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Notes tironiennes dans les diplômes - article ; n°1 ; vol.66, pg 361-389

De
32 pages
Bibliothèque de l'école des chartes - Année 1905 - Volume 66 - Numéro 1 - Pages 361-389
29 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Maurice Jusselin
Notes tironiennes dans les diplômes
In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1905, tome 66. pp. 361-389.
Citer ce document / Cite this document :
Jusselin Maurice. Notes tironiennes dans les diplômes. In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1905, tome 66. pp. 361-389.
doi : 10.3406/bec.1905.448243
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1905_num_66_1_448243,v Ъ
NOTES TIRONIENNES
DANS LES DIPLÔMES.
I.
Une étude d'ensemble sur les notes tironiennes dans les
diplômes mérovingiens est attendue depuis longtemps. On peut
la préparer en examinant les lectures déjà proposées.
Le diplôme du 30 octobre 688 par lequel Thierry III donne à
l'abbaye de Saint-Denis le village de Lagni est très connu1. Le
déchiffrement des notes tironiennes qu'il renferme (fig. 1 et 2) a
été tenté bien des fois. Kopp distingua après la souscription :
Scripsit le-us et Bere-a-rius majore domus legit2.
Tardif adopta la lecture : Ordinante lo et Bercario
majore-domus?j . M. Châtelain croit qu'il est « difficile de renon
cer » à la syllabe rius qui terminerait le nom du maire du palais
et pense qu'après domus il y a « un signe qu'il faudrait traduire » .
Ce savant ajoute : « La lecture de Tardif ordinante est probable,
mais on y arrive plutôt par la diplomatique que par la paléogra-
1. 688, 30 octobre, Compiègne. Arch, nat., K. 3, n° 2. Original sur parche
min. Tardif, n° 25, p. 20-21. Fac-similé partiel dans Mabillon, De re diploma-
tica (Paris, 1681, in-fol.), tab. XIX (n* 2), p. 379 (texte, p. 471, n° XIII),
reproduit au xvine siècle dans le ras. lat. 9089 de la Bibl. nat. (anc. suppl.
lat. 1859), fol. 11 et 12; fac-similé complet dans Letronne, Diplomata et
chartx merovingicœ setatis (Paris, [1851,] gr. in-fol.), lre série, tab. XX (sous
la date du 30 oct. 690) ; le même fut inséré dans les Monumenta Germanise
historica, Diplomata, I (Hannovre, 1872, in-fol.), tab. II, ad pag. 51, n* 57,
et reproduit, mais un peu réduit, dans la première livraison des Schrifttafeln
de Wilhelm Arndt (Berlin, 1874, in-4°) ; M. Michael Tangl vient d'en donner une
quatrième édition 1904) dont nous allons parler.
2. Palxographia critica, t. I (Mannheim, 1817), g 385, p. 374-375. Sous la
date de 690.
3. Monuments historiques, Cartons des rois, n° 25, p. 20-21.
4 905 24 362 NOTES TIfiONIENNES
phie1. » M. Châtelain ne proposant pas une nouvelle transcription,
la question restait donc entièrement à résoudre.
Dans la quatrième édition que M. Michael Tangl vient de don
ner de la première livraison des Schrifttafeln de Wilhelm
Arndt, ce professeur a augmenté l'introduction de l'ouvrage en
donnant la transcription des documents2. Parmi eux se trouve
le diplôme du 30 octobre 688 3 qui, dans l'album, occupe la
planche X. La de M. Tangl pourrait suggérer bien
des observations, mais je me contenterai d'examiner ici la lecture
proposée pour les notes tironiennes. M. Tangl transcrit ainsi la
partie qui nous intéresse : « (C. Notée Tironianae : Jesu Christe.)
