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Jean Pierre Fagnart
Nouvelles observations sur le gisement paléolithique supérieur
de Belloy-sur-Somme (Somme)
In: Gallia préhistoire. Tome 34, 1992. pp. 57-83.
Résumé
Le gisement paléolithique supérieur de Belloy-sur-Somme, situé dans la vallée de la Somme à une quinzaine de kilomètres au
nord-ouest d'Amiens, a été étudié par V. Commont au début du siècle. Il fait l'objet de nouvelles recherches depuis 1984.
Trois occupations attribuables au Paléolithique supérieur récent et final ont été reconnues au sommet de la séquence limoneuse
de la très basse terrasse de la Somme. Ces différentes occupations font de ce gisement un site de référence pour le Nord de la
France à la fin des temps glaciaires.
Les principales données concernant les occupations du Paléolithique supérieur final sont ici présentées. Le Magdalénien final
sera traité dans un article séparé.
Abstract
The Upper Palaeolithic site of Belloy-sur-Somme in the Somme valley, about fifteen kilometres to the northwest of Amiens, was
studied by Victor Commont at the beginning of the century. Since 1984 it has been the subject of fresh investigations.
It is possible to recognize three periods of occupation dating to the recent and final Upper Palaeolithic in the uppermost part of a
sequence of loamy deposits belonging to the lowest terrace of the Somme. These different occupations make Belloy-sur-Somme
a key for understanding the end of the Ice Age in northern France.
Critical data relevant to the final Upper Palaeolithic occupations are presented here. The final Magdalenian will be considered in a
separate article.
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Fagnart Jean Pierre. Nouvelles observations sur le gisement paléolithique supérieur de Belloy-sur-Somme (Somme). In: Gallia
préhistoire. Tome 34, 1992. pp. 57-83.
doi : 10.3406/galip.1992.2297
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/galip_0016-4127_1992_num_34_1_2297OBSERVATIONS SUR LE GISEMENT NOUVELLES
PALÉOLITHIQUE SUPÉRIEUR DE BELLOY-SUR-SOMME (SOMME)
par Jean-Pierre FAGNART
Résumé
Le gisement paléolithique supérieur de Belloy-sur-Somme, situé dans la vallée de la Somme à une quin
zaine de kilomètres au nord-ouest d'Amiens, a été étudié par V. Commont au début du siècle. Il fait l'objet de
nouvelles recherches depuis 1984.
Trois occupations attribuables au Paléolithique supérieur récent et final ont été reconnues au sommet de la
séquence limoneuse de la très basse terrasse de la Somme. Ces différentes occupations font de ce gisement un
site de référence pour le Nord de la France à la fin des temps glaciaires.
Les principales données concernant les occupations du Paléolithique supérieur final sont ici présentées. Le
Magdalénien final sera traité dans un article séparé.
Abstract
The Upper Palaeolithic site of Belloy-sur-Somme in the Somme valley, about fifteen kilometres to the northwest of
Amiens, was studied by Victor Commont at the beginning of the century. Since 1984 it has been the subject of fresh
investigations.
It is possible to recognize three periods of occupation dating to the recent and final Upper Palaeolithic in the
uppermost part of a sequence of loamy deposits belonging to the lowest terrace of the Somme. These different occupat
ions make Belloy-sur-Somme a key for understanding the end of the Ice Age in northern France.
Critical data relevant to the final Upper Palaeolithic occupations are presented here. The final Magdalenian will
be considered in a separate article.
Mots-clefs Somme, Belloy-sur-Somme, Tardiglaciaire, Paléolithique final, Federmesser, industrie à pièces
mâchurées.
Key-words : Somme, Late Glacial, final Upper Palaeolithic, Federmesser, long blade tech
nology.
Le gisement paléolithique final de Belloy-sur- 1908; 1913). Deux niveaux archéologiques, attr
Somme a été découvert à la fin du xixe siècle lors de ibuables au Paléolithique supérieur, ont été reconnus
lors de ces premières fouilles. Le niveau inférieur, prospections de surface. V. Commont y entreprit,
parallèlement à ses recherches sur les gisements clas assez pauvre en industrie et très localisé spatiale
siques de Saint-Acheul et de Montières-lès-Amiens, ment, a livré quelques becs ainsi que deux éléments
des sondages en 1905, puis des fouilles étendues de bitronqués. Le niveau supérieur, beaucoup plus
1907 à 1910. Durant ces quatre années consécutives, riche, est caractérisé par l'abondance de grandes
V. Commont signale avoir fouillé 916 m2 (Commont, lames à bords mâchurés.
Gallia Préhistoire, 1992, tome 34, p. 57-83. JEAN-PIERRE FAGNART 58
Fig. 1 — Cartes de localisation du site de Belloy-sur-Somme.
