for the analytical results, they reveal the principal raw material that makes up the pigments. The
external features include the spatial distribution of these pieces on the cave-floor, and their association with the other elements in
the layer, particularly the hearths. The study was completed by a search of the surrounding terrain for raw materials, a search
facilitated by the proximity of the Saint-Moré caves which used to be full of yellow ochre.
Résumé
Pour étudier les 23 kg de pigments récoltés dans trois grottes d'Arcy-sur-Cure : Bison, Lagopède et Renne, nous avons analysé
les caractères intrinsèques et extrinsèques rattachés à ces pièces. Les premiers font appel aux objets eux-mêmes, c'est-à-dire à
leur morphologie : dimensions, forme, poids, couleur et surtout traces d'utilisation et composition physico-chimique. Ces traces
d'utilisation, principalement le lustrage, le frottage et le raclage, se sont montrées très explicites sur le rôle joué par ces blocs tant
au point de vue du travail des peaux que de la préparation des poudres. Quant aux résultats d'analyses, ils révèlent la matière
principale qui compose les pigments. Les caractères extrinsèques sont liés à l'organisation spatiale de ces pièces sur le sol de la
grotte et à leurs rapports avec les autres éléments de la couche, principalement avec les foyers. Cette étude est complétée par la
recherche sur le terrain de matières premières, recherche facilitée par la proximité des grottes de Saint- Moré, autrefois remplies
d'ocre jaune.
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Couraud Claude. Les pigments des grottes d'Arcy-sur-Cure (Yonne). In: Gallia préhistoire. Tome 33, 1991. pp. 17-52.
doi : 10.3406/galip.1991.2284
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/galip_0016-4127_1991_num_33_1_2284PIGMENTS DES GROTTES D' ARCY-SUR-CURE (YONNE) LES
par Claude COURAUD
Résumé
Pour étudier les 23 kg de pigments récoltés dans trois grottes d 'Arcy-sur-Cure : Bison, Lagopède et Renne,
nous avons analysé les caractères intrinsèques et extrinsèques rattachés à ces pièces. Les premiers font appel
aux objets eux-mêmes, c'est-à-dire à leur morphologie : dimensions, forme, poids, couleur et surtout traces
d'utilisation et composition physico-chimique. Ces traces d'utilisation, principalement le lustrage, le frottage et
le raclage, se sont montrées très explicites sur le rôle joué par ces blocs tant au point de vue du travail des peaux
que de la préparation des poudres. Quant aux résultats d'analyses, ils révèlent la matière principale qui compose
les pigments. Les caractères extrinsèques sont liés à l'organisation spatiale de ces pièces sur le sol de la grotte et
à leurs rapports avec les autres éléments de la couche, principalement avec les foyers. Cette étude est complétée
par la recherche sur le terrain de matières premières, recherche facilitée par la proximité des grottes de Saint-
Moré, autrefois remplies d'ocre jaune.
Abstract
In order to study the 23 kg of pigments recovered from the three caves of Arcy-sur-Cure (the Bison, Lagoped and
Reindeer Caves) we analysed their intrinsic and external characteristics. The former involve the objects' own morphol
ogy : dimensions, form, weight, colour and especially traces of use-wear and physico-chemical composition. These
use-wear traces, especially a polishing and rubbing, have proved very explicit concerning the role played by these
blocks in the working of hides as well as in the preparation of powders. As for the analytical results, they reveal the
principal raw material that makes up the pigments. The external features include the spatial distribution of these
pieces on the cave-floor, and their association with the other elements in the layer, particularly the hearths. The study
was completed by a search of the surrounding terrain for raw materials, a search facilitated by the proximity of the
Saint-Moré caves which used to be full of yellow ochre.
Mots-clefs : Arcy-sur-Cure, Yonne, grottes, pigments, lustrage, frottage, raclage.
Key-words : Yonne, caves, polishing, rubbing, scraping.
tat des observations des autres préhistoriens qui Dans cet article, nous traitons de la morphologie
des pigments et évoquons leur répartition dans l'e travaillent sur le reste du matériel. Cette étude col
space et dans le temps1. Mais, pour développer l'a lective permettra d'associer correctement, et par
spect palethnologique, nous devons attendre le résul- niveau, les pigments avec les foyers, les outils et les
divers ossements, d'où l'évocation d'intéressantes
perspectives sur l'interprétation. 1. Nous tenons à remercier M. et Mme Leroi-Gourhan qui Pour la présente étude, nous avons considéré nous ont permis de faire cette étude, ainsi que toutes les per
deux aspects ; l'un concerne les pigments extraits des sonnes qui pratiquèrent les analyses des pigments; nous cite
rons leur nom dans le paragraphe qui traite de ce sujet. couches archéologiques et pouvant être étudiés
Gallia Préhistoire, 1991, tome 33, p. 17-52. CLAUDE COURAUD 18
utilisées entrent dans cette catégorie. Ces dernières, actuellement, l'autre se rapporte aux traces fugaces
inscrites au moment de la fouille sur le cahier et le au nombre de 256, représentent 5694,4 g soit
24,84 % du poids total mais 42,97 % par rapport au plan, mais non visibles aujourd'hui : points et
nappes de couleur, poudres et blocs friables non nombre total des blocs.