U(u)lfolœ(u)s i(u)ss(u)s optol(i) SR. Notse tironianse : TJul-
foleus et Berharius maiore domus^. C'est la première fois
qu'une lecture est proposée pour les notes tironiennes qui accom
pagnent l'invocation monogrammatique placée avant la sous
cription (fig. 1), malheureusement celle qu'a donnée M. Tangl
n'est pas exacte. En effet, le premier groupe de notes, situé à
gauche de la haste de l'invocation, ne signifie pas Jesub, mais
est la préposition liée qui doit se transcrire : In nomine^. Le
1. Introduction à la lecture des notes tironiennes (Paris, 1900, in-8°). P- 183-
184, \ и.
2. Schrifttafeln zur Erlernung der lateinischen Palxographie, herausge-
geben von Wilhelm Arndt. Erstes Heft. Vierte, erweiterte Auflage besorgt von
Michael Tangl (Berlin, G. Grotesche Verlagsbuchhandlung, 1904, in- fol.).
3. Ibidem, p. 5-6.
4.p. 6.
5. On trouve ce nom sous la forme Jesum (fig. 3) au fol. 252 v° d'un sacra-
mentaire mérovingien en onciale provenant de l'église d'Autun et conservé
aujourd'hui au Vatican parmi les mss. de la reine Christine sous le n° 317;
cf. L. Delisle, Mémoire sur d'anciens sacramentaires, dans les Mémoires de
l'Académie des inscriptions, t. XXXII, 1" partie, p. 69-71, et Châtelain, Introduct
ion à la lecture des notes tironiennes, p. 143-144. La note de notre diplôme
est bien différente. Le plus souvent, le nom du Christ est écrit Hiesus en
notes tironiennes. Pour connaître la forme du signe qui signifie Hiesus :
cf. Schmitz, Commeniarii notarum tironianarum, tab. LX, n° 20, et, du
même auteur, Monumenta tachygraphica codicis Parisiensis latini 2718,
fasc. 2 (Hannovre, 1883, in-4°), planche reproduisant le fol. 130 v du ms.
lat. 2718 (Sancti Johannis Chrysostomi de cordis conpunctione), ligne 18 (texte
p. 26), où l'on lit : in Christo Hiesu (le dernier mot est représenté fig. 4). La
note Hiesu est très différente du signe que présente notre diplôme.
6. Cf. Schmitz, Monumenta tachygraphica, fasc. 1 (Hannovre, 1882, in-4°),
planche représentant le fol. 78 r° du ms. lat. 2718, ligne 13. Au début du capi-
tulaire de Louis le Pieux, on trouve la préposition liée In-nomine (fig. 5).
Yoir aussi Châtelain, Introduction, p. 90 et 95. LES DIPLÔMES. 363 DANS
second groupe, adroite, ne représente pas Christe mais Christi.
La terminaison est indiquée trop nettement par le trait perpen
diculaire pour qu'il y ait le moindre doute.
Les notes tironiennes placées après la souscription et sous la
ruche (fig. 2) présentent certainement de plus grandes difficultés
d'interprétation. En premier lieu, je n'hésite pas à adopter pour
les deux premiers signes la lecture Or dînante. Il me paraît évi
dent qu'on ne peut attribuer aux deux premières notes la valeur
de Vulfo, même en prenant en considération toutes les déformat
ions possibles. Cette remarque est surtout sensible pour le signe
/b1. Au contraire, la première note qui représente le radical о de
ordinante apparaît avec une forme semblable à celle que nous
avons ici dans d'autres diplômes mérovingiens où elle sert de radi
cal au même mot2 (fig. 6). Dans ces derniers, la terminaison
ante est exprimée à l'aide du signe qui sert à figurer ordinaire
ment la préposition ante3, tandis que, dans notre diplôme de 688,
la terminaison régulière est employée4. Il faut bien reconnaître
que le signe est déformé, mais l'arrondissement de l'angle et l'ex
tension du demi-cercle, que nous constatons, sont la conséquence
naturelle delà rapidité de l'écriture. Sans invoquer le secours de
la diplomatique, on peut donc, à l'aide de la paléographie seule,
déchiffrer les deux premiers signes.