Marais
Fontaine
Terrain
dc
football
20 m
Fig. 2 — Localisation des différentes sections fouillées et position des :principales coupes stratigraphiques. GISEMENT PALÉOLITHIQUE DE BELLOY-SUR-SOMME 59
Suite à une série de sondages positifs en 1983, nord-ouest où le glacis de la très basse terrasse est
incisé par un petit vallon sec correspondant au sept campagnes de fouilles ont été menées, de 1984 à
1990, sur ce vaste gisement. Trois occupations attri- débouché de la Vallée à cailloux.
buables au Paléolithique supérieur ainsi qu'une
occupation attribuable au Mésolithique ont été iden Coupe de V. Commont tifiées lors des fouilles récentes. Les études des dif
férentes occupations ne sont pas encore achevées. En 1913, V. Commont publie une coupe des
Les résultats présentés ici ont un caractère prélimi dépôts quaternaires de la très basse terrasse de la
naire et provisoire ; ils concernent uniquement les Somme (fig. 3). Cette coupe se situe dans l'ancienne
industries du Paléolithique supérieur final. gravière de Belloy-sur-Somme, actuel terrain de
football municipal, et occupe une position transvers
ale par rapport à la vallée actuelle. Il décrit succes
LOCALISATION GÉOGRAPHIQUE sivement la séquence de bas de versant et la strat
igraphie du fond de vallée. Il distingue de haut en
bas : Le gisement de Belloy-sur-Somme se situe dans
l'auréole crétacée du nord-ouest du Bassin parisien. a : limon de lavage (industrie néolithique); ép. : Cette situation privilégiée, dans une région riche en 0,20 à 0,60 m ; matière première (silex de la craie), est importante t.n. : terre brune humifère ; ép. : 0,40 m à 1 m ; pour la compréhension des différentes occupations A : limon à briques anciennement exploité dans durant le Paléolithique. la briqueterie voisine ; ép. : 0,40 à 0,60 m ; Le site se localise dans la vallée de la Somme à gl : dépôt blanchâtre (sablo-calcaire) couronnant une quinzaine de kilomètres au nord-ouest d'Amiens l'ergeron avec niveaux archéologiques du Paléoli(fig. la). Il est implanté sur la très basse terrasse de thique supérieur; ép. : 0,40 m; la Somme, en rive droite du fleuve, au lieu-dit La B : limon jaune grossier (ergeron) ; ép. : 1 m à
Plaisance (fig. lb) et domine de quelques mètres la 1,60 m; plaine alluviale actuelle qui atteint dans ce secteur c : cailloutis de silex éclatés par le gel ; ép. : 0,05 une largeur d'environ 1 km (Feuille topographique à 0,10 m; d'Hallencourt 3-4, l/25000e, coordonnées Lambert : L.bl. : limon blanc calcaire avec taches jauX = 584,40; Y = 251,86; Z = 18 m). nâtres ; ép. :1m; Le gisement est très étendu. Les vestiges sont cl : cailloutis; ép. : 0,05 à 0,10 m; présents, de manière discontinue, dans une bande de gl : glaise blanc jaunâtre sableuse ; ép. : 0,40 m ; 250 m sur 20 m environ, de direction nord-ouest/ L : graviers de silex (alluvions fluviatiles) reposud-est, parallèle au cours actuel de la Somme. Les sant sur la craie ; ép. : 2 à 3 m. artefacts sont abondants au niveau du talus de la
très basse terrasse de la Somme, mais se concentrent
particulièrement dans un secteur où le système de la Coupe dans le marais (talweg actuel)
très basse terrasse est incisé par un petit vallon sec :
In : terre noire tourbeuse récente ; ép. : 0,40 m ; la Vallée à cailloux. C'est également aux abords de
/. gr. : terre sableuse grisâtre (gallo-romain) ; cette dépression que l'information stratigraphique
ép. : 0,80 m ; est la plus développée.
