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Mobilités et processus d’ancrage en ville nouvelle : Marne-la-Vallée, un bassin de vie ? Étude des mobilités résidentielles et des mobilités quotidiennes, Mobilities and rooted settlement process in new town : Marne-la-Vallée, a population catchment areas? Study of the residential mobilities and the daily mobilities

De
546 pages
Sous la direction de Férial Drosso
Thèse soutenue le 08 décembre 2008: Paris Est
Au cours des années 90, la localisation de l’emploi et de la population, ainsi que la géographie des déplacements en Ile-de-France se sont considérablement modifiées. Les rapports entre le centre de l’agglomération et sa périphérie ont évolué. Les villes nouvelles, qui se sont développées à partir des années soixante, ont largement participé à ce phénomène. Leur contribution à l’évolution des dynamiques territoriales a fait l’objet de différents travaux. En revanche, leur fonctionnement interne a été longtemps peu étudié. C’est dans ce cadre que se situe notre recherche. Outre l’objectif qui leur était assigné de réorganiser la région parisienne, les villes nouvelles devaient aussi, selon leurs concepteurs, constituer de vraies villes. Afin de rendre compte de l’évolution de l’organisation francilienne et de surmonter les difficultés attachées au terme de ville lorsque que l’on parle des villes nouvelles, nous avons adopté pour notre recherche la notion de bassin de vie. Au cours des années quatre-vingts, l’émergence de cette notion, dans le champ de la recherche urbaine et de l’aménagement, témoigne des changements qui ont modifié les dynamiques territoriales. Elle révèle aussi la recherche d’un vocabulaire apte à rendre compte de ces évolutions urbaines. Nous défendons la thèse que, quarante ans après leur création, les villes nouvelles sont devenues, des bassins de vie. Partant de l’hypothèse que les mobilités résidentielles et les mobilités quotidiennes participent à l’émergence d’un bassin de vie et témoignent d’un processus d’ancrage, nous analysons les pratiques de mobilité des habitants. La ville nouvelle de Marne-la-Vallée est notre terrain d’étude.
-Marne-la-Vallée
-Ville nouvelle
-Bassin de vie
-Mobilité résidentielle
-Mobilité quotidienne
-Ancrage
-Marché du logement
-Mobilité résidentielle
-Déplacement
During the nineties, the localisation of employment and population, as well as commuting trends within the Ile-de-France region, have significantly changed. The relationship between the town centre and its outskirts has developed, challenging therefore the relevance of an interpretation of Ile-de-France based solely on a radioconcentric approach. New towns, which started to emerge in the sixties, have largely contributed to this phenomenon. Various studies have addressed their contribution to the changing nature of territorial dynamics. However, their inner workings were little studied for a long time; this is the framework of our research. Aside from having the initial purpose of reorganizing the Paris region, for their planners, new towns were also meant to be real towns. In order to analyse the development of Francilian organisation and to overcome difficulties relating to the use of the term town when describing new towns, we have adopted the notion of population catchment areas for our research. In the eighties, the emergence of this notion in the field of urban research and planning underlined the changes that had impacted territorial dynamics. It also highlighted the quest for appropriate wording to reflect these urban trends. In our view, forty years following their inception, new towns have since become population catchment areas. Based on the assumption that residential mobility and daily mobility contribute to the creation of a population catchment area and underscore a rooted settlement process, we chose to analyse inhabitants’ mobility. Our field of study focuses on the new town of Marne-la-Vallée.
Source: http://www.theses.fr/2008PEST3025/document
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UNIVERSITÉ PARIS-EST

INSTITUT D’URBANISME DE PARIS

Centre de Recherche sur l’Espace, les Transports,
l’Environnement et les Institutions Locales

Mobilités et processus d’ancrage en ville
nouvelle : Marne-la-Vallée, un bassin de vie ?
Étude des mobilités résidentielles et des mobilités quotidiennes
Thèse pour l’obtention du doctorat en
Urbanisme, Aménagement et Politiques Urbaines