La lecture de la troisième et de la quatrième note est, je crois,
la difficulté principale. Le premier de ces deux signes est assez
semblable à la note qui signifie le et le second peut être considéré
comme étant la note us, aussi Kopp a lu le-us. C'est cette façon
de voir qui a sans doute influencé M. Tangl au point de lui faire
attribuer aux deux premières notes, que nous lisons ordinanle,
la valeur des deux syllabes du nom Vulfoleus5.
1. Cf. Schmitz, Commentarii, tab. XVIJ, n* 1.
2. Cf. la souscription Ordinanle E-bro-i-no majore domus, dans un diplôme
de Thierry III, du 12 sepi. 677 (Arch, nat., K. 2, n° 12. Tardif, n° 20, p. 17,
fac-similé dans Letronne, lre série, tab. XVI).
3. Cf. Schmitz, Commentarii, tab. IX, n° 3.
4. Cf. Ibidem, tab. XIV, n° 47c (fig. 7), et XV, n' 69 a. — Elle est aussi em
ployée dans un diplôme de Childebert III, du 3 avril 697 (Bibl. nat., ms. Iat.
9007, Galerie des chartes, n* 378) et dans un autre acte du même roi, écrit
vers 700 (Arch, nat., K.3, n* 123; Tardif, n» 41, p. 34-35; fac-similé dans
Letronne, 2e série, lab. XLI) (fig. 8, d'après le fac-similé de Letronne).
5. La lecture le-us donnée par Kopp a paru aussi à M. Bresslau assez satis
faisante pour admettre que les quatre premières notes représentent le nom du 364 NOTES TIRONIENNES
M. Tardif lisait seulement ..Jo, terminaison nécessaire à l'accord
grammatical on oc or dînante. Les notes tironiennes qui signifient
illo et in judicio ont dans leur ensemble une lointaine re
ssemblance avec les notes que nous avons ici, mais je n'en parle
que pour éviter des méprises, car ces signes sont trop différents
de ceux que nous distinguons sur le diplôme de 688 pour que
nous puissions, sans franchir les limites de l'hypothèse raison
nable, attribuer cette variété de forme à la rapidité de l'écriture.
Quant à la syllabe le adoptée par Kopp pour traduire la pre
mière des deux notes, il faut aussi l'écarter, car, si la forme
d'angle obtus qu'a la note le répond à ce que nous avons ici, ses
arêtes très droites ne s'accordent guère avec les ondulations
caractéristiques que nous constatons dans notre diplôme et dont
j'ai donné une reproduction exacte (fig. 2) d'après le fac-similé
de Letronne et l'original. Notons enfin que parmi les notes tir
oniennes, celles dont le radical commence par la lettre d ont seules
leur premier jambage tout à fait semblable au trait du radical
de la première des notes que nous désirons lire, mais, dans
les Commentarii notarum tironianarum, nous ne trouvons
pas de signe commençant par d qui ait une forme générale iden
tique à cette note.
Les lexiques de notes tironiennes, qui sont parvenus jusqu'à
nous, ont été écrits à l'époque carolingienne, aux ixe et xe siècles l,
et sont, pour ainsi dire, des modèles d'écriture tironienne, rel
evant les formes qui paraissaient les plus parfaites et écartant en
principe les signes déformés et irréguliers. Si, au lieu d'avoir
recours à ces recueils postérieurs au diplôme de 688 d'un siècle
et demi au moins, nous cherchons à résoudre la difficulté à l'aide
de documents contemporains, écrits dans les mêmes conditions,
c'est-à-dire rapidement, nous arrivons à une solution satisfai
sante. Le manuscrit O.210 sup. de la bibliothèque Ambrosienne
de Milan, copié au vne siècle, en semi-onciale, va nous être d'un
référendaire; ce professeur dit en effet : a Nur in den tironischen Nolen von
DM 57 scheint ein Schreiber genannt zu sein; die Endung seines noch nicht
entzifFerten Namens liest Корр... leus, es ist also keinesfalls der unterferti-
gende Referendar Wulfolaecus ï (Handbuch der ZJrkundenlehre, I, 1889, p. 263,
note 3). Dans le même ouvrage, p. 270, n° 38, il faut changer la date 690 en 688.