Ces minéraux se répartissent donc très inégalrécoltés, pièces notées mais perdues depuis ... Ces
ement dans les grottes et de façon différente, selon deux éléments ne doivent pas être dissociés car nous
savons que les blocs pigmentés parvenus jusqu'à leur couleur et leur emploi. La grotte du Bison n'a
pas fourni de bloc, celle du Renne en totalise 596 nous ne reflètent que partiellement la réalité archéo
logique. Un autre point important reste à préciser : dont 255 utilisés et celle du Lagopède n'a donné que
2 blocs dont 1 utilisé (tabl. I, p. 41). la terminologie. Le mot colorant a souvent été
employé à tort, même par nous, et nous devons lui Ces 23000 g représentent une masse importante,
mais une telle découverte n'est pas unique. Rappelsubstituer celui plus exact de pigment. En schémati
sant à l'extrême, la différence majeure entre les deux ons les 14000 g recueillis à l'abri Blanchard, Sergeac
(Dordogne) et datant de l'Aurignacien ancien est que les colorants sont solubles et les pigments
insolubles. Un manque de précision entoure ces (Didon, 1911). En revanche, Lascaux ne révéla, mal
gré ses nombreuses peintures, que 1 050 g avec matières, trop souvent rattachées à l'art, alors
qu'elles eurent, nous le verrons, d'autres usages. 158 blocs et Laugerie-Basse 564 g représentant
8 blocs (Couraud, Laming-Emperaire, 1979; Cou- Nous rappelons donc les deux définitions de
base que nous avons, en leur temps, proposées (Cou- raud, 1984-1985).
raud, 1983).
Pigments : matières minérales, végétales ou ani LA TYPOLOGIE
males dont la propriété colorante est attestée par des
emplois divers durant la préhistoire. Les pigments se Bien que simple, une typologie des blocs pig
présentent sous forme de blocs bruts ou utilisés et de mentés a été créée. Nous relevons les trois dimens
poudres naturelles ou réduites artificiellement. Leurs ions (L X 1 X H), le poids, la forme, la couleur, les
couleurs, variables, peuvent avoir subi des transfor traces d'utilisation et la disposition de celles-ci sur le
mations par calcination. Pour des raisons évidentes, bloc. Ces deux derniers points étant les éléments les
le charbon de bois brut ne peut entrer dans cette plus déterminants pour l'étude.
catégorie.
Dimensions Bloc pigmenté utilisé : pièce minérale ou végét
ale, de forme et de couleur variables, portant une ou Nous ne mesurons les blocs qu'à partir de 5 cm, plusieurs traces prouvant une utilisation humaine. à moins qu'ils ne portent des traces d'utilisation. Le Les pigments sous forme de poudre ne résultent pas plus petit bloc utilisé mesure 0,9 cm X 0,9 cm X toujours de l'intervention de l'homme. 0,5 cm et le plus gros 12,6 cm X 10,9 cm X 5,5 cm.
Nous avons donc affaire à de petits objets, excepté ÉTUDE MORPHOLOGIQUE un gros bloc rouge portant des traces de raclage DES BLOCS PIGMENTÉS mesurant 24,5 cm X 17,5 cm X 3 cm et pesant
1 590 g. Pour l'étude des niveaux, nous avons
L'ensemble des pigments récoltés dans les trois décompté cet objet à part, car il fausserait les statisgrottes d'Arcy-sur-Cure totalise 22,916 kg et se tiques. répartit comme suit: grotte du Bison: 9,1g;
grotte du Renne : 22347,3 g; grotte du Lagopède : Poids 560 g. On constate l'écrasante majorité des pièces
mises au jour dans la grotte du Renne. Cet ensemble Ils sont compris entre 0,1 g pour la plus petite
regroupe les trois couleurs fondamentales : rouge, pièce utilisée (bloc rouge du niveau Xb de la grotte
noir et jaune, auxquelles s'ajoutent un morceau de du Renne) et 490 g pour la plus grosse (bloc rouge de
calcite, une pierre et un fragment d'os portant des la grotte du Lagopède). Ces poids relativement
importants se retrouvent à quelques exemplaires traces d'utilisation (lustrage).
Parmi les 2721 pièces décomptées, beaucoup ne dans la grotte du Renne : 212 g (niveau VIII), 415 g
sont que d'infimes fragments. On ne peut retenir que (niveau Xb2), 465 g (niveau Xc) et rappelons aussi
598 objets dénommés blocs. Il s'agit de pigments le bloc de 1 590 g du niveau Xb. Pour les pièces
pesant au minimum 10 g et/ou possédant une dimens brutes, les poids varient entre 0,1 g et 725 g (rouge
ion supérieure ou égale à 5 cm. Toutes les pièces du niveau Xc) ; on trouve aussi une autre pièce de LES PIGMENTS D'ARCY-SUR-CURE 19
500 g (rouge niveau Xb2). Mais il s'agit de pièces
exceptionnelles, la plupart des autres, qu'elles soient
brutes ou utilisées, sont bien moins lourdes; la
moyenne se situant à 8,14 g, ce qui laisse supposer
que nous sommes en présence de rebuts, c'est-à-dire
de pièces trop petites pour être utilisées, les plus
importantes ayant très souvent été employées jus
qu'à leur usure extrême.
Formes
Elles représentent approximativement le
modèle choisi, approchant à peu près des formes géo
métriques simples : prismatique droite tronquée,
pyramidale, tétraédrique, triangulaire, parallélépipé-
dique rectangle ou irrégulière, trapézoïdale, cylin
drique et demi-cylindrique, sphérique, oblongue,
ovalaire, lancéolée et informe ; cette dernière catégor
ie englobe la majorité des pièces. Les autres formes
se retrouvent surtout parmi les blocs utilisés.
Couleurs 2cm
Nous utilisons le code Munsell réservé aux terres
naturelles pour répertorier les différentes teintes Fig. 1 — Grotte du Renne, carré C12, couche Xa, Châtelperro-
(Munsell, 1975). Cependant il ne nous paraît pas nien. Bloc rouge portant des traces de lustrage avec un aspect
lisse et des rayures non sensibles au toucher. important d'énumérer toutes les tonalités reconnues.
