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MCDOUGALL william (1871-1938)

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Universalis_Article publié par Encyclopaedia Universalis MMCCDDOOUUGGAALLLL wwiilllliiaamm ((11887711--11993388)) Psychologue anglais, émigré aux États-Unis à l'époque où y fleurissait le béhaviorisme ; William McDougall s'intéressa à de multiples domaines allant de la psychologie sociale à l'étude de la vision des couleurs, à la psychiatrie, à la biologie du comportement et même, vers la fin, aux phénomènes supranormaux. Il représente un courant psychologique pénétré par la notion de dynamisme vital. À travers James Ward (1843- 1925), défenseur d'une théorie « conative » du sujet, l'influence lointaine qui détermina son orientation propre remonte à la psychologie de l'acte de Franz Brentano. Le qualificatif d'« hormique » ou d'« intentionnaliste » que l'on applique classiquement à ses vues n'a toutefois pas la signification philosophique de l'intentionnalité de Brentano, sur laquelle est directement fondée la théorie de l'objet d'Alexius von Meinong et dont quelques rémanences peuvent être trouvées dans la théorie husserlienne de la conscience constitutive. McDougall avait conservé de sa formation médicale un intérêt profond pour la biologie, et c'est dans l'activité même de l'organisme qu'il situe l'intentionnalité des conduites.
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MCDOUGALL william (1871-1938)

Psychologue anglais, émigré aux États-Unis à l'époque où y fleurissait le béhaviorisme ; William McDougall s'intéressa à de multiples domaines allant de la psychologie sociale à l'étude de la vision des couleurs, à la psychiatrie, à la biologie du comportement et même, vers la fin, aux phénomènes supranormaux. Il représente un courant psychologique pénétré par la notion de dynamisme vital. À travers James Ward (1843-1925), défenseur d'une théorie « conative » du sujet, l'influence lointaine qui détermina son orientation propre remonte à la psychologie de l'acte de Franz Brentano. Le qualificatif d'« hormique » ou d'« intentionnaliste » que l'on applique classiquement à ses vues n'a toutefois pas la signification philosophique de l'intentionnalité de Brentano, sur laquelle est directement fondée la théorie de l'objet d'Alexius von Meinong et dont quelques rémanences peuvent être trouvées dans la théorie husserlienne de la conscience constitutive. McDougall avait conservé de sa formation médicale un intérêt profond pour la biologie, et c'est dans l'activité même de l'organisme qu'il situe l'intentionnalité des conduites. Il est donc plus proche de Tolman, qui, comme lui, insiste constamment sur l'orientation du comportement vers un but à atteindre (purposiveness), au détriment des constructions mécanistes des béhavioristes, disciples orthodoxes de la réflexologie de Pavlov.

La définition de la psychologie comme science du comportement, acceptée depuis Watson comme une formule commode qui n'exclut aucune méthode et souligne implicitement la nécessité du contrôle, est, à un mot près, le titre d'un court ouvrage de McDougall, Psychology, the Study of Behaviour, publié en 1912, c'est-à-dire un an avant le manifeste célèbre du fondateur du béhaviorisme. Mais c'est dans Outline of Psychology (1923) que McDougall développe ses théories dans toute leur ampleur. Tout en étant convaincu de la nécessité de l'expérimentation, il rejette à la fois les vues de Wilhelm Wundt et celles du béhaviorisme des origines, parce qu'elles sont incompatibles avec la spontanéité de l'action : ni l'analyse introspective du contenu supposé de la conscience, ni les chaînes de réflexes postulées par les automatismes du dressage ne peuvent suffire à expliquer l'indétermination des repérages pratiqués activement par l'organisme sur le milieu. Selon William McDougall, les caractéristiques psychologiques de la conduite sont les suivantes : la spontanéité du mouvement ; la persistance de l'activité indépendamment de la prolongation de l'impression initiale susceptible de l'avoir déclenchée ; la variation de direction des mouvements persistants ; la cessation des mouvements à partir du moment où ils déterminent un changement dans la situation ; la préparation à une situation nouvelle, cette dernière résultant de l'action en cours ; l'efficacité accrue du comportement lorsqu'il est répété dans des conditions semblables ; le caractère global de la réponse.

De cette énumération on retiendra l'élément commun essentiel : le caractère vivant de la conduite. Konrad Lorenz a maintes fois rappelé l'insistance de McDougall sur la spontanéité des comportements, en remarquant néanmoins que cette conviction témoignait de l'inspiration vitaliste de celui qui la professait. Cependant, même à l'intérieur de ce contexte, elle rejoint les observations du biologiste qui tente de décrire les actes instinctifs sans idée préconçue. On ne peut manquer de rapprocher les vues de McDougall de celles de Wallace Craig (1918), qui, le premier, distingua dans les instincts une phase appétitive initiale et une phase consommatoire terminale, fondant de cette manière, après Whitman (1898) et Heinroth (1910), le schéma descriptif fondamental de l'éthologie.

McDougall s'écarte toutefois de la biologie proprement dite des conduites par cette autre conviction selon laquelle l'action résulterait de l'impulsion communiquée à l'organique par le mental. Il est moins aisé de récuser, à ce propos, l'influence du vitalisme, encore que le concept de motivation, tel qu'il figure dans de nombreux textes psychologiques actuels, ne marque guère de progrès par rapport à l'ancien dualisme de l'énergie et de l'acte.

Comme beaucoup de créateurs, William McDougall vécut dans l'opposition. Émigré aux États-Unis depuis 1920, il ne parvint pas à s'assimiler à la mentalité américaine ; professeur à Harvard, il combattit sans interruption le béhaviorisme régnant ; expérimentateur versé en physiologie, il manifesta un intérêt étrange pour la parapsychologie ; enfin, et ceci fut lourd de conséquences, il crut démontrer l'hérédité des caractères acquis à partir d'expériences de discrimination effectuées sur plusieurs générations de rats. Il n'est pas exclu que l'homme des hypothèses imprudentes manifeste de cette façon sa méfiance à l'égard de systèmes qui lui paraissent trop parfaits pour traduire la complexité du réel. McDougall fut cet homme, et sa lutte impénitente contre le simplisme des théories mécanistes a sans doute mieux servi la psychologie que le conformisme de ceux pour lesquels la science est dogme plutôt que découverte.

Auteur: GEORGES THINES
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