1. Sur ces lexiques, voir G. Schmitz, Commeniarii notarum tironianarum,
cum prolegomenis... (Leipzig, 1893, 117 p. et 132 tab. in-fol.), et Chr. Johnen,
Zwei tironische Handschriften der Pariser Nationalbibliothek, dans V Archiv
fur Sténographie, nouvelle série, t. I (1905), p. 84-90, 113-119 et suiv. DANS LES DIPLÔMES. 36o
grand secours1. C'était autrefois le manuscrit n° 20 de Bobbio.
Il offre au folio 46 v° « un exemple curieux de vieilles prières
écrites en cursives du vne ou vine siècle, avec des mots intercalés
en notes plus ou moins tironiennes2 ». Dans cette page 46 v° du
manuscrit de Bobbio, contemporaine de Thierry III, à quelques
années près, et écrite en cursive comme notre diplôme, nous
trouvons exprimé quinze fois le mot domine à l'aide d'une note
dont le radical est absolument semblable au radical du troisième
signe de la souscription que nous étudions et dont la terminaison
e est placée à l'endroit même où se trouve figurée la
dans la note qui nous occupe, ce qui est une autre preuve de
similitude. Je donne à l'appui de ma démonstration, d'après le
fac-similé publié par M. Châtelain3, la reproduction des formes
qu'affecte la note domine dans le manuscrit de Bobbio (fig. 9).
Quant au signe qui sert de terminaison à la note de notre diplôme,
il signifie certainement o. Le mot or dînante exige ce sens et
l'on peut invoquer une raison paléographique en faveur de la
régularité de la terminaison o, car la courbe qui représente la
terminaison us se termine généralement par un trait délié dont
l'épaisseur diminue de plus en plus4, tandis qu'ici nous avons un
arrêt brusque ъ. Dans le manuscrit de Bobbio, notre signe aurait
donc la valeur de domino, mais l'orthographe de ce mot, lors
qu'il ne désigne pas le « Seigneur », est toujours domno à l'époque
mérovingienne, aussi nous adopterons pour la première partie de
la souscription la transcription Ordinante domno. Le person
nage désigné par le mot domnus et cité, comme nous allons le
voir, avant le maire du palais, est certainement le roi Thierry III6.
Les dernières notes sont plus faciles à lire, et sans m'écarter
beaucoup des lectures précédentes je les transcrirai : et Bere "'-
1. Sur ce manuscrit, voir Châtelain, Introduction, p. 117-120.
2. Ibidem, p. 118.
3. Introduction à la lecture des notes iironiennes, pi. XIII, texte, p. 229-231.
4. Cf. Schmitz, Notx Bernenses, tab. XII, n° 38.
5. Cf. Commentarii, tab. XVI, n° 57.
6. Nous avons un autre diplôme (cf. p. 363, note 4, Arch. nat. , K. 3, n° 123)
dans lequel la souscription en notes commence par les mots : Ordinante (fig. 8)
domno rege. Le mot domno est exprimé à l'aide du radical du mot dominus,
mais la terminaison de l'ablatif n'est pas exprimée à l'aide du signe o, comme à
l'ordinaire, mais à l'aide du signe no. On voit combien de variétés peuvent être
constatées dans la façon d'écrire les notes tironiennes à l'époque mérovingienne.