Bien souvent, elles varient en fonction de la per
sonne qui examine l'objet, de l'éclairage et de la
pièce elle-même, de même la couleur n'est pas iden
tique à l'endroit où elle a été utilisée et sur la partie
brute. Les traces d'utilisation révèlent généralement
la couleur réelle, bien plus vive une fois débarrassée
des traces de calcite et de terre. Nous en resterons
aux trois grandes couleurs rencontrées : le rouge, le
noir et le jaune. Leur représentativité est très iné
gale, le rouge étant omniprésent avec 17832,8 g,
suivi par le noir 4 748,9 g et le jaune 335,7 g seule
ment, soit respectivement 77,81 %, 20,72 % et
1,46%.
Traces d'utilisation
Nous avons relevé sept traces différentes dont
nous rappelons la définition et pour certaines l'hypo
thèse de leur origine (Couraud, 1983).
Lustrage (fig. 1 et pi. I et II) : rayures non sen
sibles au toucher. Bloc ayant été frotté sur un objet
doux tel que la peau. C'est la trace la plus souvent
rencontrée : 201 cas (75,84 %). 2cm
Frottage (fig. 2 et pi. Ill, nos 1-5) : rayures sen
sibles au toucher. Bloc frotté sur un objet rugueux Fig. 2 — Grotte du Renne, carré X13, couche Xc, Châtelperro-
tel que la pierre. La partie frottée est plutôt convexe. nien. Bloc rouge portant des traces de frottage avec des
Cette trace est présente 29 fois (10,94 %). rayures bien visibles et sensibles au toucher. 20 CLAUDE COURAUD
Raclage (ou grattage) (fig. 3 et pi. III, n08 9-11 et
IV, nos 1,2): rayures sensibles au toucher. Bloc raclé
avec un objet dur tel que le silex. La partie raclée est
plutôt concave. Cette trace a été relevée 20 fois
(7,54 %).
Cupule (fig. 4 et pi. IV, nos 3, 4) : petite dépres
sion obtenue par raclage ou forage. Pour deux de ces
blocs, il semble qu'elle ait été réalisée par dissolution
de la matière avec un pinceau humidifié. Nous la
retrouvons dans 7 cas (2,64 %).
Entaille (pi. IV, n° 6) : très courte incision obte
nue avec un objet tranchant.
Gravure : lignes de formes variées obtenues avec
un objet tranchant ou pointu. Nous avons regroupé
ces deux sortes de traces, très proches. On en 10 cm trouve 5 (1,88%).
Modelage (pi. IV, nos 7, 8) : pigments mélangés à Fig. 3 — Grotte du Renne, carré Y13, couche Xb, Châtelper-
de l'argile et portant des traces évidentes de ronien. Bloc rouge portant des traces de raclage avec des
rayures bien visibles et sensibles au toucher; la partie raclée malaxage avec empreintes de doigts visibles. Trois
est concave. exemplaires seulement ont été décomptés (1,13 %).
Ces pièces à leur tour pourraient porter les traces
décrites ci-dessus, mais cela n'a pas été le cas pour
les grottes d'Arcy-sur-Cure.
La disposition de ces traces d'utilisation varie
sur les surfaces du bloc. On les retrouve sur la ou les
tranches, à une ou deux extrémités, sur une ou plu
sieurs faces, parfois à quatre endroits distincts, ce
qui prouve l'usage intensif de ces pièces. Par ailleurs
douze blocs portent deux traces différentes, ce qui
2cm explique le nombre supérieur de traces par rapport à
celui des blocs; l'un d'eux en possède même trois :
Fig. 4 — Grotte du Renne, carré Zll, couche Xc, Châtelperro- lustrage, frottage et raclage. Les onze autres nien. Bloc noir portant une cupule. comprennent le lustrage associé le plus souvent au
frottage ou au raclage. Il faut savoir enfin que sur les
256 blocs utilisés, un seul provient de la grotte du
Lagopède (trace de lustrage), tous les autres se rap les niveaux moustériens (4 échantillons) et paléoliportent à la grotte du Renne. thiques (29 échantillons). Quatre laboratoires se par
Pour être objectif, nous sommes obligé de tagèrent le travail : 26 échantillons ont été analysés constater que les traces relevant d'un réel travail ou par Mme Pamela Bowren-Vandiver, de l'Institut de
de l'usage ne concernent que les trois premières Technologie de Cambridge dans le Massachusetts
traces, c'est-à-dire lustrage, frottage et raclage, qui à (USA) ; 21 de ces mêmes prélèvements plus un autre elles seules représentent 94,33 % de l'ensemble. Le firent l'objet de déterminations physiques par
modelage dans le cas présent ne porte pas de trace Mme Lucile Mammou du Laboratoire de Géologie de
d'usure, les gravures et entailles ne sont pas très l'École Normale Supérieure. Cette double analyse
significatives et les blocs qui ont des cupules sont s'explique par le fait de méthodes différentes
trop rares pour que l'on soit sûr de l'usage qui en a employées par les deux laboratoires. Afin de compar
été fait. er les pigments préhistoriques aux prélèvements
effectués dans les grottes susceptibles d'avoir servi
de lieux d'extraction de matières premières, il était RÉSULTATS D'ANALYSES préférable de mettre en parallèle des procédés sem
blables ; en l'occurrence ceux de l'École Normale Pour connaître la composition physico-chimique
Supérieure (cf. infra, p. 38). M. Guineau, du Labora- des pigments, 33 échantillons ont été prélevés dans LES PIGMENTS D'ARCY-SUR-CURE 21
toire du CNRS à Thiais, analysa un fragment bleu et résultats d'analyses, que tous ces prélèvements natur
els contenaient eux aussi un bon pourcentage de le professeur Bouchez de l'Université de Grenoble
étudia partiellement 5 échantillons. quartz et de calcite. Donc a priori, de la calcite dans
une poudre pigmentée n'indique pas forcément une Nous avons pris les prélèvements sur de petits
blocs bruts en faisant en sorte de représenter les trois volonté humaine et a posteriori, des traces de travail
couleurs et la plupart des couches (sauf le niveau sur un bloc de calcite ne veulent pas dire obligatoir
aurignacien). Les échantillons, s'échelonnant entre ement l'obtention de poudre pour mélanger aux pig
0,1 et 2 g, totalisent moins de 10 g. ments.
