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LYCÉE

L'œuvre de Théophraste

Métaphysique

Théophraste (« divin parleur ») est le surnom donné à Tyrtamos d'Érèse par son maître Aristote. Les problèmes philosophiques qu'il aborda sont les mêmes que ceux qu'avait formulés le Stagirite. Mais l'on peut dire, si l'on accorde crédit aux vues de W. Jeager sur le développement de la pensée aristotélicienne, qu'il a poursuivi ses recherches pour résoudre au plan de la physique les questions posées auparavant en termes de métaphysique. Dans les neuf fragments qui nous restent de sa Métaphysique, Théophraste met en lumière la difficulté de considérer le Premier Moteur comme la cause nécessaire à l'explication du mouvement, rapporté à la nature même du réel ; il lui paraît vain de vouloir rechercher la raison de toutes choses : la démarche téléologique et l'importance accordée à la finalité lui semblent suspectes. Beaucoup de choses n'obéissent pas au Bien : la nature n'agit pas toujours en vue d'une fin. On comprend à la vue de ces opinions qu'Andronicos de Rhodes ait douté de l'authenticité de ces fragments et qu'il ait fallu attendre Nicolas de Damas (env. 40 av.-env. 20 apr. J.-C.) pour que fût reconnue la parenté de cette analyse avec les recherches d'Aristote sur le hasard et la fortune.

Anthropologie

En morale, Théophraste ne renie pas Aristote. La supériorité de la vie contemplative et le désir de se rendre semblable à Dieu sont maintenus comme l'exigence d'une âme tournée vers le bonheur et dont le mouvement est la disposition essentielle. Cependant Cicéron lui reproche une morale relâchée, accordant aux biens extérieurs et aux privilèges des circonstances une trop grande importance. En fait, on rencontre ici une tendance à l'analyse des conditions de l'action morale qui se retrouvera dans les De officiis du stoïcien Panétius et de Cicéron lui-même.

Son œuvre la plus célèbre, Les Caractères, que devaient imiter l'académicien Héraclide Pontique, Lycon, l'épicurien Philodème et, au xviie siècle, La Bruyère, pose de difficiles problèmes d'interprétation. O. Navarre, en France, et J. M. Edmonds, en Angleterre, ont souligné l'harmonieuse ordonnance littéraire et les étapes de la composition de cette galerie de portraits où sont croqués sur le vif des caractères malhonnêtes ou pathologiques de personnages du sexe masculin. Mais sans doute Théophraste y est-il plus encore qu'un portraitiste expert ou un psychologue inspirateur du comique Ménandre ; car on a tendance aujourd'hui à considérer qu'il reprend la tradition d'études de caractérologie inaugurées au cours de la seconde moitié du ve siècle avant J.-C. par le sophiste et empiriste Hippias. Ces portraits pourraient avoir pour origine une enquête anthropologique sur les anomalies et les déviations pathologiques de l'âme ou du moteur humain. Avec ces esquisses caractérologiques, l'anthropologie cesse d'être universelle, pour scruter les motivations prochaines du comportement individuel.

Épistémologie

Dans les sciences expérimentales, Théophraste n'entend pas seulement « sauver les phénomènes », selon l'expression d'Aristote, mais plus exactement partir des découvertes et y harmoniser ou y faire concorder l'explication. La sensation permet une appréhension directe non seulement des principes, comme chez Aristote, mais de l'individualité. L'exactitude et l'acribie sont à rechercher dans l'enquête détaillée et dans l'observation. Dans ses études de logique formelle, Théophraste ne se borne pas, comme on dit généralement, à perfectionner les démonstrations aristotéliciennes, comme celle de la conversion des propositions universelles négatives. En fait, il développe la théorie de la modalité et travaille aux problèmes posés par le syllogisme hypothétique et le syllogisme disjonctif. Il est impossible de dire si, comme le croit J. M. Bochenski, Théophraste et Eudème développent ces questions pour les avoir entendu débattre par Aristote lui-même, ou si au contraire elles reflètent le penchant de Théophraste pour des préoccupations empiriques ou positives.

Doxographie

Théophraste, comme Aristote, développe des recherches d'histoire de la philosophie. Son ouvrage d'Opinions physiques, c'est-à-dire relatives à la philosophie naturelle, ne nous est pas directement parvenu, en dehors du fragment Sur les sens (91 paragraphes). Mais il est à l'origine, ainsi que H. Diels l'a établi dans la préface de son édition aux Doxographi graeci (Berlin, 1879, réimpr. 1965), de toutes les collections doxographiques postérieures, et principalement d'Aétius dont les Placita philosophorum (Opinions des philosophes) nous sont connus par l'ouvrage du Pseudo-Plutarque et les Eclogae de Stobée. Ainsi Théophraste est-il une des sources les plus importantes pour l'histoire de la philosophie grecque.

Contemporains et successeurs

Dicéarque et Aristoxène abolissent la distinction entre l'âme et le corps. L'âme n'est qu'un certain état du corps, reflet de l'organisation physique.

Straton, surnommé le Physicien, accentue encore les tendances de Théophraste. En logique, il incline au nominalisme, cessant d'attribuer une réalité aux essences universelles et n'admettant plus que le signe et l'objet. En psychologie, il considère la pensée comme un mouvement, l'âme se mouvant et perdant, dans la pensée unie à la sensation, l'immobilité aristotélicienne. En métaphysique, il réduit la vie divine à la nature. En physique enfin, il corrige les définitions aristotéliciennes du lieu, de l'espace, du vide et du temps, admettant le vide dans l'univers et de l'immobile dans le temps. C'était là la conséquence du refus d'admettre, comme Aristote, l'existence d'un premier principe en dehors du monde, du temps et du mouvement.

Avec Lycon, le Lycée devient une école rhétorique. Le souverain bien est identifié comme « la joie authentique de l'âme », selon un mot de Clément d'Alexandrie qui le cite sans l'expliquer.

La question la plus importante qui demeure ouverte est de savoir si Aristote a été ou non trahi par Théophraste, et celui-ci par ses successeurs. L'image d'un déclin est peut-être trop aisément admise. Au xixe siècle, P. Janet disait de Straton ce que Leibniz disait de Spinoza à propos de Descartes : « Il a cultivé quelques mauvaises semences contenues dans la philosophie d'Aristote. » Mais il se pourrait que Théophraste reflétât la dernière pensée de son maître, et la question ne peut être tranchée que par les études entreprises depuis W. Jaeger sur les développements de la pensée aristotélicienne. Dans ce cas, ce n'est pas Théophraste qui aurait trahi, mais les restaurateurs plus tardifs de la pensée d'Aristote : Andronicos de Rhodes, éditeur du Corpus (vers 60 av. J.-C.), Nicolas de Damas et surtout Alexandre d'Aphrodise (fin du iie siècle).

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