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RAMUS pierre de LA RAMÉE dit (1515-1572)

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Universalis_Article publié par Encyclopaedia Universalis RRAAMMUUSS ppiieerrrree ddee LLAA RRAAMMÉÉEE ddiitt ((11551155-- 1572) Humaniste français qui entreprit dans la science du temps de la Réforme une critique analogue à celle de Luther et de Calvin dans l'ordre religieux. Né à Cuth, dans le Vermandois, Ramus appartient à une famille très modeste ; son père est laboureur et son grand-père charbonnier. À huit ans, il fait seul à pied le voyage de Paris ; il y revient à douze ans pour suivre les cours du collège de Navarre en devenant le domestique d'un riche écolier : il sert son maître le jour et étudie la nuit. Pendant trois ans et demi, il suit les cours de philosophie de Jean Hennuyer, mais cet enseignement le déconcerte : alors, à la lumière de Xénophon et de Platon, il se met à « socratiser », cherchant la vérité par sa propre raison. À vingt et un ans, il devient maître ès arts en soutenant la thèse « que tout ce qu'avait écrit Aristote n'était que fausseté » : son talent désarme ses juges aristotéliciens. Il débute au collège du Mans, puis, avec ses amis Omer Talon et Barthélemy Alexandre, il ouvre au petit collège de l'Ave Maria des cours publics où on lit des auteurs grecs et latins, où l'éloquence n'est pas séparée de la philosophie ; la foule y accourt. Ramus entreprend alors une révision critique de toutes ses études, en commençant par la logique, qu'il perfectionne et enrichit d'exemples en en bannissant les disputes stériles.
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RAMUS pierre de LA RAMÉE dit (1515-1572)

Humaniste français qui entreprit dans la science du temps de la Réforme une critique analogue à celle de Luther et de Calvin dans l'ordre religieux. Né à Cuth, dans le Vermandois, Ramus appartient à une famille très modeste ; son père est laboureur et son grand-père charbonnier. À huit ans, il fait seul à pied le voyage de Paris ; il y revient à douze ans pour suivre les cours du collège de Navarre en devenant le domestique d'un riche écolier : il sert son maître le jour et étudie la nuit. Pendant trois ans et demi, il suit les cours de philosophie de Jean Hennuyer, mais cet enseignement le déconcerte : alors, à la lumière de Xénophon et de Platon, il se met à « socratiser », cherchant la vérité par sa propre raison. À vingt et un ans, il devient maître ès arts en soutenant la thèse « que tout ce qu'avait écrit Aristote n'était que fausseté » : son talent désarme ses juges aristotéliciens. Il débute au collège du Mans, puis, avec ses amis Omer Talon et Barthélemy Alexandre, il ouvre au petit collège de l'Ave Maria des cours publics où on lit des auteurs grecs et latins, où l'éloquence n'est pas séparée de la philosophie ; la foule y accourt. Ramus entreprend alors une révision critique de toutes ses études, en commençant par la logique, qu'il perfectionne et enrichit d'exemples en en bannissant les disputes stériles. Son anti-aristotélisme prend une forme aiguë dans ses Dialecticae partitiones de 1543 et ses Aristotelicae animadversiones, qui lui valent les attaques du bénédictin Joachim Périon et du juriste portugais Antoine de Govea. Censurés par la faculté de théologie, ses ouvrages sont condamnés à être supprimés par un édit royal du 1er mars 1544. L'enseignement de la philosophie lui est même interdit, mais il est nommé en 1545 principal du collège de Presle, qu'il rend florissant. Le cardinal de Lorraine est son protecteur : devenu tout-puissant à l'avènement de Henri II en 1547, il obtient la mainlevée de l'édit de 1544, et Ramus peut de nouveau travailler. Mais le recteur Charpentier engage avec lui une lutte qui durera vingt ans. Ramus n'en sera pas moins nommé en août 1551 lecteur au Collège royal : dans son discours d'ouverture (Pro philosophica disciplina, Paris, 1551, 1555), il marque les liens étroits de l'éloquence et de la philosophie. Il va consacrer les huit premières années de son enseignement aux trois premiers arts libéraux (grammaire, rhétorique, logique), publiant des grammaires grecque, latine et française. Il se mêle aux disputes du temps (dans celle des quisquis et des quanquam, il prend parti pour la bonne prononciation), affrontant les attaques de nombreux adversaires. Nommé membre d'une commission chargée de réformer l'Université, il continue de jouir d'un crédit à la cour, même après la mort de Henri II, en 1559. Il enseigne les mathématiques quand il se convertit au protestantisme. Les guerres de Religion l'arrachent à ses études et à son repos, et il doit fuir à plusieurs reprises. À la paix d'Amboise (1563), il reprend possession de sa chaire, continue son enseignement des mathématiques et fait un cours sur la physique et la métaphysique d'Aristote. Il refuse une chaire à Bologne, s'oppose à l'immixtion des Jésuites dans l'Université et à l'octroi à Charpentier, aristotélicien convaincu et son adversaire permanent, d'une chaire au Collège royal. Après s'être réfugié chez le prince de Condé lors de la seconde guerre civile, il rentre à Paris en 1568. Mais sa situation n'est plus sûre. Il demande un congé pour visiter les principales universités d'Europe, où il est accueilli avec honneur. La religion est devenue sa grande préoccupation. Rappelé une troisième fois à Paris après le traité de Saint-Germain (1570), il y subit toutes sortes d'avanies ; l'Université l'empêche d'enseigner en raison de son appartenance calviniste ; il souhaite gagner Genève, mais Bèze l'éconduit. Condamné à se taire, il écrit. Deux jours après la Saint-Barthélemy, il est assassiné par des égorgeurs à gage ; son corps est traîné dans les rues de Paris et jeté à la Seine.