Avant de passer aux résultats des analyses, nous Le second point concerne l'oxyde de fer noir
évoquons deux points particuliers qui aideront à la (Fe3 O4) ou magnetite. Ce minéral magnétique offre
donc la particularité d'être déterminable avec un compréhension de ces résultats. Il s'agit d'abord de
trois petits blocs de calcite trouvés dans la grotte du simple aimant. Avant de procéder à une analyse plus
Renne. Deux se rapportent au niveau X châtelperro- poussée ou de choisir des fragments analysables, il
nien, dont un est utilisé et ne pèse que 2 g ; le tro est préférable d'assurer soi-même cette expérience.
Nous avons ainsi mis en évidence deux blocs bruts de isième provient du niveau VII aurignacien. Ce sont
les traces d'utilisation comparables à celles Fe3 O4 dans le niveau châtelperronien Xb, l'un de
42 g, l'autre de 23 g. Leur couleur est noir rougeâtre reconnues sur les blocs qui poussèrent les fouilleurs à
classer ces cristaux avec les pigments, mais cette (10 R 2,5/1) mais comme la poudre qu'on en retire
association est tout à fait artificielle. Parmi d'autres est d'une teinte plutôt rougeâtre, nous les avons clas
matériels, nous avons également trouvé un fragment sés parmi les pigments rouges. Dans ce même niveau
d'os et une petite pierre portant ces mêmes traces de Xb et dans le niveau Xcont été récoltés deux très
lustrage. Bien qu'il n'y ait pas d'art à Arcy, cette petits fragments d'oxyde de fer noir (0,8 g et 0,2 g).
Nous pensons qu'il peut s'agir de particules de pigdécouverte de calcite utilisée est à rapprocher de
celle faite à Lascaux où nous avions un gros fra ments au départ rouges ou jaunes qui proviendraient
d'un foyer ; une température de 1 000° suffit à faire gment portant des traces de frottage (Couraud,
virer le rouge au noir, c'est-à-dire Fe2 O3 en Fe3 O4. Laming-Emperaire, 1979). Les chercheurs qui effe
ctuaient les analyses minéralogiques, trouvant de la
calcite mélangée aux poudres pigmentées, rappro
chèrent ce fait des traces constatées sur le bloc. De La grotte du Bison (Moustérien)
même, ils reconnurent dans ces poudres un pourcen
tage varié de quartz et d'argile et conclurent à un Un échantillon d'une couche indéterminée a été
mélange volontaire, écrivant : «Cette association analysé par le Laboratoire de Géologie de l'ENS. La
entre un pigment coloré spécifique et un ou deux méthode est la suivante : après avoir finement broyé
minéraux jouant le rôle de charge, généralement du et étalé les minéraux sur une lame dépolie, «les di
quartz, présente une telle régularité qu'il ne peut agrammes de ces poudres fines sont effectués sur un
s'agir vraisemblablement que d'un acte de prépara diffractomètre à rayons X, CGR Thêta 60, avec une
tion du peintre pour constituer la poudre colorée anticathode de cuivre...» (note manuscrite de
qu'il aura à utiliser...» (Ballet et al., 1979). Cette L. Mammou). Toutes les autres analyses effectuées
déduction est fausse pour trois raisons. Tout par ce laboratoire procèdent de la même manière.
d'abord, ces poudres récoltées à Lascaux n'ont pas Cet échantillon n° 1, rouge foncé 2,5 YR 3/6, est très
pu servir à peindre, étant donné leur grosseur et les riche en fer non déterminable. On trouve aussi de la
impuretés visibles qu'elles contiennent, notamment calcite, des argiles et de la gœthite en quantité diff
du sable; il s'agit assurément de déchets. Ensuite, icilement mesurable.
ces pigments ont été retrouvés dans la couche
archéologique et chacun sait que la calcite abonde
La grotte du Renne dans les fouilles tant sur les pièces mises au jour que
dans le sédiment, surtout en grotte. Quant à l'argile,
La première série d'analyses se rapporte aux elle a pu être ramassée au moment de la récupération
niveaux du Paléolithique supérieur de la grotte du de ces poudres sur le sol argileux de la cavité. Enfin,
Renne. Trois échantillons ont été étudiés à l'Universla dernière objection et la plus solide concerne les
ité de Grenoble. prélèvements de pigments dans des gîtes minéraux.
