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De l'icône à l'iconographie, du religieux au politique, réflexions sur l'origine byzantine d'un concept gottmanien//From icon to iconography, from the religious to the politic, reflections on the Byzantine origin of a Gottmanian concept - article ; n°616 ; vol.109, pg 563-579

De
19 pages
Annales de Géographie - Année 2000 - Volume 109 - Numéro 616 - Pages 563-579
The concept of iconography proposed by Jean Gottmann in 1951 has not been well accepted by a predominantly western-minded international scientific community. He himself abandoned this concept in his later publications (1970-80). The rejection of this notion and its recent comeback, initiated mostly by G. Prevelakis, may have to do with its roots in East european culture, itself based on Byzantine civilization. J Gottmann was influenced by Russian culture during his childhood and youth. It seems relevant to analyze the Byzantine origins of this concept through the religious, but also political role of icons, especially in the light of M.-J. Mondzain's recent work. Placed in such a context the concept of iconography tends to recover its strength, and can be applied to a paradigmatic example, that of Pontian Greeks, a people directly descended from the Byzantine tradition. This case exemplifies the transition from icon to iconography in Gottmann's sense, and shows how an iconography is first built in its religious dimensions, and then in polical and cultural dimensions, and how it cristallizes around highly symbolic historic places for a people living in diaspora.
Le concept d'iconographie proposé par J. Gottmann en 1951 a rencontré un accueil si réservé auprès de la communauté scientifique internationale, majoritairement de culture occidentale, qu'il a lui-même été amené à l'abandonner dans ses publications des années 1970-80. Ce rejet puis ce retour très récent, en grande partie à l'initiative de G. Prévélakis, a sans doute quelque chose à voir avec l'enracinement de ce concept dans la culture de l'Europe orientale issue de la civilisation byzantine. J. Gottmann a été dans son enfance et sa jeunesse imprégné par la culture russe. Il nous a donc semblé intéressant de nous pencher sur l'origne byzantine du concept à travers les icônes et leur statut religieux mais aussi très largement politique, d'autant plus que les recherches philosophiques de M.-J. Mondzain publiées récemment ont défriché le sujet. Remis dans ce contexte le concept d'iconographie retrouve toute sa force. Il nous a semblé également intéressant de l'appliquer à un exemple tout à fait caricatural celui d'un peuple issu directement de la tradition byzantine, les Grecs pontiques. Ce cas permet d'analyser le passage de l'icône à l'iconographie au sens de Gottmann, de voir comment se constitue une iconographie dans ses dimensions religieuses d'abord, puis politiques et culturelles, et comment celle-ci a besoin de hauts lieux ou de lieux de mémoire pour se constituer et s'exprimer chez un peuple qui vit en diaspora. Mots-clés Icône iconographie géographie politique orthodoxie hellénisme diaspora Key-words con iconography political geography orthodoxy hellenism diaspora
17 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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M. Michel Bruneau
De l'icône à l'iconographie, du religieux au politique, réflexions
sur l'origine byzantine d'un concept gottmanien//From icon to
iconography, from the religious to the politic, reflections on the
Byzantine origin of a Gottmanian concept
In: Annales de Géographie. 2000, t. 109, n°616. pp. 563-579.
Citer ce document / Cite this document :
Bruneau Michel. De l'icône à l'iconographie, du religieux au politique, réflexions sur l'origine byzantine d'un concept
gottmanien//From icon to iconography, from the religious to the politic, reflections on the Byzantine origin of a Gottmanian
concept. In: Annales de Géographie. 2000, t. 109, n°616. pp. 563-579.