Depuis 1984, environ 1590 m2 ont été fouillés s : sables calcaires coquilliers ; ép. : 0,20 m ;
T. sp. : tourbe jaunâtre spongieuse; ép. :1m; dont environ 1214 m2 d'un seul tenant aux abords
/ : tuf granuleux (vase néolithique du groupe de du débouché de la Vallée à cailloux : sections 138,
Cerny) ; ép. : 0,60 m à 0,80 m ; 139, 144, 145, 150 et 151 (fig. 2).
Tn : tourbe noire compacte ; ép. : 0,90 m ;
gl : glaise ou glue ; ép. : 0,60 m ;
L1 : graviers inférieurs avec nappe d'eau jailliLITHOSTRATIGRAPHIE DU GISEMENT ssante ; ép. : 2 à 3 m.
La stratigraphie générale du gisement a pu être
établie à partir des observations de V. Commont Interprétation de la coupe de V. Commont
(1913), complétées par de nombreux profils levés lors
des fouilles récentes. L'information stratigraphique Le profil levé au début du siècle par
est relativement bien représentée dans le secteur V. Commont présente la stratigraphie de la très 60 JEAN-PIERRE FAGNART
Carrière I7n
Ifittl t fouilles 1907-1910
15m
tau dtt entailles 11T50 13m J
feâstâ^^K* L
Tn
- nappe d'eau inf.r* y'
/fr a\it »r( .* V
— Coupe stratigraphique de la très basse terrasse de la Fig. 3
Somme d'après V. Commont (1913).
basse terrasse de la Somme, sur son bord interne et le La stratigraphie de fond de vallée montre le déve
passage à la nappe alluviale de fond de vallée, sur loppement de la séquence holocène (tufs, tourbes)
son bord externe. reposant sur des limons attribués au Weichsélien
La nappe de graviers de la très basse terrasse, final (glaise de V. Commont) et recouvrant la nappe
épaisse de 2 à 3 m environ, repose sur la craie à une de graviers fluviatiles, épaisse de 2 à 3 m, mise en
altitude de 11,5 m NGF et domine la base des gra place lors du Pléniglaciaire weichsélien (niveau L1).
viers de fond qui tapisse le talweg vers 6,50 m
NGF. Il s'agit de la nappe d'Étouvie (Haesaerts,
Description du profil de la section 114 (fig. 4) Dupuis, 1986; Antoine, 1989) bien représentée en
bordure des marais actuels de la Somme entre 1 : limon humifère noirâtre (10 YR 3-1), très peu Amiens et Belloy-sur-Somme. Cette nappe de gra calcaire, au sommet duquel se développe le sol actuel viers correspond au terme le plus récent du complexe (horizon Ap); ép. : 0,40 m; de la basse terrasse de la Somme et repose sur la 2 : légère illuviation de couleur orangée (10 YR craie à une altitude relative de 5 m par rapport au 6-4) ; cet horizon lessivé, enrichi en argile, est tracreusement maximal de la vallée. versé de nombreux terriers ; ép. : 0,20 m ; La couverture limoneuse de la très basse ter 3 : limon sableux grisâtre (10 YR 7-1) avec rasse, d'âge weichsélien, est séparée en deux unités taches d'oxydation de couleur rouille orangée (10 YR principales par un cailloutis de silex gélifractés (unité 6-6 à 7-6), légèrement argileux, très calcaire; ép. : C) correspondant à une phase d'érosion importante. 0,90 m ; L'unité inférieure, encore observable dans les coupes 4 : niveau compact constitué de granules de du terrain de football de Belloy-sur-Somme, se pré craie et de quelques silex gélivés ; ép. : 0,04 à sente sous un faciès de formations limono-sableuses 0,15 m; litées, à nombreuses petites fentes de gel syngéné- 5 : limon grisâtre (10 YR 7-1 à 7-2) faiblement tiques (Fagnart, 1989b). Ces formations de versant argileux, très calcaire, visible sur 1 m. typiquement nivéo-éoliennes sont généralement
attribuées au Weichsélien moyen (Sommé, 1975;
Antoine, 1989). L'unité supérieure est représentée Interprétation du profil de la section 114
par un limon ruisselé (unité B) correspondant au der
nier limon weichsélien. Il présente à son sommet l'a II s'agit de la partie supérieure de la couverture
ltération habituelle des lœss récents (unité A). C'est à limoneuse weichsélienne de la très basse terrasse de
la partie supérieure de cette unité que se placent les la Somme, individualisée en deux unités principales
différentes occupations du Paléolithique supérieur. par un cailloutis de silex gélivés et de granules de 1
1
1
1
|

GISEMENT PALÉOLITHIQUE DE BELLOY-SUR-SOMME 61
Coupe NGF V. Commont 1913 18m
114
113-117
131-132
Il mi nun H min III II il VALLÉE A CAILLOUX III II 2
1 fit 1 3 1 .'