Présentée par
Nathalie Brevet

Le 8 décembre 2008






Directrice de thèse : Mme Férial DROSSO, Professeur à l’Université Paris-Est

Jury :
M. Jean-Yves AUTHIER, Professeur à l’Université Lyon II
M. Francis BEAUCIRE, Professeur à l’Université Paris I
M. Jean-Claude DRIANT, Professeur à l’Université Paris-Est
M. Patrick VERKINDEREN, Conseiller technique à l’Établissement Public d’Aménagement de
la ville nouvelle de Marne-la-Vallée 2
Remerciements


Je tiens en premier lieu à remercier très sincèrement ma directrice de thèse, Férial Drosso, pour sa
disponibilité sans réserve, ses conseils, et ses critiques constructives.
Je voudrais aussi exprimer ma reconnaissance aux personnes qui m’ont lancée sur le terrain des
villes nouvelles : Michèle Jolé pour l’encadrement de mon mémoire de DEA et sa proposition
d’étude monographique du morceau de ville de Bailly-Romainvilliers. Ce travail aura été ma première
expérience de la ville nouvelle. Je remercie aussi vivement les personnes qui m’ont permis de
débuter cette thèse et de la réaliser dans un contexte professionnel et universitaire
particulièrement favorable : merci à Vincent Fouchier et à Jean-Claude Driant de m’avoir aidée à
mettre en œuvre une convention CIFRE et de m’avoir fait bénéficier des opportunités offertes
par le programme d’Histoire et d’Évaluation des Villes Nouvelles. Merci aussi à Isabelle Billard de
m’avoir accompagnée dans les tâches qui m’ont été confiées sur l’évaluation de la politique du
logement en ville nouvelle. Merci également à Jacques Pernelle pour la mise en œuvre de l’Enquête
Mode de vie en ville nouvelle. Merci aussi aux personnes de l’IAURIF pour l’aide précieuse qu’ils
m’ont apportée concernant l’exploitation des données. Je pense tout particulièrement à Gérard
Lacoste, Philippe Louchard et Sandrine Beaufils.
Mes remerciements vont aussi au personnel de d’Établissement Public d’Aménagement de la ville
nouvelle de Marne-la-Vallée, Épamarne-Épafrance, aux personnes du service Documentation,
Patricia Gressien et Line Aldebert pour l’ensemble des informations auxquelles elles m’ont donné
la possibilité d’avoir accès, à Jean-Marie Boyer, Bruno Mirande et à Nathalie Pauliac qui m’ont
accueillie à l’Observatoire Économique et Social, à Patrick Verkinderen pour ses propositions
d’études qui m’ont permis, au delà de la convention CIFRE, de prolonger cette collaboration, et
aux dirigeants successifs de l’EPA de Marne-la-Vallée, Michel Dresch et Jean-Pierre Weiss, ainsi
qu’à leurs directeurs adjoints, Bertrand Ousset, Jean Delestrade, Frédéric Boitard et Michel Fanny
pour les différents échanges que nous avons pu avoir sur la ville nouvelle. Merci aussi aux
chercheurs du CRÉTEIL et aux personnes référentes qui m’ont accompagnée au cours de la
rédaction des différents rapports produits : Férial Drosso et Sonia Guelton.
Je remercie également les habitants de Marne-la-Vallée, ceux qui m’ont accordé du temps et qui
ont accepté de me faire partager un morceau de vie et aussi tous ceux que j’ai rencontrés et avec qui
j’ai partagé un quotidien durant plusieurs années et qui, à leur manière, ont contribué à la
connaissance que j’ai pu acquérir sur Marne-la-Vallée. Merci aussi à mes amis doctorants avec
lesquels j’ai partagé les campagnes tumultueuses de recrutement des ATER, les incertitudes liées à
nos travaux respectifs et les questionnements quant au rôle de la recherche et au métier de
chercheur. Merci à mes amis, et ils sont nombreux, de m’avoir accompagnée au cours de ces
différentes périodes de travail. Merci à mes parents pour leur soutien sans condition. Merci aussi
à toi, Hughes, à qui je dois, en grande partie, le fait d’avoir débuté ce long travail et d’avoir aussi
prolongé l’attachement que j’ai à la ville au-delà du champ universitaire.
3
SOMMAIRE


INTRODUCTION GÉNÉRALE......................................................................................................................6

