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Quelques aspects de l’éthique protestante du travail
et de ses influences dans la culture du travail des Estoniens
Christel Engman
Titulaire d’un DEA de théologie Université de Tartu
Ces derniers temps, dans les milieux économiques et scientifiques d’Estonie, on parle
de plus en plus souvent du facteur bénéfique de la culture protestante du travail comme
facteur de réussite économique, et lorsque c’est nécessaire, les hommes politiques
aiment parler de la morale protestante du travail et de son importance pour résoudre les
problèmes économiques. Qu’est au juste la morale protestante du travail et quelle est
son influence dans l’éthique du travail des Estoniens ? À ces questions, il est impossible
d’apporter une réponse unique et exhaustive.
Dans la formation de l’éthique protestante du travail, ce sont l’approche de la notion
de vocation de Martin Luther et la doctrine de la prédestination de Johann Calvin qui
jouent le rôle primordial. En synergie, elles ont formé ce que l’on connaît aujourd’hui
comme l’éthique protestante du travail.
La vocation
1
est pour Luther ce vers quoi l’homme est envoyé et qu’il doit accepter
comme la volonté de Dieu. Pour Luther, cela désigne un certain domaine de travail et
d’activité que l’homme se choisit pour servir le Seigneur, et dans lequel il met en œuvre
ses savoir-faire. Sa conception de la vocation comporte trois aspects principaux : l’homme
est un collaborateur dans l’œuvre de création continue de Dieu ; par le travail on sert son
prochain ; le travail est souffrance, à l’image de celle du Christ. L’approche du travail de
Luther met principalement l’accent sur l’attitude marquée par l’amour du prochain des
premiers chrétiens. Alors qu’avant la Réforme l’idée dominante dans l’Eglise catholique
romaine était que les métiers qui pouvaient aspirer à la dignité spirituelle étaient ceux
directement en lien avec le service de Dieu, Luther met tous les métiers sur un pied
d’égalité et fait ressortir une nouvelle attitude – un état d’esprit qui apparaît dans le fait de
travailler. Tout travail permet de glorifier Dieu et de servir son prochain. (Althaus 1965 :
105, Grenholm 1993 : 45, 46 ; Wingren 1952 : 86, Beach 1988 : 89). Luther, partant du
sacerdoce en général, mettait au même niveau le travail professionnel séculier et le travail
spirituel, et ne donnait pas la préférence à un métier par rapport à un autre. En raison de
son opposition à l’état oisif de moine, Luther supprime la différence essentielle entre le
travail séculier et le travail spirituel et leur reconnaît la même valeur (Tennmann 1999 :
394). Ainsi, pour Luther, les métiers de chef militaire, de professeur et de domestique
sont en principe égaux, le plus important pour exercer un métier et pour s’y consacrer est
l’attitude ainsi que la prise de conscience de sa responsabilité.
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La doctrine de la vocation de Luther doit être comprise sur la base de deux règnes, qui
sont liés dans un dualisme éthique, et dont le système normatif donné est valable aussi
bien dans l’éthique individuelle que dans l’éthique sociale. Selon Luther, la conception
du travail appartient à ce que l’on appelle le règne temporel, ce qui signifie qu’elle
prend forme dans une dimension sociale et non théologique, et qu’elle comprend les
domaines de l’activité humaine licites d’un point de vue éthique.
2
Pour Luther, le travail
professionnel séculier est l’expression par excellence de l’amour du prochain, et son
accomplissement serait agréable à Dieu parce qu’il s’agit de Sa volonté, et c’est pourquoi
tous les métiers licites ont la même valeur aux yeux de Dieu. Il pense qu’il n’existe pas
de bon ni de mauvais travail, mais qu’il existe un travail assigné par Dieu (Luther 1997 :
131)
3
. Le but du travail est cependant avant tout de conserver la vie par la collaboration
avec Dieu, et non pas de sauver son âme consciemment, car cela se réalise uniquement
par la foi en la grâce de Dieu.
