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Didier guimbail lycée sonia delaunay, villepreux

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Publié par :
Ajouté le : 21 juillet 2011
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Didier Guimbail Lycée Sonia Delaunay, Villepreux     Feuerbach : Sens et problèmes d’une anthropologie philosophique     Préambule  Cette étude est divisée en deux grandes parties. La première est consacrée à l’explication du sens de la démarche de Feuerbach. Il s’agit de définir ses concepts et de montrer comment ils s’articulent à l’intérieur d’un projet. La seconde partie est critique. Elle s’efforce de poser des problèmes relatifs au statut de cette anthropologie philosophique. A cette fin, il nous a paru nécessaire de tenir compte de la postérité immédiate de Feuerbach, à savoir Marx et Engels, mais surtout de centrer notre propos sur deux concepts fondamentaux de toute anthropologie philosophiquement conçue : la positivité et la finitude. Ceci nous a conduit à évaluer les affirmations de Feuerbach en tenant compte des analyses hégéliennes. Une conclusion indique la permanence de ces concepts dans la pensée du 20 ème siècle.     Note sur les textes de Feuerbach.  Nous nous référons à trois ouvrages. Pensées sur la mort et l’immortalité , traduction de C. Berner, aux éditions du Cerf. L’essence du christianisme , dans la traduction de J.-P Osier, chez Maspéro. Manifestes philosophiques , traduits par L. Althusser, aux Puf, collection Epiméthée. Louis Althusser a publié sous ce titre plusieurs textes d’ampleur différente, rédigés entre 1839 et 1845. Nous en citons trois. Contribution à la critique de la philosophie de Hegel (1839) Thèses provisoires pour la réforme de la philosophie (1842) Principes de la philosophie de l’avenir (1843) Nous avons souvent abrégé la référence en ne mentionnant que le début du titre. La pagination est celle de la réédition de février 2001. Nous la faisons précéder du numéro du paragraphe car il est resté inchangé.  Les mots en italiques figurent dans le texte original. Nous avons souligné les titres des œuvres et indiqué en caractère gras des termes ou des extraits qui nous semblaient importants. Une bibliographie complémentaire se trouve à la fin de l’étude.   
 I) La philosophie de l’homme « Le nom de tous les noms   Feuerbach se définit clairement comme le réformateur  de la philosophie, qui libère la possibilité d’une pensée vraie, c’est-à-dire enfin centrée sur l’homme. Il s’est présenté comme le « Luther II  1 . Sa démarche est une critique, en un sens d’inspiration kantienne, puisqu’il s’agit de dénoncer des illusions et des contradictions afin d’assainir un terrain. Dans son cas, il faut établir celui à partir duquel l’homme pourra enfin être étudié. La Préface aux Principes de la philosophie de l’avenir le dit clairement. Il faut d’abord tirer l’homme « du bourbier où il est enlisé  2 . Par le biais de cette métaphore apparaît la volonté de déduire la nécessité d’une anthropologie. Or cette déduction est une justification . Le droit de la philosophie de l’homme est à proclamer à l’encontre des différentes formes de pensée qui empêchent sa venue au jour. Cette affirmation ne va pas sans quelque solennité. Homme est un terme courant mais Feuerbach veut le faire résonner d’une façon inédite. Il est « le nom de tous les noms 3  car il exprime l’essence universelle à laquelle se rapportent toutes les dimensions de l’existence humaine. Le paragraphe 63 des Thèses provisoires pour la réforme de la philosophie reproche à Hegel d’avoir morcelé cette unité. La « personne , le « sujet , le « bourgeois , le « citoyen  ne sont que des qualifications particulières qu’il faut reconduire à leur fondement. Cette promotion terminologique n’est pas, on s’en doute, une affaire simplement verbale. Elle exprime un « principe nouveau  à propos duquel Feuerbach se démarque une fois de plus de Hegel : « si l’on traduit par conscience de soi le nom de la philosophie nouvelle, le nom « homme , on interprète la philosophie nouvelle dans le sens de l’ancienne, on la rend à l’ancien point de vue.  4  La critique qui suit est devenue un leitmotiv de l’anti-hégélianisme. L’idéalisme hégélien expose les médiations par lesquelles la conscience parvient au savoir absolu mais cette démarche reste entachée d’une abstraction trompeuse. Nous oublions que la conscience de soi n’est qu’une forme de pensée sans réalité c’est-à-dire sans contenu sensible . Feuerbach parle ainsi de la nécessité de réintroduire dans le texte de la philosophie ce que Hegel aurait rejeté dans ses notes ; la part de l’homme qui ne philosophe pas, entendons qui ne pense pas par la tête mais ressent par le cœur et éprouve la vérité dans sa chair et son sang 5 . « L’homme  est donc la vérité, jusque-là méconnue et refoulée, de la conscience de soi.  Pour une philosophie « sincèrement sensible  6 .   Feuerbach conclut sa Contribution à la critique de la philosophie de Hegel par ses lignes : « Les secrets les plus profonds habitent les choses naturelles les plus simples ; le spéculatif chimérique, soupirant après l’au-delà, les foule aux pieds.                                                 1  Pensées sur la mort et l’immortalité . Présentation , note 28, p.16. éditions du Cerf. Le mot réforme apparaît dans deux des titres qui suivent le premier texte critique sur Hegel ; Nécessité d’une réforme de la philosophie et Thèses provisoires pour la réforme de la philosophie.  2  Manifestes Philosophiques : p. 132 Puf. 3  Thèses provisoires pour la réforme de la philosophie § 62 p. 127. 4  Thèses § 61, p. 127. 5  Thèses § 45, p. 120. 6  Principes § 36, p. 185.
 
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