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LOTI julien VIAUD dit pierre (1850-1923)

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Universalis_Article publié par Encyclopaedia Universalis LLOOTTII jjuulliieenn VVIIAAUUDD ddiitt ppiieerrrree ((11885500--11992233)) Marin et romancier, telle fut la destinée de Julien Viaud, dit Pierre Loti, entre son pays natal de Saintonge et l'île d'Oléron où il fut enterré.

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Ajouté le : 27 mars 2014
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LOTI julien VIAUD dit pierre (1850-1923)

Marin et romancier, telle fut la destinée de Julien Viaud, dit Pierre Loti, entre son pays natal de Saintonge et l'île d'Oléron où il fut enterré. À l'en croire, enfant il imagina déjà toute son existence telle qu'elle fut : rien ne le surprenait ; et que cherchait-il dans ses voyages, sinon lui-même, enfin autre, là où l'angoisse aurait perdu la trace de cet éternel étranger ? Sa vie entière, il l'a racontée en quelques œuvres autobiographiques. Le Roman d'un enfant (1890) est le récit de sa sévère enfance protestante telle que sa mémoire l'a gardée. Dans Prime Jeunesse (1919), il revient sur la solitude de son éducation au milieu des femmes, après la mort de son père. Enfin, Un jeune officier pauvre (1923) complète le portrait avec la préparation à Navale au lycée Henri IV et les premiers voyages du jeune officier de marine : le rêve de son enfance se réalise et aussitôt il se dirige ailleurs. Il peint, il joue de la musique et tient un journal où peu à peu vont prendre forme ses romans, livres étranges et envoûtants où exotisme et confidences se déploient sur un même ton mélancolique. Son premier roman Aziyadé (1879), paru sans nom d'auteur, raconte une aventure vécue à Salonique et à Constantinople. Mais c'est avec Rarahu, idylle polynésienne (1880), devenu plus tard Le Mariage de Loti, qu'il connaît le succès : il s'agit aussi d'un amour triste que la différence des cultures rend impossible. Tahiti n'a ici que fonction de décor à une intrigue occidentale. Dans les années qui suivent, Loti donne une suite à Aziyadé, Fantôme d'Orient (1892) : de retour à Constantinople, le héros se met à la recherche de celle qui l'avait séduit, pour apprendre enfin qu'elle est morte. Poursuivant dans ce genre qu'il a créé et qui lui a procuré le succès, Loti écrit Le Roman d'un spahi, qui se passe au Sénégal, et Madame Chrysanthème, qui se passe au Japon. Avec Ramuntcho (1897), c'est au Pays basque cette fois qu'il situe une nouvelle intrigue exotique. Le style simple de ses premiers romans devient parfois mièvre et un peu mou. Parallèlement, il écrit une série de romans plus vigoureux qui ont la mer pour héroïne : Mon Frère Yves (1883), où il rapporte l'histoire de son frère matelot, celui qui lui avait donné la vocation de la mer, Pêcheur d'Islande (1886), Matelot (1893). Cependant, peu à peu il se détache du roman, où d'ailleurs ses héros ont toujours été très simples et abstraits, et il rédige des livres de voyage. Il y exprime son inquiétude face à la modernité et à la civilisation occidentale à laquelle il oppose le calme inaltéré de l'Orient. Il parcourt à présent le monde seul ; il en rapporte de beaux livres, où les qualités de l'observation sont toutefois un peu troublées par l'imagination et la subjectivité du regard que l'écrivain porte sur la nature. La Galilée (1896), L'Inde sans les Anglais (1902), Vers Ispahan (1904) sont plus que tout de longs poèmes, sortes de rêves éveillés où l'exotisme a d'abord pour fonction de masquer la hantise de la mort ; cette mort que figure au degré suprême la modernité — comme une chute originelle. À l'écart de tous les mouvements littéraires, Pierre Loti fut l'un des écrivains les plus originaux de ce début du xxe siècle ; son œuvre, romans exotiques et impressions de voyage, même si l'essor de l'ethnographie a profondément bouleversé notre conception des cultures primitives, reste assez moderne.

Auteur: ANTOINE COMPAGNON