doi : 10.3406/geo.2000.1816
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_2000_num_109_616_1816Abstract
The concept of iconography proposed by Jean Gottmann in 1951 has not been well accepted by a
predominantly western-minded international scientific community. He himself abandoned this concept in
his later publications (1970-80). The rejection of this notion and its recent comeback, initiated mostly by
G. Prevelakis, may have to do with its roots in East european culture, itself based on Byzantine
civilization. J Gottmann was influenced by Russian culture during his childhood and youth. It seems
relevant to analyze the Byzantine origins of this concept through the religious, but also political role of
icons, especially in the light of M.-J. Mondzain's recent work. Placed in such a context the concept of
iconography tends to recover its strength, and can be applied to a paradigmatic example, that of
Pontian Greeks, a people directly descended from the Byzantine tradition. This case exemplifies the
transition from icon to iconography in Gottmann's sense, and shows how an iconography is first built in
its religious dimensions, and then in polical and cultural dimensions, and how it cristallizes around highly
symbolic historic places for a people living in diaspora.
Résumé
Le concept d'iconographie proposé par J. Gottmann en 1951 a rencontré un accueil si réservé auprès
de la communauté scientifique internationale, majoritairement de culture occidentale, qu'il a lui-même
été amené à l'abandonner dans ses publications des années 1970-80. Ce rejet puis ce retour très
récent, en grande partie à l'initiative de G. Prévélakis, a sans doute quelque chose à voir avec
l'enracinement de ce concept dans la culture de l'Europe orientale issue de la civilisation byzantine. J.
Gottmann a été dans son enfance et sa jeunesse imprégné par la culture russe. Il nous a donc semblé
intéressant de nous pencher sur l'origne byzantine du concept à travers les icônes et leur statut
religieux mais aussi très largement politique, d'autant plus que les recherches philosophiques de M.-J.
Mondzain publiées récemment ont défriché le sujet. Remis dans ce contexte le concept d'iconographie
retrouve toute sa force. Il nous a semblé également intéressant de l'appliquer à un exemple tout à fait
caricatural celui d'un peuple issu directement de la tradition byzantine, les Grecs pontiques. Ce cas
permet d'analyser le passage de l'icône à l'iconographie au sens de Gottmann, de voir comment se
constitue une iconographie dans ses dimensions religieuses d'abord, puis politiques et culturelles, et
comment celle-ci a besoin de hauts lieux ou de lieux de mémoire pour se constituer et s'exprimer chez
un peuple qui vit en diaspora. Mots-clés Icône iconographie géographie politique orthodoxie hellénisme
diaspora Key-words con iconography political geography orthodoxy hellenism diasporaîï iconographie du religieux De
au politique réflexions sur origine
byzantine un concept gottmanien
to of From the Gottmanian icon politic to iconography reflections concept on from the the Byzantine religious origin
Michel Bruneau
CNRS-TIDE Bordeaux
Résumé Le concept iconographie proposé par Gottmann en 1951 rencontré un
accueil si réservé auprès de la communauté scientifique internationale majo
ritairement de culture occidentale il lui-même été amené abandon
ner dans ses publications des années 1970-80 Ce rejet puis ce retour très
récent en grande partie initiative de Prévélakis sans doute quelque
chose voir avec enracinement de ce concept dans la culture de Europe
orientale issue de la civilisation byzantine Gottmann été dans son enfance
et sa jeunesse imprégné par la culture russe Il nous donc semblé intéres
sant de nous pencher sur origne byzantine du concept travers les icônes
et leur statut religieux mais aussi très largement politique autant plus que
les recherches philosophiques de M.-J Mondzain publiées récemment ont
défriché le sujet Remis dans ce contexte le concept iconographie retrouve
toute sa force Il nous semblé également intéressant de appliquer un
exemple tout fait caricatural celui un peuple issu directement de la tra