Le deuxième pilier de l’éthique protestante du travail, la doctrine de la prédestination
de Calvin,
4
a fait des motifs religieux la base de « l’esprit capitaliste ». Le sociologue
classique Max Weber observe que l’une des composantes les plus fondatrices de l’esprit
du capitalisme de cette époque et en même temps de toute la culture de cette époque – un
mode de vie rationnel qui se fond sur l’idée de vocation – est née de l’esprit chrétien
d’ascèse, dont les représentants les plus évidents sont les calvinistes. Les calvinistes, qui
passaient par une rude école de vie, étaient à la fois réfléchis et audacieux, mais étaient
avant tout sensés et rationnels, entièrement voués à leur travail, s’appuyant strictement sur
les opinions et les principes bourgeois. Le protestantisme ascétique, dont le calvinisme
est un représentant, a de particulier la conception de la rédemption individuelle, certitudo
salutis (la certitude du salut), qui se réalise par le métier, d’où la récompense morale que
cette confession espérait obtenir par l’industria et qui manquait irrémédiablement dans
la religion catholique, puisque ses moyens d’obtenir le salut étaient autres. Comme suite
à la Réforme, l’ascèse spirituelle cultivée dans les monastères et dans les congrégations
ascétiques s’est déplacée vers la société et y est devenue ce que l’on appelle l’ascèse
séculière. La Réforme a placé le travail au premier plan de la vie chrétienne, et au XVI
e
siècle est née une nouvelle approche du travail : on commence à considérer le travail
comme une activité séculière. L’éthique protestante du travail personnalise le fait de
travailler et la responsabilité qui y est liée, en y incluant une relation moi-toi devant
Dieu. Dans l’histoire de l’Eglise chrétienne, la Réforme a ainsi signifié la montée de
la valorisation de l’activité laborieuse. Au XX
e
siècle, Max Weber a considérablement
fait évoluer cette conception. Il considère que l’éthique protestante est la pierre d’angle
essentielle à la naissance de « l’esprit capitaliste », et qu’elle a exercé une influence
considérable dans l’histoire du développement économique de l’Occident. Le capitalisme
n’est pas né d’un capital quelconque, par la croissance spontanée de celui-ci, mais il a
été engendré par une certaine morale, un nouvel ethos économique. Max Weber a défini
le protestantisme comme la base du capitalisme. En d’autres termes, le développement
économique a été suscité par une révolution religieuse, dans laquelle l’attitude envers les
gagnants (les riches) et les perdants (les pauvres) a pris une signification centrale. Weber
prête attention au fait que le protestantisme a créé un nouveau type d’homme d’affaires,
dont l’activité est caractérisée par « l’ascèse intérieure »
5
et qui essaie de vivre et de
travailler d’une manière bien précise. Le protestantisme, plus précisément ses branches
capitalistes, ont favorisé la naissance simultanée du capitalisme, qui a été atteint en
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réglementant et en construisant une éthique du comportement dans la vie quotidienne.
Selon les mots de Weber, c’est le protestantisme calviniste qui est à l’origine de cela, avant
tout avec la doctrine de la prédestination (Landes 2002 : 11). D’après Weber, l’influence
du luthéranisme sur l’économie, comparée à celle du calvinisme, est considérablement
en retrait. En analysant différents textes de Weber, nous pouvons supposer que pour lui,
la cause la plus profonde de cette différence était le manque de persistance de l’idée de
prédestination dans le luthéranisme. (Weber 1920 : 125).
Ainsi, de même que l’éthique protestante a exercé une influence essentielle sur
l’histoire du XX
e
siècle, sur la sociologie et les sciences politiques, et a révélé son
influence dans tout le développement des Etats capitalistes, elle a également influencé
la constitution de la notion de valeur chez les Estoniens, entre autres celle de la culture
du travail.
La culture du travail des Estoniens
A la base de la conception du travail des Estoniens, il y a le fait qu’à travers les siècles
la terre a été considérée comme sacrée. Les Estoniens étaient un peuple rural, dont la
nourriture et les vêtements étaient le produit du travail dans les champs. Effectuer le travail
des champs au moment opportun et avec le sentiment du devoir a fait grandir chez les
Estoniens le respect de l’accomplissement du travail à temps, ce qui se remarque encore
nettement aujourd’hui dans les régions rurales. Avec la propagation de la Réforme et des
convictions luthériennes, une nouvelle approche de Dieu est arrivée à la conscience des
Estoniens : celle d’un Dieu exigeant, mais aimant, qui ne s’intéressait pas seulement aux
relations entre l’homme et Dieu, mais aussi aux relations temporelles, entre les hommes.