7. Cf. Schmitz, Commentarii notarum tironianarum, tab. XIII, n° 89. .
366 NOTES TIRONIENNES
ha-rio majore domus. La note qui représente la seconde syl
labe du nom du maire du palais a été lue a1 par Kopp, ca2 par
Tardif, ha3 par M. Tangl. Je crois que cette dernière transcrip
tion répond le mieux à la façon dont le signe est tracé. La lec
ture rio 4 me paraît également certaine, car la courbe dont est
formé ce signe se termine brusquement en formant un point, ce
qui n'aurait pas lieu si nous avions affaire au signe riusb. L'ablat
if est du reste réclamé par l'ensemble de la phrase. Enfin, il n'y
a aucun signe après domus, mais le scribe a fait remonter vers
la droite l'extrémité de la courbe du signe us en maintenant trop
longtemps son roseau sur le parchemin, négligence qui, de tous
les temps, s'observe à la fin des souscriptions.
En définitive, je transcrirai ainsi la partie du diplôme du 30 oc-
tobre 688 dans laquelle nous distinguons des notes tironiennes :
« (Invocatio monogrammatica cum notis tironianis : ) In
nomine Ghristi. Vulfolaeus jussus optolit. (Signum recogni-
tionis cum notis tironianis : ) Ordinante domno et Bere-ha-rio
majore domus. »
IL
On possède les originaux d'un certain nombre de diplômes de
Pépin et de Charlemagne, dans lesquels nous rencontrons le nom
bien connu d'Hitherius, notaire, puis chef de la chancellerie6,
et on a publié quelques fac-similés de ces actes7. Le nom de ce
1. Pour la forme du signe a, cf. Schmitz, Ibidem, tab. I, n°" 16 et 17, n° 54.
2. Ibidem, tab. XVI, n° 72.
3.tab. XVII, n« 21.
4. Ibidem, tab. XVI, n° 4.
5.tab. n* 5 a.
6. Cf. Bresslau, Handbuch der Vrkundenlehre, I (Leipzig, 1889, in-8"),
p. 275-276 et 285.
7. Voici la liste des fac-similés que je connais :
a. — 760, juin, Attigny. Sickel, P. 17. Fac-similé dans Eckhart, Commenta-
rii de rebus Francise orientalis, t. I (Wiirtzbourg, 1729), p. 554; photographie
dans Cari Herquet, Specimina diplomatům monasterio Fuldensi a Karolin
exhibitorum (Cassel, 1867, in-fol.), tab. H; fac-similé dans Kopp, Schrifttafeln,
Blatt IV, Schrifttafel 2 et dans les Kaiserurkunden, Lieferung I, Tafel I (texte,
P. 1).
b. — 768, 23 septembre, Saint-Denis. Arch, nat., K. 5, n° 10. Tardif, n° 61,
p. 50. Sickel, P. 29. Fac-similé dans Kopp, Schriftt., Bl. II. Schriftt, 4. Le
même, dans la Coll. de l'École des chartes, ancien fonds, n° 86. DANS LES DIPLÔMES. 367
chancelier est écrit Uitherius dans la souscription de tous ces
diplômes et celle-ci est généralement reproduite en notes tiro-
niennes dans la ruche, aussi les personnes qui ont publié ces notes
ont-elles transcrit les signes qui représentent le nom du chanc
elier en acceptant l'orthographe Hitherius donnée par la sous
cription en lettres ordinaires. Dans sa célèbre Palœographia
critica, Kopp a étudié1 les notes renfermées dans la ruche d'un
diplôme de Charlemagne du 25 octobre 7752 et transcrit Hitheri,
le nom, au génitif, du chancelier, à la place duquel un notaire a
souscrit. Après lui, M. Sickel a rectifié sa lecture et donné une
meilleure transcription des notes : TJuihbaldus advicem Hitheri
recognovi et subscripsi ordinante domno meo Karolo rege
Francorum et Fuir ado ambasciante3, en conservant l'o
rthographe de Kopp, qu'il observe aussi en publiant les notes
d'autres diplômes4. M. Châtelain a reproduit les lectures précé
dentes. Cependant, la transcription Hitherius est paléographi-
quement fausse. La reproduction que Kopp a donnée des notes
employées pour exprimer ce nom propre est très approximative
et, si l'on consulte son lexique5, on s'aperçoit que cet auteur ne
s'est pas rendu compte de la façon dont étaient formés les signes
c. — 768, 23 septembre, Saint-Denis. Arch, nat., K. 5, n" 8. Tardif, n° 60,
p. 49-51. Sickel, P. 31. Fac-similé partiel dans Mabillon, De re diplomatica
(1681), tab. XXIII, p. 386-387. Fac-similé la Coll. de l'École des chartes,
héliogravures, n° 272.
