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Benjamin Nelson
Droit canon, Protestantisme et "Esprit du capitalisme». A propos
de Max Weber
In: Archives des sciences sociales des religions. N. 34, 1972. pp. 3-23.
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Nelson Benjamin. Droit canon, Protestantisme et "Esprit du capitalisme». A propos de Max Weber. In: Archives des sciences
sociales des religions. N. 34, 1972. pp. 3-23.
doi : 10.3406/assr.1972.1887
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/assr_0003-9659_1972_num_34_1_1887Arch Sociol des Rel. 34 1972 8-28
Benjamin NELSON
DROIT CANON PROTESTANTISME
ET ESPRIT DU CAPITALISME
propos de May Weber
L- OUHAITONS-NOUS droit déontologie vraiment économique comprendre motivations les rapports morales entre dans religion la vie
affaires au Moyen Age la Renaissance et la Réforme Avons-nous
hâte de répondre mieux aux questions que nous posent Max Weber Som-
bart Troeltsch Tawney et autres spécialistes plus récents
Alors nous avons guère de temps perdre il faut nous mettre
opérer quelques changements dans la fa on que nous avions main
tenant aborder ces problèmes
Les pionniers du progrès de histoire économique au xix siècle
avaient bon nombre entre eux débuté dans le Droit et bien naturel
lement est par des préoccupation ordre juridique ils furent amenés
étudier de près le développement de entreprise commerciale Dociles
Texte paru en anglais dans Philomathes Studies and Essays in the Humanities in Honor
of Philip Merlan La Haye Martinus Nijhoff 1969 Le titre original était Thé Medieval Canon
Law of Contracts Renaissance Spirit of Capitalism and the Reformation Conscience
Vote for Max Weber
Certaines parties de cet essai ont fait objet exposés devant divers publics de spécialistes
au cours de ces dernières années en particulier lors des rencontres de American Historical
Association de American Society for the Study of Church History et de Catholic
Historical Society occasion une session commune de ces deux dernières associations
Quelques pages du présent article sont empruntées directement une étude déjà publiée sous le
titre The Usurer and the Merchant Prince et dont on trouvera indication dans la note biblio
graphique 23
Cette traduction paraît ici avec le consentement de diteur ARCHIVES DB SOCIOLOGIE DES RELIGIONS
aux traditions re ues de leurs vénérés maîtres ils demeurèrent passionné
ment attachés aux commentaires aux traités aux doctes opinions responsa
de ces Italiens qui la fin du Moyen Age et la Renaissance jouirent
une si extraordinaire réputation de monarques de jurisprudence
Mais quant nous opérons un premier changement de méthode
cessons de prendre comme point de départ des interdictions qui se seraient
opposées aux abus antan
attention portée exclusivement sur analyse de la tendance collec
tive aggregate trend risque paradoxalement de nous fermer accès
des sphères extrêmement importantes de la conduite individuelle et
sociale Les historiens de cette époque complexe qui du Moyen Age
allait faire sortir les temps modernes ne peuvent pas plus que les
anthropologues dans la description des peuples primitifs négliger de faire
place aux traditions culturelles et aux efforts pour opposer autorité
des normes contemporaines Ne pas faire état des doctorales opinions de
jurisconsultes des traités de cas de conscience des décisions de tous
genres prononcées par les tribunaux compris par le Tribunal de la
Conscience est avoir aucune chance de comprendre comment
prenait pratiquement Eglise comment elle définissait elle
punissait cet usurier manifeste qui du second concile du Latran au concile
de Vienne se trouvait visé par la loi ecclésiastique fondamentale qui le
frappait de sanctions portant les plus graves atteintes sa personne Avec
beaucoup autres hui il nous faut continuer traiter énigme
insoluble le fait que les gens du Moyen Age farouchement opposés comme
ils étaient au moindre intérêt sur le prêt mutuum) pour emprunteur
comme pour le prêteur approuvaient néanmoins volontiers le partage de