Voire plus : ce Dieu était aussi intéressé par les activités quotidiennes de l’homme. En
outre, on prêchait dans les églises, parfois même jusque dans les plus petits détails, sur
la façon d’organiser raisonnablement sa vie de tous les jours. Ainsi, le fait de travailler
a pris une connotation religieuse et s’est teinté d’attentes eschatologiques, ce qui était
inconnu jusqu’alors. Dans cette eschatologie, on trouve des traits aussi bien luthériens et
calvinistes que propres à l’Unité des Frères. Dans l’arrivée des conceptions luthériennes
jusqu’aux Estoniens, la noblesse allemande locale et les habitants progressistes des villes,
qui permirent respectivement l’introduction des idées religieuses et un développement
rapide, ont eu une importance déterminante. Le vecteur des idées était l’Eglise luthérienne
locale, avec le clergé principalement d’origine allemande. Le rôle de l’Unité des Frères
était également primordial : celle-ci pouvait, grâce à son travail de mission actif, et en
s’adressant directement aux gens, rendre beaucoup de positions de l’Eglise luthérienne
compréhensibles pour les Estoniens, et ainsi exercer également une influence sur le
comportement moral du peuple.
La naissance de la République d’Estonie a pris en quelque sorte la forme d’un
réveil national, et dans le travail de reconstruction d’une société démocratique, on a
donné de la valeur à la contribution de chaque individu en fonction de ses possibilités
et de ses capacités. La mise en avant et le développement de particularités propres au
protestantisme comme le rationalisme, la correction, la diligence, la productivité, mais
aussi la sobriété et la modération, ont eu une influence essentielle. Les nombreuses
sociétés et associations
6
, dont l’épanouissement a commencé dans les années 1920, ont
favorisé l’existence et le fonctionnement de leurs idéaux (Jansen 1998 : 606).
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Pendant la même période, les universités populaires, devenues populaires en Estonie à
l’instar des pays nordiques, ont également contribué à l’essor du niveau moral et spirituel
de la population, ainsi qu’à celui d’une culture du travail. Comme une partie importante
de la population appartenait à une Eglise ou à une confession
7
, les gens apportèrent
également avec eux leurs convictions religieuses et leurs traditions familiales dans la vie
sociale, et influencèrent de cette manière la culture nationale tout entière.
L’annexion soviétique en 1940 a signifié un tournant nouveau et particulièrement
difficile. Presque toutes les bases de l’économie et de la société qui existaient jusqu’alors
furent rapidement brisées. On fit disparaître d’un seul coup le dense réseau de sociétés
qui couvrait tout le territoire. On nationalisa l’industrie et le commerce, la propriété
privée et l’économie privée furent presque réduites à néant, la collectivisation forcée de
l’agriculture porta un coup fatal à la société rurale (Viires 1998 : 656).
Pendant la période socialiste se produisirent l’effondrement brutal des anciennes
valeurs (la personnalité et la préférence accordée à l’individu, l’accès à la propriété
privée) et la mise en place de nouveaux objectifs sociaux (idéologiques). La contribution
de l’individu devint essentielle à travers la réussite collective, et dans la constitution de
l’attitude envers le travail, les facteurs essentiels devinrent la participation au travail
social, l’aspiration propagandiste concernant la rationalisation et le fait d’être satisfait
de son métier. L’attention fut dirigée non pas vers la culture du travail, mais vers les
résultats atteints à grand bruit (de la qualité à la quantité). Les plans de production qui
vont de soi dans une économie planifiée (les plans quinquennaux) et les engagements
pris par les collectifs (souvent aussi les promesses faites à l’initiative des collectifs eux-
mêmes aux dirigeants de l’URSS, par exemple à Staline) d’atteindre, et aussi en règle
générale de dépasser, les objectifs fixés favorisèrent la constitution de cette tendance.