Échantillon n° 2 : couche Xc (Châtelperronien), Nous • avons prélevé des dizaines d'échantillons
carré X/12, rouge 10 R 5/8 ; il est composé de quartz, autour du Mas d'Azil (Ariège) et à Saint-Moré (à
calcite, oxyde de fer (Fe2 O3) et d'un peu de kaoli- 1 km au sud d'Arcy-sur-Cure) ; il s'avéra, au vu des 22 CLAUDE COURAUD
nite ; ce fragment fortement magnétique a été cal Ca, K, Na et pour l'ENS : il n'y a que de la calcite et
du quartz sans trace d'oxyde de fer. Nous avons ciné.
pourtant nous-même mis en évidence avec un Échantillon n° 3 : couche Xb (Ghâtelperronien),
aimant des particules magnétiques. carré G/9, rouge pâle 10 R 6/4; il n'est pas magnét
Échantillon n° 12 : couche Xb2 (Châtelperronique.
ien), carré B/8, rouge 10 R 4/8. Composition pour Échantillon n° 4 : couche VI (Châtelperronien/
l'IT : particules irrégulières de calcite avec de l'hGravettien), carré V/7, rouge sombre 10 R 3/4; il est
ématite et occasionnellement une inclusion d'hématcomposé d'hématite pure, peu magnétique.
ite noire ; Ca, Fe ; Si, Al et pour l'ENS : beaucoup Les analyses suivantes furent conjointement
de calcite et très peu d'hématite. exécutées par le Laboratoire de l'Institut de Tech
Échantillon n° 13 : couche Xb2 (Châtelperronnologie (IT) de Cambridge (USA) et par celui de
l'École Normale Supérieure (ENS); nous les présen ien), carré C/3, rouge pâle 10 R 6/4. Composition
tons ensemble puisqu'elles traitent des mêmes pour l'IT : sédiment orange et friable de calcite et
échantillons (certains de ces derniers n'ont pas été d'argile ferrugineuse, avec un peu de quartz ; les
grains rhomboïdes de calcite sont intimement mêlés étudiés par le laboratoire de l'ENS car il ne restait
plus de matière analysable au retour des États-Unis). à l'argile; Ca, Si, Al; Fe, K et pour l'ENS : beau
coup de calcite et un peu de quartz, pas de trace Échantillon n° 5 : couche Xc (Châtelperronien),
d'oxyde de fer. carré A/11, gris foncé 7,5 YR N4. Composition pour
l'IT : entièrement du manganèse et pour l'ENS : Échantillon n° 14 : couche Xb (Châtelperronien),
oxyde de manganèse. carré A/7, gris très foncé 2,5 YR N3. Composition
pour l'IT : quartz avec argile et particules noires non Échantillon n° 6 : couche Xc (Châtelperronien),
magnétiques ; Si, Al, Fe, Ca ; Mg, Ti et pour l'ENS : carré A/13, jaune 10 YR 7/6. Composition pour
beaucoup de quartz et beaucoup d'albite (l'albite est l'IT : limon jaunâtre avec mélange d'argile et d'ocre
un feldspath sodique aluminosilicate de sodium tri- jaune; Ca, Si, Al; Fe et pour l'ENS : beaucoup de
clinique). calcite avec un peu d'hématite et de quartz.
Échantillon n° 15 : couche Xb (Châtelperronien), Échantillon n° 7 : couche Xc (Châtelperronien),
carré A/12, rouge 2,5 YR 4/6. Composition pour carré A/13, jaune 10 YR 7/6. Composition pour
l'IT : argile orange friable et ferrugineuse avec du l'IT : limon jaunâtre avec un peu d'argile et d'ocre
quartz, du feldspath et un peu de limon ; Si, Al, Fe, jaune.
Ca ; Ti et pour l'ENS : beaucoup de quartz, un peu
Échantillon n° 8 : couche Xc (Châtelperronien), de kaolinite et très peu d'hématite.
carré A/13, rouge faible 10 R 4/3. Composition pour
Échantillon n° 16 : couche Xb (Châtelperronien), l'IT : hématite oolitique avec un peu de limon et de
carré B/8, rouge faible 10 R 4/3. Composition pour mica ; Fe, Si, Mn, Ca, Al, K et pour l'ENS : c'est
l'IT : l'hématite est liée avec un peu de limon et de entièrement de l'hématite.
quartz; Fe ; Ca, Si, Al et pour l'ENS : beaucoup de Échantillon n° 9 : couche Xc (Châtelperronien), calcite et un peu d'hématite.
carré B/12, brun clair jaunâtre 10 YR 6/4. Composit
Échantillon n° 17 : couche Xb (Châtelperronien), ion pour l'IT : concrétion de petits fragments d'ar
carré X/13, jaune. Composition pour l'IT : mélange gile fine avec inclusion de limon et de particules
d'argile et de quartz avec inclusions noires non noires non identifiées ; Si, Al, Fe ; K, Ti et pour
magnétiques; Ca, Si, Al, Fe ; K et pour l'ENS : l'ENS : kaolinite et hématite en moyenne quantité,
beaucoup de calcite, un peu de quartz et très peu avec un peu de quartz.
d'hématite. Échantillon n° 10 : couche Xc (Châtelperronien),
Échantillon n° 18 : couche Xb (Châtelperronien), carré X/12, rouge 10 R 5/8. Composition pour l'IT :
carré Y/13, jaune rougeâtre 7,5 YR 7/6 avec des friable et fine, argile rouge ferrugineuse avec du
traces rouges. Composition pour l'IT : sédiment quartz et de la calcite ; Si, Al, Fe, Ca ; Ti, K et pour
riche en limon, particules rhomboïdales de calcite l'ENS : beaucoup de quartz, très peu d'hématite et
pauvrement cristallisées et particules d'ocre jaune ; de calcite avec un peu plus de kaolinite.