profits dans les associations societates) les risques étant en ce cas également
partagés Les gains des partenaires leur paraissaient résulter tout fait
légitimement des rapports louables entre membres une communauté
fraternelle Comme le savaient bien Max Weber et autres érudits une
génération antérieure tels étaient justement les principes sur lesquels on
fondait et dirigeait les sociétés commerciales On ne prélevait intérêt pur
et simple naked interest sur personne moins que ce ne fut sur un ennemi
en invoquant le droit de guerre ius belli)
Désirons-nous savoir si le Moyen Age finissant et la Renaissance ont
été ou non imprégnés de éthique capitaliste alors ne tardons-pas
réviser nos multiples sources anciennes ou modernes dans le domaine
juridique théologique logique législatif financier ou ascétique
Voici titre exemples quelques-unes de ces sources la loi fonda
mentale de Eglise sur la restitution et sur usure les principaux Décrets
se situent entre 1189 concile du Latran et 1812 concile de Vienne)
les Commentaires sur le Corpus de Justinien et le Decretum ainsi que les
Decrétales papales rédigées par des canonistes ou par de simples laïcs
les doctes opinions consilia et responso de jurisconsultes réputés sur tout
litige impliquant usure ou quelque forme de turpide négoce les procès
faits aux usuriers par les tribunaux civils ou ecclésiastiques ceux-ci PROPOS DE MAX WEBER
comprenant et les tribunaux du for externe tel le tribunal de Pévêque et
le tribunal du for interne le confessional Enumérons encore le Décret royal
le Statut municipal ou corporatif les Actes testamentaires des grands
entrepreneurs dans les divers pays Europe en 1600 Enfin et une
non moindre importance nous avons les témoignages des Lettres et des
Arts que ce soit un poème un récit une fa ade gothique ou un portrait
Renaissance
Des références stéréotypées non contrôlées des écrits théologiques
subtils et mal compris ne remplaceront jamais analyse serrée de ces
monuments qui nous sont restés sous la forme de traités et opinions consilia
responsa) savants écrits de laïcs et de canonistes des xiiie et xive siècles
Notre premier élément de preuve va poursuivre illustration commencée
ci-dessus au sujet des profits dans association Où donc trouverait-on une
présentation plus impressionnante de ce étaient le Droit et les principes
moraux concernant les formes que dans le traité De duobus
fratribus de Petrus de Ubaldis ma connaissance nulle mention est
faite ni de cet auteur ni de son uvre magistrale dans les travaux récents
sur la religion et la montée du capitalisme Et pourtant si on pas une
vue bien exacte du substrat juridique et moral où sont issus emprunt
le dépôt association échange cambium et diverses autres formes de
contrat on ne comprendra rien au système médiéval Notre seconde preuve
intéresse la délicate question des consilia En aucune langue que je sache
étude été faite des consultations sur usure et les bien mal acquis
dont existe portant une collection incroyablement riche Je ne connais
que mon propre Essai sur usurier et le Prince-marchand où soit
examiné un cas de restitution usure sur la base de ces documents
II
DES ST OTYPES MODERNES
HIER ET AUJOURDHUI
Deuxième changement nécessaire remontons au-delà des stéréotypes
re us du passé et qui ont tellement bloqué le progrès dans la recherche
Dans ce chapitre nous en examinerons quatre catégories mais non tran
chées il interpénétration de une autre
Les idées communément re ues concernant les origines cultu
relles religieuses juridiques sociales économiques) de la loi médiévale
usure
Les prétendues échappatoires de la casuistique et les titres
extrinsèques astucieusement élaborés par des juristes et par des gens
affaires rebelles cette loi conspirant pour la tourner
La manière dont toutes sortes agents comme les changeurs les
prêteurs les marchands les prêteurs sur gages les Juifs se comportaient
endroit de ce canon ARCHIVES DE SOCIOLOGIE DES RELIGIONS
La mesure du rapport entre entreprise libérée de toute entrave
et le fait une certaine rationalité la Renaissance