dition byzantine les Grecs pontiques Ce cas permet analyser le passage
de icône iconographie au sens de Gottmann de voir comment se consti
tue une dans ses dimensions religieuses abord puis politiques
et culturelles et comment celle-ci besoin de hauts lieux ou de lieux de
mémoire pour se constituer et exprimer chez un peuple qui vit en diaspora
Abstract The concept of iconography proposed by jean Gottmann in 1951 has not been
well accepted by predominantly western-minded international scientific com
munity He himself abandoned this concept in his later publications 1970-80
The rejection of this notion and its recent comeback initiated mostly by
Prevelakis may have to do with its roots in East european culture itself
based on Byzantine civilization Gottmann was influenced by Russian culture
during his childhood and youth It seems relevant to analyze the Byzantine ori
gins of this concept through the religious but also political role of icons espe
cially in the light of M.-J recent work Placed in such context
the concept of iconography tends to recover its strength and can be applied
to paradigmatic example that of Pontian Greeks people directly descen
ded from the Byzantine tradition This case exemplifies the transition from icon
to iconography in sense and shows how an iconography is first
built in its religious dimensions and then in polical and cultural dimensions
and how it cristallizes around highly symbolic historic places for people living
in diaspora
Ann Gèo. 616 2000 pages 563-579 Armand Colin Michel Bruneau ANNAIES DE GEOGRAPHIE 616 2000 564
Mots-clés Icône iconographie géographie politique orthodoxie hellénisme diaspora
Key-words con iconography political geography orthodoxy hellenism diaspora
Gottmann propose dans les années 1950 et 60 le concept icono
graphie pour désigner tout ce qui permet un peuple de identifier et
de se singulariser par rapport ses voisins et tous les autres peuples et
pour rendre compte du cloisonnement du monde Il pas connu alors
un grand succès ni suscité un grand intérêt dans le champ une géo
graphie politique qui était alors peu pratiquée souffrant du discrédit de
la geopolitik allemande Gottmann lui-même abandonné dans son
ouvrage The significance of territory datant de 1973 Il préférait dans
les années 1970-80 parler attitudes ou de caractères psychologiques
ou bien attitudes culturelles des groupes humains Gottmann 1973
et 1982 Ce concept iconographie ne peut véritablement se comprendre
en évoquant le contexte historico-culturel byzantin dans lequel il plonge
ses racines Le public scientifique de culture majoritairement occidentale
ne peut-être pas accueilli favorablement par manque de connaissance
et de sensibilité ce contexte
Ce concept redécouvert hui suscite un intérêt nouveau en cette
fin du XXe siècle Pourquoi Est-ce parce il fait appel au symbolique au
religieux dans leur rapport avec le politique et le territoire Peut-être mais
pour répondre cette question et avant de se prononcer sur intérêt de ce
concept en géographie il faut après avoir défini et analysé dans les publi
cations de Gottmann se pencher sur son origine sur sa signification hors
du champ de la géographie Il est directement issu des images artificielles
que sont les icônes Celles-ci sont apparues et se sont développées dans la
civilisation byzantine puis au sein des cultures qui en sont issues les
Balkans et en Russie Gottmann est né Kharkov 1915 où il été
exilé Paris 1920 en passant par Moscou Sebastopol et Istamboul Son
enfance et sa jeunesse parisiennes se sont déroulées dans le milieu de émi-
gration russe un de ses deux mémoires étudiant en histoire et géogra
phie portait sur histoire diplomatique des Balkans avant les guerres balka
niques Prévélakis Sanguin 1996 autre part Prévélakis de culture
grecque est celui qui le plus oeuvré pour la réintroduction du concept
iconographie dans espace francophone Est-ce un hasard Sans doute pas
Il est donc pertinent étudier les sources byzantines de ce concept au
tant plus il récemment fait objet une recherche approfondie par une
philosophe Marie-José Mondzain 1996 Image icône économie sont des
concepts-clés pour une approche de iconographie de Gottmann On appli