d. — 772, 13 janvier, Blagny. Sickel, K. 8. Fac-similé dans Schôpflin, Alsa-
tia... diplomatiea, t. I (1772), tab. VII, ad n° XLIII, p. 44-45, et dans Kopp,
Schriftt., Bl. IV, Schriftt. 6.
e. — 772, 5 juillet. Original à Saint-Gai]. Sickel, K. 14. Fac-similé dans
Steffens (Dr Franz), Lateinische Palaeographie, I (Eniwicklung der latei-
nischen Schrift bis Karl den Grossen. Freiburg, 1903, in-fol.), pi. XXXIV.
f. — 775, 5 janvier, Quiercy. Sickel, K. 34. Fac-similé dans Kopp, Schriftt.,
Bl. V, Schriftt. 7, et dans les Kaiserurkunden, Lieferung I, taf. II (texte, p. 2).
g. — 775, 5 janvier, Quiercy. Sickel, K. 35. dans Kopp, SchrifiL,
Bl. V, Schriftt. 8.
h. — 775, 25 octobre, Diïren. Sickel, K.48. Fac-similé dans Kopp, Palxogra-
phia critica, t. 1, pi. I, et dans les Schriftt., Bl. VII, Schriftt. 10, puis dans
les Kaiserurkunden, Lieferung I, taf. III (texte, p. 2-3).
1. Palxographia critica, t. I (1817), g 391, p. 383, texte, g 390, p. 379-382.
2. Cf. ci-dessus, note 7/i (775, 25 octobre).
3.texte, p. 2 et 3. Cf. Châtelain, Introduction, p. 187-188,
g IV, et ci-après, p. 372, note 3 f.
4. Cf. ci-dessus, note 7 a et f (cf. Châtelain, Introduction, p. 187, g III).
5. Palxographia critica, t. II. 368 JNOTES TIRONIENNES
représentant ce nom et que la souscription ordinaire lui avait
permis d'interpréter. En effet, Kopp décompose le groupe de
notes et le transcrit : H(i) Ri1 pour Hitherii; il croit donc que le
trait courbe qui coupe la haste du signe principal est la note
tironienne r, coupée elle-même par un trait perpendiculaire qui
représente la terminaison i2 et considère la syllabe the comme
sous-entendue. En réalité, la note r ne concourt pas à la forma
tion du nom Hitherius, et les syllabes qui le composent sont
toutes représentées par un signe.
Si l'on examine de près la? ruche étudiée par Kopp, on
s'aperçoit que le dessin qu'il en a donné s'éloigne, en plus d'un
point, de la réalité, et la vue des autres ruches, dont les notes ont
été publiées par les auteurs qui ont adopté sa transcription, donne
la même impression.
La transcription rigoureusement exacte de ce nom au nomi
natif est Hi3-tœ4-riusb (flg. 10). La cause de toutes les erreurs a
donc été le signe qui représente la seconde syllabe du mot, per
sonne ne s'étant rendu compte de son véritable sens. De plus, il
ne faut pas se laisser influencer par la souscription ordinaire
« Hitherius >•>, car la note the6 (fig. 11), ne ressemble pas à la
note tœ. C'est à l'aide de la note tœ que la seconde syllabe de ce
nom est exprimée dans les ruches de tous les diplômes dont j'ai
énuméré les fac-similés, et j'ai constaté l'emploi du même signe
dans tous les autres originaux que j'ai vus7.