Les remarques qui suivent examinent quelques exemples de ces sté
réotypes Avant même la in du siècle dernier ceux entre eux qui dataient
de plus longtemps avaient déjà perdu de leur force Avec ces dernières
décennies les horizons de histoire juridique ont cédé devant les perspec
tives plus neuves des économistes théoriciens et statisticiens visant leurs
objectifs propres Cette nouvelle orientation comporté une part de réac
tion contre les devanciers non sans danger que le zèle des tenants de la
nouveauté ne présente son tour des abus attention portée aux indices
interprétation des données si elles se traduisent exclusivement en termes
de comportement collectif on voit comme on en fera facilement un nouvel
absolu ce qui équivaudra faire le black-out sur le dynamisme hommes
qui évoluèrent dans leurs mondes propres et sur celui de ces mondes
auquel ils se trouvaient liés
DE ENRACINEMENT RELIGIEUX ET JURIDIQUE DE LA LOI USURE
Le point de vue généralement adopté depuis des siècles en tout cas
depuis le temps de Calvin est que aversion pour usure manifestée
dans tout le Moyen Age provenait de ignorance des exégètes de époque
qui ne surent pas voir la vraie signification des références scripturaires en
particulier de la référence Luc vi 35 Mutuum date nihil inde aperantes
On également cru que Eglise avait trouvé son argument suprême pour
la loi usure dans la doctrine dite aristotélicienne de la stérilité des métaux
Or ce sont là des hypothèses générales qui ont pas facilité la recherche
Certes théologiens et juristes ont voulu tirer parti de Luc et Aristote
mais ce qui donna sa puissance la loi usure ce fut en réalité la con
trainte exercée par tout un système de concepts moraux et par tout un
appareil judiciaire Pour mettre les choses en place disons donc que les
penseurs médiévaux se sont préoccupés des questions touchant usure
essentiellement en termes moraux et juridiques bien plutôt en termes
économiques Il est trouvé et là un théologien isolé tel le trop négligé
Robert de Curzon 1219) cardinal-légat Innocent III pour la France
la veille du quatrième concile du Latran de 1215 pour tenir mettre en
évidence tout ce qui dans la pratique et la théorie de usure se rapportait
la vie la pensée de Eglise en tous leurs aspects entre autres par
exemple le financement de ses constructions Un canoniste comme le
Pape Innocent IV pouvait dénoncer usure en ce elle ne contribuait
pas encourager le travail ni favoriser le rendement agricole Mais chez
immense majorité de penseurs médiévaux usure est condamnée surtout
pour tout un ensemble de motifs moraux
usure est un péché est un crime affirmaient-ils parce que faire
usure est manifestement faire preuve égocentrisme en ne respectant
pas accent mis par le christianisme sur la transcendance des valeurs
spirituelles sur la supériorité de ce qui est pas de ce monde de la voca
tion chrétienne de la quête du salut éternel Pratiquer accumulation des PROPOS DE MAX WEBE
biens par exercice professionnel de usure était être amené sem
blait-on constater nier la valeur eminente de aumône on en venait
ainsi renier imitation de la pauvreté du Christ et surtout violer le
commandement chrétien de la fraternité universelle
humanité entière constituant une fraternité universelle dans la
paternité de Dieu les auteurs médiévaux ont vu dans le prêt occasion
de pratiquer la charité chrétienne plutôt que celle une transaction
économique Prendre usure sur son prochain prendre usure sur un chré
tien était pour quiconque et bien sûr pour un chrétien mais même pour
un Juif commettre le fratricide Selon la disposition évangélique laquelle
tous les hommes sont appelés tous étant frères on estimait que prendre
des intérêts sur son frère était commettre une action odieuse et mériter
la damnation La perspective médiévale demeura obstinément inter
personnelle en cela bien différente du point de vue moderne vigoureuse
ment individualiste ou bien supra-personnel ou encore impersonnel
soucieux du droit naturel des individus de la plus grande prospérité des
nations du plus grand bien pour le plus grand nombre..