quera ensuite le concept un cas celui un peuple directement issu de la
tradition byzantine vivant hui en diaspora les Grecs du Pont Cet
exemple nous montrera comment on passe de icône iconographie du
religieux au politique et au culturel ou plus généralement identitaire Il
permettra également de mettre en évidence le rapport nécessaire de icono
graphie un support géographique est-à-dire des hauts lieux et/ou
des lieux de mémoire nécessaires pour la reproduction une iconographie ARTICLES De îï iconographie du religieux au politique 565
Le concept iconographie selon Gottmann
la Pour compréhension Gottmann du 1952 compartimentement 67-68 le facteur du psychologique monde les cloisons est essentiel étant pour bien
plus dans les esprits que dans la nature iconographie est la somme des
croyances des symboles des images des idées etc dont une communauté
hérité et auxquels ses membres sont attachés Ce lien entre les personnes
et les icônes constitue le ciment du groupe et conduit la définition un
territoire dont les membres des autres communautés attachés autres ico
nographies sont exclus 1955 II 200 Gottmann voit dans iconogra
phie le ud gordien de la communauté nationale 1952 220 Elle assure
une relative stabilité politique cette communauté Cet ensemble des sym
boles abstraits et concrets qui résument les croyances et les intérêts com
muns une collectivité constitue le ciment donnant sa cohésion et sa per
sonnalité politique cette collectivité 1966 63 Elle est un môle de
résistance au changement un ciment solide liant les membres une
même communauté Gottmann parle de systèmes de résistance au mouve
ment qui sont plus abstraits que matériels et consistent en nombre de
symboles 1952 214 Il agit un système de symboles variés dans les
quels la population de la région considérée foi Gottmann 1966 136
iconographie est un facteur de stabilisation politique 1952 221 par
opposition la circulation principe de mouvement qui est un facteur de
changement
Les symboles constitutifs une iconographie touchent trois domaines
essentiels la religion le passé politique la mémoire) organisation sociale
La religion les grands souvenirs historiques le drapeau les tabous sociaux
les intérêts investis et bien établis font tous partie de ce on appelle ico
nographie. Gottmann 1966 136 Ces trois catégories de symboles
constituent une iconographie souvent complexe mais toujours efficace Il
est guère deux peuples qui puissent avoir les mêmes Ces symboles sont
objet une véritable foi qui singularise un peuple par rapport ses voisins
qui attachent autres symboles de tenaces attachements des sym
boles parfois fort abstraits dont ensemble forme ce que nous appelons ico
nographie 1952 157 De part et autre une frontière qui une cer
taine durée on observe des iconographies différentes est-à-dire des systèmes
différents de symboles en lesquels on foi Ces symboles sont très divers
drapeaux croyances religieuses grands souvenirs historiques tabous sociaux
techniques usuelles etc Ainsi se forment les regionalismes et parfois les
noyaux de nations nouvelles Gottmann 1952 137-138)
Une collectivité est caractérisée par un système de relations il faut accor
der une part importante dans ce système aux composantes spirituelles cul
turelles et économiques tout le complexe de civilisation exprimé par ico
nographie 1952 159 Les concepts iconographie et de civilisation ont
une forte parenté intellectuelle de aveu même de Gottmann Des géo
graphes eminents tels que Paul Vidai de La Blachê Emile-Félix Gautier et
Pierre Gourou ont parlé des civilisations qui différencient les grandes régions
du globe. Mais on hésite parler de civilisation distincte pour chaque nation
encore plus pour les diverses provinces intérieur un même Etat 1966
140 Pierre Gourou est celui qui parmi les géographes le plus élaboré ce Michel Bruneau ANNALES DE OGRAPHIE 616 2000 566
concept de civilisation travers en particulier ce il appelle les techniques
encadrement qui correspondent peu de choses près aux composantes
ou éléments de iconographie selon Gottmann Bruneau 2000 14-15)
Ce sont ces iconographies qui érigent des barrières dans les esprits et pro