I .'! 1
15.
14.
13.
12-
11.
10.
▲ Paléolithique supérieur final
A récent (Magdalénien final)
Fig. 4 — Profils stratigraphiques schématiques des différentes sections fouillées avec position des industries paléolithiques.
limon humifère noirâtre (10 YR 2-1) très faiblement craie (unité 4). La partie supérieure de la séquence
est représentée par un limon ruisselé (unité 3) corre calcaire ; ce limon humifère d'une puissance de
0,30 m s'épaissit en direction du fond de vallée où il spondant au dernier dépôt weichsélien au sommet
duquel se développe la pédogénèse d'un sol de type atteint près de 1 m ;
2 : limon sableux gris blanchâtre (10 YR 8-1 à brun lessivé (unité 2). Cette illuviation correspond à
l'altération des lœss récents (horizon B textural) 7-1), complètement décalcifié ; ép. : 0,20 m ;
beaucoup mieux développée un peu plus haut sur le 3 : limon calcaire grisâtre (10 YR 7-1) à taches
versant dans l'ancienne briqueterie de Belloy-sur- jaunâtres (10 YR 7-6), légèrement argileux; visible
Somme. Des artefacts du Paléolithique supérieur sur 1 m dans les sections 113-117.
final (industrie à pièces mâchurées) reposent direct
ement sur l'horizon B textural (unité 2). D'après les
Interprétation des profils des sections 113-117 travaux de B. Van Vliet-Lanoë (1987), la structure
et 131-132 de l'horizon B textural de surface serait un héritage
du contexte boréal à gel saisonnier profond du début La stratigraphie de la séquence weichsélienne de du Tardiglaciaire, aux environs de 13000 à ce secteur se caractérise par la disparition de l'altéra12000 BP. tion du lœss récent. Les vestiges du Paléolithique
supérieur final reposent directement sur le dernier
limon ruisselé weichsélien (unité 3) et sont fossilisés Description des profils des sections 113-117 et
par un limon sableux grisâtre dont l'âge et la mise en 131-132 (fig. 4)
place sont encore discutés (Antoine, 1989; Fagnart,
1989b). L'étude en cours de plusieurs gisements de la 1 : sol actuel (horizon Ap) développé dans un 62 JEAN-PIERRE FAGNART
SECTEUR DU VALLON ZONE FOUILLÉE
10 15 20 25 30 m -10 -5 -15 NGF 14 m
Granulo PSF
13
12
PSF PSF : Paléolithique supérieur final
PSR : récent (Magdalénien final)
Fig. 5 — Coupe stratigraphique du secteur de la Vallée à cailloux.
vallée de la Somme semble néanmoins indiquer que 25,10 % dans l'axe du vallon sous la tourbe), complè
ce limon, vraisemblablement d'origine alluviale, tement décalcifié, contenant dans sa masse quelques
pourrait correspondre à un limon de débordement petits silex roulés à l'aspect brillant ; ce limon d'une
d'âge holocène. épaisseur de 0,10 à 0,20 m dans la fouille (sections
145 et 150) est relativement bien conservé dans le
secteur du vallon où son épaisseur peut atteindre Description du profil du secteur du vallon
0,30 m ; au contact avec la nappe phréatique, ce («g. 5) limon devient très argileux et très compact; sa cou
1 : horizon de labour; ép. : 0,30 m; leur passe au vert olive sombre (5 Y 3-1) ; cette unité
2 : limon calcaire brun noirâtre (10 YR 4-2) peu présente, à sa partie supérieure, deux occupations du
argileux ; présence de céramiques modernes et de Paléolithique final et, à sa base, une occupation du supérieur récent. En raison de son silex avec traces d'oxyde de fer ; ép. : 0,30 à 0,50 m ;
3 : tuf calcaire poreux grisâtre (10 YR 7-2) avec importance stratigraphique régionale, il est proposé
de désigner cette unité sous le vocable de «sol de très nombreux mollusques aquatiques; ép. : 0,10 à
Relloy-sur-Somme » ; 0,12 m;
9 : cailloutis composé de silex gélivés à patine 4 : limon argileux décalcifié brun noirâtre (10
YR 2-1) à structure prismatique ; présence de nom bleutée et de granules de craie ; ép. : 0,01 à 0,05 m ;
breux mollusques aquatiques; ép. : 0,10 à 0,12 m; les plus gros éléments constituant ce cailloutis
deviennent plus nombreux dans la dépression liée au 5 : limon brun noirâtre (10 YR 3-1) argileux,