PREMIÈRE PARTIE....................................................................................................................................... 17
AU-DELA D’UNE DICHOTOMIE CENTRE/PÉRIPHÉRIE EN ILE-DE-FRANCE :
CONSTRUCTION D’UNE RECHERCHE .................................................................................................. 17
CHAPITRE 1 – UNE HIÉRARCHIE TERRITORIALE FRANCILIENNE QUI TROUVE SES LIMITES DANS
LES ANNÉES QUATRE-VINGT-DIX .....................................................................................................................................20
CHAPITRE 2 – CONSTRUCTION D’UNE APPROCHE : REDÉFINITION DE LA NOTION DE BASSIN DE
VIE......................................................................................................................................................................................................48
CHAPITRE 3 - APPLICATION DE LA NOTION DE BASSIN DE VIE À L’ÉTUDE DE LA VILLE
NOUVELLE DE MARNE-LA-VALLÉE..............................76

DEUXIÈME PARTIE.................................................................................................................................... 119
ÉMERGENCE DU BASSIN DE VIE DE MARNE-LA-VALLÉE ............................................................. 119
CHAPITRE 4 : HISTOIRE ET ANCRAGE RÉSIDENTIELS DES HABITANTS DE LA VILLE NOUVELLE DE
MARNE-LA-VALLÉE.................................................122
CHAPITRE 5 – LE RECENTRAGE DES ACTIVITÉS QUOTIDIENNES À MARNE-LA-VALLÉE...................184

TROISIÈME PARTIE ...................................................................................................................................245
LE DEVENIR DU BASSIN DE VIE DE MARNE-LA-VALLÉE ..............................................................245
CHAPITRE 6 – DES FREINS POSSIBLES À UN ANCRAGE RÉSIDENTIEL ..........................................................246
CHAPITRE 7 – UN BASSIN DE VIE AFFIRMÉ : CONSÉQUENCES EN MATIÈRE DE LOGEMENTS ET
281 DÉPLACEMENTS........................................................................................................................................................................
CHAPITRE 8 – DE LA VILLE NOUVELLE DES AMÉNAGEURS À LA VILLE NOUVELLE DES
HABITANTS ..................................................................................................................................................................................305

CONCLUSION GÉNÉRALE .......................................................................................................................338

Bibliographie....................................................................................................................................................................................350
Liste des tableaux ............................................................................................................................................................................379
Liste des graphiques........................................................................................................................................................................381
Liste des cartes...............................................................................................................383
Liste des photos................................................................384
Table des abréviations ....................................................................................................................................................................385
Table des matières..............................................................386
Résumé .............................................................................................................................................................................................390

TOME 2 : ANNEXES .................................................................................................................................. 3922
4
5

INTRODUCTION GÉNÉRALE

Cette recherche se propose d’étudier en quoi Marne-la-Vallée est devenue un bassin de vie en
analysant le rôle des mobilités de ses habitants.

Ce sujet de thèse s’inscrit dans la suite de notre mémoire de DEA Monographie d’un territoire éclaté
que nous avons soutenu en septembre 2000. Ce dernier a porté sur l’une des vingt-six communes
de la ville nouvelle de Marne-la-Vallée : Bailly-Romainvilliers.

1Bailly-Romainviliers est située dans le secteur 4 de la ville nouvelle appelée aussi le Val d’Europe .
C’est dans cette partie de la ville nouvelle, aujourd’hui encore en cours d’aménagement, qu’a été
inauguré, en 1992, le pôle touristique de Disneyland. Nous avons étudié un quartier récent de la
commune édifié par le groupe Apollonia et dont les premiers logements ont été livrés en 1995. À
partir d’une étude monographique, nous avons dégagé des pistes de recherches sur lesquelles
nous avons construit le sujet de notre doctorat.

Apollonia, filiale de Georges V, se différencie du promoteur classique. Son ambition est de
2construire des morceaux de ville, des bouts de ville . Son action ne se limite pas à la construction de
logements mais inclut aussi la réalisation d’équipements (crèche, école) et de commerces
(supermarché, boulangerie). En produisant 500 à 1 200 logements, les opérations dépassent
largement les programmes classiques qui restent généralement inférieurs à 400 logements.
Apollonia propose un autre urbanisme, un urbanisme qui procède de l’affectif (...) où on bâtit un scénario pour
3raconter une histoire . L’architecture de ce programme, qualifiée tour à tour de pastiche ou de passéiste
4par ses détracteurs, renoue, selon ses concepteurs, avec une tradition d’authenticité urbaine et sociale :
le cadre de vie, quant à lui, propose aux nouveaux habitants de vivre dans un village au charme
5 6d’autrefois . Le site de Bailly-Romainvillers en est un exemple .

