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LI ZHI [li tche] (1527-1602)

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Universalis_Article publié par Encyclopaedia Universalis LLII ZZHHII [[llii ttcchhee]] ((11552277--11660022)) Philosophe et critique littéraire chinois, originaire des environs du grand port de Quanzhou au Fujian. Célèbre pour son indépendance d'esprit, ses attaques contre la morale et contre les conceptions régnantes, Li Zhi se rattache aux penseurs de l'école de Taizhou fondée par l'ancien saunier autodidacte Wang Gen (1483-1541). Héritière de la grande école de Wang Yangming, l'école de Taizhou en représente une déviation extrémiste et radicale qui tire toutes les conséquences de ce droit de critique que donne à chacun la théorie de la « conscience pure » (liang zhi), raison et sens moral innés en tout individu. Mais tandis que Wang Yangming insistait sur la nécessité d'un effort constant de moralité et de discipline personnelle, l'accès à la conscience pure ne pouvant être à ses yeux que le fruit d'une longue patience, l'école de Taizhou proclame avec Wang Ji (1498-1583) le caractère « présent et réalisé » de la conscience pure, de même que la nature de Bouddha est présente et réalisée en chaque être selon le chan (ou le zen japonais) ; elle met l'accent avec He Xinyin (1517-1579) sur la notion de spontanéité ; l'homme de bien, dans un monde dominé par l'artifice et l'hypocrisie, ne peut être qu'un héros, librement uni à ses semblables.
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LI ZHI [li tche] (1527-1602)

Philosophe et critique littéraire chinois, originaire des environs du grand port de Quanzhou au Fujian. Célèbre pour son indépendance d'esprit, ses attaques contre la morale et contre les conceptions régnantes, Li Zhi se rattache aux penseurs de l'école de Taizhou fondée par l'ancien saunier autodidacte Wang Gen (1483-1541). Héritière de la grande école de Wang Yangming, l'école de Taizhou en représente une déviation extrémiste et radicale qui tire toutes les conséquences de ce droit de critique que donne à chacun la théorie de la « conscience pure » (liang zhi), raison et sens moral innés en tout individu. Mais tandis que Wang Yangming insistait sur la nécessité d'un effort constant de moralité et de discipline personnelle, l'accès à la conscience pure ne pouvant être à ses yeux que le fruit d'une longue patience, l'école de Taizhou proclame avec Wang Ji (1498-1583) le caractère « présent et réalisé » de la conscience pure, de même que la nature de Bouddha est présente et réalisée en chaque être selon le chan (ou le zen japonais) ; elle met l'accent avec He Xinyin (1517-1579) sur la notion de spontanéité ; l'homme de bien, dans un monde dominé par l'artifice et l'hypocrisie, ne peut être qu'un héros, librement uni à ses semblables.

Ces conceptions se retrouvent chez Li Zhi, qui se fait une conception héroïque et passionnée de l'existence et substitue à la « conscience pure » de Wang Yangming la notion d'« ingénuité » (tongxin : littéralement l'esprit d'enfance), spontanéité originelle qui est corrompue par les doctrines morales, l'éducation, les exemples quotidiens. Ayant perdu cette ingénuité, les hommes ne savent plus juger par eux-mêmes et, perroquets parlant à d'autres perroquets, se bornent à répéter stupidement ce qu'on leur a appris. Seuls sont moralement bons les actes parfaitement libres qui répondent aux véritables aspirations et au tempérament de chacun. Les liens spontanément contractés (entre amis, maître et disciple, mari et femme quand ils se sont eux-mêmes choisis) valent mieux que ceux qu'imposent les contraintes et les hiérarchies sociales. Chaque individu est original : c'était la vraie leçon de Confucius, que ses interprètes ont trahi. Qui d'ailleurs pourrait prétendre connaître la vraie pensée de Confucius ? Ses propos, déformés par ses disciples, étaient toujours ad hominem, adaptés au caractère de chacun de ses interlocuteurs. Comment considérer de telles paroles comme l'expression d'une doctrine valable pour l'éternité ? Pour Li Zhi, il importe que les hommes puissent satisfaire leurs désirs et besoins les plus élémentaires — car désirs et besoins, condamnés par la morale régnante, sont eux aussi l'expression de cet ordre universel qui porte le nom de Dao — et qu'ils puissent trouver leur place naturelle dans le monde.

Venu tard à la philosophie, vers la fin d'une carrière officielle qui a duré de 1556 à 1580, Li Zhi se rend célèbre par son comportement excentrique (sa coutume de loger dans les monastères, sa tonsure en 1588, la présence de femmes à ses conférences) et par des ouvrages qui font scandale, les principaux étant le Livre à brûler (1590), où il s'attaque aux philosophes de son époque, et le Livre à cacher (1599), où il prend le contre-pied des opinions reçues sur les grands personnages de l'histoire. Partisan d'une littérature libérée des modèles de la tradition savante, recourant à la langue de tous les jours et puisant son inspiration dans la vérité des sentiments, Li Zhi, d'ailleurs grand admirateur et commentateur du théâtre des xiie, xiiie et xive siècles, est le premier critique littéraire chinois à proclamer la valeur de la littérature romanesque et spécialement celle du célèbre Roman des bords de l'eau (Shui hu zhuan). Il influence les conceptions littéraires du xviie siècle. Haï par une partie de l'administration et de l'intelligentsia chinoise en raison de ses idées, de ses écrits, de ses sympathies probouddhistes (comme ses amis de l'école de Taizhou, Li Zhi est partisan d'un syncrétisme entre traditions bouddhiques, taoïques et confucéennes), en butte aux persécutions, pourchassé de province en province dans les dernières années du xvie siècle, il est finalement arrêté et se suicide en prison à Pékin le 7 mai 1602. Ses ouvrages sont brûlés et proscrits, mais continueront à circuler après sa mort. Cependant, l'individualisme radical de Li Zhi sera condamné par les principaux penseurs du xviie siècle et sa personnalité si attachante ne sera tirée de l'oubli qu'à une époque récente.

Auteur: JACQUES GERNET