peu calcaire, avec traces d'oxyde de fer abondantes ; vallon où il peuvent atteindre 8 à 10 cm ;
présence de nombreux mollusques aquatiques ; ép. : 10 : limon ruisselé à granules de craie éparses,
0,10 à 0,30 m; très calcaire, de couleur gris olive clair (5 Y 6-2) avec
6 : tourbe noire (10 YR 2-2) compacte passant nombreuses taches d'oxydation de couleur rouille ou
vers la base à une tourbe de coloration brune (10 YR orangée (10 YR 6-8). Dans l'axe du vallon, cette
3-2); cette formation présente à sa partie inférieure unité se charge en granules de craie qui se présentent
de nombreux bois végétaux de couleur rouge ou brun en lits parallèles de plusieurs centimètres d'épais
seur. Cette stratification est recoupée de manière rougeâtre en très bon état de conservation ; ép.
visible : 0,60 m ; oblique par le cailloutis sus-jacent. Au contact avec
7 : limon légèrement sableux, non calcaire, de la nappe phréatique, les taches d'oxydation orangée
couleur gris blanchâtre à gris jaunâtre (10 YR 8-1 à (fer à l'état ferrique) disparaissent et le limon prend
7-1); ce limon n'a pu être retrouvé dans l'axe du une coloration vert olive pâle (5 GY 6-1 à 5-1) liée à
vallon ; sa position et sa relation avec les autres uni la présence de fer à l'état instable (fer à l'état fer
tés stratigraphiques demandent à être précisées dans reux). Cette unité livre une faune malacologique en
cours de détermination par N. Limondin. D'après les le détail; ép. : 0,10 à 0,12 m;
8 : limon humifère noirâtre (10 YR 3-2 ; matière toutes premières observations, il semble qu'il s'agisse
essentiellement d'espèces terrestres traduisant un cli- organique : 1,12 % dans la section 145 de la fouille et GISEMENT PALÉOLITHIQUE DE BELLOY-SUR-SOMME 63
mat froid et humide (Trichia hispida, Pupilla musco- limon et des informations archéologiques obtenues
dans d'autres gisements de la vallée, un âge atlanrum, Succinea oblonga). L'épaisseur de ce limon a été
tique est probable pour la mise en place de ce sédireconnue sur 1 m dans le vallon.
ment.
Le limon gris sableux recouvre un limon orga
nique : le «sol de Belloy-sur-Somme» (unité 8) encaInterprétation de la séquence du vallon
dré par plusieurs occupations du Paléolithique supé
La coupe, au débouché de la Vallée à cailloux, rieur récent et final. Une occupation du Magdalénien
présente la stratigraphie de la partie supérieure de la final se place à la base du sol et s'avère par
couverture limoneuse de la très basse terrasse de la conséquent antérieure à sa formation. Une industrie
Somme, dans un secteur où la sédimentation tardi- du Paléolithique final à Federmesser et une
glaciaire et holocène est relativement bien conservée à pièces mâchurées, situées à la surface du sol ou à sa
dans une dépression. partie supérieure, sont par contre subcontempor
Sous une couverture colluviale d'origine anthro- aines ou légèrement postérieures à la mise en place
pique (unités 1 et 2), d'âge historique, que l'on peut du sol. Compte tenu de la présence de ces différentes
sans doute lier à une mise en culture récente du ver industries, une attribution chronostratigraphique du
sant, la stratigraphie du vallon se caractérise par une «sol de Belloy-sur-Somme» à l'oscillation d'Allerôd
série de dépôts alluviaux : tuf calcaire (unité 3), paraît évidente. La mise en place du sédiment dans
limon de débordement très argileux (unité 5) au som lequel s'est développée la pédogénèse du «sol de Bel-
met duquel s'est développé un sol témoin d'une sta loy » résulte quant à elle d'un nouvel apport colluvial
bilisation morphologique (unité 4) et enfin la tourbe en milieu froid (Dryas II?). Dans le bassin de la
(unité 6). Somme, un sol comparable au point de vue du faciès,
Dans la zone fouillée, un limon sableux gris conservé dans une position topographique analogue,
blanchâtre (couche 7) fossilise les derniers niveaux a pu être observé à Bourdon (Antoine, 1989) et à.