1 La ville nouvelle de Marne-la-Vallée, située à l'Est de Paris, a été créée en 1972. En termes de superficie, Marne-la-
Vallée est la plus grande des cinq villes nouvelles franciliennes ; elle est aussi la plus peuplée. Elle a été découpée en
quatre secteurs d’aménagement, les secteurs 1, 2, 3 et 4 nommés aussi les Portes de Paris, le Val Maubuée, le Val de Bussy
et de Lagny et le Val d’Europe. Ces quatre secteurs comptent respectivement trois, six, douze et cinq communes. La
présentation de notre terrain d’étude sera faite dans notre chapitre 3.
2 Ces appellations sont celles utilisées par les dirigeants d’Apollonia pour qualifier leurs différents programmes.
3 Présentation d’Apollonia et du projet Bailly-Romainvilliers, par François Bonnet et Jean-Jacques Julien, chef de
projets du programme, à l’Institut d’Urbanisme de Paris le 15/03/2000.
4 Op. cit.
5 Op. cit.
6 En arrivant à Bailly-Romainvilliers, on franchit un pont donnant accès à une petite place autour de laquelle se
dressent des commerces et des logements. À l’origine, un canal artificiel délimitait la face nord du projet et permettait
6

À partir d’observations directes et d’entretiens semi-directifs effectués auprès des habitants, nous
avons souhaité comprendre comment une vie sociale pouvait émerger de ce morceau de ville et
surtout connaître les raisons et les circonstances de l’installation de ces nouveaux ménages.

C’est justement le terme de nouveaux ménages que cette enquête de terrain nous a amenée à
remettre en cause. Parmi les personnes installées, et que nous avons rencontrées, une partie
7résidait déjà auparavant en ville nouvelle. Qui plus est, outre le coup de foudre ou le coup de coeur des
ménages pour le logement et le cadre de vie proposé par cette filiale de Georges V, les motifs de
leur installation soulignaient, pour chacun, des étapes de vie différentes : nous avons rencontré de
jeunes ménages venus pour accéder à la propriété mais aussi des personnes, seules ou avec
enfants, à la recherche d’un nouveau logement après une rupture de couple. Ces parcours et ces
profils ont retenu toute notre attention. Ces habitants pouvaient développer un parcours
résidentiel à Marne-la-Vallée, et des profils autres que celui du jeune couple accédant à la
propriété pouvaient être concernés. Qui plus est, leurs activités quotidiennes et leurs pratiques de
mobilité ne semblaient guère marquées par un lien de dépendance à l’égard de Paris. Au contraire,
le développement du secteur 4 et l’ouverture imminente du centre commercial Val d’Europe,
contribuaient à centrer leur attention sur leur environnement proche.

Ainsi, la plupart de nos résultats se rapprochaient des caractéristiques de la Ville émergente décrite
et analysée par Yves Chalas et Geneviève Dubois-Taine (Chalas, Dubois-Taisne 1997). La Ville
8émergente est le concept proposé par ces deux sociologues afin de rendre compte de l’évolution
d’une configuration socio-spatiale et du rôle joué par la mobilité. La liberté par le mouvement
qu’elle induit ouvre des échelles inédites. Elle permet à l’individu de revêtir une multiplicité
d’identités suivant les différentes destinations qu’il choisit. L'espace résidentiel devient le pivot
d’une vie éclatée.