En faisant de la raison le critère suprême de la vérité et en étendant l'investigation rationnelle à l'ensemble des connaissances humaines, Ramus rompt brutalement avec les « subtilités des sophistes », les « questions et disputes » artificielles et inutiles. En s'élevant contre l'admiration superstitieuse d'Aristote, le principe d'autorité et la « maladie de l'école » (morbus scolasticus), il renouvelle complètement la logique, dans laquelle il distingue l'invention et le jugement, dont il donne les règles à partir des connaissances effectives ; il fait prévaloir partout des définitions claires et simples. L'union de la rhétorique et de la philosophie signifie pour lui que la langue est le véritable instrument de la pensée, comme l'argumentation est la méthode de découverte de la vérité. En faisant porter ses recherches dans tous les domaines du langage parlé et écrit (de la grammaire à la réforme de l'orthographe, de la prononciation exacte ou de l'adoption des consonnes j et v à la pratique des vers métriques, etc.), il affirme l'interdépendance entre une réforme de l'entendement et une réforme de la langue. Ramus ne craint pas de juger Cicéron et Quintilien ni d'illustrer ses argumentations logiques par des exemples pratiques empruntés avec éclectisme aux bons auteurs du passé. Il est lui-même un excellent orateur et un excellent mathématicien, qui traduit les Éléments d'Euclide, qui compose une arithmétique, une géométrie, une algèbre encore en usage au xviie siècle, qui adhère sans hésiter au système de Copernic, qui se montre ennemi de toutes les abstractions, qui exerce une influence sur la médecine et sur le droit. Dans ses travaux de théologie, Ramus cherche avant tout dans la Bible la solution des questions religieuses, mais associe volontiers des citations sacrées et des références profanes.

Le ramisme, philosophie qui fait de la rhétorique rationnelle un instrument de vérité, se répandit dès le vivant de Ramus en Angleterre, en Écosse, aux Pays-Bas, en Suisse, en Espagne, au Danemark, en Allemagne ; il fut l'objet de controverses ardentes à l'Université de Paris au cours du siècle suivant. Les logiciens de Port-Royal et Descartes lui-même peuvent être considérés comme des héritiers de cette méthode de pensée.

Auteur: JEAN-CLAUDE MARGOLIN
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