archéologiques (y compris des vestiges mésolithiques) Saleux. Dans ce dernier gisement, le sol a livré à sa
mais il n'a pu être retrouvé dans la dépression liée au partie supérieure une industrie du Paléolithique
vallon où il a probablement été totalement décapé supérieur final attribuable à la tradition des groupes
par l'érosion. Ce limon gris, souvent décrit par à Federmesser (Coudret, à paraître).
A Belloy-sur-Somme, la formation du sol Aile-- V. Commont (1909 ; 1913), est présent dans plusieurs
gisements de la vallée de la Somme entre Amiens et rôd paraît déconnectée de la de l'horizon -
Abbeville dans des conditions topographiques ana B textural de surface. Ces deux événements success
logues et en particulier à Étouvie (hameau ifs et diachroniques sont séparés par une phase
d'Amiens), Dreuil-lès-Amiens, Crouy-Saint-Pierre et d'érosion matérialisée par un cailloutis. En effet,
Longpré-les-Corps-Saints (Fagnart, 1988 ; Antoine, sous le «sol de Belloy» un cailloutis (unité 9), qui se
1989). La répartition de ce limon gris est exclusiv développe de manière plus importante dans la
ement liée aux abords de la plaine alluviale actuelle. dépression liée au vallon, témoigne d'une phase
Son âge et sa mise en place sont encore discutés. A d'érosion. Celle-ci semble avoir décapé l'horizon B
Belloy-sur-Somme, ce dépôt est visible sur la très textural de l'altération des lœss récents conservé
basse terrasse jusqu'à l'altitude de 17 m NGF. Il plus haut sur le versant dans la section 114 (unité 2)
domine d'environ 5 m le plancher alluvial actuel de ainsi que dans l'ancienne briqueterie de Belloy-sur-
la vallée situé vers 12 ou 13 m NGF. La granulomé- Somme (Commont, 1913). Cette érosion, relativ
trie du limon gris semble exclure un remaniement de ement importante, est également responsable d'une
la couverture limoneuse située plus haut sur le ver nouvelle incision au niveau du vallon puisque le cail
sant (Antoine, 1989). De plus, la mise en évidence de loutis recoupe la stratification horizontale du limon à
tourbes holocènes ou de limons tourbeux perchés à lits de granules de craie sous-jacent (unité 10).
quelques mètres au-dessus du fleuve actuel, en diffé L'unité stratigraphique 10 correspond à un
rents points de la vallée, ainsi que la mise en relief de limon ruisselé témoignant du dernier important
croupes de tufs par le tassement des tourbes de val dépôt weichsélien sur la très basse terrasse de la
lée indiquent un niveau ancien de la plaine alluviale, Somme. Ce dépôt à granules de craie éparses passe
beaucoup plus élevé que l'actuel, durant une partie latéralement dans les dépressions à un limon à très
de l'Holocène. Outre ces observations, la localisation nombreux lits de granules de craie. Au contact de la
topographique particulière du limon gris suggère une nappe phréatique, sa consistance devient plastique
origine alluviale de ce dépôt. En raison de la pré et sa couleur, grisâtre à nombreuses taches d'oxydat
sence de vestiges mésolithiques recouverts par ce ion de teinte rouille, passe à un limon gleyifié de 64 JEAN-PIERRE FAGNART
couleur vert olive pâle (glaise de V. Commont). Ce 14CBP GÉO-PÉDOLOGIE INDUSTRIES CHRONOSTRATTGRAPHIE
limon s'étend très largement dans le fond de la vallée
10200 Préboréal ? Industrie où il recouvre la nappe de graviers de fond. Dans les à pieces
gisements de Flixecourt (Fagnart, 1988) et de Han- mâchurées ? 10800
gest-sur-Somme, tous deux situés sous la plaine allu Dryas AllerSd m II 11800 Sol humifère Federmesser (?) viale actuelle, ce limon livre à sa partie supérieure Limon ruisselé 12300 Magdalénien des industries du Paléolithique supérieur final. Érosion (cailloutis) i final Le limon ruisselé qui représente le dernier terme 13000 Bt de surface Boiling de la sédimentation weichsélienne pourrait corres
Pléniglaciaire supérieur Limon ruisselé 20000 pondre, selon P. Antoine (1989), à un passage latéral,
en position basse dans la vallée, du dernier lœss cal Fig. 6 — Proposition de synthèse des unités stratigraphiques caire du Pléniglaciaire supérieur bien développé sur du sommet de la couverture limoneuse de la très basse terles plateaux du bassin de la Somme. Il est également rasse de la Somme en relation avec les industries du Paléoli
possible que ce limon ruisselé corresponde au rema thique supérieur.