voquent le cloisonnement du monde est-à-dire la carte politique Si
nous disions que les véritables cloisons politiques sont dans les esprits et non
dans les formes du terrain il faudrait ajouter sans doute que les véritables
parentés semblent encore être celles de esprit seul juge efficace des inté
rêts Gottmann 1952 159 Beaucoup plus que la continuité territoriale
est la grande foi en iconographie officielle et aussi un sentiment de
justice sociale réalisée ou en voie de réalisation qui assure la cohésion morale
une nation sa principale force aux yeux de Gottmann 1952 159
enracinement de iconographie nationale dans esprit des citoyens est au
tant plus profond elle est transmise très tôt aux enfants par la famille et
école Elle est incontestablement le principal facteur de cloisonnement socio-
politique de espace iconographie tend écarter de la nation dont elle
fait unité et originalité les étrangers et même les influences étrangères Elle
exerce une action limitative des contacts donc de la circulation On con oit
ainsi elle soit dans la grande dynamique humaine la fondation des cloi
sons spirituelles et politiques Gottmann 1952 221)
Nous faisons hypothèse que le concept iconographie défini par
Gottmann été con dans une culture directement issue de la civilisa
tion byzantine Il est en tout cas conforme son esprit comme le montre
ce texte Le plus souvent les communautés humaines se distinguent juste
ment les unes des autres par les différences entre ces réseaux de symboles
ensembles complexes pour désigner lesquels nous avons proposé ailleurs le
terme iconographie Chaque communauté son iconographie propre en
ce sens Lorsque dans la Russie des tsars un village en conflit avec un autre
allait soit en venir aux mains soit signer un accord la rencontre se faisait
sous égide des icônes de ces deux communautés Gottmann 1966 136
Il se réfère au caractère hautement symbolique des icônes byzantines étendu
un domaine plus large tout le système de symboles dans lesquels la popu
lation de la région considérée foi Il nous faut donc remonter la source
pour bien comprendre la force et la prégnance des icônes dans la culture
byzantine
Images et Icônes Byzance
Les deux concepts image et icône sont fondateurs de toute la réflexion
du christianisme oriental sur iconographie religieuse Ils ont été enjeu de
conflits très importants dans la société byzantine la bataille qui opposé
les iconoclastes qui se rangeaient derrière les empereurs Léon III et Constantin
et les iconophiles derrière les patriarches Germain et Nicéphore 717-775)
rejetant les uns sur les autres accusation idolâtrie Les icônes ont dans
Orthodoxie une fonction essentielle qui est de transmettre par des images
artificielles en deux dimensions peintes sur bois le mystère de incarnation
Elles donnent une représentation figurative mais symbolique du Dieu qui
est incarné en son fils lésus Christ sous une forme humaine Ce peut être ARTICLES De îï iconographie du religieux au politique 567
une image de Jésus lui-même comme une image de la Vierge Marie avec
enfant Jésus ou un saint ou une scène de la Bible Toutes ces images
artificielles que sont les icônes ont pour objectif de mettre en relation le
fidèle contemplateur avec image naturelle de Dieu le Père est le Fils
appartenant la sainte Trinité Il ne agit pas une copie ou encore moins
un double de être qui réellement existé que les peintres hagiographes
ont pas pu directement observer mais une représentation symbolique de
son image naturelle Bigham 1995)
est Dès différenciée antiquité de la celle nature de spécifique image qui de est image une simple dénommée reproduction icône eikon un
modèle dans le seul ordre du visible eidolon Le terme eikon est en
usage chez les Grecs partir du Ve siècle av J.-C alors que celui eido-
lon était bien avant dès époque archaïque vine siècle La signification
des deux termes ne est nettement différenciée au ive siècle Vernant
1996 382-391 eidolon fini par ne désigner que des divinités existant
par leur représentation figurée alors Oikon été réservé aux représenta
tions de Dieu Dans le premier cas on une simple copie de apparence
sensible un simulacre et on se limite au visible Dans le second il agit