de valoriser des logements collectifs et des maisons de ville. Pour des problèmes de maintenance, ce canal a été
comblé quelques années après et laisse place aujourd’hui à une étendue verte.
7 Une autre particularité d’Apollonia réside dans sa technique de vente. Apollonia expérimente, pour la première fois,
à Bailly le 10 et 11 juin 1995, le One shot (faire un coup). L’objectif de cette opération est de vendre en un week-end
100 logements qui doivent assurer le lancement de l’opération. Plus d’un million de prospectus quadri sont diffusés
dans l’Est parisien annonçant un événement unique avec des prix de lancement exceptionnels pour les cent premiers
acquéreurs. On peut y lire la recommandation suivante : N’hésitez pas à venir de bonne heure le jour de la vente. Il serait
dommage que votre futur logement soit acheté par un autre. Sur place, Apollonia a construit et décoré six appartements et cinq
maisons, auxquels s’ajoute une maquette de 20 m² présentant l’ensemble du programme. Le One shot est un succès :
140 logements ont été achetés en 48 heures. Le coup de cœur ou coup de foudre est une des conséquences de la stratégie
marketing du promoteur. J’ai été séduite par le prospectus que mes beaux-parents avaient reçu (...) Ce n’était pas prévu, c’était un
coup de cœur, on n’a pas réfléchi (...) on a été charmés par l’ensemble, l’architecture, le petit lac devant (...) on a bien aimé le village, la
maison et les appartements témoins (...) on a été voir une fois, on y est retournés le lendemain avec mes parents et on a signé (Mme P.)
(Brevet, 2000, p. 21).
8 En 1996, le Plan de Construction et Architecture, en collaboration avec la Fédération Nationale des Agences
d’urbanisme et l’Association des Maires Villes et Banlieue de France, met en place un séminaire intitulé Ville émergente.
L’essentiel des contributions y sont faites par les acteurs de la ville (élus, acteurs économiques, promoteurs de centres
commerciaux et de multiplexes). Ce séminaire expose différentes approches de l’agglomération et des modes de vie
urbains à partir desquels ils conçoivent et développent leurs activités. Cette expérience professionnelle mise au regard
de la recherche a permis d’élaborer des hypothèses de travail.
7
Nous relevions cependant quelques différences entre les analyses de la Ville émergente et nos
résultats. Les mobilités quotidiennes impliquaient l’usage de la voiture et dessinaient un territoire
éclaté. En d’autres termes, les activités des habitants les amenaient à fréquenter différents lieux
situés à Marne-la-Vallée ou ailleurs en Ile-de-France mais elles incluaient également une échelle du
proche. Ce résultat attirait particulièrement notre attention. L’espace résidentiel, la commune et ses
alentours concentraient la majeure partie de leurs activités quotidiennes. Paris n’apparaissait plus
comme une destination incontournable. Le récit des habitants soulignait aussi une mise à distance
symbolique de la capitale. Sa proximité pouvait être valorisée sans pour autant amener les
habitants à y développer des pratiques. Plus encore, d’autres lieux situés en ville nouvelle (le Val
d’Europe, secteur 4) ou en Seine-et-Marne (Meaux par exemple), paraissaient plus déterminants
que la capitale. Les représentations et les pratiques semblaient évoluer. Les mobilités quotidiennes
des habitants de Marne-la-Vallée pouvaient difficilement se réduire à une mobilité dispersée
(Rosalès-Montano, Harzo, Clerget, 1998). Ces résultats rejoignaient les conclusions d’une étude
9menée sur les habitants de la ville nouvelle d’Isle-d’Abeau à la fin des années quatre-vingt-dix
(Rosales-Montano, Harzo, Clerget, 1998). Plus encore, Bailly-Romainvilliers et ses environs
semblaient disposer d’une offre urbaine correspondant à la demande des habitants et les parcours
résidentiels antérieurs soulignaient une évolution possible du profil socio-démographique des
ménages résidant en ville nouvelle. Ce dernier résultat questionnait la capacité du parc de
logements de Marne-la-Vallée à pouvoir répondre à l’évolution des besoins et des aspirations
résidentielles des habitants.

Cette étude, à visée exploratoire, nous proposait donc des pistes de recherche que nous avons
souhaité approfondir dans le cadre d’un doctorat sur Marne-la-Vallée, ville nouvelle où, pour des
raisons indépendantes de notre projet universitaire mais finalement allant dans son sens, nous
nous sommes installée. Nous y avons vécu pendant sept ans, période couvrant en grande partie la
durée de notre recherche.