niement du lœss de couverture dans une ambiance
climatique froide et humide à la fin du Pléniglaciaire
weichsélien, vers 20000 ou 15000 BP, comme cela a
été observé par P. Haesaerts (1984; 1985) et B. Van
Vliet-Lanoë (1987) en Belgique dans la vallée de la holocène (cf. supra, p. 63) au-dessus duquel se déve
Haine. loppe l'horizon du sol actuel (Ap).
Conclusions et remarques générales sur la Description du profil de la section 145 (fig. 4)
stratigraphie
1 : sol actuel (horizon Ap) développé dans un
Les différents profils levés au début du siècle limon humifere noirâtre (10 YR 2-1) légèrement cal
par V. Gommont (1913), ou lors des fouilles récentes, caire ; ép. : 0,30 m ;
présentent la stratigraphie de la très basse terrasse 7 : limon sableux gris blanchâtre (10 YR 8-1 à
de- la Somme et sa couverture limoneuse sur son bord 7-1), non calcaire; ép. : 0,10 à 0,20 m;
interne. Le passage de la séquence de versant à la 8 : limon humifere noirâtre (10 YR 3-2), non cal
stratigraphie de fond de vallée décrit par caire, contenant dans sa masse quelques petits silex
V. Commont a pu être également observé au débouroulés à l'aspect brillant; ép. : 0,05 à 0,20 m;
ché de la Vallée à cailloux qui incise légèrement le 9 : cailloutis composé de silex gélivés et de gra
glacis de la très basse terrasse au niveau de la zone nules de craie ; ép. : 0,01 à 0,05 m ;
archéologique principale. 10 : limon calcaire grisâtre (10 YR 7-1) avec
Le sommet de la séquence limoneuse ruisselée taches d'oxydation de couleur orangée (10 YR 7-6),
de Belloy-sur-Somme, attribuable à la fin du Plénivisible sur 0,90 m.
glaciaire weichsélien, présente un horizon B textural
en partie décapé par une érosion importante. Posté
rieurement à cet épisode érosif, responsable latéralInterprétation du profil de la section 145
ement d'une érosion verticale au niveau de la Vallée à
cailloux, un nouveau limon ruisselé se met en place Le profil de la section 145 présente la partie
supérieure de la séquence limoneuse de la très basse durant un épisode froid (Dryas II?). Sa pédogénèse
terrasse de la Somme en marge de la Vallée à cail ultérieure, durant l'oscillation d'Allerôd, témoigne
d'une nouvelle phase de stabilisation morphologique. loux. Le dernier limon ruisselé weichsélien (unité 10)
ne présente pas l'altération habituelle du lœss récent Le «sol de Belloy-sur-Somme» est encadré par des
qui semble avoir été décapé, comme en témoigne un occupations du Paléolithique supérieur récent et
final qui déterminent sa position chronostratigra- petit niveau d'érosion à granules de craie (unité 9).
phique (fig. 6). Cette surface d'âge Allerôd sera fossiCe niveau s'exprime de manière beaucoup
lisée tardivement durant l'Holocène par un limon plus marquée dans l'axe de la vallée sèche où il se
charge en silex gélifractés. Le limon organique (unité sableux grisâtre, vraisemblablement d'origine allu
8) correspond au «sol de Belloy-sur-Somme» attribué viale, et par la sédimentation holocène classique,
témoin de la remontée eustatique, au débouché de la à l'oscillation d'Allerôd (cf. supra, p. 63). Il est su
rmonté par un limon sableux gris blanchâtre d'âge Vallée à cailloux. GISEMENT PALÉOLITHIQUE DE BELLOY-SUR-SOMME 65
Les analyses en cours : palynologie (A.- épaisse, consistant parfois en un simple voile, allant
d'un bleu très sombre à un blanc bleuté. Un léger V. Munaut), malacologie (N. Limondin), granulomé-
lustré et une douceur remarquable au toucher indivitrie (N. Cunat) et micromorphologie (B. Van Vliet-
dualisent la série bleue. Bien que de bonne qualité, Lanoë) permettront ultérieurement de préciser le
les rognons présentent parfois des géodes ou des contexte sédimentaire du gisement.
inclusions qui ont dû poser des problèmes au cours
du débitage.