une transposition de essence en tant que symbole eik on repose sur comparaison entre des termes différenciés. la relation elle établit
est pas une ressemblance extérieure mais une communauté ou une parenté
de nature de qualité de valeur qui ne relève pas de évidence sen
sible mais que esprit appréhende en posant entre des éléments hétéro
gènes une similitude cachée Vernant 1966 383 écart entre eidolon et
eikon ensuite cessé de se creuser au monde byzantin opposant ce
qui est conforme son modèle dans le visible et ce qui ne revendique une
parenté de relation et porte en soi son propre dépassement ce qui
fonction de simulacre idole et ce qui en une de symbole icône)
Le concept économie oikonomia utilisé par les Pères de Eglise est
essentiel pour rendre compte du phénomène iconique de la liaison entre le
Dieu invisible non représentable et le monde des hommes il créé Ce
lien passe par ensemble du plan rédempteur de la conception virginale jus
la Résurrection en passant par la vie évangélique et la Passion
Mondzain 1996 Le Christ est par excellence économie mais ce concept
cherche rendre compte de toute la dimension historique et mondaine de
la Vérité spirituelle Cela inclut Eglise institution et son clergé dont la
fonction est de transmettre aux hommes cette vérité divine exercice ora
toire peut être un bon vecteur de cette économie Mais pour que écono
mie soit praticable par tous il fallait trouver une solution réunissant tous les
effets de doctrine et de stratégie pédagogiques Il fallait trouver un instru
ment dont le message fût univoque et ne laissât plus agir la contradiction
Un instrument universel qui ignorât la barrière des langues des frontières
comme du savoir Il fallait que cet instrument fut une sainte et divine ruse
tenant compte de nos corps de nos adhésions élémentaires et de notre affec
tivité Cet instrument rationnel et magique est image iconique Mondzain
1996 88-89 Dans icône la relation économique met en rapport image
naturelle invisible du prototype la seule vraie avec le monde visible offert
au regard des hommes Michel Bruneau ANNALES DE OGRAPHIE 616 2000 568
épigraphe est-à-dire inscription obligatoire du nom des personnages
figurés dans icône les relie leur modèle homonymie en plus de la figu
ration par le trait et la couleur qui ne visent pas la similitude avec ce
modèle mais une ressemblance symbolique de ordre de effigie icône
est pensée abstraite mettant en relation le visible et invisible En rendant
visible image naturelle de Dieu en la personne de son fils icône est un
objet sacré mémorial de incarnation divine Elle est donc objet une
vénération particulière Le plus souvent elle est copiée sur un modèle réel
ou bien imaginaire Le peintre doit avoir une vie exemplaire et être inspiré
par Esprit Saint mais tout en se conformant un modèle il une liberté
exécution suffisante pour créer une uvre art
Ce statut extrêmement élevé faisant communiquer le saint et le sacré par
la relation homonymique et par la ressemblance symbolique situe icône au
centre des enjeux de pouvoir que pouvaient avoir les deux principaux acteurs
de la civilisation byzantine empereur et Eglise La puissance est rien
autre que appropriation de instance iconique et de sa fécondité symbo
lique nous dit M.-J Mondzain 1996 Le conflit entre Eglise iconophile
et empereur iconoclaste duré plus un siècle iconographie religieuse
avait emprunté son art celui du culte impérial qui avait précédée autre
part et impératrice étaient fait représenter en compagnie du
Christ de la Vierge et des Saints dans le monde profane comme dans le
monde sacré Le triomphe final de iconophilie scelle définitivement la dyar-
chie Eglise-empereur que les empereurs iconoclastes avaient voulu dissocier
en séparant le pouvoir temporel du pouvoir spirituel Eglise aurait dû uti
liser que des signes tels la croix non pas des représentations figuratives du
Christ de la Vierge ou des Saints ils qualifiaient idoles Ces empereurs
seraient alors devenus les maîtres absolus des images artificielles consacrées
uniquement la représentation politique et militaire
Très tôt sous Justinien II la monnaie de empire byzantin le solidus