Les plans quinquennaux donnèrent en quelque sorte une impulsion à l’augmentation de
la productivité et au développement de la concurrence de la production à l’intérieur de
la société.
En même temps est apparue une nouvelle tendance : pour les travailleurs ayant un
niveau d’éducation plus bas et un salaire plus faible, l’accomplissement du travail avait
avant tout un intérêt économique, les personnes ayant un niveau d’éducation plus élevé
et des revenus plus grands considéraient le travail comme un moyen de se réaliser.
Apparemment, le développement de l’éthique du travail n’a été favorisé ni par l’emploi
de travailleurs sans éducation professionnelle ni formation spéciale, ni par leur mise au
travail à des postes ne correspondant pas à leurs connaissances, ni par le fait d’éviter
par tous les moyens et parfois de façon paranoïaque le chômage, considéré comme un
« phénomène » capitaliste. Outre les influences sociales, les facteurs d’influence dans
l’attitude envers le travail étaient avant tout l’éducation domestique et également la
morale « bourgeoise » estonienne du travail, que l’on propageait au niveau familial.
En traitant l’éthique du travail de la période en question, on ne peut prétendre avec
certitude que l’on ait à faire à une attitude envers le travail qui doit être comprise et
définie de façon unique. Il semble cependant que l’éthique du travail était au cours de
cette période plutôt de nature éducationnelle et sociale (collective).
Aujourd’hui, l’Estonie a fait un nombre remarquable d’expériences de valeur dans
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la fondation d’une société d’économie de marché. En ce qui concerne les domaines
professionnels, la spécialisation et le professionnalisme, qui sont obtenus par le
dévouement et par une attitude sérieuse envers le travail, sont en train de devenir les
critères les plus essentiels. La valorisation des capacités et des savoirs individuels se
répand de plus en plus. La spécialisation, le développement continu de la qualité de
production et de la productivité sont considérés comme la base d’un développement
économique réussi.
Une croissance de longue durée exige cependant, selon Michael Porter, professeur
de sciences économiques à l’université de Harvard, que les convictions, les attitudes et
les valeurs productives parviennent jusqu’aux travailleurs, entrent dans les institutions
comme l’Eglise ou l’Université et finalement dans la société en général. Ainsi, l’Eglise a
continuellement un rôle très important comme instigateur des attitudes envers le travail
et de la morale en général. Le rôle des marques religieuses et culturelles dans la société
est difficile à distinguer de l’influence de tout le milieu des affaires et des institutions
en général, et en même temps il est difficile de distinguer le comportement qui est issu
de la culture de celui qui est né d’un système économique, et il ne faut pas comprendre
l’éthique du travail comme étant extérieure au système de stimulation général de
l’économie (Porter 2002 : 22-27). Comme la culture et l’économie sont directement liées
l’une à l’autre, les changements dans un domaine influent de façon concomitante sur
l’autre. En même temps, il est incontestable que la religion et la philosophie peuvent
renforcer de façon essentielle la culture économique productive ou non productive, ce
qu’ont précisément démontré de la plus claire des façons les confessions protestantes.
La culture protestante du travail comme facteur d’influence dans la culture du
travail des Estoniens
Comme l’Estonie a été depuis le XIII
e
siècle dans la sphère d’influence de l’espace
culturel allemand, les positions luthériennes et protestantes en général concernant le travail
ne doivent pas être sous-estimées dans le développement de notre culture du travail. Non
seulement les Estoniens eux-mêmes, mais aussi les peuples voisins observent dans notre
comportement, tant individuel que collectif, l’influence dominante des positions et des
idées éthiques évidentes de l’Eglise luthérienne, considérée comme un pilier de l’identité
nationale. Il n’est malheureusement pas possible dans la société estonienne actuelle de
discerner une attitude envers le travail clairement luthérienne, car au fil du temps, en lien
avec la baisse des influences de la religion, la sécularisation des cultures et la tendance à
la mondialisation, elle est devenue difficilement identifiable. Nous devons plutôt parler
d’une approche du travail propre à l’ordre capitaliste, qui trouve son origine dans le
protestantisme, et qui influe également sur la culture du travail actuelle des Estoniens.