Fe, Ca, Al; Si et pour l'ENS : seulement beaucoup Échantillon n° 11 : couche Xc (Châtelperronien),
de calcite, avec un peu de quartz. carré Z/ll, gris très foncé 2,5 Y M3. Composition
pour l'IT : matériel noir hétérogène composé d'un Échantillon n° 19 : couche Xb (Châtelperronien),
mélange d'argile avec de la calcite, du quartz et du pas de provenance de carré, noir rougeâtre
10 R 2,5/1. Composition pour l'IT : principalement fer contenant des particules magnétiques ; Si, Al, Fe ; PIGMENTS D'ARCY-SUR-CURE 23 LES
extrait de la couche Xc, carré X/12, a été calciné car de la magnetite avec un peu de quartz ; Fe ; Si, Al et
il est fortement magnétique. Ceci confirme les obserpour l'ENS : seulement beaucoup de quartz et très
peu de calcite, mais pas de trace d'oxyde de fer noir vations relevées au moment de la fouille et que nous
verrons amplement lors de l'étude de chaque couche. (magnetite) alors que nous l'avons reconnu par
aimantation. La détermination de la magnetite (oxyde de fer
noir magnétique), que nous avions mis en évidence Échantillon n° 20 : couche X (Châtelperronien),
par aimantation, a été confirmée par l'analyse : bloc carré A/11, rouge foncé 10 R 3/6. Composition pour
rouge-noir de la couche Xb et échantillon de la l'IT : silicate de fer, quartz avec hématite et argile ;
couche Xc en Z/ll. De même, pour les prélèvements Si, Fe, Al ; K, Ti et pour l'ENS : beaucoup de quartz
de blocs argileux en Xc B/12 et Xc X/12, l'analyse et un peu d'hématite.
confirma la détermination visuelle. Échantillon n° 21 : couche Villa (Châtelperron Tous les noirs ne sont pas que du manganèse. ien), carré W/13, brun foncé 7,5 YR 4/4 (présenté Dans la couche Xb en A/7, le fragment analysé est de en poudre). Composition pour l'IT : quartz et ocre l'albite. jaune mêlés à de l'argile ; Fe, Si, Al, Ga ; K. Les analyses par diffractométrie X paraissent
Échantillon n° 22 : niveau VI (Aurignacien/Gra- moins complètes que d'autres méthodes. Par deux
vettien), carré V/7, rouge sombre 10 R 3/4. Composit fois elles ne signalent pas la présence d'oxyde de fer
ion pour l'IT : hématite avec inclusion de quartz et magnétique alors que nous l'avions mis en évidence
un peu de mica ; Fe", Si ; Al, K, Mn et pour l'ENS : par aimantation ce que confirma un autre laborat
quartz et hématite en égale quantité. oire. Malgré cette anomalie, on peut conclure que
les résultats sont assez concordants. Échantillon n° 23 : niveau VI (Aurignacien/Gra-
Nous abordons maintenant les analyses relavettien), carré V/7, rouge 10 R 4/8 et 4/6. Composit
tives aux niveaux moustériens de la grotte du ion pour l'IT : mélange d'hématite et d'argile ferru
Renne. gineuse ; Fe, Si, Al; Ca, Ti.
Échantillon n° 24 : niveau VI (Aurignacien/Gra- Échantillon n° 29 : niveau XII, carré D/6. Il
vettien), carré W/7, brun jaunâtre 10 YR 5/8. s'agit du résultat d'analyse des seuls pigments bleus
Composition pour l'IT : ocre jaune composée de découverts dans un gisement préhistorique français.
petites particules d'ocre et d'argile ; Fe, Si, Ca, Al ; K Le Laboratoire du CNRS dé Thiais a analysé ce
et pour l'ENS : du quartz, de la calcite et de l'hémat minuscule fragment qui ne pèse que 0,5 g.
ite, tous trois en quantité égale. Ce travail a été exécuté par spectrométrie de
rayons X à dispersion d'énergie. Il ressort de cette Échantillon n° 25 : couche Vc (Gravettien), carré
étude longue et précise que les éléments majeurs Y/9, rouge 10 R 5/6. Composition pour l'IT : hémat
composant cet échantillon sont du calcium et du ite très foncée, avec inclusion d'argile et de quartz ;
phosphore, le bleu étant des traces de cuivre ; ce Fe, Si, Al ; Ti pour la partie en surface ; Si, Fe, Al ;
n'est donc pas un petit bloc pigmenté comparable K, Ti pour la partie foncée intérieure et pour l'ENS :
aux autres. Voici la description qu'en fit M. Gui- quartz et un peu d'hématite.
neau : «L'observation au microscope à fort grossissÉchantillon n° 26 : couche Vc (Gravettien), carré ement (x 900) révèle que les parties bleues sont en Y/9. Composition pour l'IT : hématite mélangée à de réalité constituées d'amas de grains très finement l'argile et du quartz; Si, Fe, Al, K; Ca. étoiles. Ces grains sont de forme approximativement
Échantillon n° 27 : couche V (Gravettien), carré sphérique, non liés entre eux, mais agglomérés à une
X/10, rouge faible 10 R 5/3. Composition pour l'IT : masse blanche légèrement translucide» qui s'avéra
hématite avec un peu d'argile et inclusion de limon ; être du calcium et du phosphore.
Fe, Si; Al, Ca et pour l'ENS : hématite. Les trois échantillons qui suivent furent analys
Échantillon n° 28 : couche V (Gravettien), pas de és par le Laboratoire de Géologie de l'ENS.
provenance de carré, rouge sombre 10 R 3/4. Compos Échantillon n° 30 : niveau XI, carré A/11, gris
ition pour l'IT : hématite rouge foncé avec addition très foncé 2,5 YR N3. Résultats : graphite 80 %, fer minime d'argile ; Fe, Al, Si et pour l'ENS : quartz et (non déterminable), calcite 20 %. un peu d'hématite.