or porte sur une face effigie de empereur sur autre le buste du Christ
vu de face Cette image sainte fut remplacée par une croix puis par le fils de
empereur sous les empereurs iconoclastes pour réapparaître après la vic
toire des iconophiles sous Michel III De même effigie du Christ ou de la
Vierge figurent encadrés par ovale du bouclier de la victoire sur des sceaux
apposés sur des documents officiels iconographie donc été associée la
vie économique et aux institutions politiques circulant dans tout empire
dont elle assumait les limites
Le triomphe de icône se traduit par une association étroite de Eglise
au pouvoir temporel Pouvoir et images sont indissociables Pour Saint Paul
déjà il était pas question de séparer Dieu de César Dans sa lignée il agis
sait même de prendre la place de César en appropriant hégémonie sym
bolique et en assumant sur terre le pouvoir de Dieu Le pouvoir ecclésias
tique peut désormais se propager de fa on illimitée grâce icône qui est le
mode de communication universel de la vérité Gouvernée par les seuls prin
cipes plastiques de inscription du Verbe elle une puissance oecuménique
est-à-dire internationale et universelle Circulante circulaire encerclante
infini icône adresse tous en tous temps en tous lieux et dans tous
les idiomes Mondzain 1996 203 Elle devient le mode de communica
tion universel de la vérité et ainsi le propriétaire légitime de tous les lieux et ARTICLES De îï iconographie du religieux au politique 569
de toutes les nations où instaure ainsi une iconocratie Elle pas besoin
une église mais peut exister partout où elle transporte le regard de Dieu
qui la distingue quel que soit le sujet elle représente ubiquité du regard
de la Vierge de Blachernes de la Theotokos en position orante les paumes
des mains ouvertes vers le ciel) renvoie ubiquité du regard ecclésial qui
entend désormais régner sur univers par delà les limites des royaumes
humains
iconographie est bien au ur de Eglise et de Etat byzantins asso
ciant étroitement le politique au religieux comme on vu dans les mon
naies ou dans les sceaux Les icônes de la Vierge et de enfant Jésus qui
symbolisent peut-être le mieux en tout cas le plus directement le mystère
de incarnation sont les images les plus populaires faisant objet de pèle
rinages réguliers
icône de Panagia Solimela et son sanctuaire
haut lieu de iconographie grecque pontique
Les héritiers les plus directs des Byzantins sont hui ces Grecs du
Pont ou Romaioi qui ont fait vivre autour de Trébizonde après la prise de
Constantinople par les Croisés 1204) un empire byzantin en réduction qui
fut le dernier Etat grec byzantin être pris par les Turcs Ottomans 1461
Le recul historique de huit siècles dont cinq sous domination turque offre
un grand intérêt pour analyser comment ce peuple pas été dans un pre
mier temps assimilé par son envahisseur devenu son maître puis dans un
deuxième temps continué exister bien il ait perdu son territoire ori
gine 1922 iconographie joué un rôle essentiel dans la survie de cette
identité grecque pontique
Après effondrement de empire de Trébizonde exil puis la disparition
de la dynastie de ses empereurs Comnènes la seule structure qui restait en
place était Eglise Orthodoxe Son existence était reconnue et officialisée par
la création un millet chrétien grec orthodoxe dont le chef était le Patriarche
cuménique de Constantinople-Istambul La majorité des Grecs quitté la
zone littorale pour se réfugier dans les montagnes de arrière-pays de
Trébizonde en particulier dans les vallées du versant-nord des Alpes pon-
tiques Matzouka Sanda Kromni et sur le versant-sud en Chaldea dans la
vallée du Kizil Ilmak où ils exploitaient des mines de fer et de métaux non-
ferreux Dans ces régions des monastères avaient été bâtis dans des sites mon
tagneux exceptionnels au cours de la période byzantine et avaient été dotés
de biens et de privilèges par les empereurs Comnènes Chacun entre eux
abritait des icônes
La Vierge de Soumela Panagia Soumela occupe une place centrale dans
iconographie des Grecs pontiques Cette icône aurait été peinte par évan-
géliste Luc lui-même comme deux autres dont une se trouve Chypre
monastère de Kykkos et autre au monastère de Mégalo Spilaio Kalavrita