C’est principalement à travers la culture capitaliste de travail que l’on distingue la culture
protestante du travail.
Les espoirs des Estoniens concernant le futur ne sont plus aujourd’hui à dominante
eschatologique, mais sont tournés vers le présent et temporel. Comme une grande
partie des Estoniens n’a pas de relation à Dieu durable ou directe
8
, le travail comme
manifestation du service de Dieu est étranger. On considère plutôt le travail de façon
extrêmement pragmatique – comme réalisation de soi, possibilité de gagner sa vie, de
s’occuper de sa famille et de ses proches, d’occuper son temps de façon opportune, de se
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développer par le travail, de participer en tant que citoyen plénipotentiaire aux processus
sociaux de la société, et de créer un capital social.
Bibliographie
1.
Althaus, Paul
Die Ethik Martin Luthers
. Gütersloh: Mohn,1965.
2.
Beach, Waldo,
Christian Ethics in the Protestant Tradition.
Atlanta: John Knox
Press,1988.
3.
Grenholm, Carl-Henric,
Protestant work ethics
, Uppsala: Förenade Ord,1993.
4.
Harrison, Lawrence; Huntington, Samuel,
Kultuur on tähtis.
David Lanndes,
Michael E.Porter, Jeffrey Sachs, Mariano Grondona. Tallinn: Pegasus,2002.
5.
Helenius, Jaakko,
Luther ja yhteiskunta.
Helsinki: Suomalaisen teologisen
kirjallisuusseuran julkaisuja 136,1983.
6.
Luther, Martin,
Hausbuch. Bindlach
: Gonrom Verlag GmbH, 1996.
7.
Mäsak, Ene; Pärdi, Heiki; Kurs, Ott; Berg Heiki, Jansen, Ea; Viires, Ants., .
Eesti Rahvakultuur
. Tallinn: Eesti Entsüklopeedia kirjastus,1998.
8.
Sild, Olaf; Salo, Vello,
Lühike Eesti kirikulugu.
Tartu: käsikiri,1995.
9.
Tennmann, Eduard ,
Varjatud varandus
. Tartu: Ilmamaa,1999.
10. Weber, Max,
Gesammelte Aufsätze zur Religionssoziologie.
Bd. I. Tübingen: J.
C. B. Mohr (Paul Siebeck), 1920.
11. Weber, Max, Die protestantische Ethik II. Kritiken und Antikritiken. Hrg.
J.Winckelmann. Güterslohn: Mohn,1978..
12. Weber, Max.
Protestantlik eetika ja kapitalismi vaim,
Akadeemia , lk 2237-
2269, 10/93
13. Wingren, Gustaf,
Luthers Lehre vom Beruf
. München: Chr. Kaiser Verlag,.
1952.
Notes
1
Lorsque Luther parle de vocation/métier, il utilise le terme allemand « Beruf ». Aussi bien Beruf
que le terme anglais « calling » ont clairement une connotation religieuse et désignent une tâche
assignée par Dieu.
La notion vient de la traduction de la Bible de Martin Luther. Le réformateur l’utilise pour la
première fois avec le sens qu’elle a de nos jours dans sa traduction du Siracide 11:20, 21 (« Tiens-toi
à ton alliance et consacre-toi à elle, vieillis à ton ouvrage. Ne t’étonne pas des œuvres du pécheur,
fais confiance au Seigneur et persévère dans ta besogne, car il est facile aux yeux du Seigneur
d’enrichir soudain le pauvre d’un seul coup. » TOB), et peu après elle prend la signification qu’a
actuellement la notion de Beruf (métier) dans la langue profane des peuples protestants. Le mot en
soi n’est pas nouveau pour Luther et ses contemporains. Ce qui est nouveau en revanche, c’est son
emploi même dans un domaine profane ; on considère l’accomplissement de ses devoirs comme
le degré le plus élevé que la réalisation morale de soi puisse atteindre. Cela a pour conséquence
inéluctable l’idée que le travail quotidien revêt une signification religieuse. Ainsi, dans la notion
de Beruf apparaît le dogme central de toutes les dénominations protestantes, dogme qui rejette la
discrimination catholique des commandements moraux du christianisme en praecepta (préceptes)
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et consilio (conseils), et reconnaît comme l’unique moyen de vivre d’une manière agréable à
Dieu non pas le dépassement de la morale séculière par l’ascèse monastique, mais exclusivement
l’accomplissement des devoirs séculiers, comme ils se présentent dans la vie de chaque individu
(Weber 1993 : 2248).