Les juristes du Moyen Age eurent leur disposition des outils
empruntés presque totalement au droit romain et est de analyse
romaine des contrats plutôt que de la théorie aristotélicienne de la
monnaie est sortie la théorie médiévale
appuyant comme ils le faisaient sur une théorie formaliste des
contrats les auteurs du Moyen Age ne virent aucune possibilité de con
sentir ce que des intérêts fussent per us occasion emprunts mutuum
Le contrat emprunt estimaient-ils est gratuit par nature et seules
certaines catégories objets faisaient proprement objet du
Soulignait-on que les articles les biens transférés dans opération de
mutuum étaient susceptibles de rapporter quelque profit au débiteur
cela changeait rien Du point de vue formaliste un tel profit était
accidentel et non impliqué nécessairement par le fait indéniable que dans
un mutuum le titre légal dominium passait du prêteur emprunteur
Le prêteur qui arguant du fait il courait un risque en mettant son
argent la disposition de emprunteur prétendait au droit usure
raisonnait au jugement des experts de fa on absurde Quant aux
experts ils étaient tous avis que insécurité pour le créancier était
purement psychologique et affectait en rien la réalité juridique savoir
que le risque vrai du mutuum existait pour emprunteur non pas pour le
prêteur
Pour les théologiens et juristes catholiques donc il était patent que le
risque était pour emprunteur En effet était-il pas dans obligation de
restituer le montant du principal même si la somme lui fondait entre les
mains même il la perdait instant après avoir re ue De ce point
de vue le Créancier avait lui rien craindre il ne risquait absolument
rien Quant aux risques réels comme dans une association commerciale
où on aventure son capital ou encore le cas entreprises aléatoires
où les placement de fonds ne sont pas abri de déficits imprévus les
auteurs catholiques médiévaux adjugeaient sans aucune difficulté des DE SOCIOLOGIE DES RELIGIONS ARCHIVES
bénéfices au prêteur Leur raisonnement est que dans ce genre de
contrat ses biens étaient pas transférés autrui le titre de possession
lui restait et il continuait en supporter les risques pendant la durée de
association
Bien autres erreurs ont encore contribué obscurcir notre intelli
gence du comportement médiéval égard de usure En voici quelques-
unes que nous regarderons de plus près
Depuis W.J Ashley 1) sinon depuis plus longtemps on habituelle
ment distingué de fa on nette entre la manière dont juristes et théologiens
du Moyen Age procédaient selon il agissait de consumptibles ou de
fungibles comme ils avaient autorisé les intérêts sur le prêt de ce
ils appelaient fungibles et ne les avaient interdits que dans le cas de
ce ils consumptibles Ce point de vue repose sur idée
que les consumptibles dans opération échange sont consommés
tandis que les fungibles ne le sont pas et que par conséquent la transac
tion est le prêt produit des effets différents selon il agit un type
de marchandise ou de autre Dans le cas des consumptibles affir
maient les médiévaux il est pas possible de se faire payer la fois pour
usage de la denrée et pour la denrée elle-même attendu que celle-ci se
trouve consommée dans emploi que on en fait La coutume mettait dans
la catégorie des consumptibles des articles comme les pommes les grains
le vin et autres denrées périssables compris la monnaie Au Moyen Age
en effet la monnaie était considérée comme produit de consommation
du moins comme objet qui se trouve consommé dans opération échange
Quant aux fungibles ils désignent généralement les maisons les do
maines et toute possession qui ne sont pas détruites par usage on en
fait
Il est exact que la distinction ci-dessus fut pratiquée au Moyen Age
mais elle est mal caractérisée un point de vue technique par les termes
de consumptibles et de fungibles dont on se sert habituellement Et le
fait est que ces termes ne se trouvent nulle part dans nos sources de toute
évidence ils sont origine post-médiévale auteur un travail récent
sur le droit romain-néerlandais dit les avoir trouvés dans oeuvre Ulricht
Zasius probablement le plus grand juriste allemand époque de la
Réforme Effectivement le biographe de Zasius le savant Roderick
Stintzing attribue celui-ci invention de expression res fungibiles
En droit médiéval comme en droit romain opposition entre ce que
on appelé consumptibles et fungibles est pas opposition entre
les articles de Consommation et les autres catégories de marchandises et
de possessions est la distinction entre des articles qui se peuvent mesurer
en terme de poids de nombre de dimension de capacité et sont par