D’autres circonstances ont aussi contribué à l’orientation de notre projet de recherche. Nous
avons débuté notre thèse sur Marne-la-Vallée au moment même où le Ministère de
10l’Équipement lançait un programme d’histoire et d’évaluation des villes nouvelles. Quarante ans
11après leur création , les villes nouvelles connaissaient donc une étape supplémentaire de leur
histoire : alors que certaines d’entre elles débutaient la procédure visant à leur retour dans le droit
12commun , le temps était venu de prendre la mesure de cette politique ayant bénéficié de moyens
exceptionnels. En effet, peu de projets d’aménagement ont eu de telles conditions pour leur

9 L’Isle-d’Abeau, située à proximité de Lyon, est l’une des quatre villes nouvelles réalisées en province.
10 Le Ministère des Transports de l’Équipement du Tourisme et de la Mer est devenu en 2008 le Ministère de
l’Écologie, de l’Énergie, du Développement Durable et de l’Aménagement du Territoire.
11 Les villes nouvelles ont été créées dans les années soixante. Le Schéma Directeur de la Région de Paris (SDAURP)
de 1965 pose les bases de cette politique d’aménagement. Nous reviendrons en détail sur ce point dans le chapitre 1
de notre thèse.
12 Le retour au droit commun marque la rétrocession de l’urbanisme opérationnel aux collectivités locales.
8
13réalisation. En 1970, l’État met en place le Groupe Central des Villes Nouvelles (GCVN)
rassemblant les compétences des différents ministères impliqués dans la réalisation des villes
nouvelles. Pour favoriser et accompagner la croissance des villes nouvelles, des aides financières
sont aussi mises en place. Sans entrer dans les détails, nous pouvons citer : les dotations globales
d’équipement et de fonctionnement spécifiques, les différés d’amortissement des emprunts, le
financement des logements locatifs sociaux, les financements des infrastructures de transports, le
soutien au développement économique et des prêts à taux privilégiés (Ralite, 1989 ; Fouchier,
1999). Or, aux dires des médias et de la presse (TMO Consultants, 1978 ; Démoscopie, 2002), la
réussite de cette politique d’aménagement restait à démontrer et les critères de son évaluation à
construire.

Marne-la-Vallée était donc le terrain de notre recherche, les résultats de notre DEA constituaient
une base à partir de laquelle nous souhaitions préciser notre sujet d’étude, et notre doctorat se
réalisait dans une phase particulière de l’histoire des villes nouvelles.

C’est ainsi que le cadre de notre recherche s’est peu à peu mis en place. Le projet même des villes
nouvelles, se voulant à la fois une politique d’aménagement régional et une politique
d’aménagement urbain (Béhar, Estèbe, Gonnard, 2002), nous a permis de poser les termes de
notre recherche. En Ile-de-France, l’évolution des dynamiques urbaines et sociales, observée
durant ces quarante dernières années, laissait voir le rôle que les villes nouvelles y avaient tenu.
Leur impact a été confirmé dès les premières recherches menées pour le programme d’Histoire et
d’Évaluation (INSEE, HEVN, 2004 ; Davezies, 2003 ; Halbert, 2004 ; Berroir, Cattan, Saint-
Julien, 2004).
Une question restait à éclaircir : les villes nouvelles sont-elles devenues des vraies villes au sens où
l’entendait Paul Delouvrier c'est-à-dire une forme d’organisation socio-spatiale différente de l’image
traditionnelle d’une ville reposant sur un ensemble de constructions isolées au milieu de la campagne, qui s’étend
au-delà d’un territoire communal et qui est conçue comme la réunion d’une population et d’un centre urbain, et
une succession de quartiers où les habitants résident et des quartiers où ils travaillent, achètent, se distraient le plus
volontiers (SDAURP, 1965, p. 72).
Quarante ans après leur création, comment qualifier le type d’espace produit par les villes
nouvelles ? Ont-elles été en mesure de générer une vie sur place ? Les habitants disposent-ils
d’une offre résidentielle suffisante et capable de répondre à l’évolution de leurs besoins et de leurs
aspirations ? L’offre d’emplois, de services et d'équipements répond-t-elle à la demande des
habitants ?