2
Bien que l’Eglise luthérienne ait enseigné logiquement une conception du travail et de la
vocation, il faut aujourd’hui distinguer deux exceptions claires par comparaison à l’éthique du
travail originelle. Premièrement, conformément aux conceptions calviniste et kantienne, et sous
l’influence du piétisme, le fait de travailler a une signification essentielle pour le travail en soi (cette
éthique du devoir a brouillé le motif social de l’activité laborieuse de Luther). Deuxièmement, au
cours de ces dernières décennies, on a mis l’accent sur la réalisation de soi par le travail, ce qui
n’est pas une conception luthérienne du travail, puisque l’éthique luthérienne du travail s’oriente
vers l’extérieur en direction du prochain.
3
Avant Luther, cette notion est apparue chez Johann Tauler, qui a par principe mis la valeur de la
vocation spirituelle au même niveau que celle de la vocation séculière.
4
Calvin met tant l’accent sur la toute-puissance de Dieu qu’il s’approprie la doctrine de la
prédestination d’Augustin, en affirmant que Dieu a voué certains hommes au salut, les autres à la
damnation. Pour Calvin, ce décret divin est définitif. Calvin estime que seule une petite partie des
hommes sont appelés au salut. Comme les décisions de Dieu restent irrévocables, Sa grâce ne peut
pas être perdue par ceux à qui elle est échue et est inaccessible à ceux qu’Il a décidé d’en priver.
La volonté et l’activité de l’homme ne peuvent pas influencer la décision déjà prise une fois par
Dieu, et, comme Luther, Calvin pense que la justification se produit uniquement par la grâce de
Dieu (Grenholm 1993 : 47).
5
L’ « ascèse intérieure » de Weber (innerweltliche Askese) est un ethos de l’homme, qui en tant
qu’homme de vocation se voue raisonnablement et totalement au travail et à la vie quotidienne,
dans un monde où la toute-puissance inéluctable de la rationalisation a engendré les établissements
industriels, les organisations, les institutions etc. Et qui par conséquent, en tant qu’homme dans
sa subjectivité la plus intérieure, s’appartient à lui-même. La naissance du conflit intérieur de
l’homme est donc inévitable. Weber accepte ce conflit de la vie dans l’existence individuelle, tout
à fait consciemment et avec responsabilité.
6
On sait que rien que les sociétés culturelles étaient à la fin de la période d’indépendance de la
République d’Estonie plus de 2200 (Jansen 1998 : 606).
7
La proportion dans la société des personnes qui se définissent comme croyantes était relativement
élevée : dans le recensement de 1934, 874 026 personnes se considéraient comme luthériennes
(78,2% de la population), 212764 orthodoxes (dont 19% fidèles au rite ancien) 8 752 baptistes
(0,8% de la population), 4 178 chrétiens évangéliques, 2 327 catholiques romains, 2 310 adventistes
et 191 pentecôtistes (Sild, Salo 1995 : 138).
8
En 2000, dans les résultats du recensement correspondant, 31,8% de la population reconnaissait
une certaine confession. 14,8% des personnes interrogées se définissaient comme luthériennes
(152 237 personnes). 20% se considéraient comme croyantes, et 46% des personnes ayant répondu
comme penchant vers la religion. 27% des interrogés se considéraient comme indifférents envers
la religion et 7% comme penchant vers l’athéisme ou comme athées convaincus. Sources :
publication électronique du Bureau des statistiques estonien « Recensement des lieux de vie et de
la population en 2000. IV. Education. Religion » ; Sondage socio-religieux du Conseil des Eglises
estoniennes, de la Société biblique estonienne et de l’Alliance Evangélique estonienne sur « La
vie, la religion et la religiosité. » (2000).
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