Échantillon n° 31 : niveau XI, carré A/13, rouge Pour résumer cette partie réservée aux analyses 2,5 YR 4/8. Résultats : quartz 65 %, kaolinite 30 %, des pigments du Paléolithique supérieur, on peut calcite 20 %, hématite 5 %. mettre en évidence un certain nombre de points
Échantillon n° 32 : niveau XI, carré C/14, jaune cis.
10 YR 7/6. Résultats : calcite 90 %, graphite 10 %. D'après le professeur Bouchez, l'échantillon CLAUDE COURAUD 24
L'oxyde de fer qui donne ici la couleur jaune n'a pas LES NIVEAUX DU PALÉOLITHIQUE
été décelé. SUPÉRIEUR
L'échantillon n° 31 a également été analysé par
le laboratoire de l'Université de Technologie du Mas La grotte du Lagopède
sachusetts. Résultats : «C'est un mélange d'argile
Dans l'unique niveau magdalénien de cette ferrugineuse, de sable et de calcaire faiblement
grotte a été découvert un bloc rouge de 490 g porconsolidé et gréseux. L'hématite terreuse et l'argile
tant des traces de lustrage sur une face et un autre ferrugineuse lui donnent sa couleur rouge jaunâtre ...
bloc rouge (traces douteuses d'utilisation) de 70 g, Ce qui est présent principalement, ce sont l'hématite
soit un total de 560 g. terreuse, de l'argile ferrugineuse, du quartz et de la
calcite...» (Rowren-Vandiver, 1983); ce résultat
confirme le précédent. La dernière analyse relative La grotte du Bison
aux niveaux moustériens a été effectuée à l'Univers
Le Châtelperronien de la couche D donna 8,3 g ité de Grenoble. Il s'agit d'un prélèvement sem
blable à l'échantillon n° 31. de pigments rouges et 0,3 g de jaunes, mais aucun
bloc utilisé. Pour 0,5 g de rouges il n'y a pas de proÉchantillon n° 33 : couche XI, carré A/13, rouge
venance; nous l'avons rapporté arbitrairement à la 2,5 YR 4/8. Bien que partiels, les résultats sont inté
couche D. Soit un total de 9,1 g pour ce niveau, ce ressants. Les premiers concernent la composition qui est très faible. Pourtant la lecture des cahiers de minéralogîque, déterminée par diffractométrie X, fouilles permet d'observer une utilisation importante qui est la même que l'échantillon n° 31 : quartz, cal
de pigments. On les retrouve dans les carrés S, T et cite, oxyde de fer (Fe2 O3) et un peu de kaolinite. Il
U, mètres 6 à 13. Il s'agit le plus souvent de traces s'agit donc plus vraisemblablement d'argile fort
fugaces dans lesquelles l'«ocre» rouge domine, ement colorée que de pigments purs. Les seconds se
devant les ocres jaunes et brunes. rapportent aux mesures magnétiques. Il s'avère que
Cependant on peut lire en T/6 : « Ocre et un morces pigments sont fortement magnétiques «indiquant
ceau près du rocher» et en S/13 : «ocre rouge : un une cuisson notable» (note dactylographiée du pro
petit bloc». Nous ne savons pas quel sort fut réservé fesseur Bouchez).
à ces deux blocs et en premier lieu s'ils étaient réellDe cet ensemble d'analyses, il découle quatre
ement solides ou bien friables. informations :
Ici et là, on a relevé des taches d'«ocre» rouge
• le noir est du graphite ; sur et sous des pierres, et des «boulettes d'ocre» en
• les rouges ne sont que des mélanges d'argiles T/9 et T/10 (sans indication de couleur). D'une façon
ou d'autres matières à faible teneur d'oxyde de fer, générale c'est en S/9 et surtout en T/8 qu'on a ren
phénomène que nous avions remarqué avant l'ana contré les surfaces ocrées les plus importantes. Par
lyse ; exemple, T/8 a présenté une «large poche d'ocre»
. certaines de ces argiles sont calcinées car elles rouge de 2 cm d'épaisseur. En S/11 et S/12, on notera
peuvent provenir de parties de foyers ; l'association d'ocrés rouge et orangée avec des os cal
• le petit fragment bleu ne peut être considéré cinés et en T/13 celle d'une «pierre noircie» avec de
comme un bloc utilisable pour récupérer cette cou l'«ocre».
leur; il a pu être ramassé du temps des Préhisto Encore une fois, la présence de ces trois él
riques comme curiosité (Leroi-Gourhan, 1976) ou éments : traces de combustion (os et pierre), «ocre»
plutôt s'est formé naturellement dans la terre, depuis rouge majoritaire et «ocre» jaune semble indiquer
ou avant la période moustérienne. qu'il y a eu calcination de cette dernière ; la couleur
orangée étant la teinte intermédiaire.