La rectification que j'apporte a donc une portée générale puis
qu'elle intéresse la transcription d'un grand nombre de diplômes ;
aussi, l'on peut formuler la règle suivante : « Le nom Hitherius
porté par le premier chancelier de Charlemagne est toujours
écrit Hitœrius en notes tironiennes dans les ruches des diplômes,
bien qu'il soit toujours orthographié Hitherius dans la sous
cription en lettres ordinaires. » Au point de vue pratique, ceci
1. Ibidem, t. II, p. 160, col. 1.
2. La terminaison est en réalité rii, car le trait est accompagné d'un point,
et il faut transcrire Hi-tae-rii (fig. 12). Régulièrement, le point devrait élre
placé plus haut (cf. Châtelain, Introduction, p. 53).
3. Cf. G. Schmitz, Commentarii notarum tironianarum, tab. I, nos 80 et
17, n» 25.
4. Cf. Ibidem, tab. XVIII, n° 30.
5. Cf. Ibidem, tab. XVI, n° 5 a.
6. Cf. G. Schmitz, Commentarii notarum tironianarum, tab. XIX, n° 59.
7. Cf. plus loin, ch. iv, p. 371, note 3. DANS LES DIPLOMES. 360
nous montre qu'il ne faut pas croire que, dans la ruche, les notes
tironiennes répètent exactement la souscription du chancelier.
Nous parlerons plus loin des noms Vuitherius, Vuigbaldus,
Fridugisus et Radleicus, qui sont écrits en notes tironiennes
dans la ruche : Vuithœrius, Vuihbaldus , Fredugisus , Ratlei-
cus et nous offrent par conséquent un exemple analogue à celui
ft Hitherius.
Maintenant que nous avons déterminé quelle doit être la trans
cription du nom Hitœrius exprimé en notes tironiennes, il est
bon d'examiner dans leur ensemble les souscriptions dans le
squelles il se trouve. Tantôt, la souscription est formulée : Hitœ
rius subscripsi1 ; tantôt, elle est plus étendue, et la déformation
des signes, ainsi que l'usure du parchemin, a fait qu'elle n'a pas
été lue complètement. Par exemple, les notes renfermées dans la
ruche du diplôme du 5 juillet 7722 ont été lues Hitherius sub-
scripsi par M. Steffens. Celles du diplôme du 5 janvier 775 3 ont été
lues Hitherius subscripsi recognovi par M. Sickel. Dans les
deux cas, il faut transcrire : Hi-tœ-rius recognovi et sub
scripsi. Il en est de même pour les deux diplômes du 23 sep
tembre 7684; mais l'original de l'un d'eux est très usé au milieu
de la ruche, ce qui fait que les reproductions qui en ont été don
nées sont insuffisantes5. Enfin, un autre diplôme du 5 janvier
7756, dont Kopp a laissé un dessin très net, contient dans la
ruche la même souscription.
III.
L'observation que nous venons de faire à propos à' Hitherius
peut être appliquée au nom d'un personnage appelé Vuitherius,
qui apparaît comme notaire à la chancellerie de Charlemagne
pendant les années 812 et 8137. Nous trouvons ce nom exprimé
en notes tironiennes dans la ruche d'un diplôme de Charlemagne,
du 9 mai 813 8, conservé aujourd'hui aux archives de l'Etat à
1. Cf. p. 366, note la.
2. Cf. p. 367, note le.
3. Cf. p. 367, note If, et Châtelain, Introduction, p. 147, g III.
4. Cf. p. 366, note 7 b, et 367, note с
5. Cf. p. 366, note 7 b.
6. Cf. p. 367, note 1 g.
7. Cf. Bresslau, Handbuch der Urkundenlehre, I (1889), p. 286.
8. 813, 9 mai, Aix-la-Chapelle. Sickel, K. 247. Fac-similé partiel dans Mabil-

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