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LOTZE rudolf hermann (1817-1881)

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Universalis_Article publié par Encyclopaedia Universalis LLOOTTZZEE rruuddoollff hheerrmmaannnn ((11881177--11888811)) Professeur à Göttingen et à Berlin, partisan d'un « idéalisme téléologique » par lequel il veut renouveler, contre Kant et Hegel, le système de Leibniz, Lotze appartient, avec son prédécesseur Johann Friedrich Herbart (1776- 1841), à une tendance peu commune que l'on pourrait qualifier d'antiphilosophie au sein de la philosophie. Convaincu de la nécessité de donner à la pédagogie des bases scientifiques, Herbart avait cru trouver celles-ci dans une psychologie qu'il voulait quantitative mais non expérimentale. Une telle tentative devait dès lors prendre une allure déductive et rechercher dans les mathématiques ce qu'elle refusait de demander à l'induction. La science mentale vers laquelle tend l'œuvre de Herbart se présente en dernière analyse comme un rationalisme métaphysique. Il revendiquera d'ailleurs ce qualificatif pour son entreprise, qu'il oppose à la méthode physique, en conformité avec les enseignements kantiens. Les calculs auxquels il se livre pour exprimer la « force » relative des représentations et des idées peuvent paraître simplistes en regard des déterminations expérimentales de la psychophysique, si imparfaites et approximatives que soient ces dernières.
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LOTZE rudolf hermann (1817-1881)

Professeur à Göttingen et à Berlin, partisan d'un « idéalisme téléologique » par lequel il veut renouveler, contre Kant et Hegel, le système de Leibniz, Lotze appartient, avec son prédécesseur Johann Friedrich Herbart (1776-1841), à une tendance peu commune que l'on pourrait qualifier d'antiphilosophie au sein de la philosophie. Convaincu de la nécessité de donner à la pédagogie des bases scientifiques, Herbart avait cru trouver celles-ci dans une psychologie qu'il voulait quantitative mais non expérimentale. Une telle tentative devait dès lors prendre une allure déductive et rechercher dans les mathématiques ce qu'elle refusait de demander à l'induction. La science mentale vers laquelle tend l'œuvre de Herbart se présente en dernière analyse comme un rationalisme métaphysique. Il revendiquera d'ailleurs ce qualificatif pour son entreprise, qu'il oppose à la méthode physique, en conformité avec les enseignements kantiens. Les calculs auxquels il se livre pour exprimer la « force » relative des représentations et des idées peuvent paraître simplistes en regard des déterminations expérimentales de la psychophysique, si imparfaites et approximatives que soient ces dernières. Cette tentation du formalisme est pourtant une constante de l'histoire de la psychologie scientifique et les modèles mathématiques actuels, assurément plus complexes mais aussi teintés d'empirisme fictif, pourraient paraître non moins artificiels aux yeux des expérimentateurs soucieux d'hypothèses vérifiables au niveau de la physiologie et de la biologie des conduites.

Tout en affirmant, au même titre que Herbart, la nature foncièrement métaphysique de ses recherches, Lotze, auteur de plusieurs ouvrages philosophiques (Metaphysik, 1841 ; Mikrokosmus, 1856-1864 ; System der Philosophie, 1874-1879), a abordé divers domaines de la psychologie étroitement apparentés à la physiologie, pour laquelle il manifestait un intérêt très puissant. En psychologie, son nom reste attaché à la fondation de la psychologie médicale, par sa Medizinische Psychologie oder Physiologie der Seele (1852). Le contenu de l'ouvrage est inégal. La première partie traite de l'âme et de sa localisation dans le corps ; la deuxième des sensations, des sentiments et de la perception de l'espace ; la troisième de la conscience, de l'instinct et de divers aspects de la pathologie mentale. Si la dernière partie est la seule dont on puisse affirmer qu'elle aborde des problèmes médicaux, la deuxième touche à des questions qui relèvent directement de la psychologie expérimentale et de la physiologie. Huit ans avant la publication des Elemente der Psychophysik (1860) de Fechner, Lotze aborde dans sa Medizinische Psychologie la question fondamentale des relations entre stimuli et sensations.

Précurseur de la psychophysique, il développe en outre une théorie de la perception de l'espace dont l'importance historique tient au fait qu'elle influencera les théories ultérieures de Helmholtz et de Wundt. Cette théorie est fondée sur la notion des « signes locaux ». Ces derniers sont définis comme des variations d'intensité consécutives à l'application d'un stimulus et déterminant une structure intensive différente selon le lieu du sensorium atteint. Ainsi, dans le domaine tactile, la sensation sera différente pour toutes les régions de la peau en raison des variations dans la résistance mécanique des tissus ; dans le domaine visuel, ce sont les mouvements des yeux, différents pour chaque point du champ, qui fournissent les signes locaux en rapport avec l'attention.

L'espace perçu est donc référé à la topographie du corps et du champ ; il résulte finalement, dans son organisation subjective, de la tendance constitutive de la conscience à disposer spatialement les contenus sensoriels des signes locaux. Lotze, on l'a maintes fois souligné, explique l'espace à partir de la non-spatialité en dotant la conscience d'une potentialité organisatrice étrangère en soi aux mécanismes perceptifs proprement dits. La théorie des signes locaux contient néanmoins en germe des concepts qui connaîtront plus tard des développements importants, en particulier avec la tendance eidotropique des gestaltistes ainsi qu'avec la description phénoménologique du corps vécu. De manière assez paradoxale, la métaphysique clairement affirmée de Lotze a fourni à la psychologie expérimentale les éléments d'une théorie de la subjectivité empirique, résultat qui ne fut jamais atteint par les constructions formelles du rationalisme de Herbart.

Auteur: GEORGES THINES
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