évangéliste qui ne en sépara jamais mourut Thèbes Cette icône devint
par la suite objet de pèlerinages et fut installée dans église de la Vierge
Athènes le Parthenon la fin du IVe siècle sous le règne de Théodose
lorsque Byzance et les Grecs commen aient briller en Orient et en Occident Michel Bruneau ANNALES DE OGRAPHIE 616 2000 570
en 380 cette Vierge surnommée Athénienne décida de installer au ur
de Orient hellénisé dans le Pont sur le mont Mêla Elle apparut dans son
sommeil un moine ascète Attique Barnabe en lui demandant de se rendre
dans son sanctuaire avec son neveu Sophronios pour recevoir ses directives
Après leur avoir demandé de la suivre en Orient au mont Mêla où elle
allait installer en leur compagnie icône envola dans les airs vers est
Les deux moines firent le voyage Trébizonde et au mont Mêla non
sans de nombreuses difficultés Guidés par des signes envoyés par la Vierge
ils découvrirent dans une grotte en haut de la montagne la fameuse icône
Ils bâtirent de leurs propres mains dans cet endroit désert au milieu épaisses
forêts dans un site une beauté exceptionnelle un premier monastère
Après divers pillages et reconstructions successives le com
men prendre un certain essor partir de 644 Il fut particulièrement pro
tégé et richement doté en biens et privilèges par la dynastie des empereurs
Comnènes de Trébizonde après 1204 Alexis 1349-1390) en particu
lier reconstruisit et agrandit le monastère en le fortifiant pour le protéger
contre toute intrusion barbare Il lui affecta les revenus de 46 villages De
brillantes cérémonies et fêtes sont déroulées la fin du pouvoir des
Comnènes en 1461 Après la prise de Trébizonde par les Ottomans le monas
tère de Panagia Soumela fut épargné cause de son isolement dans un site
difficile accès Mais le sultan Selim 1er 1512-1520 aper ut lors une
partie de chasse et en ordonna la destruction immédiate Cependant il fût
aussitôt saisi de tels maux il comprit ne pas avoir intérêt faire exécuter
un tel ordre Il décida alors de confirmer par écrit chrisobule tous les pri
vilèges accordés par les Comnènes fit le don de grands flambeaux éclai
rant icône et de la réfection du toit de église du monastère Le monas
tère devint un des rares îlots protégés où les Grecs pouvaient en toute
liberté pratiquer leur religion et développer leur culture Samouilidis 1992
la fin du xville siècle les Phanariotes en charge des principautés de Moldavie
et Valachie lui firent de nombreux dons Panagia Soumela devint donc un
symbole vivant de Hellénisme pour tous les Grecs des rivages de la mer
Noire et sa fête du 15 août leur rassemblement et pèlerinage annuel
Après le grand Désastre Asie Mineure Medali Katastrofi et la suite
de Echange des Populations décidé par le traité de Lausanne 1922) il fal
lut abandonner le monastère En août 1923 les moines de Panagia Soumela
partirent de nuit cacher les objets sacrés les plus précieux pour leur valeur
symbolique la fois religieuse et nationale icône de la Vierge Evangile
sur parchemin de Saint Christophe la croix de Manuel Comnène Ils les
Le monastère construit devant la grotte fut achevé en 386 six ans après apparition de la Vierge
Barnabe Il était déjà devenu un lieu de pèlerinage autres historiens font remonter la fon
dation du monastère une période plus tardive ixe ou xe siècle) les moines Barnabe et Sophronios
étant enfui avec icône en 869 cause un raid des Sarrazins en Attique Samouilidis 1992
100 Chrysanthos souligne que les deux moines athéniens Barnabe et Sophronios avaient été
attirés dans le Pont par la richesse de la vie monastique qui avait été fondée par les Pères de
glise Basile le Grand et Grégoire le Théologien eux-mêmes Chrysanthos 1933 Il eut dans
cette grotte une fontaine eau miraculeuse Papadimitriou 1991)
Son successeur Selim II poursuivit cette politique de protection bienveillante accordant de nou
veaux privilèges Ainsi fut créée une tradition de respect et honneurs rendus par les sultans au
monastère de Panagia Soumela firmans de Ibraïm Ier 1635) de Mehemet II 1662) de Souleïman
II 1681) Moustapha II 1693) et de Mehemet III 1700)

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