conséquent susceptibles de restitution in genere et des articles qui ont leur
utilité propre unique irrempla able et qui se trouvent détruits par
W.J AsHLEY An Introduction to English History and Londres Longmans
1908 vol.) PROPOS DE MAX WEBER
acte même de la consommation Ce qui signifie que ce Ashley et tous
les auteurs de manuels appellent généralement consumptible peut fort
bien être fungible au sens propre et que ce ils nomment avec raison
fungible peut être consumptible au sens où Ashiey entend En fait
tout ce qui est susceptible de prêts mutua est la fois consumptible et
fungible Articles de consommation ces choses sont individuellement
consommées dans acte même de échange et elles ont aucune existence
en dehors de utilisation que on en fait Et par conséquent pour les
auteurs avant la Réforme elles ne confèrent pas au créancier le droit
exiger un prix double est-à-dire prix de vente prix utilisation de
objet En dépit de leur nature périssable ces articles sont rempla ables
et par conséquent fungibles Le remboursement effectué dans un
mutuum est pas restitution in specie de article spécifique qui change
de main une en même quantité de même poids de même
mesure de la marchandise en question On peut donc bien dire que pour
avoir mésinterprété le fait que ce sont précisément les fungibles et
seulement eux qui relèvent du mutuum on est totalement trompé sur
la théorie médiévale du prêt et de usure
Ne soyons pas injuste en laissant impression que W.J Ashiey ne
mérite être cité que pour ses erreurs Son chapitre sur Interprétation
canonique de Usure demeure un texte classique Mais il fallait bien le
mentionner ici comme le responsable un contre-sens qui partir de lui
gagné du terrain
école histoire de économie politique eu le mérite la fin du
xix siècle de signaler que horreur inspirée par usure au Moyen Age se
fondait sur des raisons ordre économique et social Avec Ashiey et un
certain nombre auteurs est esquissée une interprétation plus équitable
du programme de Eglise concernant usure Très rares sont hui
les spécialistes pour qui la loi médiévale sur usure repose uniquement sur
une absurdité philologique plus quelque perversité morale En fait la
tendance hui serait vers Vextrême opposé Des historiens et des
apologistes du xxe siècle soucieux de faire cadrer la théorie économique
médiévale avec analyse économique moderne adoptent comme on va
le voir deux points de vue contradictoires
Pour les uns parmi lesquels nombre éminents spécialistes de la
théologie morale auteurs articles et de traités faisant autorité dans les
séminaires il pas lieu de blâmer les juristes et les théologiens qui ont
pas su rendre compte de la fa on dont le Moyen Age envisageait le capital
et les intérêts ils avaient aucun moyen de référence organi
sation économique de époque En autres termes si les scolastiques
ont mal distingué entre emprunts de consommateurs et emprunts de
producteurs est que économie de leur temps ne connaissait que les
rudiments des possibilités de investissement Presque tous les exemples
illustrant cette situation historique sont pris dans les documents du haut
Moyen Age
autres auteurs plus récents inaugurent idée que la doctrine médié- ARCHIVES DE SOCIOLOGIE DES RELIGIONS
vale de intérêt et de dépasse par la subtilité de son analyse éco
nomique tout ce qui est écrit depuis Cassei Keynes La clef de
analyse économique médiévale et de ses caractéristiques on la trouve
hui dans la nécessité profondément ressentie de freiner la thésau
risation de stimuler les investissements productifs de taxer ceux qui
préféraient conserver leur argent liquide Dans cet esprit les titres extrin
sèques notamment le titre appelé lucrum cessons apparaissent comme
anticipation de la récente analyse des frais de développement opportunity
costs Constatons que Keynes lui-même reconnu quelque part que sa
distinction entre épargne et investissement se trouvait déjà en puissance
chez les canonistes si dénigrés
Bref le point de vue historique lui aussi produit un certain
nombre de stéréotypes sur la loi usure au Moyen Age qui ne font em
brouiller la question voir ainsi les choses on présume un comportement
économique qui fut tardif et complètement étranger aux juristes et théolo
giens ecclésiastiques évidence prouve et abondamment que les artisans
du programme anti-usure savaient bien un emprunteur était souvent
même de tirer de gros profits des sommes empruntées mais pour eux la
question était pas là Le seul cas qui comptait leurs yeux était celui où
un sollicitait des intérêts ou en exigeait dans le cadre un contrat
ils estimaient être gratuit par sa nature même
Les étudiants du développement législatif dans les divers milieux