Ces questions auxquelles nous souhaitions répondre pour Marne-la-Vallée soulevaient toutes les
difficultés attachées à la notion de ville dans l’étude des villes nouvelles et s’inscrivaient
pleinement dans les débats initiés par Yves Chalas et Geneviève Dubois-Taine avec la Ville

13 Le Groupe Central des Villes Nouvelles (GCVN) et le Secrétariat Général des Villes Nouvelles (SGVN) sont
devenus par la suite le Groupe Central des Grandes Opérations Urbaines (GCGOU) et le Secrétariat Général des
Grandes Opérations Urbaines (SGGGOU).
9
Émergente. Cet ouvrage collectif ouvrait de nouvelles pistes de recherche portant sur l’évolution du
phénomène urbain et du rôle novateur joué par la mobilité. Ces travaux nous paraissaient
d’autant plus déterminants qu’ils proposaient de dépasser la dichotomie opposant le centre et sa
périphérie, et de mettre en lumière la ville d’hier et la ville d’aujourd’hui.

14En parlant de ville d’hier, Yves Chalas invite à prendre une posture . Pour expliciter les propos de
cet auteur, Geneviève Dubois-Taine rappelle, que les modèles de la ville d’hier sont ceux qui obscurcissent
la vue pour bien percevoir ce qui est en train de se jouer actuellement. Point de modèle préétabli, du regard, de
l’écoute, le moins possible d’a priori, sauf celui de dire que toute anecdote, tout lapsus, toute allusion peut ouvrir des
pistes lumineuses, pour autant que l’on se libère des anciennes figures (Dubois-Taine, 2002, p. 7). Quant à la
ville d’hier, nous lui préférons le terme de ville traditionnelle. Nous partageons la définition de Jean
Rémy : La ville traditionnelle est associée à un espace physique, compact et continu, fonctionnant sur un ensemble
de quartiers à la fois différents et directement connectés entre eux. Ceci repose sur l’hypothèse que le piéton est à la
base des échanges (Rémy, 2000, p. 305). Dans ce modèle, le quartier est le référent en termes de vie
urbaine et renferme pour certains auteurs comme Heers (Heers, 1984) cité par Antoine Haumont
le mythe de la ville traditionnelle : En tout état de cause (…) ces quartiers, ces proximités vont beaucoup
contribuer au mythe rétrospectif de la ville traditionnelle, de ses promiscuités et de ses mélanges, comme des facteurs
d'équilibre permettant de faire face aux changements sans que les valeurs de la culture urbaine soient remises en
cause. Toutes choses égales, le mythe du quartier dans la civilisation urbaine européenne est comparable à celui de la
Community dans l'American Dream (Haumont, 1993, p. 111). Nous arrêterons ici notre approche de
la ville traditionnelle, notre objectif étant de fixer une définition et non d’en détailler les spécificités
ce qui nécessiterait un travail approfondi dépassant le cadre de notre recherche. C’est plutôt dans
les débats sur la ville d’aujourd’hui que nous avons souhaité nous placer.

Nous avons donc écarté toutes les ambiguïtés attachées au terme de ville, quand celui-ci est utilisé
pour les villes nouvelles, et prendre place dans les débats actuels en utilisant et en nous
réappropriant celui de bassin de vie. Depuis la fin des années quatre-vingts, ce terme est de plus en
plus usité dans le domaine politique et dans le domaine de l’aménagement sans pour autant faire
l’objet d’une définition claire et précise (Vanier, 2002).
En 2004, l’INSEE pose les bases statistiques de cette notion dans le but de compléter le
découpage du territoire français et de qualifier plus précisément le territoire à dominante rurale.
La notion de bassin de vie intègre le rôle de plus en plus prégnant de la mobilité dans les modes
de vie impliquant par là même de passer outre les limites des territoires administratifs
traditionnels (commune, canton). Les bassins de vie sont présentés comme un complément aux
aires urbaines. Selon l’INSEE, le découpage de la France en « bassins de vie » est un nouvel « outil » proposé
pour faciliter la compréhension de la structuration du territoire de la France métropolitaine et mieux qualifier

14 Dans son ouvrage Villes contemporaines (Chalas, 2001), Yves Chalas poursuit cette réflexion sur la ville d’hier et la
ville d’aujourd’hui en affirmant la réalité plurielle des villes. Il propose sept figures majeures de ces villes
contemporaines qu’il met au regard de la ville d’hier. La mobilité, le territoire, la nature, le polycentrisme, le choix, le
vide et le temps continu sont celles de nos villes contemporaines ; la fixité, la centralité unique, le contour défini,
l'unité formelle, la densité, l'harmonie classique, la minéralité et la séparation de la nature sont celles de la ville d’hier.
10