L'aspect physique de la matière première de la LES DIFFÉRENTES OCCUPATIONS
série bleutée indique un silex ayant été récupéré PREHISTORIC UES directement dans les affleurements crayeux du Turo-
nien supérieur ou de la base du Coniacien. Selon la Les fouilles récentes ont permis de reconnaître carte géologique, la craie turonienne affleure, à trois occupations au cours du Paléolithique supérieur proximité du gisement, uniquement dans le fond des récent et final. Les deux occupations attribuées au vallées principales. Il s'agit de la couche la plus Paléolithique final ne sont pas en superposition stra-
ancienne à l'affleurement. Partout ailleurs sur les tigraphique mais reposent sur une même surface à la plateaux, la craie du Turonien supérieur, riche en partie supérieure du «sol de Belloy». Ces deux séries silex, est masquée par plus de 50 m de craie séno- se distinguent aisément par leur aspect physique nienne. (emploi de silex différents et patines différentes) et
par des caractéristiques typologiques et technolo
giques bien tranchées. La répartition spatiale des Organisation des vestiges vestiges de ces deux ensembles est, par ailleurs, dif
férente. Analysés sur une surface totale de 1590 m2, les
Une nouvelle occupation, attribuable au Paléo vestiges de la série bleutée s'organisent de manière lithique supérieur récent (Magdalénien final), a été comparable dans les différentes sections fouillées. découverte à une vingtaine de centimètres sous les Les témoins lithiques se concentrent en de nombreux niveaux archéologiques supérieurs (base du «sol de petits amas dont le diamètre excède rarement 1 m Belloy»). Il s'agit du niveau inférieur de Belloy-sur- (fig. 7). L'abondance des nucleus, des déchets de Somme signalé par V. Commont au début du siècle taille, des produits de débitage, ainsi que de nomb
(Commont, 1913). reuses petites esquilles dans certains amas, Enfin, une occupation plus récente du site est indiquent qu'il s'agit d'ateliers de débitage. Les attestée durant la période holocène. Il s'agit d'une outils, le plus souvent des pièces mâchurées, sont industrie en silex brun jaunâtre, non patinée, carac nombreux dans ces concentrations ou leurs abords térisée par un débitage lamellaire. Quelques micro- immédiats. L'absence de foyer ou de tout élément lithes géométriques ainsi que des outils prismatiques brûlé est remarquable. Cette carence explique à Belen silex ou en grès ont été recueillis. Cette industrie loy la rareté des outils classiques du Paléolithique apparemment associée à une faune forestière de type supérieur (grattoirs, burins, armatures) que l'on tempéré (détermination A. Bridault) est attribuable trouve habituellement en grand nombre dans les à la fin du stade moyen ou au début du stade récent espaces domestiques. du Mésolithique régional (Tardenoisien).
Caractéristiques typologiques générales
L'INDUSTRIE À PIÈCES MÂCHURÉES : SÉRIE
À PATINE BLEUTÉE L'industrie à patine bleutée de Belloy-sur-
Somme comprend plusieurs dizaines de milliers d'ar
Le silex utilisé, comme le signalait V. Commont tefacts, 679 outils dont 436 pièces mâchurées soit
64,22 % de l'outillage. Les encoches et les denticulés (1913), est celui de la craie du Turonien supérieur ou
du Coniacien basai. Il se caractérise par un cortex sont très nombreux (29,60 %). Le reste de l'outillage
généralement épais et non lavé, de couleur jaune (6,18 %) se compose de grattoirs, de burins et de
clair ou rosée. Un petit liseré de couleur bleu sombre rares pointes à troncature oblique sur lamelle (étude
souligne la zone sous-corticale de la plupart des arte effectuée à partir des différentes campagnes de
facts. Il s'agit d'un silex de bonne qualité, de couleur fouilles à l'exception de la fouille 1990). Les supports
brun sombre ou noire ou parfois de teinte plus claire transformés en outils représentent une très faible
tirant sur le brun grisâtre. Il présente une patine peu partie du matériel débité.

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