culturels en particulier dans les milieux qui se réclament du sacré auront
aucun mal comprendre quelle autorité une grande tradition juridique
et morale pu exercer sur esprit des principaux porte-parole des grandes
sociétés religieuses En de telles sociétés on sent le besoin de mettre accent
sur le point de vue juridique qui seul paraît pouvoir garantir la commu
nauté sa continuité et la survivance de son mode de vie tel que autorise
sa législation Et surtout est pour cette raison que les systèmes moraux
inspiration religieuse ont une tendance quasi irrésistible se parer de
juridisme appareil casuistique ils empruntent non sans lourdeur
pour leurs démarches est moins le produit de altération libertine des
textes sacrés dans intérêt de petits groupes de pression que armature
indispensable la conscience qui cherche efficacité au milieu des ambi
guïtés de son temps et de son milieu
ECHAPPATOIRES CASUISTIQUES ET CE ON APPELLE TITRES
EXTRINS QUES
Très rares sont les auteurs médiévaux qui après acceptation
totale au xiie siècle des schemes de contrats du Droit romain eurent la
moindre hésitation autoriser les profits raisonnables réalisés dans des
opérations de toutes sortes achat vente location louage contrats asso
ciation Le profit particulier que autorisaient pas les autorités ecclésiasti
ques était le profit sur un mutuum est-à-dire usure pure et simple
Que le profit fût secrètement espéré ou il fût ouvertement extorqué
revenait absolument au même était usure dans les deux cas Quant
intérêt comme tel les docteurs médiévaux ne se départirent jamais de
10 PROPOS DE MAX WEBER
leur intransigeance il ne fut jamais autorisé Prétendre un profit sur
un mutuum ils considéraient que cela revenait violer la loi dans tousles
domaines divin naturel ecclésiastique et nieme civique Là où Ancien
Testament et le Droit romain semblent ne pas pratiquer interdiction ils
voyaient des cas de concession faite temporairement ici aux Romains
là aux Hébreux Et pourtant et est là où presque tous les commenta
teurs modernes sont trompés les auteurs médiévaux accordaient
sans difficulté ce ils appelèrent la suite des laïcs des usurae compen-
satoriae indemnités compensatrices et des usurae punitoriae dom
mages-intérêts en cas de défaillance Ce ils excluaient était les
usurae lucratoriae profits usuraires sur un mutuum) précisément ce
que usurier manifeste mais lui seul exigeait ouvertement et explicite
ment
De manière générale aussi les auteurs modernes ont incorrectement
interprété les documents sur la manière dont le Moyen Age est comporté
envers les dites exceptions absolue prohibition de usure Il suffit
un coup il sur un quelconque des commentaires du Decretum de
Gratien et des Decrétales de Grégoire IX pour voir que les grands juristes
du xme siècle qui codifièrent les règlements ecclésiastiques autorisaient
déjà le profit dans certaines circonstances particulières Quelques hexamètres
burlesques dans la Summa Aurea du cardinal Henricus de Segusio fami
lièrement appelé Hostiensis) énumèrent une douzaine de situations le
même auteur en ajoute ailleurs une treizième où il est licite de percevoir
des intérêts ajoutant au principal Il faut néanmoins distinguer ces cas
de ce que on appelle titres extrinsèques ceux-ci bien chaque
instant mentionnés par les auteurs modernes restent maintenant
fâcheusement mal compris
Voici comment dans ensemble les auteurs modernes expriment
au sujet des exceptions et des titres extrinsèques on esquivait
totalement la prohibition de usure par les échappatoires de la casuistique
Ainsi par exemple on prétend que ce qui était interdit sous le nom usure
sur un prêt devenait pratique parfaitement légitime sous le nom de
dommages-intérêts damna conformément la légitimité du titre
appelé damnum emer gens Les entrepreneurs avaient aussi le droit de
réclamer un profit sur le capital comme compensation des occasions
perdues pour eux de réaliser des bénéfices en raison du prêt et tant que
durait celui-ci Ainsi nous dit-on quiconque au Moyen Age consentait un
prêt avait seulement alléguer une occasion manquee de tirer quelque
profit et le titre lucrum cessons entrait en vigueur On nous raconte
également que les auteurs médiévaux reconnaissaient au prêteur le droit
de réclamer un surplus en compensation des risques que courait son
capital Ce titre appelait periculum sortis
Or propos de ces prétendues exceptions universelle prohibition
de usure dans le prêt il importe de dire ce qui suit
Exceptions et titres extrinsèques étaient pas primitivement
destinés tourner la loi de usure encore que sans aucun doute il fût
11

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