RÉPARTITION DES PIGMENTS
DANS LE TEMPS ET DANS L'ESPACE La grotte du Renne
Sept niveaux du Paléolithique supérieur ont été Nous commencerons cette étude par les niveaux
les plus récents des grottes du Lagopède, du Bison et reconnus. Ils sont de loin les plus riches, puisqu'ils
surtout du Renne. Nous verrons ensuite les pigments totalisent 22068 g pour 2692 pièces dont 586 blocs
du Moustérien récoltés dans les grottes du Bison puis parmi lesquels 252 sont utilisés. Plusieurs couches se
distinguent parmi ces niveaux. En partant des plus du Renne, d'ailleurs assez pauvres, et nous comparer
ons ces trouvailles à celles découvertes en France et récents nous avons le niveau IV (Gravettien), les
provenant de la même période. couches V, Va, Vb, Vc (Gravettien), le niveau VI PIGMENTS D'ARCY-SUR-GURE 25 LES
(l'appartenance à une culture n'a pas pu être déter contact avec la couche archéologique, elle aussi colo
minée), le niveau VII (Aurignacien), enfin les rée.
niveaux VIII, IX et X sont châtelperroniens et se
subdivisent ainsi : VIII, Villa, VlIIb, Ville, puis Niveau V
IX, IXa, IXb, IXc et X, Xa, Xb, Xbl, Xbl-b2,
Des subdivisions partagent ce niveau en couches Xb2, Xb-c, Xc.
V, Va, Vb, Vc. Mais ces trois dernières n'ont donné Nous étudierons couche par couche la réparti
que peu de pigments : 15 pièces sur les 134 de l'etion des pigments, selon l'ordre chronologique.
nsemble (tabl. II, p. 41). Pour plus de commodités, Soulignons qu'il apparaît à la relecture des
nous traiterons de l'ensemble du niveau. Ces 134 documents concernant cette grotte que le carroyage
pièces représentent 1 207,8 g ce qui fait une moyenne risque d'être modifié par l'équipe qui envisage la
de 9,01 g. Nous sommes donc en présence de petits publication d'ensemble. Nous tenions à signaler cette
objets. La couleur rouge est largement représentée particularité, qui ne met pas en cause notre descrip
avec 1 179,4 g (97,64 % du matériel) soit 118 pièces tion ni nos conclusions actuelles. De ce fait, nous
dont 34 blocs, parmi lesquels 12 utilisés. Le noir, nous sommes restreint à un minimum de six plans,
avec 8 pièces dont 1 seul bloc utilisé, ne totalise que ceux concernant les niveaux les plus riches en pig
14,5 g (1,20 %) et le jaune ne compte que 13,9 g ments et qui montrent d'une manière évidente l'i
(1,15 %) pour 8 pièces parmi lesquelles 2 blocs dont 1 mportance de l'utilisation de ces matières2. Comme
porte des traces d'usage qui ne nous paraissent pas nous l'indiquons au début de cet article, nous nous
évidentes et que nous avons classées comme dousommes servi des plans généraux et des cahiers de
teuses (fig. 5 à 8). fouilles pour étudier la répartition des pigments.
Sur les 12 blocs rouges utilisés, on compte 6 Nous avons constaté que des notes prises au moment
traces de frottage, 3 de lustrage, 3 de raclage et 1 du décapage n'étaient pas reportées sur le plan et
bloc porte des entailles gravées à une extrémité. Si inversement, des découvertes de pigments situés sur
nous arrivons à un total de 13 traces visibles pour 12 le plan n'apparaissent pas dans les cahiers. Ces
blocs, c'est que l'un d'eux porte deux sortes de lacunes se retrouvent évidemment dans nos propres
traces : lustrage et raclage. Dans la suite de cet reproductions mais il ne nous était pas possible de
article nous rencontrerons plusieurs fois ce type de faire figurer certaines trouvailles dont on ne connaît
décompte. Le noir ne donne qu'un bloc avec des pas la situation exacte dans le carré. Pour représen
traces de frottage et le jaune, un bloc avec des traces ter malgré tout l'importance du matériel mis au jour,
de raclage sur trois côtés. Ce qui totalise, sur l'enous avons reporté dans chaque carré des lettres
nsemble des trois couleurs : 7 traces de frottage, 4 de dont la grosseur est proportionnelle au poids réel des
raclage, 3 de lustrage et des entailles visibles une fois pigments récoltés : R pour le rouge, N pour le noir et
(tabl. III, p. 41). J pour le jaune. Les blocs utilisés sont figurés par des
Au moment du décapage, la coloration rouge de symboles (cf. légendes des plans).
ce niveau était générale.
La répartition de ces blocs forme deux Le Gravettjen
ensembles. Un premier, assez groupé au sud du foyer
en X/12 et le second, le long de la paroi est, au nord Niveau IV
de la grotte, avec une grande zone ocrée qui conser
Tous les pigments découverts dans ce niveau vait aussi la plupart des blocs portant des traces de
sont rouges : 6 pièces dont 3 blocs, totalisant 424 g. frottage. Entre ces zones, ici et là, quelques éléments
Il n'y a aucune pièce utilisée et aucune information pigmentés jaunes et surtout rouges sont associés à
notée sur le plan et le cahier de fouilles. Mais il a été des os calcinés. On notera également la petitesse des
rapporté deux fragments de pierre calcaire remon- blocs pigmentés : 9 g en moyenne.
tables qui portent, sur une face et sur les tranches, Quant aux traces d'utilisation présentes dans ce
une coloration rouge clair. Cette pièce de niveau gravettien, frottage et raclage majoritaires,
6,1 cm X 5,7 cm X 0,6 cm semble avoir été colorée on peut penser qu'elles furent liées à une activité
non par un travail qu'elle aurait subi mais par simple principale différente de l'époque châtelperronienne
qui verra un envahissement des traces de lustrage. Il
semble qu'au Gravettien, on ait récolté de l'oxyde de
fer rouge en poudre par raclage et frottage, tandis 2. Les plans de répartition des pigments ne sont pas
que le lustrage des peaux avec des blocs pigmentés exhaustifs. Nous donnerons le complément dans la publication
générale d'Arcy-sur-Cure. s'est développé plus tard.

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